La Mauritanie, otage de l’impunité

26 11 2007

La Mauritanie, otage de l’impunité

Les faits

 Depuis plus d’une semaine, des manifestations contre la baisse du niveau de vie matériel des populations secouent la Mauritanie, révélant l’ampleur de l’insatisfaction et l’incapacité des pouvoirs publics à la prévenir. Par leurs soudaineté, dissémination et violence, ces accès de fureur populaire ont pris de court le pouvoir et l’opposition. La contestation a occasionné l’usage de balles réelles, de la part des forces de l’ordre, dans les localités de Djigueni et Kankossa où un adolescent décédait, le 9 novembre 2007, des suites d’un tir à la tête. Cheikhna Ould Mohamed Ould Taleb Nafy, né en 1989 appartenait, par ailleurs, à une section du parti islamiste Tawassoul. Les témoignages confirment que les jeunes élèves et la foule ne portaient pas d’armes plus qu’ils ne s’en prenaient aux personnes ; ils ne constituaient donc pas de menace suffisamment immédiate pour justifier la légitime défense. Dans les deux cas, l’impact s’est produit à distance respectable de la cible d’où la relativité de l’impératif à ouvrir le feu. Une enquête pénale est ouverte. De Adel Begrou, Néma, Timbedra, Kiffa, le mouvement touchait Rosso, Nouadhibou, Nouakchott dès le 9 novembre, puis Boutlimit, Aleg, Boghé, Bababé, Sélibaby, Zouérate à partir du 12. Dans certains quartiers de la capitale, quelques scènes de pillage ponctuaient les attroupements. A Adel Bagrou, des manifestants ont hissé le drapeau du Mali sur des édifices de l’administration. En réaction, les autorités auraient décrété un blocus de quelques heures, sur l’accès et la sortie de la ville. A Zouérate, la ville offrait, le 12 novembre, le visage de l’état de siège tandis que les unités anti émeutes quadrillaient les installations de la Société Nationale Industrielle et Minière (SNIM-SEM). Le nombre des arrestations d’étudiants, d’ouvriers et de chômeurs dépasse la centaine. Devant l’ampleur du défi, des mesures de séduction persuasion alimentaire ont été prises, dans l’urgence, afin de calmer les foules. Sur tout le territoire, il s’agit, sans aucun doute, d’une expression authentique du ressentiment dans la société. Pour l’instant, nul indice ne permet d imputer la cause de ces évènements à une quelconque manipulation, thèse du complot où se risque la réaction première des autorités et de l’opposition. Néanmoins, compte tenu des tensions et des rivalités au sein du système de sécurité encore sous influence des agents des anciens partisans du Colonel Ould Sid’Ahmed Taya, la déstabilisation intérieure relève des cas de figure à considérer avec crédit. La soudaineté, la dissémination et la concomitance des désordres dans la rue soulèvent de légitimes interrogations. Enjeux En dépit des signes annonciateurs et de nos alertes, adressées à divers décideurs au sommet de l’Etat, les erreurs d’appréciation expliquent la dégradation subite du contexte : Il y a peu, le Premier Ministre, dans une conférence de presse fameuse, le mardi 30 octobre, au Palais des Congrès de Nouakchott, infirmait les alarmes sur la crise sociale et dressait un bilan assez positif de son gouvernement, malgré les carences et l’immobilisme de celui-ci. Coupé du pays, comme le révèle son intervention, le 7 novembre 2007, devant les cadres de la Wilaya – soit le jour même de la flambée de violence – le Chef de l’Etat semble devoir être compté parmi les victimes, à cette singularité près qu’il est aussi l’auteur de sa propre perte ; entouré des symboles les plus décriés de la corruption, du tribalisme et de l’incompétence, il croit parvenir au changement dans le consensus, comme si, par le miracle de l’exhortation, les serviteurs zélés d’une dictature deux fois décennale pouvaient se convertir à la citoyenneté et, surtout, en convaincre la multitude. Par préjugé religieux et prédisposition sociale, son tempérament d’homme de pardon et de modération anesthésie le noyau de la décision, le fige dans l’immobilisme. L’attitude ne correspond pas aux nécessités du moment quand la Mauritanie réclame la rupture d’avec le clientélisme et l’impunité. Tant que Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi s’entoure de conseillers au minimum coupables, tant d’années durant, de complicité de crimes, vol et recel, il peinera à convaincre les mauritaniens de ses facultés réformatrices. Le Président Sidi Ould Cheikh Abdallahi a tellement banalisé et déprécié la charge présidentielle – mystère, spectacle et mise en scène réduits à néant – que se pose désormais un problème de perception de l’autorité par le peuple. Autour de lui, il ne dispose pas d’une cellule d’analyse, de prospective et de veille, complément et auxiliaires indispensables à la souveraineté de sa fonction; le bulletin quotidien de renseignements lui parvient tronqué selon les intérêts de ses porteurs, mal conçu, sans perspective. Ses ministres, quand ils commettent des fautes graves ou s’abstiennent d’assainir leurs départements, ne subissent aucune sanction. Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi délègue toujours, pardonne le plus grave et renvoie, systématiquement, à demain, après-demain, un autre jour. Recommandations Au-delà de la gravité des épisodes rapportés ici et dont la reprise demeure d’actualité, la menace provient, avant tout, de la façon de gouverner. Voici les urgences, pour le Président de la République ; les solutions s’avèrent politiques, d’abord: Accepter, mentalement, qu’il ne peut parvenir au mieux être des mauritaniens, avec le concours d’un personnel longtemps dressé à servir, justifier et applaudir le mensonge, la rapine et le meurtre. Ni lui ni la Mauritanie n’ont besoin de tels hommes aux commandes du pays. Procéder, en conséquence, à une réaffectation des tâches selon les requis les critères requis par un renversement total de tendance dans le recrutement, au profit du droit, de l’utilité publique et du savoir-faire. Le constat suppose qu’il s’affranchisse de sa « majorité parlementaire ». Redonner, à sa responsabilité, les ressources intellectuelles et le décorum qui en permettront l’exercice optimal, notamment en matière de communication, de collecte de renseignements et de traitement de l’information. Les services et le Cabinet méritent une refonte sur la base de conditions techniques, non de la notoriété ou de la proximité subjective. Conscience et Résistance, le Porte-Parole, Elarby Ould Saleck Le 16 novembre 2007 Source / La Tribune n°375


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