Hausse de prix : ce que le gouvernement peut faire

14 11 2007

Hausse de prix : ce que le gouvernement peut faire   

 

Par Dr. Abdellahi Ould Mohamed AWAH 

Professeur d’Economie à l’Université de Nouakchott 

 

 

Les événements dramatiques que le pays a vécu la semaine dernière  ramène avec acuité sur la scène nationale la question de la stabilisation des prix des produits de première nécessité. La hausse des prix de ces produits sensibles a un impact direct sur la survie des couches les plus pauvres de nos populations. Pour cette raison,  le gouvernement à le devoir de donner la priorité absolue à la solution de ce problème dont dépend la stabilité sociale du pays.    

Certes, face à cette situation, le gouvernement a annoncé des mesures importantes comme la création d’un fonds pour lutter contre les effets de la hausse des prix, l’affectation de plus d’un milliard d’ouguiya pour des activités génératrices de revenus, la distribution de 6.600 tonnes de vivres au profit des populations vulnérables et une réduction sensible de l’ITS est accordée aux salariés des secteurs publics et privés. 

 

Cependant, d’autres mesures peuvent être prises pour stabiliser durablement les prix des produits de première nécessité. 

  

I – Analyse des raisons de la flambée des prix 

 

La hausse des prix des produits importés en particulier ceux de première nécessité (blé et dérivés, riz, sucre, huile, …) s’explique par des facteurs exogènes et endogènes. 

 

1. Facteurs externes 

  

Deux éléments importants jouent un rôle essentiel dans la hausse des prix. Il s’agit de : 

·        L’émergence économique fulgurante de
la Chine et de l’Inde qui se traduit par une forte demande d’affrètement sur le marché mondial. Cela a pour effet direct une augmentation importante du coût du transport maritime, toutes destinations confondues. A cela s’ajoute un surcoût pour notre pays, dû au fait que les bateaux repartent vides car il n’y a pas de marchandises à exporter. 

·        L’augmentation régulière du prix du baril de pétrole qui frise aujourd’hui les 100 dollars, suite aux tensions au Moyen-Orient. Cela se répercute sur le niveau général des prix des produits importés par
la Mauritanie. 

 

A côté de ces facteurs exogènes sur lesquels  le gouvernement n’a aucune influence, il y a des facteurs endogènes où sa marge de manœuvre est beaucoup plus importante. 

 

 

2. Facteurs internes 

 

Il y a une série de tarifs qui constituent des éléments significatifs dans la structure des coûts des produits de première nécessité et sur lesquels le gouvernement peut agir pour stabiliser les prix. Cette série comprend les éléments suivants : 

·        Coûts d’escale des navires commerciaux au port de Nouakchott qui sont 2 à 3 fois supérieur à ceux des ports de la sous région ouest africaine (Dakar, Abidjan, Lomé) ; 

·        Coût d’assurance exorbitant pour les marchandises destinées à notre pays : 3% de la valeur des biens transportés soit 6 fois plus élevé que le Sénégal car notre système judiciaire n’offre pas toutes les garanties aux exportateurs étrangers. 

·        Coût de manutention 50% plus élevé au port de Nouakchott par rapport aux ports de
la Sous-région. 

·        Tarifs douaniers 20% supérieur à ceux pratiqués dans
la Sous- région car ils obéissent plus à la facilité de recouvrement qu’à une logique d’équité fiscale. 

·        Prix du litre du carburant relativement élevé et dont la structure de coût est opaque. 

 

A cet ensemble de facteurs s’ajoute un autre de nature institutionnelle et qui est déterminant dans la hausse des prix. Il s’agit de la manière anti-concurrentielle dont fonctionne le marché de distribution des produits de première nécessité dans notre pays. 

 

En effet, pour certains biens comme le blé ou la farine, il existe une entente illicite entre les deux producteurs distributeurs exclusifs de ces produits, qui fixent le niveau de leur prix, exerçant ainsi un duopole de fait. 

 

En outre, pour des produits comme le riz ou le sucre, malgré la diversité de leurs importateurs, une entente tacite est conclue entre eux, confiant la distribution exclusive pour une période donnée à l’un d’entre eux.  Celui-ci devient ainsi le gérant de fait de l’ensemble des stocks disponibles du produit. 

 

Cette situation de monopole tournant de la distribution constituant un facteur essentiel de hausse du prix de ces produits. 

 

II – Mesures que le gouvernement peut prendre 

 

Pour stabiliser les prix, le gouvernement peut prendre des mesures de réduction tarifaire, à effet immédiat sur la baisse des coûts  et des mesures institutionnelles, de portée plus durable. 

  

 

 

1. Mesures de réduction tarifaire 

 

Il s’agit de prendre les mesures suivantes : 

 

  • Réduire les tarifs d’escale du port de Nouakchott qui peuvent être révisés à la baisse sans toucher à sa viabilité. 

  • Faire baisser les tarifs de manutention sans remettre en cause la rentabilité de cette activité. 

  • Diminuer les droits de douane notamment sur les produits de première necessité, systématiser les certificats de contrôle SGS (Société Générale de Surveillance) et éviter le recours abusif au système du forfait. 

  • Le port de Nouakchott est classé par
    la LOYD’S comme un port à risque pour les fournisseurs étrangers du fait de comportements antérieurs de notre système judiciaire (saisie abusive de navires commerciaux, suite à des litiges entre nos importateurs et certains fournisseurs étrangers). Il est donc important de corriger cette situation par la mise en place des garanties juridiques nécessaires et la formation de magistrats spécialisés en droit maritime. 

  • Réexaminer la structure du coût du carburant afin de s’assurer que toutes les taxes qui y figurent sont d’un niveau acceptable et que leur destination finale est bien le Trésor Public. 

 

2. Mesures institutionnelles 

 

Il s’agit de mesures structurelles qui touchent au fonctionnement du marché et à l’organisation de toute la chaîne des acteurs qui interviennent dans la fixation du prix des produits de première nécessité. Ces mesures sont : 

  • La mise en place d’un observatoire des coûts de revient des produits de première nécessité qui aura à déterminer la structure des coûts de chaque produit. Cela permettra de : 

-         s’assurer de l’impact des mesures prises sur le consommateur ; 

-         suivre l’application des accords convenus avec les opérateurs économiques sur les prix, la qualité et le poids ; 

-         saisir les opportunités d’achat à prix réduits qu’offre occasionnellement le marché international (pour des produits comme le blé, la farine, le riz, le sucre et l’huile). 

 

  • Créer un pool national unique d’importateurs pour bénéficier des réductions en matière d’achat de marchandises et de coût de frêt. 

  • La création d’une structure de concertation et de suivi entre l’Etat et le pool des importateurs des produits de première nécessité pour mieux analyser, prévoir et maîtriser l’évolution des prix et leur impact sur le consommateur. 

  • Réhabiliter
    la SONIMEX en lui permettant de retrouver sa mission naturelle qui est de stabiliser les prix des produits sensibles. Pour cela, elle doit atteindre 20 à 30% du marché de produits comme le blé et ses dérivés, le riz, le sucre et l’huile. 

  • Création d’une structure publique de contrôle de la concurrence capable de faire respecter la loi du marché et de lutter contre des phénomènes comme l’entente illicite, le duopole ou le monopole tournant de distribution. 

 

Source :
La Tribune n° 374 


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