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Les Echos Par Mohamed Fouad Barrada

14112007

La chronologie d’une crise

 

Entre l’indifférence et la différence, il y a une ligne rouge. Entre l’acte et la parole, il y a aussi une «autre» ligne. Il y a en effet, une grande différence entre ce qui est et ce qui devrait être.

S’agissant de «ce qui est»,  une réaction contre l’augmentation des prix suscite de fortes tensions dans une démocratie mauritanienne qui vient de voir le jour.

Il semble que 80 personnes aient été arrêtées par les autorités à Diguenni localité de l’extrême Sud -Est du pays et que 20 personnes soient recherchées dans la même ville. A Kankossa Moughata de l’Assaba, il y a eu un mort. Cela est un message clair. C’est difficile de supposer que des populations affamées par la cherté de vie vont continuer à croire à un discours officiel les poussant à attendre l’aval des bailleurs de fonds. Il se peut que la masse contestatrice se calme sous la pression de la force. Jusqu’à quand ?

Dans ces circonstances, le gouvernement a avancé une panoplie de mesures afin d’atténuer les effets de la flambé des prix : 2,4 milliards d’ouguiyas pour un fonds  de soutien destiné aux citoyens les plus vulnérables et des crédits seront accordés.

En outre, «les salaires des employés, des secteurs public et privé de 0 à 30000 ouguiyas seront exonérés de l’impôt sur le traitements et salaires (ITS), au titre de la loi des finances 2008. Le taux de l’ITS de 15% prévu initialement pour les salaires de 21000 à 61000, sera appliqué aux salaires de 31000 à 70000 UM. Le taux de l’ITS sur les salaires supérieurs à 70000 sera de 30%  au lieu de  35 % appliqué initialement sur les salaires supérieurs à 60000 UM» (l’Horizon  n°4608 du lundi 12 novembre 2007).Cela est-il suffisant ?

En effet, les crises économiques ont fait sauter de grandes démocraties. Ces crises ont bouleversé
la France en 1968. Elles ont aussi modifié l’ordre en Argentine.  Là où il y a une désespérance, il y aura tôt ou tard une instabilité. L’économie indonésienne marchait bien jusqu’au moment où le  président n’a pas pu résoudre la crise de 1997, la conséquence a été dramatique. Pas loin de chez nous, le Sénégal a subi le même sort car son président Abdou Diouf  à l’époque n’a pas pu lui aussi trouver des solutions rapides. Le Mali a encore fait l’objet d’événements assimilables poussant les militaires à prendre le pouvoir tout en  instaurant la démocratie.

 Sous l’influence de la hantise de l’instabilité, le CMJD mauritanien a mis, ainsi, sur les rails les mécanismes de la démocratie. Les justifications sont les mêmes : injustice sociale, corruption, etc.  

Bien que la démocratie reste, incontestablement, la meilleure forme de lutte contre la pauvreté. Celle-ci exige, néanmoins, des outils de sanctions efficaces et prompts. Sans cela, elle  n’a aucune valeur.

La sous – région souffre dans cette perspective, d’une crise de confiance entre une majorité qui gouverne et une opposition appuyée par une grande partie de la population subsaharienne qui cherche à être nourri. La question centrale demeure alors : comment déclencher une action permettant le retour de la confiance ?              

L’actuelle équipe dirigeante en Mauritanie a hérité, par ailleurs, d’une situation économique lourde.

Pour réguler les prix, le gouvernement de Sidi O Cheikh Abdellahi compte viser  le long terme par des arguments macro-économiques. En attendant, les mauritaniens doivent subir les aléas externes.

Le président ne favorise pas la subvention de denrées de première nécessité.  Selon lui «cela peut provoquer leurs exportations vers le reste de la sous-région». Ce qui sous-entend que nos autorités sont incapables pour le moment de contrôler  le trafic de marchandises. Que faire alors ? Prier Dieu pour avoir les 500 milliards d’ouguiyas indispensables pour la reprise économique !

 

Mohamed Fouad Barrada 

m_barrada@yahoo.fr 

 

Source:
La Tribune n°374 




Hausse de prix : ce que le gouvernement peut faire

14112007

Hausse de prix : ce que le gouvernement peut faire   

 

Par Dr. Abdellahi Ould Mohamed AWAH 

Professeur d’Economie à l’Université de Nouakchott 

 

 

Les événements dramatiques que le pays a vécu la semaine dernière  ramène avec acuité sur la scène nationale la question de la stabilisation des prix des produits de première nécessité. La hausse des prix de ces produits sensibles a un impact direct sur la survie des couches les plus pauvres de nos populations. Pour cette raison,  le gouvernement à le devoir de donner la priorité absolue à la solution de ce problème dont dépend la stabilité sociale du pays.    

Certes, face à cette situation, le gouvernement a annoncé des mesures importantes comme la création d’un fonds pour lutter contre les effets de la hausse des prix, l’affectation de plus d’un milliard d’ouguiya pour des activités génératrices de revenus, la distribution de 6.600 tonnes de vivres au profit des populations vulnérables et une réduction sensible de l’ITS est accordée aux salariés des secteurs publics et privés. 

 

Cependant, d’autres mesures peuvent être prises pour stabiliser durablement les prix des produits de première nécessité. 

  

I – Analyse des raisons de la flambée des prix 

 

La hausse des prix des produits importés en particulier ceux de première nécessité (blé et dérivés, riz, sucre, huile, …) s’explique par des facteurs exogènes et endogènes. 

 

1. Facteurs externes 

  

Deux éléments importants jouent un rôle essentiel dans la hausse des prix. Il s’agit de : 

·        L’émergence économique fulgurante de
la Chine et de l’Inde qui se traduit par une forte demande d’affrètement sur le marché mondial. Cela a pour effet direct une augmentation importante du coût du transport maritime, toutes destinations confondues. A cela s’ajoute un surcoût pour notre pays, dû au fait que les bateaux repartent vides car il n’y a pas de marchandises à exporter. 

·        L’augmentation régulière du prix du baril de pétrole qui frise aujourd’hui les 100 dollars, suite aux tensions au Moyen-Orient. Cela se répercute sur le niveau général des prix des produits importés par
la Mauritanie. 

 

A côté de ces facteurs exogènes sur lesquels  le gouvernement n’a aucune influence, il y a des facteurs endogènes où sa marge de manœuvre est beaucoup plus importante. 

 

 

2. Facteurs internes 

 

Il y a une série de tarifs qui constituent des éléments significatifs dans la structure des coûts des produits de première nécessité et sur lesquels le gouvernement peut agir pour stabiliser les prix. Cette série comprend les éléments suivants : 

·        Coûts d’escale des navires commerciaux au port de Nouakchott qui sont 2 à 3 fois supérieur à ceux des ports de la sous région ouest africaine (Dakar, Abidjan, Lomé) ; 

·        Coût d’assurance exorbitant pour les marchandises destinées à notre pays : 3% de la valeur des biens transportés soit 6 fois plus élevé que le Sénégal car notre système judiciaire n’offre pas toutes les garanties aux exportateurs étrangers. 

·        Coût de manutention 50% plus élevé au port de Nouakchott par rapport aux ports de
la Sous-région. 

·        Tarifs douaniers 20% supérieur à ceux pratiqués dans
la Sous- région car ils obéissent plus à la facilité de recouvrement qu’à une logique d’équité fiscale. 

·        Prix du litre du carburant relativement élevé et dont la structure de coût est opaque. 

 

A cet ensemble de facteurs s’ajoute un autre de nature institutionnelle et qui est déterminant dans la hausse des prix. Il s’agit de la manière anti-concurrentielle dont fonctionne le marché de distribution des produits de première nécessité dans notre pays. 

 

En effet, pour certains biens comme le blé ou la farine, il existe une entente illicite entre les deux producteurs distributeurs exclusifs de ces produits, qui fixent le niveau de leur prix, exerçant ainsi un duopole de fait. 

 

En outre, pour des produits comme le riz ou le sucre, malgré la diversité de leurs importateurs, une entente tacite est conclue entre eux, confiant la distribution exclusive pour une période donnée à l’un d’entre eux.  Celui-ci devient ainsi le gérant de fait de l’ensemble des stocks disponibles du produit. 

 

Cette situation de monopole tournant de la distribution constituant un facteur essentiel de hausse du prix de ces produits. 

 

II – Mesures que le gouvernement peut prendre 

 

Pour stabiliser les prix, le gouvernement peut prendre des mesures de réduction tarifaire, à effet immédiat sur la baisse des coûts  et des mesures institutionnelles, de portée plus durable. 

  

 

 

1. Mesures de réduction tarifaire 

 

Il s’agit de prendre les mesures suivantes : 

 

  • Réduire les tarifs d’escale du port de Nouakchott qui peuvent être révisés à la baisse sans toucher à sa viabilité. 

  • Faire baisser les tarifs de manutention sans remettre en cause la rentabilité de cette activité. 

  • Diminuer les droits de douane notamment sur les produits de première necessité, systématiser les certificats de contrôle SGS (Société Générale de Surveillance) et éviter le recours abusif au système du forfait. 

  • Le port de Nouakchott est classé par
    la LOYD’S comme un port à risque pour les fournisseurs étrangers du fait de comportements antérieurs de notre système judiciaire (saisie abusive de navires commerciaux, suite à des litiges entre nos importateurs et certains fournisseurs étrangers). Il est donc important de corriger cette situation par la mise en place des garanties juridiques nécessaires et la formation de magistrats spécialisés en droit maritime. 

  • Réexaminer la structure du coût du carburant afin de s’assurer que toutes les taxes qui y figurent sont d’un niveau acceptable et que leur destination finale est bien le Trésor Public. 

 

2. Mesures institutionnelles 

 

Il s’agit de mesures structurelles qui touchent au fonctionnement du marché et à l’organisation de toute la chaîne des acteurs qui interviennent dans la fixation du prix des produits de première nécessité. Ces mesures sont : 

  • La mise en place d’un observatoire des coûts de revient des produits de première nécessité qui aura à déterminer la structure des coûts de chaque produit. Cela permettra de : 

-         s’assurer de l’impact des mesures prises sur le consommateur ; 

-         suivre l’application des accords convenus avec les opérateurs économiques sur les prix, la qualité et le poids ; 

-         saisir les opportunités d’achat à prix réduits qu’offre occasionnellement le marché international (pour des produits comme le blé, la farine, le riz, le sucre et l’huile). 

 

  • Créer un pool national unique d’importateurs pour bénéficier des réductions en matière d’achat de marchandises et de coût de frêt. 

  • La création d’une structure de concertation et de suivi entre l’Etat et le pool des importateurs des produits de première nécessité pour mieux analyser, prévoir et maîtriser l’évolution des prix et leur impact sur le consommateur. 

  • Réhabiliter
    la SONIMEX en lui permettant de retrouver sa mission naturelle qui est de stabiliser les prix des produits sensibles. Pour cela, elle doit atteindre 20 à 30% du marché de produits comme le blé et ses dérivés, le riz, le sucre et l’huile. 

  • Création d’une structure publique de contrôle de la concurrence capable de faire respecter la loi du marché et de lutter contre des phénomènes comme l’entente illicite, le duopole ou le monopole tournant de distribution. 

 

Source :
La Tribune n° 374 




Bruits de pierres et de bottes en période de printemps démocratique

14112007

Bruits de pierres et de bottes en période de printemps démocratique 

 

Pour mieux comprendre ce qui s’est passé toute cette semaine, nous avons choisi de vous faire revivre le film des événements. 

Tout commence le 1er novembre à Néma, capitale du Hodh Echergui. Des dizaines de citoyens manifestent dans la rue contre la hausse des prix. Même si la manifestation n’est pas autorisée, elle n’occasionne pas de grands dégâts. Juste une foule surexcitée, des autorités plus ou moins passives. La veille, le Premier ministre avait anticipé sur le meeting de l’opposition pour décrire la situation économique du pays et dresser un bilan largement positif des six mois passés aux commandes. Quelques jours avant c’était l ministre des finances qui avait donné le ton en niant toute crise. Les populations ont-elles senti cela comme une provocation ? On ne peut le confirmer… Toujours est-il qu’au lendemain de l’intervention du Premier ministre, le pays profond réagit avec violence. A Néma quelques personnes sont arrêtées. Puis relâchées le lendemain. Les nouvelles sont vite reprises par le net et la presse locale. Parfois exagérément. 

Le 6 novembre, l’AMI nous apprend que des «manifestations tapageuses suite à la hausse des prix» ont eu lieu à Timbedra. Difficile à maîtriser selon le préfet cité par l’agence de presse, les manifestants qui se sont finalement calmés en milieu de journée, sans faire de victimes. « Les manifestants se sont principalement pris aux devantures des bâtiments publics », a ajouté le Préfet dans sa déclaration à l’AMI, précisant qu’ils ont détruit les vitres de certaines voitures de police et jeté des pierres sur les maisons. Il a assuré que les pertes se sont limitées au côté matériel et qu’il « n’y a pas eu de pillage ni de dégâts notoires sur les biens privés ». Il a également affirmé que les manifestations n’ont pas été autorisées et que des personnes les ayant préparées depuis un certain temps les ont conduites avec violence. La police a interpellé 30 manifestants qui dirigeaient le rassemblement au cours duquel une personne a été blessée. Les 30 personnes interpellées ont été arrêtées parce qu’elles détruisaient les devantures des maisons, utilisaient la violence et menaçaient l’ordre public, a précisé une source sécuritaire à Timbedra. Pourtant dans la même dépêche, on reconnaît que les manifestants clamaient des slogans condamnant la hausse spectaculaire des prix. Le lendemain, les manifestations sont beaucoup plus violentes à Djiguenni. C’était jour de marché, ce qui explique que les manifestants ont attaqué les maisons de particuliers. Les locaux de la Brigade de Gendarmerie et la maison du préfet sont la cible de la vindicte populaire. Le Préfet est obligé de fuir. Le commandant de Brigade est grièvement blessé. L’affaire prend une tournure dramatique quand les manifestants s’en prennent au poste de transmission où se trouvait un gendarme qui a finalement tiré. Trois blessés graves chez les manifestants. Rumeurs et fausses informations. Certains sites internet rapidement cités par la presse locale et étrangère donne des détails et parlent de ‘drapeaux maliens hissés sur les locaux de l’administration’. Le mouvement se rapproche de Nouakchott. Kiffa, puis Kankossa en Assaba. Là les gardes tirent. Une balle atteint un jeune de 19 ans du nom de Cheikhna Ould Taleb Nafé. Il succombe à ses blessures lors de son transport sur Kiffa. Nous sommes dans une région où les moyens sanitaires sont inexistants, une région enclavée dont les routes sont longues et difficiles à prendre. Koboni, Aïoun où les manifestants pillent les magasins du CSA et de la SONIMEX, Rosso, Nouakchott, Nouadhibou, Boutilimitt, Aleg… un peu partoutc’est la révolte. 

C’est au 9ème jour de la révolte qu’une première voix officielle se fait entendre. Le ministre de l’Intérieur, premier responsable de la sécurité des biens et des personnes, s’adresse à l’opinion publique. Il présente ses condoléances pour le mort sans toutefois parler d’une commission d’enquête. Il regrette plus l’usage de la violence par les manifestants, que l’usage des armes par les forces de sécurité. «Cette violence qui n’avait d’égal que la volonté destructrice affiché par les manifestants de porter atteinte aux intérêts et à la  crédibilité de l’Etat, a contraint les éléments des forces de l’ordre présents sur les lieux, à procéder à des tirs de sommation pour stopper les élans velléitaires de la foule qui déferlaient vers les édifices publics et les menaçaient directement». Comme pour justifier les bavures des forces de l’ordre et l’incompétence avérée des administrateurs locaux. Qualifiés d’«agissements inexplicables et inacceptables», les manifestations sont perçues comme une œuvre satanique. «Les auteurs de ces actes funestes, qui n’ont eu d’autre objectif que de détruire les biens publics, semer le désordre et cultiver l’esprit de violence, jusque là inconnu de notre culture, doivent savoir qu’ils se sont placés en dehors de tout cadre légal d’action, tel que nos lois et règlements le prescrivent et en déterminent les modalités d’usage. Ils sont responsables de leurs actes et s’exposent de ce fait à toute la rigueur de la loi». Il promet de les mettre en prison mais rappelle néanmoins que «les parents d’élèves, les enseignants, les leaders d’opinion politique et la société civile ont le devoir de mesurer le danger qui menace leur quiétude et de contribuer par tous les moyens à la restauration du climat de paix et de tranquillité indispensable à l’atteinte des Objectifs de développement que notre pays poursuit». Le ton n’est pas conciliant. 

Pendant ce temps, l’opposition appelle au calme. Elle demande aux «citoyens à s’éloigner de l’anarchie et de tout ce qui est de nature à nuire à la paix et à la sécurité publiques», selon un communiqué rendu public jeudi dernier. Les cinq partis – RFD, UFP, HATEM, AJD/MR, RNDR – appellent aussi les pouvoirs publics à « accélérer la prise de mesures sérieuses en vue d’alléger la souffrance consécutive aux conditions de vie des citoyens« . Tout en rappelant que « la poursuite des contacts et du dialogue avec les autorités», était «le meilleur moyen de résoudre les problèmes (de la Mauritanie), d’alléger la souffrance des citoyens, de réaliser la sécurité, la stabilité et la prospérité et de surmonter la grave situation que connaît le pays actuellement». Et d’ajouter : « Nous rejetons catégoriquement tout agissement exposant au danger, la sécurité des citoyens et celle de leurs biens publics et privés, tout en mettant en garde contre les mouvements conduits par les forces suspectes, en vue de perturber la stabilité dans le but de reprendre leur rôle dans l’orientation du pays« . 

Puis surviennent les mesures visant à juguler le mouvement de contestation. Elles s’articulent autour de plusieurs axes visant tous à améliorer le pouvoir d’achat de la population active et à venir en aide aux nécessiteux.  

Un communiqué puis une intervention du ministre concerné, nous apprennent que «des mesures concrètes ont été entreprises par le Gouvernement pour améliorer les conditions de vie des couches les plus défavorisées dans une conjoncture internationale particulièrement difficile du fait de la montée vertigineuse sur le marché mondial des prix des produits de première nécessité. C’est ainsi qu’au niveau des charges salariales, il faut enregistrer avec satisfaction l’allègement de l’impôt sur les salaires (ITS) qui se répercutera en fait sous forme d’une augmentation importante des salaires. Ces mesures vont permettre une exonération totale de l’impôt au profit de 5.065 fonctionnaires au niveau de la Fonction Publique, et plus de 5.653 autres paieront désormais moins de 1000 UM d’ITS par mois. C’est ainsi que l’abattement pour le calcul de cet impôt connaîtra au titre de la Loi des Finances 2008 les évolutions ci-dessous, selon la tranche concernée : Une tranche de salaire inférieur ou égale 30.000 UM  où le taux est de 0%. L’ITS sera de 15% pour les salaires compris entre 31.000 et 70.000 UM. Pour la tranche supérieure à 70.000 le taux sera de 30% au lieu de 35% (taux 35%) auparavant. Notons également dans ce cadre la création d’un Fonds pour le logement des fonctionnaires doté d’un milliard d’ouguiya. Par ailleurs, il a été décidé d’un appui plus conséquent aux centrales syndicales. Cela commencera par la budgétisation des subventions accordées aux centrales syndicales sur le budget du ministère de l’Emploi pour un montant de 40 millions d’ouguiya. Cela s’accompagnera ensuite d’un assainissement de la situation des Centrales Syndicales à travers l’organisation d’élections professionnelles au cours de l’année prochaine, à travers une prévision budgétaire de 30 millions d’Ouguiya. Par ailleurs, et pour améliorer l’environnement du travail, il est envisagé le renforcement des capacités des inspections du travail par l’achat de matériel de bureau et l’achat de véhicules, le recrutement de 20 inspecteurs et contrôleurs de travail, la révision des textes d’application du Code de Travail et la révision l’année prochaine de la Convention Collective Générale. Le ministère de l’emploi s’attellera par ailleurs à la révision de la réglementation relative à l’emploi de la main d’œuvre étrangère, à la mise en place d’un fonds de 800 millions d’ouguiya pour encourager l’auto-emploi et le placement (insertion). Et pour soutenir l’effort de formation à l’emploi, il est convenu de doubler les capacités d’accueil des structures de formation dans les années à venir, la création de nouvelles filières dans les domaines du bâtiment (BTP), du tourisme, etc., et l’amélioration de la qualité de la formation à travers la mise en place de nouveaux programmes». 

Sur un autre plan, le ministre porte-parole, Aziz Ould Dahi annonce lui aussi une sorte de plan d’urgence pour parer au plus pressé. Selon le communiqué du Premier ministère, «les mesures visant à réduire les prix doivent porter, d’une part, sur la mise en place d’un système d’approvisionnement efficace pour éliminer les conditions favorables à la spéculation et, d’autre part, l’élaboration d’un mécanisme de subventions ciblées pour certains produits ou certaines zones géographiques».  L’opération a finalement été confiée à la SONIMEX qui a mis à la disposition des boulangers les quantités de farine nécessaire à la fabrication du pain et à des prix qui permettent de maintenir l niveau actuel. Dans un premier temps, la SONIMEX va acheter chez les grands moulins de la place. Plus tard elle importera le blé qu’elle traitera par les petites unités. 

Au cours du conseil restreint qui a eu lieu à la présidence, le Président a donné instruction pour que les projets d’Activités Génératrices de Revenu (AGR) déjà identifiées soient immédiatement exécutés et que des missions d’identification soient envoyées sur le terrain dès le début de la semaine pour élargir la couverture de ce programme à l’ensemble de la population vulnérable. Cette opération sera menée par les autorités concernées dans les zones périphériques des villes et en milieu rural. Les activités en milieu rural porteront sur la mise en place de boutiques communautaires, de boucheries villageoises et de fours traditionnels. En milieu urbain, outre les boutiques communautaires, les activités comprendront les poissonneries communautaires, la vente des légumes, les dépôts de gaz, la teinture/couture et les dépôts de vente des produits de première nécessité (riz, blé, lait en poudre, huile, etc.). Le coût global de cette opération est estimé à un milliard 127 millions pour la période nous séparant de la fin de l’année. 

Une distribution gratuite est prévue pour les jours qui viennent. C’est ainsi que les populations les plus vulnérables des régions intérieures bénéficieront de 6.605 tonnes de vivres dont le financement est déjà disponible comme suit : 2.000 tonnes à distribuer au niveau des régions de l’Assaba, du Hodh El Gharbi et du Tagant déjà disponibles au niveau des régions (ciblage des bénéficiaires en cours); 2.500 tonnes (marché déjà conclu et livraison attendue dans quelques jours), opération pouvant commencer dans une semaine; 2.105 tonnes au niveau des zones qui ont été victimes d’inondations, tonnage disponible dans les régions, ciblage des bénéficiaires en cours. 

Les stocks alimentaires villageois de sécurité alimentaire seront redynamisés. Ce qui permettra de fournir aux populations locales (2722 villages) certains produits à des prix abordables. Dans ce cadre, une action visant à mettre à la disposition des SAVS 6.000 tonnes de blé, à moins de 100.000 UM la tonne rendue sur site, sera lancée dès mardi prochain. 

Toute l’opération sera financée par la ponction de 10% sur les budgets de fonctionnement. Un effort, estimé à 7,3 milliards d’ouguiya.  Est-ce suffisant pour calmer les esprits ? Rien n’est moins sûr. 

 

Synthèse MFO 

 

 

 

Encadré 

 

« Révolution des affamés » ?   

L’opposition a organisé dimanche une conférence de presse dans un hôtel de Nouakchott. Cinq représentants de partis intervenaient sur la crise qui a engendré des manifestations dans des villes de l’intérieur ; manifestation qui ont eu des conséquences fatales. Il y a eu de « violentes manifestations qui ont été sévèrement réprimées », a déclaré Ibrahima Moktar Sarr, président de l’AJD/MR. Après avoir exprimé leur compassion pour les victimes, le défunt Taleb O. Nava’ et les blessés, de ce que Saleh Ould Hannana a appelé « la révolution des affamés », l’opposition a dit regretter les « atteintes aux symboles de l’Etat ». Toute manifestation doit s’inscrire dans le cadre de la légalité, ont repris comme un refrain tous les cinq leaders de l’opposition qui « se veut une opposition responsable » qui, « en sortant de la dictature de Maouya Ould Sid’Ahmed Taya », pense, a dit encore Ibrahima M. Sarr, qu’il y a une évolution et qu’elle ne doit pas avoir les mêmes comportements comme elle faisait ». Aussi, faut-il considérer que cette opposition ne saurait se reprocher une quelconque responsabilité dans ces crises pour lesquelles « aucun opposant n’a été arrêté », à en croire Saleh Ould Hannana. Le fait est que depuis le début des événements, le pouvoir a émis la thèse de la manipulation. Laquelle serait du fait de personnes issues de la majorité. L’opposition avait renoncé à marcher le 31 octobre et préféré organiser un meeting dans un stade de Nouakchott : « parce que nous avons senti que ceux qui ont voulu récupérer la situation pouvaient faire en sorte que cette marche déborde, c’est pourquoi nous avons transformé cette marche en meeting ». En tous cas « ce n’est pas nous qui avons dit aux gens de descendre dans les rue. Ce sont plutôt sous les injonctions de leurs ventres vides qu’ils ont agi, a dit Mohamed O.Maouloud, président de l’UFP. 

La sonnette d’alarme sur l’imminence d’une crise avait pourtant été tirée par l’opposition qui dit avoir usé de tous les moyens de persuasion afin que le pouvoir prenne des mesures en amont. Alors, quel remords pourrait avoir cette opposition face à une initiative et un risque pris par les populations de l’intérieur. « Nous n’avons pas à en avoir sauf qu’il y a eu mort d’homme et que nous demandons qu’une enquête soit faite pour en élucider les circonstances.», répond Kane Hamidou Baba, vice président du RFD.  Pour lui, ne se pose « pas la question de savoir si des opposants ont été arrêtés ou non ». Le fait est que « dans ce gouvernement, il y a des gens qui dirigent et dont l’histoire en matière de gabegie et de mauvaise gestion est connue, dit Saleh Ould Hannana, ils ne sont pas aptes à diriger ». Pourquoi alors ne pas avoir envoyé des délégations auprès des populations de l’intérieur ?  « Ce n’est pas à nous de prendre les décisions ou les initiatives », régit Jemil Ould Mansour du RNRD (tawassoul).  Ce que nous avons fait, c’est d’attirer l’attention des autorités sur les problèmes. Et nous disons qu’elles n’ont pas agi au moment opportun. Poursuit-il.

La veille de cette sortie, le gouvernement avait annoncé des mesures pour soulager les populations les plus démunies ont été annoncées par les autorités samedi après les émeutes. A la faveur d’une conférence de presse, le porte parole du gouvernement, Aziz Ould Dahi, ministre de la fonction publique et de la modernisation de l’administration a, fait part  de solutions initiées en vue de  réduire les prix et d’approvisionner efficacement en produits les zones les plus sensibles. Il est question notamment selon le ministre de stabiliser le  prix du pain sur l’ensemble du territoire national, de lancer dès lundi des actions faciles à mettre en œuvre et efficaces pour soulager, durant cette période difficile, les populations les plus démunies à travers l’amélioration de leur revenu et de leur sécurité alimentaire. Il ne faut pas, objecte-t-on du côté de l’opposition que ce ne soit qu’une sorte de « calmant ». « Les douze mille tonnes de blé représentent la consommation du pays en deux semaines », a dit Kane Hamidou Baba, du RFD. 

On parle par ailleurs de redynamiser la sonimex en lui prêtant plus de deux milliards d’ouguiyas. Reste à savoir si cette société nationale -qui n’est pas arrivée à s’inspirer et à arracher le ravir aux commerçants le monopole de l’importation des denrées de premières nécessité- sera en mesure de faire un bon  usage de ce fonds et de tenir le coup face à la voracité des commerçants. 

Une autre mesure du gouvernement est tombé au moment où l’opposition se préparait à organiser sa conférence du 11 novembre : la baisse de l’ITS. Cette baisse épargnerait, à en croire le ministre du travail le paiement de l’impôt à près de cinq mile fonctionnaires. A d’autres cette réduction restituera en termes d’équivalences d’apport, ce qu’ils cotisent déjà à
la CNAM (caisse nationale d’assurance maladie). Ils sont quand même plusieurs dizaines de milliers en Mauritanie. Soixante mille environ, dit-on. Cette mesure est prévue pour janvier 2008. Autant dire que plus de quatre vingt quotidiens les séparent d’un bout d’un tunnel long et noir…. 

Kissima

 




Condamnation d’un journaliste « mercenaire »

14112007

Condamnation d’un journaliste « mercenaire » 

  

Les lampions se sont finalement éteints le 7 du mois en cours sur le désormais célèbre procès opposant le richissime et puissant homme d’affaires monsieur Mohamed ould Bouamatou, PDG du Groupe BSA et ancien patron du patronat mauritanien à monsieur Abdel Vettah ould Abeidna. Le verdict n’a pas été clément : un an de prison ferme, 50 000 ouguiyas d’amende et 300 millions ouguiyas de dommages et intérêts contre le directeur de publication du journal Al Aqsa. 

  

Ce verdict malgré sa lourdeur n’a pas ému outre mesure les hommes du quatrième pouvoir en Mauritanie, comme pour signifier qu’ils n’étaient pas solidaires de ce vrai faux confrère. En effet, monsieur Abdel Vettah ould Abeidna n’a rien à voir avec la profession de journaliste. Jugez-en par vous-mêmes : notre bonhomme émarge à la très officielle Agence Mauritanienne d’information en qualité de…comptable. Spécialiste du faux et de l’usage du faux, il préside également aux destinées d’une ONG cartable et a réussi à obtenir un récépissé pour un parti politique qui n’existe que de nom. Quels sont les objectifs et bilan de cette ONG et où se trouve son siège et combien d’adhérents compte ce parti, est-on en droit de se demander ? 

  

Abdel Vettah ould Abeidna est donc tout sauf un journaliste. C’est pourquoi, il n’a pas bénéficié d’un élan de solidarité au sein de la corporation mauritanienne qui pourtant se mobilise promptement pour toutes les causes justes qui concernent les vrais journalistes comme cela fut le cas pour Sami El Hadj de la chaîne qatarie El Jezira ou encore plus proche de nous pour le journaliste Kaka, patron de presse et correspondant de RFI au Niger. 

  

La même attitude a été adoptée par l’organisation internationale Reporters Sans Frontières (RSF) qui, dans un communiqué publié pour la circonstance, n’a pas condamné ce verdict comme il est d’usage dans les déclarations de RSF  en pareille circonstance, se contentant de « déplorer les conclusions de ce procés ». L’organisation de défense de la presse s’est par ailleurs faite l’écho des »appels répétés d’une partie des directeurs de journaux. 

 de Nouakchott relatifs au problème posé par la presse mercenaire mauritanienne, problème qui n’a jamais été abordé de manière sérieuse par les autorités ». 

Dans le même communiqué, RSF note que Abdel Vettah ould Abeidna a accusé, sans preuves, l’homme d’affaires d’être un trafiquant de drogue. 

  

Autant dire que Abdel Vettah ould Abeidna n’a jamais été qu’un maladroit arnaqueur qui récoltait tout document administratif qui pourrait lui servir d’obtenir quelques prébendes non méritées. Profitant du règne de l’ancien régime où certains de ses proches étaient aux commandes du pays, il n’avait pas eu de la peine pour collectionner, en un tour de main, des récépissés pour une ONG, un journal et pour un parti politique au moment où certains groupes légalement constitués n’ont pu obtenir un seul de ses privilèges que leur garantit pourtant
la Constitution.
 

  

Ce sont les mêmes lobbies maffieux qui seraient derrière la calomnieuse et mensongère campagne de dénigrement orchestrée injustement contre l’homme d’affaires Mohamed ould Bouamatou. Ces lobbies mesquins sont mus par un esprit revanchard car ils nourrissent un mauvais sentiment envers cet homme qui après avoir connu un retentissent succès en affaires a fait un tabac dans le domaine de l’humanitaire avec
la Fondation portant son nom et qui grâce à un ambitieux programme s’étalant sur quatre ans, vise à éradiquer le trachome en Mauritanie, en partenariat avec le MSAS et l’ONG américaine ITI. Ceci en plus des soins de haut niveau prodigués gracieusement par l’Hôpital Ophtalmologique de
la Fondation Bouamatou.
 

  

Ces hommes qui faisaient de
la Mauritanie leur vache laitière du temps du régime déchu de leur cousin colonel, n’ont jamais digéré d’avoir perdu le pouvoir et surtout l’impunité dont ils jouissaient. Aveuglés par leurs haines, les animateurs de ce lobby oublient que la roue de l’histoire tourne…et que le temps approche où ils devront répondre eux-mêmes, et non par procuration,  de leurs forfaits 
 

 MSS 

 

Source :
La Tribune n°374 




Al Qaida, la transformation de la guerre et le droit international

14112007

Al Qaida, la transformation de la guerre et le droit international 

Entretien avec Mohammad Mahmoud Ould Mohamedou 

 

(L’entretien (en anglais) a eu lieu le 8 octobre 2007 à l’université d’Harvard (Etats-Unis). Entretien et traduction: Jean-Marc Flükiger. (source : Terrorisme.net)

 

Ancien directeur de recherche auprès du Conseil sur la politique des droits de l’homme à Genève, Mohammad Mahmoud Ould Mohamedou est directeur associé du programme de politique humanitaire et de recherche sur les conflits de l’université d’Harvard (Etats-Unis). Il est notamment l’auteur de l’ouvrage Understanding Al Qaeda – The Transformation of War (Pluto Press, 2007) qui a fait l’objet d’une recension sur Terrorisme.net. Spécialiste du droit humanitaire, il nous livre ici plusieurs éléments d’analyse sur Al Qaida et l’impact de la transformation de la guerre sur le droit des conflits armés.

La transformation de la guerre et le droit humanitaire international 

 

Terrorisme.net : Dans votre ouvrage, vous soulignez le déclin du monopole de la violence par les Etats et les différentes caractéristiques des nouvelles guerres, incarnées par des nouveaux acteurs tels qu’Al Qaida. Selon vous, en tant que juriste, quelle forme faudrait-il donner à une législation internationale qui prendrait en considération cette évolution? 

Mohammad Mahmoud Ould Mohamedou : En guise d’introduction, je pense qu’il est important de séparer les différents éléments du débat dont vous parlez : les nouvelles guerres, le déclin du monopole de la violence par les Etats et la législation internationale. J’ai constaté que souvent, ces éléments sont indistinctement entremêlés, ce qui est scientifiquement peu utile pour approcher ces problèmes. Selon moi, la discussion autour de la transformation de la guerre a des implications particulières dans le sens où il faut tout d’abord établir un diagnostic de la réalité sur lequel il soit possible de s’entendre, pour ensuite pouvoir tirer des conclusions sur ce que nous pouvons apprendre de ce diagnostic. Il s’agit là d’une question séparée de celle de la loi et des mesures à prendre par rapport aux lacunes qui se trouvent dans cette dernière, dans la mesure où on peut admettre que celle-ci comporte des lacunes. Comme vous le savez, il s’agit là d’une question très disputée. De plus, j’émettrais quelques réserves à mêler les questions qui concernent le diagnostic du problème et les questions de «remède». En principe, on devrait être en mesure de déterminer l’existence d’un problème sans pour autant devoir immédiatement proposer une solution à celui-ci. 

Et c’est une des objections auxquelles je suis souvent confronté: si le problème est tel que vous le décrivez, quelles sont vos recommandations? En fait, cette réponse brûle une étape qui est celle du diagnostic propre sur lequel j’aimerais maintenant me concentrer. 

Pour moi, toute la question autour de la transformation de la guerre est basée sur un déroulement «évolutionnaire» plutôt que révolutionnaire. En effet, durant ces dernières décennies, nous avons assisté à une transition assez lente (mais qui va parfois en s’accélérant) du paradigme des «anciennes guerres» – centrées autour des Etats – à des «nouvelles guerres» (appelées par exemple «guerres de la 4ème génération») – moins centrées autour des Etats et de plus en plus privatisées. Je crois qu’il n’est pas difficile d’apporter des preuves à cette transformation. La privatisation revêt différentes formes, en particulier celle de groupes armés non-étatiques, c’est-à-dire des groupes de guérilla classiques qui ont maintenant adopté une nouvelle forme dont l’exemple paradigmatique est Al Qaida. Cependant, comme on l’a vu récemment avec les entreprises militaires privées (par exemple en Irak), on a également assisté à une privatisation venant d’une direction opposée, celle des Etats, avec l’émergence de compagnies privées sous-traitantes. Celles-ci représentent plus qu’une simple évolution du mercenariat, plus qu’une sorte d’appendice des forces armées. En effet, cette évolution est liée à une perception et une vision toujours plus privatisée de la conduite de la guerre par les militaires eux-mêmes. Dans cette perspective, observez comme l’armée américaine envisage (ou a envisagé) le conflit en Afghanistan: celle-ci a adopté une approche «privée» qui reflète la manière dont les groupes locaux eux-mêmes se battent. En effet, les militaires ont déclaré dès le départ que les stratégies classiques faisant usage de tanks ou de bombardements massifs n’étaient pas adaptées pour gagner cette guerre. La dernière preuve de cette évolution (outre celles que je viens de mentionner) est le «6ème conflit israélo-arabe» qui a eu lieu en juillet 2006 entre un groupe armé privé, le Hezbollah et l’armée israélienne. Ce conflit a opposé un acteur étatique et un acteur non-étatique et c’est la première fois dans cette région que c’est un tel acteur qui gagne ce conflit. 

Si l’on s’intéresse maintenant à une autre question de votre énoncé – celle du droit humanitaire international – on constate qu’au niveau de sa configuration et de sa formulation, celui-ci offre une marge extrêmement restreinte aux groupes armés non-étatiques. Il s’agit là d’un problème dans la mesure où ces groupes jouent un rôle de plus en plus important – voire dominant – tant au niveau qualitatif que quantitatif dans les conflits armés de notre époque. Vous avez ici un ensemble de lois qui codifient et sont basées sur une certaine vision et une certaine pratique de la guerre qui a prévalu pendant plus de 150 ans. Si maintenant on considère que ces pratiques se sont modifiées, alors que la loi est restée prisonnière de cette vision de la guerre, vous aurez nécessairement une lacune. Ceci a été en partie reconnu, mais fait toujours l’objet de résistances. Par exemple, certains juristes vous diront qu’il s’agit simplement d’un problème d’implémentation et que si le droit était appliqué correctement, vous n’auriez pas tous ces problèmes. Un autre argument qui est parfois invoqué – mais qui ne me semble pas pertinent – est qu’une modification du DHI (Droit Humanitaire International) abaisserait le niveau de protection dont bénéficient les civils à l’heure actuelle. Même si j’ai de la sympathie pour cet argument, je suis quelque peu ennuyé en tant que chercheur dans la mesure où la loi, dès lors, ne prend en considération que de manière minimale ce qui se passe sur le terrain. Pourtant, plus les années passent, plus ces groupes non-étatiques prennent de l’importance et, en réaction à cela, on observe que les armées «improvisent» et prennent des libertés en interprétant les lois existantes (on l’a vu dans le débat sur la torture etc.). De ce fait, c’est en refusant de mener ce débat que l’on affaiblit la loi existante.

Terrorisme.net – La loi, qui codifie certaines pratiques, vise également à établir certaines distinctions entre les soldats et les civils. Cette distinction est fondée sur un ensemble de critères qui dépendent d’une certaine vision de la guerre. A l’aune de la disparition de ces critères, ne serait-il pas nécessaire de redéfinir cette distinction? 

Mohammad Mahmoud Ould Mohamedou – Il s’agit là d’un véritable défi dans la mesure où ces nouveaux groupes ont acquis un tel pouvoir qu’ils entreprennent maintenant des actions sans aucune considération pour les règles existantes, encore plus qu’avant. Les groupes de guérilla n’avaient certes pas beaucoup de considération pour la loi, mais parfois ils respectaient certains codes et on pouvait parfois même rencontrer des émissaires de ces groupes dans des conférences. Dans cette perspective, ces groupes partageaient avec les Etats une volonté (même si elle était parfois très limitée) de prendre en considération la loi existante. 

Si l’on observe l’évolution scientifique de la guerre, les événements importants de cette dernière décennie – sans parler uniquement des attentats du 11 septembre et de leurs implications pour l’Afghanistan et l’Irak – et la fin de ce que j’appelle «l’immunité des métropoles» (c’est-à-dire les attaques à New York, Washington, Madrid, Londres), ces éléments nous conduisent à une réalité totalement différente qui pose de nouvelles questions qu’il faut prendre en considération. 

Je pense qu’à moins d’avoir un véritable réexamen international qui prenne en considération ces nouveaux éléments afin de renforcer les piliers existants de la loi – dont 98 % pourraient être simplement reformulés et 2 % devraient être peut être mis à jour par exemple au niveau de la question des groupes armés sub-étatiques – et d’insister sur l’universalité de celle-ci, il n’y a aucune raison de penser que ces questions seront prises en considération. 

Dans ce cas, on aboutit à la situation actuelle que l’on peut interpréter soit comme un déni («la guerre n’est pas en train de changer», «tout va bien», «il faut simplement appliquer la loi»), très présent entre 2002 et 2005 et défendu par de nombreux chercheurs, soit une situation où l’on refuse de faire quoi que ce soit dans la mesure où une quelconque modification de la loi serait considérée comme politique. 

Dans ce dernier cas, on entre dans le débat politique. Or le droit humanitaire international ne vise pas à faire progresser la cause politique de certains Etats au détriment d’autres, mais à réguler les conflits armés et offrir une protection aux civils. Je pense que dans cette dernière perspective, au niveau de «l’esprit» de la loi, de sa mise en avant de l’aspect humanitaire, celle-ci est parfaitement adaptée. Cependant, la loi doit également prendre en considération de nouveaux phénomènes et en laisser de côté. Quand avez-vous entendu parler pour la dernière fois de la «levée en masse»? On n’en a même pas observé en Irak où l’on aurait pu s’y attendre lors de l’avancée des Américains en direction de Basra. Certains concepts sont simplement en train de tomber en désuétude et, dans cette perspective, le spectre de la non-pertinence menace le DHI si certaines questions ne sont pas abordées, comme celles des nouvelles technologies, des attaques dans le cyber-espace, des nouveaux types de missiles, du recours aux attentats-suicides ou de la référence à d’autres corps de loi (comme le rapport entre DHI et la loi islamique). 

Nous avons assisté à une discussion du DHI environ tous les 25 ans, en 1977 avec les Protocoles additionnels, en 1949, avec les Conventions de Genève (dans les années 1930 on a assisté à des discussions concernant la guerre civile espagnole qui ont constitué le travail préparatoire pour les conventions de 1949). Au début du XXème siècle, les discussions tournaient autour des nouvelles armes, ce qui a mené aux conventions de la Haye de 1907, et on peut remonter pour aboutir à la fondation de la Croix-Rouge qui fut une réaction de Dunant à la bataille de Solferino. Pourquoi au début du XXIème siècle, après un événement aussi important que les attentats du 11 septembre et l’émergence d’un nouvel acteur comme Al Qaida, n’est-il pas possible de mettre ces problèmes sur la table et de les discuter de manière prospective et compréhensive? 

 

Suite la semaine prochaine 

(Avec l’aimable autorisation de l’auteur) 

 

Source :
La Tribune n°374 




Le conseil des bonnes intentions

14112007

Le conseil des bonnes intentions

La réunion hebdomadaire du conseil des ministres s’est tenue à Nouadhibou le mercredi 07 novembre 2007 «dans le cadre du rapprochement de l’administration du citoyen», selon Aziz Ould Dahi, Ministre de la Fonction Publique et de la modernisation de l’administration, porte-parole du gouvernement. «Nouadhibou sera ainsi la première wilaya du pays dans laquelle seront introduites les premières réformes majeures de la gouvernance locale», dit le communiqué du Conseil des ministres.

Une seule mesure individuelle a été prise lors de cette réunion. Il s’agit de la nomination de Mohamed Yahya Ould Mohamed Ikhallih comme chef d’arrondissement de Vassala à la place de Seck Amadou. Ce dernier est «relevé de ses fonctions pour non respect des instructions relatives à l’interdiction d’attribution de terrains et l’inobservation de la législation en vigueur au niveau du domaine foncier», selon le communiqué. Ce qui pose le problème du préfet de Bassiknou relevé deux semaines plus tôt pour la même faute. En fait, c’est finalement le chef d’arrondissement qui est fautif.

 

Objectifs à atteindre

 

Au cours de cette réunion du conseil, le gouvernement a adopté une stratégie qui transformera Nouadhibou en pôle d’excellence de développement. Et cela à travers la régionalisation des pouvoirs d’ordonnancement, l’élaboration d’un cadre budgétaire à moyen terme et le renforcement de l’administration pour soutenir cette dynamique.

Dans ce cadre, il a été décidé de mettre le budget d’investissement à la disposition du wali, de choisir les responsables des services administratifs régionaux parmi l’avant-garde des administrateurs, de suivre et évaluer les activités sectorielles. Il a été décidé, notamment, de réformer la baie de Nouadhibou et d’introduire des réformes dans le secteur de la pêche en vue d’améliorer la gestion des ressources et l’augmentation de la valeur ajoutée du secteur.

Il a été également décidé de redéployer des travailleurs opérant dans le domaine de la sécurité et de l’encadrement administratif, de réorganiser et coordonner les moyens disponibles. La réalisation de 160 Km du réseau d’adduction d’eau et la construction d’une réserve d’une grande capacité a été décidée. Tout comme la construction de 5 bornes fontaines publiques, le lancement des opérations de réhabilitation des équipements de réception et de stockage des hydrocarbures, la réalisation de 6200 raccordements et la mise en service en 2008 de la centrale de Nouadhibou avec toute sa capacité, l’adaptation du port de Nouadhibou aux normes internationales. La SNIM financera 22 microprojets dans les différents domaines. La Sonimex oeuvrera à renforcer ses agences en denrées de consommation courante avec la révision des prix pour que ces derniers soient à la portée du consommateur et pour maîtriser le marché.

50% du droit d’accès indirect à la pêche pélagique seront, selon Ould Dahi, diminués pour les pêcheurs artisans. Des états généraux de la pêche seront organisés avant la fin de 2007. Une approche contrat d’essai sera suivie par l’Agence nationale de promotion de l’emploi des jeunes (ANAPEJ. Plus de 131 tonnes de produits alimentaires seront distribuées gratuitement au profit de plus de 1900 familles et 127 tonnes de riz au profit 1270 familles nécessiteuses.

Le conseil a notamment décidé la réalisation de travaux de réhabilitation de l’aéroport de Nouadhibou, la construction d’une tour de contrôle, l’extension des docks du Port autonome de Nouadhibou et la mise en place des balises. Un palais de justice et une prison civile seront construits. Tout comme un stade olympique. La SOCGIM va vendre 376 lots de terrains qu’elle avait commencé l’aménagement depuis 2006. Le projet TWIZE construira 554 unités de logement. Un appel d’offre international sera lancé pour la construction de 400 logements pour la SNIM. Toute attribution de terrains sera gelée sauf pour des activités d’intérêt public. La zone touristique des Cabanons sera mise en valeur.

Reste à savoir quel est le coût total de cette ambitieuse stratégie ? Combien de temps devrons-nous attendre pour voir ces objectifs réalisés ?

 

Compte-rendu : Mechri Ould Rabbany

 

Source :
La Tribune n°374




Rosso

14112007

Manifestations scolaires : situation maîtrisée 

Jeudi 8 novembre vers 9 heures, les classes sont perturbées dans presque tous les établissements scolaires de Rosso. Le mouvement commencé au collège s’est répandu au lycée puis dans les écoles fondamentales. Quelques jets de pierre ont suffi pour apeurer les élèves et les mettre dans la cour.  Il semblerait que les élèves protestent contre la hausse vertigineuse des prix mais les autorités administratives pensent qu’il y a manipulation des enfants par des politiciens aux desseins cachés. Quelques dirigeants ont été identifiés et appréhendés pour les besoins de l’enquête.

Le mouvement s’est très vite calmé avec l’intervention des forces de police arrivées sur place très rapidement. Les autorités ont pris le problème très au sérieux et jeudi on pouvait remarquer devant la wilaya  et devant la préfecture des gardes armés qui faisaient la sentinelle. Vers 13 heures 30 le jeudi le nouveau préfet M. Sidi Sow a reçu les trois chefs d’établissement du secondaire qui ont fait le rapport détaillé des événements. Il a reçu par la suite le commissaire de police. Vendredi les forces de l’ordre étaient encore près des établissements secondaires mais le calme était déjà revenu.

Djigo Aboubakry

Source  : La Tribune 374




Passif humanitaire :

14112007

Passif humanitaire : 

Diagnostic et solutions 

 


Le Comité de Solidarité avec les Victimes des Violations des Droits Humains en Mauritanie (CSVVDH) a organisé dimanche un atelier de réflexion sur le passif humanitaire en Mauritanie sous le thème «Passif Humanitaire en Mauritanie : Quelles solutions ?». La journée a commencé par un discours prononcé par la présidente du Comité, Mme Lalla Aicha Sy qui a précisé qu’il s’ du Comité, Mme Lalla Aicha Sy qui a précisé qu’il s’agissait des événements malheureux des années de braise : 1989 qui a abouti à l’expulsion de milliers de négro-africains mauritaniens, 1990-91 qui ont vu mourir des dizaines de militaires négro-africains. La première intervention fut celle de Abdoulaye Ciré Bâ qui devait fixer le contexte du passif humanitaire en essayant d’en définir les causes et les conséquences. Il a défini d’abord ce qu’il entend par ‘passif humanitaire’ comme ‘ensemble des violations de Droits de l’Homme et des crimes relatifs à ces droits’, commis par un Etat, un gouvernement ou des groupes armés sur un territoire donné. Les événements de 1989-90-91 répondent parfaitement à cette définition. Le conférencier a ensuite rappelé les faits qui sont partis d’une simple bagarre entre un éleveur peulh et un agriculteur soninké. Le premier mauritanien et le second sénégalais. Banale bagarre quand on sait les rapports existant entre les deux mondes : celui des éleveurs et celui des agriculteurs. Cette bagarre banale devait aboutir à un conflit ouvert entre deux Etats, puis à une confrontation ethnique à l’intérieur de la Mauritanie. En fait c’est le résultat d’une instrumentalisation non seulement de la part des deux pouvoirs, mais aussi des groupuscules extrémistes. Ce qui sera un drame pour les populations des deux pays, se déroulera en cinq actes dont chacun constitue une facette de ce qu’on appelle aujourd’hui le passif humanitaire selon le conférencier. 

Acte I : les émeutes qui ont été précédées de part et d’autre de campagnes d’intoxication. Anti-Maure au Sénégal, cette campagne a vite dépassé les Sénégalais pour atteindre les négro-africains mauritaniens. Au Sénégal on assistait à une restriction à l’ensemble des Maures, en Mauritanie à l’extension du conflit vers le nationaux négro-africains. Les dérives étaient faciles. D’abord spontanées, les manifestations sont vite encouragées, suscitées et encadrées par les officiels et les semi-officiels. C’est ici que commence le passif humanitaire. Combien de victimes ? Personne ne sait. 

Acte II : les deux chefs d’Etat se mettent d’accord sur le principe les ressortissants de l’un et l’autre des pays. Des négro-africains, pour la plupart citadins, fonctionnaires sont renvoyés au Sénégal. Ce qui devait être une bavure devient une mesure, un acte délibéré. 

Acte III : la phase de déportations commence. C’est par villages entiers que les populations de la Vallée sont expulsées et spoliées de leurs biens. Affectations des terres et des villages à d’autres occupants. 

Acte IV : Etat de siège de la Vallée. La répression frappe les populations. Mise en œuvre d’une stratégie systématique de harcèlement dans les zones sud. Présence militaire massive et excessive et carte blanche aux administrateurs. Pour les citadins, le régime de la résidence surveillée est plus descriptif de leur état. Humiliations, exactions contre des populations qui deviennent des citoyens de seconde zone. Les premières enquêtes sur cet aspect datent de 92 avec le fameux ‘La terre accuse’ d’Al Bayane. Pas de statistique. 

Acte V : Même si le conférencier juge fort le mot ‘extermination’, il ne peut s’empêcher de l’utiliser vu l’ampleur des dégâts humains au sein d’une Armée dont les effectifs sont faibles. Entre septembre 90 et avril 91 environ 500 officiers, sous-officiers et hommes de troupe négro-africains vont trouver la mort dans des conditions terribles. Certains même sont ‘sacrifiés’ le 28 novembre 90 à Inal. Le Président Ould Taya prétendra à l’époque qu’ils ont été tués par ‘leurs frères d’armes dans un cas de légitime défense’. 

Pour ce qui est des causes, le conférencier a rappelé que jusqu’à la période coloniale et même après, les conflits n’ont jamais été d’ordre ethniques mais plutôt politico-religieux. Rappelant que les instants fondateurs des deux communautés sont la guerre de Charrbubba et celle des Torobés. L’une et l’autre ont vu l’implication des uns et des autres, même si le résultat est différent chez les deux communautés : chez les Maures, la confédération maraboutique est battue, chez les négro-africains c’est elle qui gagne. Sous l’Etat moderne, ce sont les conflits des élites qui alimenteront les contradictions. Face au rétrécissement des espaces de vie, la lutte pour l’accès aux ressources naturelles s’intensifie. S’ajoutent à cela l’activisme nationaliste chauvin et les manipulations ethniques dans un Etat dévoyé. L’application de la loi domaniale en Mauritanie accentuera le pourrissement des relations avec le Sénégal qui subit déjà l’activisme des groupes hostiles à la Mauritanie (Comité de crise). Le conférencier devait conclure en disant que la question centrale de la coexistence des deux communautés reste posée. 

Après avoir insisté sur le devoir de justice, le devoir de mémoire et le devoir de réparation, les participants ont essayé d’analyser les expériences d’ailleurs, notamment celles du Maroc et d’Afrique du Sud. Déjà Mme Sy avait eu comme objectif «d’amener les acteurs incontournables du développement à mener une réflexion approfondie sur les causes des graves violations qui ont été commises et qui affectent l’unité nationale et mettent en péril la paix, la concorde et  partant proposer de meilleurs stratégies possibles pour aboutir à des solutions durables». Pour elle, l’«atelier se tient dans un contexte exceptionnel pour les Mauritaniens, marqué par un climat d’ouverture, de dialogue social, juste à la veille des journées de concertation prévues par le gouvernement au sujet du retour des déportés et le règlement du passif humanitaire». Comme elle lavait souhaité, le «débat était serein et dépassionné indispensable pour traiter des sujets d’une grande complexité parce que touchant l’honneur et la dignité humaines». 

 

MFO 

 

Source :
La Tribune n°374 




L’édito de La Tribune Par Mohamed Fall O Oumère

14112007

L’édito de

La Tribune Par Mohamed Fall O Oumère 

 

Certes les mesures préconisées par le Gouvernement répondent aux attentes des populations. Et contrairement à ce que certains veulent faire croire, ce n’est pas un signe de faiblesse pour un gouvernement de répondre aux doléances de sa population. Au contraire. Surtout que nos gouvernants nous ont habitués jusque-là à nous faire souffrir en silence. Mais ces mesures sont-elles suffisantes en elles-mêmes ? Je ne le pense pas. 

Le Gouvernement aurait dû – et pu – aller beaucoup plus loin au moins pour deux des mesures prises. 

Le principe de la ponction sur le budget de fonctionnement est louable. Mais il fallait dépasser le cap des 40%. 200 milliards pour le budget 2007, au moins 232 pour celui de 2008, c’est énorme quand on sait que toutes les malversations opérées par les fonctionnaires véreux se font sur le fonctionnement. Avec 40% de ponction, les autorités auraient pu dégager les 18 milliards nécessaires à maintenir le prix du blé au niveau de 70 au lieu de 140 UM/kg. 

La redynamisation de la SONIMEX est elle aussi une orientation juste. Surtout avec l’actuel directeur dont la présence à la tête de la société est en elle-même une garantie pour la bonne gestion de l’opération. Mais 2,5 milliards suffiront-ils ? Jusque-là la SONIMEX ne couvre pas 5% du marché. L’objectif est de l’amener à la barre de 20% pour influer véritablement sur les prix. 

On a oublié dans ce train de mesures de poser le problème des ‘grands projets’, ceux que l’on appelle ‘projets structurants’. Les projets sur lesquels compte le Premier ministère pour créer les emplois et stimuler la croissance. Ces projets ne peuvent avoir leurs effets attendus que dans trois ans au moins. La perspective de débarquement obligatoire au port de Nouadhibou, demande la multiplication des usines à terre pour congeler le poisson. D’où une demande énergétique impossible à couvrir dans les deux ans à venir. Elle demande aussi une réhabilitation des quais et un dragage de la rade. Le coût total de cette mise à niveau est estimé à 60 milliards ouguiyas (200 millions dollars, dit-on). Deuxième grand projet, celui de El Aouj. Le retrait des Saoudiens n’a pas eu d’effet vu la promptitude de l’arrivée des Qataris, surtout que ceux-ci interviennent à travers une société d’Etat (Qatar Steel). Mais nous en sommes encore à la phase du montage. Il faut penser à tout le temps et aux fonds nécessaires pour réadapter le chemin de fer, les quais du port minéralier et fournir l’énergie et l’eau en quantité suffisante. 

C’est ce qui nous amène à dire que, malheureusement encore, les réponses ‘économiques’ et sociales ne suffiront pas à passer le cap actuel. Il faut réaliser une sorte de ‘trêve politique’ pour permettre au Gouvernement de travailler et de se consacrer à la réalisation de ses projets visant à améliorer les conditions de vie des populations. Pour ce faire, la première des attitudes consiste à sortir le Gouvernement du champ politique qui doit être le domaine réservée de la présidence. La deuxième attitude est celle de refuser aux extrémistes de part et d’autre, de remettre en cause l’atmosphère de dialogue et de bonne entente qui prévalait entre l’Exécutif et l’Opposition. Si certains, comme moi, pensent que la perspective d’un gouvernement d’union nationale est préjudiciable à la démocratie, il reste que d’autres formules de concertation peuvent être trouvées. Des observateurs avertis parlent de la mise en place d’un conseil économique et social après étroites concertations entre les différents acteurs de la vie politique et sociale. De façon à impliquer tout le spectre politique et social du pays. 

Autre geste d’apaisement, celui qui doit nécessairement être entrepris envers les hommes d’affaires. Il est inutile de continuer à croire que le développement du pays puisse se faire sans les opérateurs économiques. Il est inutile et injuste de continuer à vouloir leur faire porter la responsabilité de la faillite économique, politique, morale et sociale de l’Etat pendant ces vingt dernières années. Ils y ont participé certes. Mais parce que des fonctionnaires, de hauts responsables exigeaient d’eux d’acheter leurs services. Ils sont responsables autant que chacun de nous. Nous sommes aujourd’hui en phase de renaissance. Il y a lieu de décider une amnistie fiscale qui permettra aux opérateurs d’être en confiance et de communiquer vrai sur leurs entreprises. Si l’on reparle de faux chiffres, c’est bien parce que les opérateurs ne dressent pas de bilans fiables. On ne sait pas qu’est-ce qu’on importe, en quelles quantités, comment c’est vendu, quels bénéfices on en tire… Je tais ici toute l’impossibilité d’avoir une idée nette et réelle du marché mauritanien. J’insiste cependant sur l’impossibilité d’établir un climat de confiance pour attirer les investisseurs. Tout cela pour dire que l’absence d’une collaboration franche avec les opérateurs est aussi préjudiciable au pouvoir que la rupture de dialogue avec l’opposition. Au Président de trouver la formule adéquate pour celle-ci. Au gouvernement de proposer une solution pour l’autre. 

 

Source :
La Tribune n°374 







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