Je maintiens toujours que vendre la SNIM est une haute trahison

26 11 2007

Je maintiens toujours que vendre la SNIM est une haute trahison 

Par Mohamed Mahmoud Ould Bacar, journaliste 

La privatisation éventuelle de la SNIM participe toujours d’une polémique – croissante – sur l’efficacité du Gouvernement face aux défis complexes dont ses handicaps propres compliquent la résolution.

Bien que la question de la SNIM soit la plus embarrassante sur la liste, le problème d’Air Mauritanie, l’arrêt de l’activité économique du Gouvernement, la hausse des prix et la création du parti Etat – sans omettre tant d’autres signes d’insatisfaction – nourissent l’inquiétude de la rue, de manière à ressusciter le pôle de l’opposition. C’est là un clivage plus vif que l’on ne l’imagine.

Le Chef de l’Etat veut donner une autre impression, dans les coulisses, de la poursuite de son programme, freiné par les promesses et engagements du second tour de l’élection présidentielle. Il cherche à maintenir le soutien des masses en dépit de l’incapacité du Gouvernement à traiter les contraintes nées de la récession et du dysfonctionnement des institutions, surchargées de défauts ; il agit comme pour imposer un fait accompli, une fatalité à supporter pour un moment sans échéance.

Le Président s’empêche surtout de dévoiler la situation dans laquelle il a trouvé l’Etat et qu’il décrit, en privé, d’ «étonnante», euphémisme sans doute trop poli. Par ailleurs, d’aucuns, parmi les familiers du premier cercle, distillent la rumeur que la décision de vendre la SNIM honore un engagement pris, par les militaires, durant la période transitoire ; le Président se trouverait, ainsi, dans une position de résistance on ne peut plus délicate : il passerait, par pertes et profits, six mois de travail en dehors de son programme électoral ; les critiques acerbes de sa méthode sont devenues monnaie courante à tel point que voilà ses véritables partisans contraints au profil bas.

Ainsi les acteurs commencent- ils de détourner l’alternance loin des aspirations du peuple à de profonds changements d’où l’annulation graduelle les prémices d’un passage définitif à un Etat national, défendu par une armée républicaine et professionnelle, où le Président disposerait, pleinement, de toutes ses prérogatives et dirigerait, selon les exigences de la moralité, avec l’ensemble des forces vives. C’est l’Etat où l’on prend des mesures urgentes d’assainissement de l’administration et d’incitation des travailleurs. L’on y œuvre, aussi, à rebâtir le tissu social : les diplômés reconquièrent leur droit rationnel à l’emploi et assument les responsabilités de concours à la reconstruction ;  l’intérêt général est conduit au vu et au su du peuple suivant une vision très responsable que marque le respect des deniers publics ; l’on y ouvre la voie aux capacités intellectuelles et aux artisans, sur le chantier de la réhabilitation ; en un mot, les mauritaniens attendaient la prise d’une série de mesures qui s’inspirent de l’égalité, assoient la crédibilité de l’Etat et entretiennent  l’espoir d’améliorer les conditions matérielles des gens.

Les personnes les plus enthousiastes ne seront pas optimistes sur cette voie pour le peu d’appui et de soutien du peuple aux décisions de l’Etat ; au contraire, il sera difficile de faire face au mécontentement dans un contexte où l’incapacité prévaut  et où l’on parle de l’ouverture du capital de la SNIM.

L’ouverture du capital de la SNIM se discute à la lumière d’une importante promesse du Président de la République, laquelle aborde 4 points essentiels : – L’opération aura lieu après une discussion avec toutes les sensibilités et à l’intérieur du Parlement ; – Avec un appel d’offre international honnête et transparent ; – Elle ne sera pas vendue à un consommateur; -  Elle se fera au travers d’une étude par bureau spécialisé.

Mais il n’a été rien expliqué des termes de référence de l’étude ; l’on  est donc en droit d’inverser le doute et de se demander, autrement, si les prétendus termes de référence ne procèderaient pas du caractère inéluctable la vente; l’acte relèverait alors d’une décision antérieure que Sidi doit exécuter, mais dont il peut choisir la méthode. S’agit-il d’une tentative crédible de développer la société ? La rapidité avec laquelle l’on argumente le renforcement des capacités et de la compétitivité de la SNIM bénéficiaire – alors que d’autres sociétés publiques inclinent à la faillite – paraît bien suspecte.

C’est un labeur truffé de contradictions mais la vérité pure ne comporte pas de lien, encore une fois, avec l’imitation des révisionnistes ni le travestissement des faits concernant la vigilance pour la seule SNIM ; l’appareil exécutif est plein de vices affectant les conditions de l’efficacité requise en pareil cas, c’est-à-dire la protection des intérêts du pays face à la  fortune, considérable, d’un repreneur. En effet, l’Etat, au profit des capitaux privés,  s’est allégé – sous les injonctions la Banque Mondiale – de la plupart de ses prestations ; nul, aujourd’hui, ne louerait les résultats de telles politiques, plutôt vivement vilipendées et motif d’apitoiement. Ainsi, la Mauritanie est presque l’unique pays au monde dépourvu de transports en commun ; la seule compagnie publique qui assurait la modicité de ce service n’opère plus ; des milliers de travailleurs à bas revenu, résidents des quartiers loin du centre ville et autant d’étudiants, de ménagères et de petits vendeurs sont livrés à l’enfer de la débrouillardise et de l’improvisation quotidiennes. Une véritable catastrophe s’est abattue sur ces couches suite au désengagement, par l’Etat, de ce secteur sensible. Pis encore, l’on n’a pas imposé le respect du cahier de charges qui accorde et protège certains droits.

Par ailleurs, Air Mauritanie a fait faillite lors de sa privatisation au profit de nouveaux partenaires ; l’opérateur aérien succombait au fardeau de l’accumulation de certaines dettes dont le fuel et les produits vendus à bord des aéronefs. Ce fut une occasion destructrice de mauvaise gestion à cause de la complicité entre les directeurs successifs. Il est de même des sociétés de pêche qui ont, vingt ans durant, presque toutes déclaré faillite alors qu’aucune d’elles n’a disparu ; faut-il rappeler les tristement célèbres compagnies d’assurance et les banques de développement ? Les exemples ne manquent pas car l’administration s’avère incapable d’imposer aux sociétés privées le respect des cahiers de charge et de défendre la collectivité. Aucun effort de ce type ne pointe à l’horizon et pourtant la privatisation de la SNIM consiste à jeter la poule aux œufs d’or, du moins renoncer à la principale entrée en devises du pays, cela au bénéfice de multinationales.

Le Premier Ministre – il n’est plus le plus brillant du gouvernement faible –prétend mener une campagne contre la corruption ; ses initiatives buttent toujours sur le manque de clarté de son partenariat avec le Président de la République, lien dont-il n’est pas satisfait car il n’y disposerait des pouvoirs nécessaires ; ainsi justifie-t-il la non tenue des promesses à la majorité de ses amis. Le Président, pour les mêmes raisons, n’a pas encore commencé l’exécution de ses engagements à rebâtir un appareil administratif efficace et fort.

L’ouverture du capital de la SNIM, dans une telle situation, équivaut à un non engagement pour les intérêts supérieurs du pays ; elle produit une image différente de celle propagée durant les élections, c’est-à-dire la quête assidue des meilleurs moyens de réaliser les espoirs de mieux être. Ainsi, ouvrir le capital de la SNIM signifie renoncer aux avantages durables qu’en tirait la Mauritanie, en somme céder un pan stratégique de notre souveraineté ; le repreneur élaborera ses plans et exécutera ses mesures de « rentabilité » où se dilueront les engagements sociaux, comme fardeau lourd pour la gestion. Au début, l’on observera sans doute la montée de la production en réponse à la demande exponentielle, vecteur de la hausse des prix du fer.

La Banque Mondiale évalue l’embellie aux deux futures années ; de grands économistes pensent qu’elle sera plus longue, grâce aux gros marchés comme la Chine et l’Inde ; quel que soit le cas de figure retenu, les réserves riches de la Mauritanie atteignent 100 millions de tonnes, celles à teneur moyenne se chiffrent à 800 millions de tonnes ; enfin,  celles à faible teneur se comptent par milliards de tonnes. Le nouvel acquéreur cherchera à doubler les capacités productives, en vue d’augmenter ses chances de tirer parti du développement par l’exploitation de ces réserves précises ; de surcroît, la SNIM possède les équipements adéquats. Mais l’équation changera totalement vers des données différées quand l’opération de développement prendra fin et que l’on épuisera les réserves riches et moyennes. Ainsi, une opération d’exploitation nouvelle d’un minerai de teneur plus faible demandera d’autres gros efforts techniques et financiers, eu égard aux exigences de l’enrichissement de la matière, afin de la rendre exportable. La Mauritanie ne pourra pas alors obliger la société à poursuivre un projet à perte.

En d’autres termes, la décision de continuer ou suspendre l’activité de la SNIM ne reviendra plus à l’Etat mauritanien et ne suivrait donc pas ses propres impératifs ; à contrario, elle influencera durement l’avenir du pays et la vie dans deux régions frontalières. L’unique individu chanceux est celui que les générations futures ne maudiront pas, même si la superstition  à l’égard  de «certains», circule aujourd’hui.

Je ne veux être méchant envers personne, même si je reflète ici le sentiment de la rue car les gens ne parlent de l’Etat que par les injures, les critiques et le dénigrement. C’est une nouvelle déception où se mêlent la léthargie, le désespoir et la peur de laisser « filer » la dernière des favorites de cette république en devenir. La SNIM est une autre affaire pour les mauritaniens, même s’ils n’en tirent aucun profit. Les sujets britanniques dépensent des milliards de livres sterling pour entretenir une reine d’opérette ; ils consentent un tel sacrifice seulement parce que le Palais de Buckingham symbolise quelque chose de grand dans l’histoire et les esprits. De même, la SNIM représente la décision historique de sa nationalisation, ce sursaut combatif d’une Mauritanie qui aspirait à la gloire. Et si l’on organisait un référendum populaire sur la question : l’Etat doit- il dépenser pour la SNIM afin qu’elle continue à vivre ? Le résultat serait « Oui ». Certaines personnalités – nourrissons de la colonisation – ont voté « non » lors du referendum de 1958 ; c’est la nature du mauritanien : la recherche permanente de la souveraineté même s’il va la dilapider, en fin de compte.

Nous sommes devant une affaire que tout le monde dispute avec acharnement, où la raison se mêle au sentiment. Par conséquent, laissez-nous poser le problème de façon logique comme le regardent les grands libéraux défenseurs des idéaux mondialistes car ceux-ci partent d’une vision prospective de la SNIM et posent des questions qui mettent en cause sa capacité à développer sa production, ajouter des valeurs à ses produits, augmenter sa main d’œuvre, accroître son chiffre d’affaires, exploiter ses minerais à faible teneur et prolonger sa durée. Ils décrivent l’enjeu comme son salut obligé face aux nouvelles découvertes et la possibilité d’élargir la production dans son environnement régional, ce qui l’armerait devant une nouvelle concurrence, défi à sa survie. Mais la consultation de l’Ingénieur Ismaïl Ould Amar suggère, par une approche scientifique, de ne pas creuser l’estimation ou la surestimation de ces découvertes.

D’ailleurs, la SNIM avait posé ces questions à elle-même depuis un certain temps et abouti à des réponses techniques et théoriques. Elle en avait discuté certaines avec ce partenaire qui se propose, aujourd’hui. Ainsi, en 2003, lors d’une réunion, en présence de collaborateurs, avec Mohamed Salek Ould Heyine l’ancien Directeur de la société – alors aux pouvoirs étendus et ambitieux – il a été débattu de l’offre d’achat de la majeure partie du capital; la SNIM répondait n’envisager l’ouverture ou le rachat qu’à la lumière de nouveaux projets de transformation ou d’ajout de nouvelles valeurs à la production.

Le candidat repreneur a nié vouloir absorber le minerai mauritanien par l’augmentation de la production et non la hausse des investissements. Ce partenaire trahissait de graves intentions d’usure au moment où la SNIM apportait la réponse à la question de la compétitivité par la mise en œuvre d’une stratégie de doublement de l’extraction en 2012, comme l’a révélé l’ancien Directeur Général, l’intelligent Youssouf Ould Abdel Jelil ; le projet «Al Aouj» comporte des atouts quantitatifs, en premier la hausse de la production de 2 millions de tonnes par an. C’est un chantier où elle tirera des bénéfices par la location de ses infrastructures, en plus du recrutement de 8000 employés et la conservation du poste de Directeur Général.

La grande critique adressée à la SNIM par ces libéraux, c’est son piétinement au même point de production 10 – 12 millions de tonnes par an ; or nous ne devrions exagérer le constat car elle fut nationalisée en 1974 et le changement de sa direction a pris 3 ans environ. Ensuite le prix du fer a chuté. La période située entre 1974 et 2004 était entièrement consacrée à la survie. Ensuite, entre 2004 et 2007, les recettes enregistrèrent une augmentation vertigineuse, permettant de réaliser des bénéfices annuels de 100 millions de dollars. Mais la pauvreté de l’Etat mauritanien et ses besoins urgents de liquidité ont poussé la SNIM à distribuer 50% de ces bénéfices et conserver le reste pour accroître sa production. Au moment où la société commence à enregistrer une grande augmentation de son chiffre d’affaires et de ses bénéfices, il nous appartient de nous interroger sur les opportunités du développement de ses activités ; ii, l’on ne saurait, en toute bonne foi, prononcer l’échec avant l’expérience. Les paroles sur l’ouverture du capital de la SNIM ont affecté les gens éclairés, les véritables génies, les petits vendeurs, les taximen, les étudiants et même les vendeuses de poisson. Autant d’unanimité atteste un problème.

Le choix de vendre semble exprimé, avec la même fermeté, de la part de l’Etat. La présence de Sidi Ould Cheikh Abdallahi au sein de cette équipe libérale – même s’il est connu comme un libéral prudent – n’a pas atténué l’ardeur de la discussion ni la critique acerbe de la démarche. D’ailleurs, les garanties qu’il présenta – étude, consultations suivies et vote du Parlement – ne suffisent pas en elles – mêmes car la contradiction ne réside pas dans l’absence de transparence mais dépend de la manière dont l’on préserve les intérêts du pays de la faiblesse des services administratifs concernés, de la propagation de la corruption et du favoritisme. Le rapport de l’Inspecteur Général de l’Etat a confirmé ceci avec force la semaine passée et de manière inquiétante. Il s’agit d’un véritable fléau dont souffre la gestion de la chose publique en Mauritanie. Le déficit des réformes administratives  en quoi aucune décision fondamentale n’a été prise s’accumule à cause de l’importance des facteurs subjectifs.

Quant aux bureaux d’études, ils examinent, au moyen de mécanismes scientifiques, tout sujet soumis à leur attention; l’ouverture du capital d’une société abordera des aspects différents d’une étude relative au développement de celle-ci par le maintien de la structure de son capital. Nous devons savoir laquelle des questions sera l’objet de l’évaluation.

La concertation implique d’écouter les gens, tempérer l’ardeur de la confrontation et ne signifient pas l’obligation ni la primauté de l’avis de la majorité. Quant à notre honorable Parlement, un groupe considérable en son sein est témoin d’avenants illicites et de privilèges au bénéfice d’hommes d’affaires. Il a aussi retardé l’adoption du budget, pendant plusieurs semaines, pour obtenir des augmentations de salaires.

Nous comptons sur Allah.

Des garanties sont nécessaires pour préserver la façade et élargir le domaine des responsabilités, de la loi et de la morale ; elles sont très efficaces quand elles surmontent les faiblesses et les failles qui pourraient les entacher. Je ne sais pas si l’Etat peut actuellement atteindre cet objectif. Par conséquent, aucune garantie ne changera le fait que « vendre la SNIM », en cette période, ne sert pas les intérêts du pays, du moins sur le long terme, c’est-à-dire après l’absorption des liquidités produites par la transaction, la fin de la croissance et le retour du Trésor public à sa condition antérieure de mendiant. Alors, tous sauront – à temps ou trop tard, peu importe, une fois le forfait consommé – que la privatisation relevait d’un tripatouillage, vecteur d’avantages personnels, quand bien même tous les mauritaniens y auraient pris part.

Mohamed Mahmoud Ould Bakar   

Source  :  La Tribune 375    


Actions

Informations



Laisser un commentaire




bientôt tous en prison, bie... |
WADE - Président - |
la vérité |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Journal d'1 République...
| sarkosy un espoir pour la f...
| Sylvie Trautmann