5 11 2007

 Des femmes pakistanaises, saoudiennes, touaregs ou minangkabaus , lesquelles sont les « plus » musulmanes ; c’est à dire, sous l’angle que nous tentons d’éclairer, depuis quelques semaines à présent : jouissant au mieux des limites assignées par le Divin Ordonnateur ? La question soulève une montagne d’interrogations. On se souvient, par exemple, du célèbre hadith indiquant les choix protocolaires à la mosquée : « le premier rang est la meilleure place pour un homme, et, pour une femme, c’est le dernier ». Quatorze siècles plus tard, où entend-on, encore, la relativité de ces « meilleurs » arrangements ? Se souvient-on de Hafsa, une des épouses du prophète – P.B.L. – prenant la parole, en fin de salat, pour annoncer, à la communauté, la présence, à Médine, de son père, ennemi notoire de l’islam, et l’octroi de sa protection, en la demeure même du prophète – P.B.L. ? De Chifae bint Abdallah, responsable officielle du grand marché de Médine ? D’Aisha, autre épouse du prophète – P.B.L. – prenant la tête d’une malheureuse coalition contre ‘Ali, le quatrième khalife de l’islam – que Dieu les réconcilie en ses plus hauts degrés ? Les exemples de femmes volontaires, expressives et pleinement riches de leur féminité, sont légion en terres d’islam, même si leur « meilleure » situation demeure celle de l’intériorité, de la maison, de l’intime, voire du silence librement consenti. Si l’homme exprime, à l’ordinaire, l’islam, c’est bien la femme qui en imprime le mouvement… La femme mauritanienne, indéniablement saharo-musulmane, semble, de son côté, avoir tiré substantiel profit des enseignements coraniques et des protocoles ségrégationnistes empilés par les âges. Parfaitement au courant de ses droits testamentaires – moitié moindre, comme chacun sait, de ceux de son frère – elle s’applique, avec une ténacité remarquable, à faire respecter de son époux ses devoirs, quotidiens, de nourriture, logement et parure, conduisant son patrimoine et ses droits matrimoniaux à sa stricte convenance, en concertation étroite, ordinairement, avec sa famille antérieure, cousinage inclus. On comprend mieux, dès lors, qu’à défaut d’avoir bon dos, le soupirant mauritanien cherche sa douce moitié – en réalité, plus souvent, son rude double – de préférence, au plus près du berceau familial… Usant de toutes les indications et suggestions de la tradition islamique, madame s’organise, par ailleurs, des espaces sociaux strictement féminins, construisant ainsi un « gynécomarché » parallèle, où se compensent les manquements, non seulement économiques, mais aussi affectifs, d’une vie conjugale très accessoirement fondée sur l’éternité du don de soi. Faut-il également souligner que c’est en Mauritanie que le droit malékite s’est enrichi, il y a près de deux siècles, d’une disposition selon laquelle « un sévice corporel ayant entraîné la moindre disgrâce, même temporaire (sic !), constitue un cas légitime de divorce pour une femme » ? Les plus pieux se souviennent ici que le prophète – P.B.L. – ne frappa jamais la moindre femme, fût-elle sa pire ennemie ; ou sa meilleure amie… Transportons-nous sur les îles, les grandes Comores en l’occurrence, où l’islam s’est parfaitement assimilé une coutume ancestrale, le traditionnel manyahuli, dont « les biens (terres et, surtout, maisons) constituent une propriété collective où les bénéficiaires, exclusivement féminins, n’ont aucun droit de propriété ni quote-part définie ». Concordance aisément compréhensible : on est ici en face d’une version localisée du waqf, cette forme très particulière – et popularisée, en islam, par Mohamed lui-même – P.B.L. – de la propriété, « congelée », « immobilisée », par son ayant-droit légitime, à des fins, familiales, de non-démembrement de capital, ou, plus altruistes, de pérennisation d’un service humanitaire, au gré des choix du fondateur du waqf, le second terme de l’alternative concluant – en définitive cependant : toujours – l’aboutissement du bien. Un bien waqf, incessible et inaliénable, quitte – en théorie : définitivement – le cadre du marché. L’intérêt pour les femmes, ou plus généralement, les militant(e)s à leur cause, est particulièrement évident dans le système testamentaire musulman. Mais il faut prendre un tantinet plus de perspectives pour mesurer sa portée universelle. Le monde moderne est, en effet, obnubilé ; pour ne pas dire : garrotté ; par le concept de propriété. Qu’elle soit publique ou privée – avec, certes, des nuances d’opportunités transactionnelles – celle-ci est soumise à un intense champ de pressions économiques, où les contraintes monétaires étouffent la réalité sociale et écologique du marché. L’échange a écrasé l’usage, au point de faire de son signe – la monnaie – la mesure même de l’humain : « il – ou elle – pèse tant de dollars », a-t-on, banalement, coutume de désigner quelqu’un(e) aux U.S.A. Le développement conséquent d’une zone d’activités où la propriété n’a plus de signification pertinente, développement fondé sur la permanence assurée de la valeur des biens immobilisés et l’organisation précise de leur usufruit, ouvre un espace de régulation, potentiellement apte, sinon à neutraliser, du moins à minimiser les effets, singulièrement injustes, des tempêtes monétaires mondiales que génère le système actuel, si fier, au demeurant, de son égalitarisme démocratisant. Il n’est certes pas fortuit, ni dénué de sens, que cette antique notion de bien de mainmorte se soit si communément perpétuée dans le monde musulman, dont on vient de souligner l’inégalitaire organisation sociale entre les sexes. A contrario d’une opinion aujourd’hui mondialement assénée, on voit ici que l’inégalité peut être génératrice d’équité. Cela dispense-t-il les musulmans de traquer toutes les injustices parasites, incrustées par des siècles de lecture paresseuse de l’islam, cette « religion de la nature » où la différence, pleinement assumée, doit constituer un réservoir de richesse pour tous ? Ce serait, à l’évidence pour qui en connaît les fondements, déjuger de leur foi.


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