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Les Echos Par Mohamed Fouad Barrada

26112007

Les Echos Par Mohamed Fouad Barrada 

  

L’arrimage de l’ouguiya au Dollar, un risque 

 

Dans un déséquilibre financier mondial qualifié d’équilibre de la terreur, les dirigeants mauritaniens  à l’instar de certains pays africains croisent  les bras en attendant des décisions externes. Lesquelles espèrent-ils,   permettent de soutenir leurs budgets annuels. 

Les citoyens, quant eux,  souffrent de la faiblesse de leurs revenus et du chômage. Ils attendent  une   politique  efficace agissant  sur  les importations des denrées élémentaires par le biais de  fixation d’un barème de  prix. Qu’en est-il de la balance commerciale ? 

Les autorités supposent que cette dernière   est excédentaire (pour  les trois mois passés).   

Pourtant, l’hypothèse du goulot d’étranglement externe  est  fortement avancée. Il est question entre  autres  d’une insuffisance des recettes en devises pour financer les importations nécessaires. D’où une  dégradation  de la monnaie locale induisant une  inflation qui ne dit pas son nom. 

Dans cette perspective, l’arrimage de notre monnaie au dollar est une option dangereuse. Il s’agit  de maintenir une parité fixe de l’ouguiya par rapport au dollar d’une part et d’appliquer un régime de change  flottant par rapport aux autres devises d’autre part. On évoque que notre panier de change favorise le dollar au détriment des autres  devises : 

 70 %   de celui-ci est constitué de billets verts. L’ouguiya dépend alors  d’une monnaie surévaluée. 

Les spécialistes sont unanimes sur le fait que le dollar  doit perdre  deux tiers de sa valeur actuelle pour qu’il puisse retrouver sa juste  valeur. 

Il est, aussi,  probable  que nous achetons la marchandise en euro alors que nous vendons en  dollar.  Conséquence partielle : détérioration de terme d’échange. Car  la monnaie de l’oncle Sam   est en nette  diminution par rapport l’euro. 

Le pays   a besoin, par ailleurs,  des fonds externes pour relancer son économie. 

Toutefois, les investisseurs étrangers  ne financent pas une  économie à faible revenu  dont la stabilité est   incertaine. L’issue de l’équipe dirigeante en Mauritanie  reste pour le moment les dons et les bailleurs de fonds. Une  telle issue aura comme  répercussion évidente   l’ingérence du FMI et de

la Banque Mondiale  dans la gestion des biens publics.   

Les pays,  essayent, en revanche,  de se détacher de la mainmise des instituts de Breton Woods. Quitte à les rembourser. Les autres sécurisent leurs économies par la prise  des participations, les placements sûrs  et les achats des bons de trésor américains. Que doit-on alors  faire pour protéger notre économie nationale ? Lutter contre la défaillance du système ou,… ? 

m_barrada@yahoo.fr 

 Source /
La Tribune n 375 




EDITO DE LA TRIBUNE PAR MOHAMED FALL O OUMERE

26112007

EDITO DE

LA TRIBUNE PAR MOHAMED FALL O OUMERE 

 

Ne nous trompons pas : l’accalmie obtenue sur le front de la contestation pourrait être de courte durée. Tellement de répondants et de ‘provocateurs’ qui se grefferont sur les conditions objectives du malaise. Ce qui est – et doit rester – une saine expression du mal-être général, pourrait être instrumentalisé contre la construction d’un Etat de droit, d’une démocratie apaisée et contre l’édification d’un espace apaisé. 

Il y a d’abord les nostalgiques d’un régime qui a mis à genoux le pays, mais qui a des adeptes qui veulent le restaurer. Ce régime qui a tenu le pays de 1978 à 2005 n’a pas été suffisamment jugé. Les chefs de la transition en ont voulu ainsi. Sentant quelque part une communauté de destin avec les responsables de ce régime, ils nous ont empêchés de vider tous nos ressentiments. Plus grave, ils ont couvert les agissements d’avant en refusant d’en parler. Ils sont allés jusqu’à protéger les fauteurs, jusqu’à réhabiliter les criminels. 

Les premières semaines du changement, ces hommes et ces femmes qui ont participé, encouragé et parfois diligenté le sac économique et moral du pays, se sont terrés. Puis ils ont refait surface. Moins d’un an après le changement d’août ils étaient là, sur la ligne de départ en vue de la conquête du pouvoir. Si bien qu’à l’avènement du régime démocratique nouveau, ils sont bien incrustés dans l’appareil. Ils sont encore dans les rouages de l’Etat. Ils manipulent. Ils instrumentalisent. Ils mentent. Pour cultiver le doute et semer la zizanie. 

Il y a ensuite les velléitaires. Ils sont de deux sortes : ceux qui n’ont pas eu le pouvoir par les urnes et ceux qui ont dû le quitter malgré eux. Les premiers occupent le terrain politique avec l’avantage de pouvoir tout reprocher aux nouvelles autorités sans avoir à produire de preuve. Les seconds tiennent encore les rennes du pouvoir occulte des renseignements qui n’ont subi aucune métamorphose, aucun ‘coup’. Ils sont pour cela une sorte de ‘maîtres des consciences’ dans une Mauritanie qui se cherche. 

Il y a enfin, les sceptiques quant aux possibilités de changement. Ceux-là sont les plus dangereux parce qu’ils sont de bonne foi et parce qu’ils ne croient pus en rien. Comme les résultats des réformes n’arrivent jamais tout de suite, ils se retrouvent dans le camp des ennemis de ces réformes, ceux qu’elles lèsent parce qu’ils ont été injustement privilégiés. 

C’est malgré la volonté de tout ce monde que le nouveau pouvoir doit asseoir son autorité et mettre en œuvre son programme. Mission possible si le Président renforce sa position de ‘président de tous les Mauritaniens’, si le Gouvernement renforce sa position en travaillant sur les dossiers qui touchent au quotidien la vie des citoyens. 

Mais il faut pour cela renforcer le front intérieur. Cela commence par le rejet de toutes les tentatives de division, de toutes les discordes. 

L’effet des hausses des prix sera accentué par celui de nombreux incendies qui ont ravagé les pâturages en zones rurales. Le Gouvernement aura encore besoin de renforcer ses positions, de convaincre et d’avoir des résultats. 

L’équipe actuelle ne convainc pas. Son chef, le Premier ministre, n’a pas l’emprise sur tous ses ministres. C’est évident. Ceux qui ont été nommés par des voies ‘détournées’ lui en font voir de toutes les couleurs. Alors qu’il est comptable de son résultat. On ne peut pas demander à quelqu’un de remplir une mission prédéfinie et lui imposer les hommes qui doivent l’aider dans sa tâche. 

Renforcer le front intérieur, cela commence par un réaménagement du Gouvernement que dictent les événements passés, les prestations de certains et leur carence avérée. 

Renforcer le front intérieur, cela continue avec l’apaisement de la scène politique par le maintien d’un dialogue continue entre le Gouvernement et l’Opposition. Ouvrir aussi un dialogue avec les opérateurs économiques pour les impliquer d’avantage dans le processus de remise à niveau du pays. 

Renforcer le front intérieur, c’est donner toutes les chances aux journées de concertation sur le passif humanitaire (retour des réfugiés et règlement du passif lié aux exactions de 90/91) pour qu’elles aboutissent à une réconciliation réelle et définitive de la Mauritanie avec elle-même. Une page doit être tournée. Une page doit être ouverte. 

Renforcer le front intérieur pour permettre au pays de sortir des pesanteurs du passé, d’oublier les réflexes du passé. Pour permettre l’avènement du citoyen nouveau. 

 

S
La Tribune n° 375 




Presse :

26112007

Presse : 

Fin de l’embellie 

 

Si l’opinion publique est surprise par son limogeage, Moussa Ould Mohamed Amar attendait visiblement cette décision. En tout cas il la prend très philosophiquement, même s’il n’a pas été officiellement averti de son départ. Mais on sait que depuis plusieurs semaines, sa hiérarchie n’est pas contente de ce qui se passe à l’Agence. Qu’est-ce qui se passe justement ? 

Quand Moussa est nommé en août, l’Agence Mauritanienne d’Information est au bord de la faillite économique. Pléthore d’employés, mauvaise gestion des biens, elle est à l’image de tout le reste. Le pouvoir a voulu en faire, un défenseur aveugle de l’arbitraire, de la forfaiture et du faux. Tout ce qui fondait le pouvoir à l’époque. C’est pourquoi le choix de Ould Mohamed Amar, sortant de l’école du Calame, a vite été ressenti comme un signe – et un bon signe – de changement. 

Remise à niveau de l’Agence sans pour autant toucher au personnel. Réfection des bâtiments. Amélioration des conditions de travail avec notamment le rétablissement du mérite comme règle : seule la production et le travail effectué sont des critères de promotion. Mais c’est au niveau de la qualité des prestations de l’AMI que le résultat de son passage est le plus visible. 

Les dépêches sont désormais lisibles et couvrent toute l’actualité du pays. Ce qui leur vaut d’être une source d’information : l’AMI est de plus en plus citée comme source. Les journaux Chaab (Arabe) et Horizons (Français) changent de physionomie et de contenu. C’est le printemps chez les journalistes de la presse écrite officielle. Les titres les plus inattendus, les signatures, les sujets, les reportages… Moussa entend faire de l’Agence un véritable service public. C’est sa faute. 

D’abord la règle veut que l’Agence, tout comme les autres organes officiels, soit la voix du Maître. Ensuite on oublie souvent la capacité de nuisance des forces de l’immobilisme. 

Dernièrement, ‘on’ aurait reproché à Ould Mohamed Amar d’avoir laissé passer dans Horizons un article de Youssouf Ould Abdel Jelil, ancien directeur général de la SNIM, article qui traitait de l’affaire de la SNIM. La tutelle lui aurait reproché l’absence d’une opinion autre. Autre article controversé, celui sur l’affaire des préfets démis. Selon la tutelle, il s’agissait d’un avis ‘nationaliste étroit incriminant le ministre de l’intérieur du Gouvernement’. Ce qui a justifié l’envoi d’une mission d’inspection disciplinaire deux ou trois semaines après la sortie du papier. Le limogeage de Ould Mohamed Amar serait intervenu à la suite de cette mesure sans précédent. 

Moussa a été remplacé à l’AMI par son ancien adjoint, Dicko Soudani qui a été adjoint pendant plus de deux décennies. Très bien formé à l’origine, Dicko Soudani a souffert de son statut de fonctionnaire qui l’a empêché de s’affirmer et de révéler ses qualités professionnalisme. C’est ce qui explique les craintes concernant la remise au pas de l’Agence. Son adjoint n’est autre que Abdallahi Ould Seyid, un vieux de la vieille… 

Les deux nouveaux maîtres de l’Agence sont appelés à préserver les acquis en matière de marge de liberté, de préservation des intérêts des employés et de transparence dans la gestion des biens de l’Agence. L’objectif étant d’en faire un service public : servir l’autorité tout en informant sur le pays. 

 

Bechirou

S La Tribune




Les quatre vérités des islamistes

26112007

Célébration de la première centaine du RNRD : Les quatre vérités des islamistes : 

Le Rassemblement national pour
la Réforme et le Développement (RNRD) a organisé des festivités marquant son 100ème jour. Plusieurs personnalités politiques y ont assistées. Notamment Sarr Ibrahima, président de l’AJD/MR, Saleh Ould Hanenna, président du PMUC, Me Mohamed Mahmoud Ould Ematt, du RFD, Moussa Ould Habib de l’UFP, Mohamed Ould Cheikhna, ancien Cavalier du Changement, Dr Loueï Ghaleb, ambassadeur palestinien accrédité à Nouakchott… ainsi que d’autres figures de renom dans la scène politique.

Mobilisations significatives

Il est 16h30 de ce mardi 13 novembre. Des foules ont déjà envahi les locaux de l’ancienne maison des jeunes. Bien que le début du déroulement des festivités soit prévu à 17h30. L’enthousiasme de ces foules n’a pas de caractères seulement politiques. Ici, les actes politiques se relèvent à des cultes religieux sacrés. Et on ne manque pas de citer des versets coraniques et des hadiths en témoignage.

En dehors de la salle, les gens se bousculent pour pouvoir accéder à la salle. Les organisateurs sont immuables : il faut que les invités entrent d’abord. Les enthousiastes sont disciples. Ils forment des rassemblements de quelques dizaines de personnes. Ici, comme à l’intérieur, on sépare les hommes et les femmes. Ici, comme à l’intérieur, on remarque l’omniprésence de barbes longues à très longues. «La barbe signifie la masculinité de l’homme. C’est elle qui distingue un homme d’une femme. Je ne comprends pas pourquoi vous tenez à ressembler à des femmes», nous dit un adolescent. Cet adolescent, qui n’a presque que des poils sur le visage, nous a prêché longuement l’interdiction du rasage de la barbe par la charia. Nous l’avons écouté attentivement. Mais piteusement … Des boubous courts. Des robes étendues. Des bourcas noirs et couvrants. Des voiles vastes… Des cris d’Allahou akbar. Des oraisons.

A l’entrée de la salle, les organisateurs sont déjà en action. Des portes sont exclusives à l’entrée et la sortie des femmes. Des autres sont réservées à l’entrée et la sortie des hommes. Aucune exception. Quelque soit sa nature. Lorsque nous avons voulu, insouciamment, sortir de la porte des femmes, la réponse nous est parvenue de derrière la queue : «pourquoi tiens-tu à sortir de cette porte ? N’es-tu pas Islahi (réformateur) ?». Nous en avons demandé excuse et fait volte-face.

A l’intérieur, les trois premiers rangs sont spécifiques aux invités. Le rang d’à droite (par rapport à la scène) sont réservés aux femmes. Les deux autres sont pour les hommes. Aucun rapprochement entre les deux n’est permis. Sur les murs, on a mis des banderoles sur lesquels sont écrits les principaux slogans du parti : «non aux flambées des prix, oui à la consolidation de l’unité nationale, oui au retour des déportés, oui au règlement du passif humanitaire, oui à la suspension des relations avec l’entité sioniste…». Aucune allusion à la polémique sur le sort de SNIM et d’Air Mauritanie.

Quatorze chaises sont posées sur la scène. Elles sont là pour que les responsables du parti s’y assoient. Une banderole est accrochée sur les podiums. Sur laquelle est écrite, en arabe et en français, la trinité du parti : «la référence islamiste- l’appartenance nationale et le choix démocratique».

Dix-huit heures passées de quelques minutes, les leaders du parti paraissent au grand jour. Ils prennent leurs places sur le podium. Et les festivités peuvent commencer.

Discours et discordes 

Aussitôt que les membres du parti sont entrés, les festivités commencent. Avec le Saint Coran. Le vice-président de la commission chargée de communication choisit des versets. Des versets qui rappellent aux compagnons du Prophète (PSL) les difficiles conditions qu’ils avaient vécues avant qu’ils ne dominent toute la planète !!!

La deuxième intervention est celle de Cheikhani Ould Beybbé, président du Conseil national du parti. Il a fait un historique de la mouvance islamiste en Mauritanie. Sans signaler aucunement le mariage entre la mouvance et Ould Haïdalla durant son règne. Ni le regroupement de la mouvance derrière Ould Haïdalla lors des présidentielles de 2003. Pourtant, les deux périodes sont considérées comme l’âge d’or de la mouvance. Serait-ce ce qui a poussé Ould Mansour à demander prières pour les «regrettés fondateurs du courant islamiste» : Mohamed Aly Ould Zeïne, Mohamed Lemine Ould Limam, Mouhamdy Ould Khaïry, Sidi Mohamed Ould Nevis ?… qui ont tous marqué la cohabitation islamiste-Haïdalla durant les années 80. 

Après Ould Beibbé, les intervenants se succèdent. El Haj Omar Ba, vice-président du parti, intervient en arabe. Puis en pular. Abdellahi Djakité, le responsable des questions des droits de l’homme, intervient en pular. Baraka Babou, membre du bureau politique, participe en wolof. Aminata Sakira, vice-présidente du conseil national, contribue en soninké. Les autres ont intervenu, soit en arabe, soit en hassaniya. Ils ont expliqué les directives du parti. Ils ont appelé les militants à sensibiliser les citoyens autour de la campagne d’adhésion qui va commencer le 19 novembre. Pour cette campagne, plus de 20 bureaux provisoires sont déjà installés dans plus de 20 moughatââs. Les responsables du parti ont également appelé à une bonne préparation du 1er congrès du parti. Ce congrès est prévu pour le mois d’avril prochain. Le président du parti, Jemil Ould Mansour, a conclu les discours en parlant, pratiquement, de tous les sujets qui défraient la chronique.

Mille mots pour convaincre 

La lecture du RNRD des émettes qui ont lieu dernièrement en Mauritanie est livrée par Ould Mansour : «Nous, avec nos frères de l’opposition, l’avons dit clairement et franchement : les conditions de vie sont devenues insupportables. Il faut une intervention prompte pour diminuer les doléances. Nous n’avons pas voulu que les autorités attendent de voir le sang couler pour prendre des mesures et initiatives». Malgré cela, dit Ould Mansour, nous n’insistons pas à louer les mesures ‘annoncées’ et à appeler à les exécuter justement et fermement. Sans oublier que « nous sommes contre toute agression. Que ce soit contre les biens publics ou individuels». De toutes les façons, «nous croyons qu’il faut une lecture socio politique des évènements. Et il nous sera facile ensuite de découvrir ceux qui chassent dans les eaux salles», réplique à peine dévoilée au ministère de l’intérieur.

Quel islamisme adopte le RNRD ? Ould Mansour a répondu en disant que l’islamisme du RNRD est celui qui reste «attaché fermement au Livre et à
la Sunna» et qui prend en compte le patrimoine des musulmans durant toute l’histoire ; toutes écoles confondues. «Comme disait l’imam Hassan El Benna,  ‘nous sommes la fusion de tout cela’. Mais nous choisissons comme principes : le salafisme et le soufisme. Nous sommes salafistes en ce qui concerne la foi, les principes.. et nous sommes soufis parce que nous sommes la tente qui englobe tous ceux qui adoptent l’idée islamiste». Avant d’ajouter : «Nous sommes un parti qui vise à englober l’islamisme, le patriotisme et la démocratie». «Notre identité religieuse est reflétée dans l’expression ‘référence islamiste’. Notre espace géographique, pour lequel nous travaillons, est reflété dans l’expression ‘appartenance nationale’. Et notre moyen de lutte et de combat est reflété dans l’expression ‘le choix démocratique’».

Quel est le point de vue du RNRD quant aux questions nationales ? Pour Ould Mansour «nous sommes pour un retour avec honneur des déportés. Nous appelons à ce qu’ils obtiennent tous leurs droits. Nous appelons à une régulation juste du passif humanitaire». «Mais, dit-il, nous fondons notre vision de l’unité nationale sur le présent et le futur». Le RNRD est contre toutes les pratiques esclavagistes «et ce en se fondant sur des textes religieux et sur les objectifs de
la Législation divine». Nous luttons pour que la femme obtienne ses droits entiers, dit-il, et «nous sommes le seul parti qui a une femme à la tête de son équipe parlementaire».

Et quant aux questions du Proche-Orient ? Ould Mansour est ferme : «nous vivons les bonheurs et les malheurs de
la Nation et cela n’est jamais contraire avec nos préoccupations de ce qui se passe ici». Ceci veut dire «nous sommes avec
la Palestine de la mer au fleuve. Nous sommes avec la résistance palestinienne contre l’occupation sioniste. Nous appelons à la suspension des relations avec l’entité sioniste». Nous sommes, dit-il, avec la résistance en Irak «blessé». «Nous sommes avec l’Afghanistan contre l’occupation américaine».

Ni extrémisme, ni ostracisme, mais djihaidsme. C’est ce qu’adopte le RNRD, selon son patron : «nous sommes contre tout extrémisme et excès, et nous le disons sans réserve». Mais aussi, ajoute-t-il, contre la déportation (تغريب ) et (ميوعة ). Quant au djihad, il a dit «Le djihad continue jusqu’au jour du jugement». Nous n’insistons pas, ajoute-t-il, à soutenir le djihad en Palestine, en Irak et en Afghanistan. «Mais à l’intérieur de nos pays islamiques, avec les nôtres, même avec nos gouvernements, (nous devons choisir), soit le dialogue et les concertations, soit l’opposition pacifique». Avant d’annoncer «nous ne faisons pas la confusion. Notre refus de l’extrémisme ne nous pousse pas à rester silencieux vis-à-vis des mauvaises pratiques. Notre refus de (تغريب ) et (ميوعة ) ne nous pousse pas à boycotter la modernisation. Nous cherchons
la Sagesse et nous l’importons de là où elle se trouve».

Notons que les responsables du parti avaient organisé un audit au sein du parti depuis deux semaines. Certains jeunes activistes ont saisi cette occasion pour critiquer à cor et à cri les actuels responsables du parti, pour «avoir noué des contacts avec l’ambassade des Etats-Unis sans demander leur avis». On sait que l’hostilité vis-à-vis des Etats-Unis est presque un pilier de l’islamisme dans le monde arabe. Ils les ont également «accusés» de lâcheté quant à l’«identité du pays». Car, disent-ils, la position du RNRD ne se distingue pas des positions des autres partis sur ce point-là. Ces militants sont allées jusqu’à critiquer la gestion de quelques élus du parti.

Par ailleurs, le responsable de la communication du parti a annoncé, lors de ces festivités, que les militants du parti vont juger les responsables avant que les mauritaniens ne les jugent.

Compte-rendu : Mechri Ould Rabbany.

SOURCE : La TRIBUNE




Interview : Entre le ras-le-bol et le devoir, Ould Hamza partira, partira pas ?

26112007

Interview : Entre le ras-le-bol et le devoir, Ould Hamza partira, partira pas ? 

«…le découragement et la déception se le disputent à la détermination et à la ferme volonté qui m’a toujours animé de relever les défis et de respecter pleinement mes engagements …» 

 

Question :

Des rumeurs persistantes font état de votre probable départ de la présidence de

la Communauté Urbaine de Nouakchott (CUN) et de celle de l’Association des Maires de Mauritanie (AMM). Un départ qui serait dû, en particulier à un manque d’appui de la part de l’Etat dans votre mission et du fait de l’étiquette de ville d’apposition qu’on collerait à Nouakchott. Qu’en est-il exactement ?

 

Ahmed Hamza : 

Bien qu’il ne s’agisse, pour le moment, que de rumeurs, les ingrédients d’un tel départ ne manqueraient pas.

En effet, à mon niveau, le découragement et la déception se le disputent à la détermination et à la ferme volonté qui m’a toujours animé de relever les défis de réussir pleinement ma mission et de respecter mes engagements à la tête de

la Communauté Urbaine de Nouakchott et de l’Association des Maires de Mauritanie.

Je ne pensais pas, toutefois, que la situation au niveau de

la Communauté Urbaine de Nouakchott, était si difficile, voire catastrophique.

Tout en croyant fermement à la décentralisation et en ses vertus, je constate, malheureusement et avec amertume, que celle-ci n’est pas encore au point.

Ainsi, depuis un an et au détriment de mes propres affaires, j’essaie, tant soit peu, de réaliser quelque chose.

Mais, il me semblerait que je sois toujours au point de départ. Cela est consécutif à un ensemble de facteurs entravants dont, notamment, les comportements anachroniques parfois, de l’Administration et de ses fonctionnaires, mais également des élus ou des employés qui, pour la plupart, vont à contre-courant de ma dynamique qui consiste à aller de l’avant et de foncer. Des comportements fondés sur le faux principe que tout concernait les maires, alors que c’est très relatif.

Sur un autre plan, et c’est le lieu de le rappeler ici, bien que je sois en phase avec aussi bien le Président de
la République que le Premier Ministre et en dépit de la disponibilité affichée par ceux-ci à mon égard et en dépit aussi de leurs bonnes prédispositions pour la promotion de la ville de Nouakchott, je ne suis pas toujours accompagné, de façon concrète et suffisante, par les Pouvoirs publics dans l’exécution de mon programme de développement de cette vaste agglomération et tribune du pays, exception toutefois faite de l’épineux et éternel problème d’enlèvement des ordures qui a trouvé sa solution à travers sa prise en charge provisoire par l’Etat, en attendant que les Nouakchottois soient à même de le faire.

Mais, faut-il le mentionner, certains départements ministériels et, pas des moindres, restent encore allergiques à toute action d’ancrage de la décentralisation dans le pays, même si celle-ci étaient irréversible du fait qu’il s’agit là d’une option des Pouvoirs publics tendant à donner davantage de responsabilité et de pouvoir aux représentants des citoyens. Ces départements resteraient attachés, jalousement, à leurs prérogatives d’antan.

En ce qui concerne le statut écueil de « ville de l’Opposition » attribué à la ville de Nouakchott, je me permets de le rappeler une nouvelle fois et comme je n’ai cessé de le répéter, je suis effectivement un élu RFD (un parti d’opposition), mais, en tant que Président de
la CUN, je dirige un Conseil Communautaire de 37 membres d’horizons politiques divers représentant les  9 communes de cette ville où résident le tiers (1/3) des Mauritaniens, toutes colorations politiques confondues.

S’agissant de surcroît, de la capitale politique du pays, je ne pourrais me permettre de la gérer avec un esprit partisan. D’ailleurs, moi, je ne fais nullement de l’opposition pour l’opposition, mais pour servir mon pays et mes concitoyens et contribuer à leur épanouissement.

Aussi et tant que ma conviction personnelle me dicte (et c’est le cas actuellement) que le Président de
la République veut et va vers le changement positif souhaité pour chaque Mauritanien, je me ferai l’humble devoir de l’accompagner dans cette optique sans me renier et sans renoncer aux principes pour lesquels j’ai toujours combattu. Ce à quoi j’invite tous mes concitoyens car, il ne fait aucun doute pour moi que le Président de
la République œuvre avec sincérité et détermination pour ce changement tant attendu, mais, à sa manière et au rythme que luis impose l’ampleur du défi à relever.

Je conclurai ces propos en disant que mon unique vœu est celui de relever le challenge de bien gérer la cité aux destinées de laquelle j’ai l’insigne honneur de présider.

Hélas, et comme le dit si bien un adage bien de chez nous, « une seule main n’applaudit pas ».

Il m’arrive, parfois, d’en avoir ras-le-bol et m’interroger si je ne naviguais pas tout seul et à contre-courant.

Je me demande aussi, par moment, pourquoi dois-je subir toutes ces frustrations.

D’autre fois, je me console en me disant que je dois persévérer « contre vents et marées », dans la voie que je me suis choisie en tant qu’élu de citoyens.

 

Question : 

Mais au juste, qu’est-ce qui ne va pas ?

 

Ahmed Hamza : 

D’abord nous, les Maires, sommes les élus les moins considérés par l’Administration, alors que nous sommes les plus proches des citoyens et de leurs grandes préoccupations par notre gestion de leur quotidien. Nous travaillons le plus et nous sommes les plus exposés aux plaintes et aux critiques des populations.

Aussi, sommes-nous la corporation la plus importante, au plan numérique, dans le pays avec nos 216 maires de communes.

C’est à nous et nos conseillers municipaux qu’incombe également, la délicate mission d’élire les Sénateurs.

Nous sommes les vrais partenaires de l’Etat, par notre double statut d’élus et d’auxiliaires de celui-ci.

En dépit de toutes ces responsabilités, il n’est pas juste que ces élus qui travaillent à temps plein ne soient pas rémunérés et jouissent de la considération que leur procure leur fonction de premier magistrat de leur commune.

A cela s’ajoute le manque criant de moyens financiers et matériels. En effet, l’impôt n’étant quasiment pas payé par les citoyens, le peu qui en est collecté suffit, à peine, à supporter les charges d’un personnel « pléthorique ». Quant au Fonds Régional, il reste insuffisant. Je profite de cette occasion pour signaler que les 9 communes de Nouakchott, n’ont, à ce jour, (19/11/2007), reçu la moindre somme du Fonds régional. Ce qui n’est pas le cas des communes de l’intérieur qui, Dieu merci, ont reçu la totalité de leur quote-part.

Il ne reste alors aux Maires des Communes de Nouakchott que la seule alternative de s’endetter pour une productivité au ralenti.

Au plan des moyens matériels et des infrastructures, il convient de rappeler que Nouakchott ne dispose pas d’Hôtel de ville digne de ce nom et manque cruellement de moyens logistiques (camions, citernes, bennes, véhicules utilitaires, etc). Le parc automobile est, quant à lui, inexistant.

C’est dire, combien la tâche est difficile dans un contexte aussi défavorable.

 

Question :

Dans un tel contexte aussi défavorable, qu’avez-vous pu concrètement réaliser ?

 

Ahmed Hamza :

Malgré le manque criant des Ressources Humaines qualifiées, nous avons accompli un important travail de redressement de la gestion des affaires de
la CUN.

Cela s’est traduit, en particulier, par une augmentation des recettes, par une nette diminution des dépenses et la mise en place de nouveaux modules de gestion.

Sur un autre plan, nous sommes en train de reconquérir notre place au sein des organisations sous-régionales, arabes, africaines et internationales.

Dans ce cadre, nous accueillerons à Nouakchott, dans le courant de l’année 2008, la réunion du Conseil d’Administration du PDM suivie, en 2009 (c’est déjà une certitude) de celle du Bureau Permanent des Maires Francophones (AIMF) présidé par le Maire de Paris.

Nous envisageons, également, dans le cadre de la restructuration de
la CUN et dès le début de l’année 2008, la mise en place d’un nouvel organigramme où, les responsabilités seront confiées à des cadres compétents.

Aussi, dans un souci de transparence et pour montrer la différence, allons-nous dès la fin de l’exercice 2007, publier nos comptes de gestion à l’endroit des citoyens pour en juger.

 

Question : 

La question du rapatriement des Réfugiés Mauritaniens vous tient-elle toujours à cœur ?

 

Ahmed Hamza : 

Plus que jamais et, à ce titre, je me réjouis, comme tout le monde, de la signature, récemment à Nouakchott, entre notre pays, le Sénégal et le HCR, d’un accord portant sur le cadre et les modalités du retour de ces réfugiés.

Je tiens, ici, à féliciter chaleureusement, le Président de
la République, pour sa ferme détermination à régler ce problème qui, pour moi, est le plus important.

Aussi, je profite de cette opportunité pour inviter tous les Mauritaniens à accompagner cette dynamique du retour, dans la dignité, de nos frères et soeurs réfugiés.

Il s’agit  là d’un défi qui, j’en sus sûr, sera relevé par touts, quel que soit leur coloration politique.

L’Unité nationale est à ce prix et elle ne doit, par conséquent, souffrir d’aucune compromission.

 

Question :

Que pensez-vous du récent mécontentement populaire qui serait consécutif à la flambée des prix ?

 

Ahmed Hamza : 

Je suis d’abord opérateur économique. Et à ce titre, je peux, en connaissance de cause, parler de cette question d’augmentation des prix. Il s’agit d’une hausse des prix à l’échelle mondiale et que nous subissons, à l’instar de nombreux pays. Elle a, certes, des répercutions négatives sur la vie quotidienne des populations. Ce que je comprends bien et déplore en même temps. Pour y faire face des mesures promptes et adéquates s’imposaient. Ce le Gouvernement a compris en réagissant de la manière qu’il fallait.

 

 

 

 

Et c’est le lieu, ici, d’adresser à ce Gouvernement mes félicitations les plus chaleureuses pour les mesures prises pour juguler ce phénomène. Une attitude des Pouvoirs Publiques qui démontre, si besoin était, le grand souci de ceux-ci à trouver des solutions appropriées aux problèmes auxquels sont confrontés les populations.

Toutefois, l’on souhaiterait, à l’avenir, que ces mêmes Pouvoirs publics, anticipent les solutions aux problèmes au lieu de les subir.

Par ailleurs, je saisis l’occasion que m’offre ici votre journal, pour mettre l’accent sur la nécessité, pour tous les acteurs politiques mauritaniens, de mettre fin au fatal et stérile face-à-face entre Pouvoir et Opposition pour conjuguer les efforts de tous les citoyens pour aider le Président de
la République à réaliser son programme électoral de changement, notamment, en ce qui concerne le renforcement des acquis démocratiques et l’amélioration des conditions de vie des populations.

Le meilleur moyen de cette conjugaison des efforts pourrait être la mise en place d’un gouvernement d’Union nationale.

Alors, laissons de côté nos subtiles divergences politiques et, comme le disait si bien Feu le Président Moktar Ould Daddah, « Faisons ensemble la Patrie mauritanienne ».

 

Propos recueillis par Ould Ely 

 

Source /
La Tribune n°375 




La Mauritanie, otage de l’impunité

26112007

La Mauritanie, otage de l’impunité

Les faits

 Depuis plus d’une semaine, des manifestations contre la baisse du niveau de vie matériel des populations secouent la Mauritanie, révélant l’ampleur de l’insatisfaction et l’incapacité des pouvoirs publics à la prévenir. Par leurs soudaineté, dissémination et violence, ces accès de fureur populaire ont pris de court le pouvoir et l’opposition. La contestation a occasionné l’usage de balles réelles, de la part des forces de l’ordre, dans les localités de Djigueni et Kankossa où un adolescent décédait, le 9 novembre 2007, des suites d’un tir à la tête. Cheikhna Ould Mohamed Ould Taleb Nafy, né en 1989 appartenait, par ailleurs, à une section du parti islamiste Tawassoul. Les témoignages confirment que les jeunes élèves et la foule ne portaient pas d’armes plus qu’ils ne s’en prenaient aux personnes ; ils ne constituaient donc pas de menace suffisamment immédiate pour justifier la légitime défense. Dans les deux cas, l’impact s’est produit à distance respectable de la cible d’où la relativité de l’impératif à ouvrir le feu. Une enquête pénale est ouverte. De Adel Begrou, Néma, Timbedra, Kiffa, le mouvement touchait Rosso, Nouadhibou, Nouakchott dès le 9 novembre, puis Boutlimit, Aleg, Boghé, Bababé, Sélibaby, Zouérate à partir du 12. Dans certains quartiers de la capitale, quelques scènes de pillage ponctuaient les attroupements. A Adel Bagrou, des manifestants ont hissé le drapeau du Mali sur des édifices de l’administration. En réaction, les autorités auraient décrété un blocus de quelques heures, sur l’accès et la sortie de la ville. A Zouérate, la ville offrait, le 12 novembre, le visage de l’état de siège tandis que les unités anti émeutes quadrillaient les installations de la Société Nationale Industrielle et Minière (SNIM-SEM). Le nombre des arrestations d’étudiants, d’ouvriers et de chômeurs dépasse la centaine. Devant l’ampleur du défi, des mesures de séduction persuasion alimentaire ont été prises, dans l’urgence, afin de calmer les foules. Sur tout le territoire, il s’agit, sans aucun doute, d’une expression authentique du ressentiment dans la société. Pour l’instant, nul indice ne permet d imputer la cause de ces évènements à une quelconque manipulation, thèse du complot où se risque la réaction première des autorités et de l’opposition. Néanmoins, compte tenu des tensions et des rivalités au sein du système de sécurité encore sous influence des agents des anciens partisans du Colonel Ould Sid’Ahmed Taya, la déstabilisation intérieure relève des cas de figure à considérer avec crédit. La soudaineté, la dissémination et la concomitance des désordres dans la rue soulèvent de légitimes interrogations. Enjeux En dépit des signes annonciateurs et de nos alertes, adressées à divers décideurs au sommet de l’Etat, les erreurs d’appréciation expliquent la dégradation subite du contexte : Il y a peu, le Premier Ministre, dans une conférence de presse fameuse, le mardi 30 octobre, au Palais des Congrès de Nouakchott, infirmait les alarmes sur la crise sociale et dressait un bilan assez positif de son gouvernement, malgré les carences et l’immobilisme de celui-ci. Coupé du pays, comme le révèle son intervention, le 7 novembre 2007, devant les cadres de la Wilaya – soit le jour même de la flambée de violence – le Chef de l’Etat semble devoir être compté parmi les victimes, à cette singularité près qu’il est aussi l’auteur de sa propre perte ; entouré des symboles les plus décriés de la corruption, du tribalisme et de l’incompétence, il croit parvenir au changement dans le consensus, comme si, par le miracle de l’exhortation, les serviteurs zélés d’une dictature deux fois décennale pouvaient se convertir à la citoyenneté et, surtout, en convaincre la multitude. Par préjugé religieux et prédisposition sociale, son tempérament d’homme de pardon et de modération anesthésie le noyau de la décision, le fige dans l’immobilisme. L’attitude ne correspond pas aux nécessités du moment quand la Mauritanie réclame la rupture d’avec le clientélisme et l’impunité. Tant que Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi s’entoure de conseillers au minimum coupables, tant d’années durant, de complicité de crimes, vol et recel, il peinera à convaincre les mauritaniens de ses facultés réformatrices. Le Président Sidi Ould Cheikh Abdallahi a tellement banalisé et déprécié la charge présidentielle – mystère, spectacle et mise en scène réduits à néant – que se pose désormais un problème de perception de l’autorité par le peuple. Autour de lui, il ne dispose pas d’une cellule d’analyse, de prospective et de veille, complément et auxiliaires indispensables à la souveraineté de sa fonction; le bulletin quotidien de renseignements lui parvient tronqué selon les intérêts de ses porteurs, mal conçu, sans perspective. Ses ministres, quand ils commettent des fautes graves ou s’abstiennent d’assainir leurs départements, ne subissent aucune sanction. Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi délègue toujours, pardonne le plus grave et renvoie, systématiquement, à demain, après-demain, un autre jour. Recommandations Au-delà de la gravité des épisodes rapportés ici et dont la reprise demeure d’actualité, la menace provient, avant tout, de la façon de gouverner. Voici les urgences, pour le Président de la République ; les solutions s’avèrent politiques, d’abord: Accepter, mentalement, qu’il ne peut parvenir au mieux être des mauritaniens, avec le concours d’un personnel longtemps dressé à servir, justifier et applaudir le mensonge, la rapine et le meurtre. Ni lui ni la Mauritanie n’ont besoin de tels hommes aux commandes du pays. Procéder, en conséquence, à une réaffectation des tâches selon les requis les critères requis par un renversement total de tendance dans le recrutement, au profit du droit, de l’utilité publique et du savoir-faire. Le constat suppose qu’il s’affranchisse de sa « majorité parlementaire ». Redonner, à sa responsabilité, les ressources intellectuelles et le décorum qui en permettront l’exercice optimal, notamment en matière de communication, de collecte de renseignements et de traitement de l’information. Les services et le Cabinet méritent une refonte sur la base de conditions techniques, non de la notoriété ou de la proximité subjective. Conscience et Résistance, le Porte-Parole, Elarby Ould Saleck Le 16 novembre 2007 Source / La Tribune n°375




Je maintiens toujours que vendre la SNIM est une haute trahison

26112007

Je maintiens toujours que vendre la SNIM est une haute trahison 

Par Mohamed Mahmoud Ould Bacar, journaliste 

La privatisation éventuelle de la SNIM participe toujours d’une polémique – croissante – sur l’efficacité du Gouvernement face aux défis complexes dont ses handicaps propres compliquent la résolution.

Bien que la question de la SNIM soit la plus embarrassante sur la liste, le problème d’Air Mauritanie, l’arrêt de l’activité économique du Gouvernement, la hausse des prix et la création du parti Etat – sans omettre tant d’autres signes d’insatisfaction – nourissent l’inquiétude de la rue, de manière à ressusciter le pôle de l’opposition. C’est là un clivage plus vif que l’on ne l’imagine.

Le Chef de l’Etat veut donner une autre impression, dans les coulisses, de la poursuite de son programme, freiné par les promesses et engagements du second tour de l’élection présidentielle. Il cherche à maintenir le soutien des masses en dépit de l’incapacité du Gouvernement à traiter les contraintes nées de la récession et du dysfonctionnement des institutions, surchargées de défauts ; il agit comme pour imposer un fait accompli, une fatalité à supporter pour un moment sans échéance.

Le Président s’empêche surtout de dévoiler la situation dans laquelle il a trouvé l’Etat et qu’il décrit, en privé, d’ «étonnante», euphémisme sans doute trop poli. Par ailleurs, d’aucuns, parmi les familiers du premier cercle, distillent la rumeur que la décision de vendre la SNIM honore un engagement pris, par les militaires, durant la période transitoire ; le Président se trouverait, ainsi, dans une position de résistance on ne peut plus délicate : il passerait, par pertes et profits, six mois de travail en dehors de son programme électoral ; les critiques acerbes de sa méthode sont devenues monnaie courante à tel point que voilà ses véritables partisans contraints au profil bas.

Ainsi les acteurs commencent- ils de détourner l’alternance loin des aspirations du peuple à de profonds changements d’où l’annulation graduelle les prémices d’un passage définitif à un Etat national, défendu par une armée républicaine et professionnelle, où le Président disposerait, pleinement, de toutes ses prérogatives et dirigerait, selon les exigences de la moralité, avec l’ensemble des forces vives. C’est l’Etat où l’on prend des mesures urgentes d’assainissement de l’administration et d’incitation des travailleurs. L’on y œuvre, aussi, à rebâtir le tissu social : les diplômés reconquièrent leur droit rationnel à l’emploi et assument les responsabilités de concours à la reconstruction ;  l’intérêt général est conduit au vu et au su du peuple suivant une vision très responsable que marque le respect des deniers publics ; l’on y ouvre la voie aux capacités intellectuelles et aux artisans, sur le chantier de la réhabilitation ; en un mot, les mauritaniens attendaient la prise d’une série de mesures qui s’inspirent de l’égalité, assoient la crédibilité de l’Etat et entretiennent  l’espoir d’améliorer les conditions matérielles des gens.

Les personnes les plus enthousiastes ne seront pas optimistes sur cette voie pour le peu d’appui et de soutien du peuple aux décisions de l’Etat ; au contraire, il sera difficile de faire face au mécontentement dans un contexte où l’incapacité prévaut  et où l’on parle de l’ouverture du capital de la SNIM.

L’ouverture du capital de la SNIM se discute à la lumière d’une importante promesse du Président de la République, laquelle aborde 4 points essentiels : – L’opération aura lieu après une discussion avec toutes les sensibilités et à l’intérieur du Parlement ; – Avec un appel d’offre international honnête et transparent ; – Elle ne sera pas vendue à un consommateur; -  Elle se fera au travers d’une étude par bureau spécialisé.

Mais il n’a été rien expliqué des termes de référence de l’étude ; l’on  est donc en droit d’inverser le doute et de se demander, autrement, si les prétendus termes de référence ne procèderaient pas du caractère inéluctable la vente; l’acte relèverait alors d’une décision antérieure que Sidi doit exécuter, mais dont il peut choisir la méthode. S’agit-il d’une tentative crédible de développer la société ? La rapidité avec laquelle l’on argumente le renforcement des capacités et de la compétitivité de la SNIM bénéficiaire – alors que d’autres sociétés publiques inclinent à la faillite – paraît bien suspecte.

C’est un labeur truffé de contradictions mais la vérité pure ne comporte pas de lien, encore une fois, avec l’imitation des révisionnistes ni le travestissement des faits concernant la vigilance pour la seule SNIM ; l’appareil exécutif est plein de vices affectant les conditions de l’efficacité requise en pareil cas, c’est-à-dire la protection des intérêts du pays face à la  fortune, considérable, d’un repreneur. En effet, l’Etat, au profit des capitaux privés,  s’est allégé – sous les injonctions la Banque Mondiale – de la plupart de ses prestations ; nul, aujourd’hui, ne louerait les résultats de telles politiques, plutôt vivement vilipendées et motif d’apitoiement. Ainsi, la Mauritanie est presque l’unique pays au monde dépourvu de transports en commun ; la seule compagnie publique qui assurait la modicité de ce service n’opère plus ; des milliers de travailleurs à bas revenu, résidents des quartiers loin du centre ville et autant d’étudiants, de ménagères et de petits vendeurs sont livrés à l’enfer de la débrouillardise et de l’improvisation quotidiennes. Une véritable catastrophe s’est abattue sur ces couches suite au désengagement, par l’Etat, de ce secteur sensible. Pis encore, l’on n’a pas imposé le respect du cahier de charges qui accorde et protège certains droits.

Par ailleurs, Air Mauritanie a fait faillite lors de sa privatisation au profit de nouveaux partenaires ; l’opérateur aérien succombait au fardeau de l’accumulation de certaines dettes dont le fuel et les produits vendus à bord des aéronefs. Ce fut une occasion destructrice de mauvaise gestion à cause de la complicité entre les directeurs successifs. Il est de même des sociétés de pêche qui ont, vingt ans durant, presque toutes déclaré faillite alors qu’aucune d’elles n’a disparu ; faut-il rappeler les tristement célèbres compagnies d’assurance et les banques de développement ? Les exemples ne manquent pas car l’administration s’avère incapable d’imposer aux sociétés privées le respect des cahiers de charge et de défendre la collectivité. Aucun effort de ce type ne pointe à l’horizon et pourtant la privatisation de la SNIM consiste à jeter la poule aux œufs d’or, du moins renoncer à la principale entrée en devises du pays, cela au bénéfice de multinationales.

Le Premier Ministre – il n’est plus le plus brillant du gouvernement faible –prétend mener une campagne contre la corruption ; ses initiatives buttent toujours sur le manque de clarté de son partenariat avec le Président de la République, lien dont-il n’est pas satisfait car il n’y disposerait des pouvoirs nécessaires ; ainsi justifie-t-il la non tenue des promesses à la majorité de ses amis. Le Président, pour les mêmes raisons, n’a pas encore commencé l’exécution de ses engagements à rebâtir un appareil administratif efficace et fort.

L’ouverture du capital de la SNIM, dans une telle situation, équivaut à un non engagement pour les intérêts supérieurs du pays ; elle produit une image différente de celle propagée durant les élections, c’est-à-dire la quête assidue des meilleurs moyens de réaliser les espoirs de mieux être. Ainsi, ouvrir le capital de la SNIM signifie renoncer aux avantages durables qu’en tirait la Mauritanie, en somme céder un pan stratégique de notre souveraineté ; le repreneur élaborera ses plans et exécutera ses mesures de « rentabilité » où se dilueront les engagements sociaux, comme fardeau lourd pour la gestion. Au début, l’on observera sans doute la montée de la production en réponse à la demande exponentielle, vecteur de la hausse des prix du fer.

La Banque Mondiale évalue l’embellie aux deux futures années ; de grands économistes pensent qu’elle sera plus longue, grâce aux gros marchés comme la Chine et l’Inde ; quel que soit le cas de figure retenu, les réserves riches de la Mauritanie atteignent 100 millions de tonnes, celles à teneur moyenne se chiffrent à 800 millions de tonnes ; enfin,  celles à faible teneur se comptent par milliards de tonnes. Le nouvel acquéreur cherchera à doubler les capacités productives, en vue d’augmenter ses chances de tirer parti du développement par l’exploitation de ces réserves précises ; de surcroît, la SNIM possède les équipements adéquats. Mais l’équation changera totalement vers des données différées quand l’opération de développement prendra fin et que l’on épuisera les réserves riches et moyennes. Ainsi, une opération d’exploitation nouvelle d’un minerai de teneur plus faible demandera d’autres gros efforts techniques et financiers, eu égard aux exigences de l’enrichissement de la matière, afin de la rendre exportable. La Mauritanie ne pourra pas alors obliger la société à poursuivre un projet à perte.

En d’autres termes, la décision de continuer ou suspendre l’activité de la SNIM ne reviendra plus à l’Etat mauritanien et ne suivrait donc pas ses propres impératifs ; à contrario, elle influencera durement l’avenir du pays et la vie dans deux régions frontalières. L’unique individu chanceux est celui que les générations futures ne maudiront pas, même si la superstition  à l’égard  de «certains», circule aujourd’hui.

Je ne veux être méchant envers personne, même si je reflète ici le sentiment de la rue car les gens ne parlent de l’Etat que par les injures, les critiques et le dénigrement. C’est une nouvelle déception où se mêlent la léthargie, le désespoir et la peur de laisser « filer » la dernière des favorites de cette république en devenir. La SNIM est une autre affaire pour les mauritaniens, même s’ils n’en tirent aucun profit. Les sujets britanniques dépensent des milliards de livres sterling pour entretenir une reine d’opérette ; ils consentent un tel sacrifice seulement parce que le Palais de Buckingham symbolise quelque chose de grand dans l’histoire et les esprits. De même, la SNIM représente la décision historique de sa nationalisation, ce sursaut combatif d’une Mauritanie qui aspirait à la gloire. Et si l’on organisait un référendum populaire sur la question : l’Etat doit- il dépenser pour la SNIM afin qu’elle continue à vivre ? Le résultat serait « Oui ». Certaines personnalités – nourrissons de la colonisation – ont voté « non » lors du referendum de 1958 ; c’est la nature du mauritanien : la recherche permanente de la souveraineté même s’il va la dilapider, en fin de compte.

Nous sommes devant une affaire que tout le monde dispute avec acharnement, où la raison se mêle au sentiment. Par conséquent, laissez-nous poser le problème de façon logique comme le regardent les grands libéraux défenseurs des idéaux mondialistes car ceux-ci partent d’une vision prospective de la SNIM et posent des questions qui mettent en cause sa capacité à développer sa production, ajouter des valeurs à ses produits, augmenter sa main d’œuvre, accroître son chiffre d’affaires, exploiter ses minerais à faible teneur et prolonger sa durée. Ils décrivent l’enjeu comme son salut obligé face aux nouvelles découvertes et la possibilité d’élargir la production dans son environnement régional, ce qui l’armerait devant une nouvelle concurrence, défi à sa survie. Mais la consultation de l’Ingénieur Ismaïl Ould Amar suggère, par une approche scientifique, de ne pas creuser l’estimation ou la surestimation de ces découvertes.

D’ailleurs, la SNIM avait posé ces questions à elle-même depuis un certain temps et abouti à des réponses techniques et théoriques. Elle en avait discuté certaines avec ce partenaire qui se propose, aujourd’hui. Ainsi, en 2003, lors d’une réunion, en présence de collaborateurs, avec Mohamed Salek Ould Heyine l’ancien Directeur de la société – alors aux pouvoirs étendus et ambitieux – il a été débattu de l’offre d’achat de la majeure partie du capital; la SNIM répondait n’envisager l’ouverture ou le rachat qu’à la lumière de nouveaux projets de transformation ou d’ajout de nouvelles valeurs à la production.

Le candidat repreneur a nié vouloir absorber le minerai mauritanien par l’augmentation de la production et non la hausse des investissements. Ce partenaire trahissait de graves intentions d’usure au moment où la SNIM apportait la réponse à la question de la compétitivité par la mise en œuvre d’une stratégie de doublement de l’extraction en 2012, comme l’a révélé l’ancien Directeur Général, l’intelligent Youssouf Ould Abdel Jelil ; le projet «Al Aouj» comporte des atouts quantitatifs, en premier la hausse de la production de 2 millions de tonnes par an. C’est un chantier où elle tirera des bénéfices par la location de ses infrastructures, en plus du recrutement de 8000 employés et la conservation du poste de Directeur Général.

La grande critique adressée à la SNIM par ces libéraux, c’est son piétinement au même point de production 10 – 12 millions de tonnes par an ; or nous ne devrions exagérer le constat car elle fut nationalisée en 1974 et le changement de sa direction a pris 3 ans environ. Ensuite le prix du fer a chuté. La période située entre 1974 et 2004 était entièrement consacrée à la survie. Ensuite, entre 2004 et 2007, les recettes enregistrèrent une augmentation vertigineuse, permettant de réaliser des bénéfices annuels de 100 millions de dollars. Mais la pauvreté de l’Etat mauritanien et ses besoins urgents de liquidité ont poussé la SNIM à distribuer 50% de ces bénéfices et conserver le reste pour accroître sa production. Au moment où la société commence à enregistrer une grande augmentation de son chiffre d’affaires et de ses bénéfices, il nous appartient de nous interroger sur les opportunités du développement de ses activités ; ii, l’on ne saurait, en toute bonne foi, prononcer l’échec avant l’expérience. Les paroles sur l’ouverture du capital de la SNIM ont affecté les gens éclairés, les véritables génies, les petits vendeurs, les taximen, les étudiants et même les vendeuses de poisson. Autant d’unanimité atteste un problème.

Le choix de vendre semble exprimé, avec la même fermeté, de la part de l’Etat. La présence de Sidi Ould Cheikh Abdallahi au sein de cette équipe libérale – même s’il est connu comme un libéral prudent – n’a pas atténué l’ardeur de la discussion ni la critique acerbe de la démarche. D’ailleurs, les garanties qu’il présenta – étude, consultations suivies et vote du Parlement – ne suffisent pas en elles – mêmes car la contradiction ne réside pas dans l’absence de transparence mais dépend de la manière dont l’on préserve les intérêts du pays de la faiblesse des services administratifs concernés, de la propagation de la corruption et du favoritisme. Le rapport de l’Inspecteur Général de l’Etat a confirmé ceci avec force la semaine passée et de manière inquiétante. Il s’agit d’un véritable fléau dont souffre la gestion de la chose publique en Mauritanie. Le déficit des réformes administratives  en quoi aucune décision fondamentale n’a été prise s’accumule à cause de l’importance des facteurs subjectifs.

Quant aux bureaux d’études, ils examinent, au moyen de mécanismes scientifiques, tout sujet soumis à leur attention; l’ouverture du capital d’une société abordera des aspects différents d’une étude relative au développement de celle-ci par le maintien de la structure de son capital. Nous devons savoir laquelle des questions sera l’objet de l’évaluation.

La concertation implique d’écouter les gens, tempérer l’ardeur de la confrontation et ne signifient pas l’obligation ni la primauté de l’avis de la majorité. Quant à notre honorable Parlement, un groupe considérable en son sein est témoin d’avenants illicites et de privilèges au bénéfice d’hommes d’affaires. Il a aussi retardé l’adoption du budget, pendant plusieurs semaines, pour obtenir des augmentations de salaires.

Nous comptons sur Allah.

Des garanties sont nécessaires pour préserver la façade et élargir le domaine des responsabilités, de la loi et de la morale ; elles sont très efficaces quand elles surmontent les faiblesses et les failles qui pourraient les entacher. Je ne sais pas si l’Etat peut actuellement atteindre cet objectif. Par conséquent, aucune garantie ne changera le fait que « vendre la SNIM », en cette période, ne sert pas les intérêts du pays, du moins sur le long terme, c’est-à-dire après l’absorption des liquidités produites par la transaction, la fin de la croissance et le retour du Trésor public à sa condition antérieure de mendiant. Alors, tous sauront – à temps ou trop tard, peu importe, une fois le forfait consommé – que la privatisation relevait d’un tripatouillage, vecteur d’avantages personnels, quand bien même tous les mauritaniens y auraient pris part.

Mohamed Mahmoud Ould Bakar   

Source  :  La Tribune 375    




Al Qaida, la transformation de la guerre et le droit international -2-

26112007

Al Qaida, la transformation de la guerre et le droit international Entretien avec Mohammad Mahmoud Ould Mohamedou 

(L’entretien (en anglais) a eu lieu le 8 octobre 2007 à l’université d’Harvard (Etats-Unis). Entretien et traduction: Jean-Marc Flükiger. (source : Terrorisme.net) Ancien directeur de recherche auprès du Conseil sur la politique des droits de l’homme à Genève, Mohammad Mahmoud Ould Mohamedou est directeur associé du programme de politique humanitaire et de recherche sur les conflits de l’université d’Harvard (Etats-Unis). Il est notamment l’auteur de l’ouvrage Understanding Al Qaeda – The Transformation of War (Pluto Press, 2007) qui a fait l’objet d’une recension sur Terrorisme.net. Spécialiste du droit humanitaire, il nous livre ici plusieurs éléments d’analyse sur Al Qaida et l’impact de la transformation de la guerre sur le droit des conflits armés.La dimension politique d’Al Qaida 

Terrorisme.net – Dans votre ouvrage, vous mettez en avant la rationalité presque «clausewitzienne» d’Al Qaida et vous remarquez qu’une réponse politique à l’organisation d’Oussama Ben Laden (fin de la présence de troupes américaines au Moyen-Orient, fin de l’occupation en Palestine, fin du soutien aux régimes musulmans dictatoriaux) conduirait probablement à un arrêt des attentats. Qu’en est-il cependant des attaques qui suggèrent une autre rationalité, celles contre d’autres Musulmans (en Irak ou en Algérie) et l’utilisation de la doctrine du «takfirisme» qui considère le chiisme comme apostat ? Ne devrait-on pas parler dans ces cas-là de différentes rationalités ? Quelle serait la solution «politique» à la stratégie takfiri?Mohammad Mahmoud Ould Mohamedou – Pour répondre à cette question, il est important de ne pas rester dans une vision statique du conflit et des acteurs en présence. En effet, Al Qaida a subi des changements très rapides durant ces dix dernières années. Même si l’organisation a différentes identités, nous pouvons ici toujours parler d’une seule Al Qaida dans la mesure où il existe une organisation centrale, c’est-à-dire une Al Qaida «mère» (Al Qaida al Oum), composée de Ben Laden, d’Ayman al Zawahiri et différents lieutenants que nous ne connaissons pas tous du fait que ceux-ci restent anonymes pour des raisons de sécurité. Malgré l’apparition de nouvelles figures (comme Adam Gadahn, bien connu pour ses «demandes légitimes» adressées au Président Bush en mai 2007), cette Al Qaida-mère a répétée de manière cohérente les mêmes exigences depuis à peu près 1996. Au contraire de certains critiques, on ne peut donc pas dire que l’on ne sait pas ce que veut Al Qaida puisque son message a été articulé à maintes reprises. Il est intéressant de constater que la phraséologie «politique» (fin du soutien à l’occupation israélienne, de l’occupation en Irak, du soutien aux régimes autoritaires arabes) a été utilisée bien plus souvent que la phraséologie religieuse. En fait, je dirais que cette dernière a joué un rôle plus important seulement à partir de 2003 et le début de la situation irakienne.
Pour ma part, je pense que même si elle va contre les intérêts de beaucoup de gens et notamment du gouvernement américain, la prise en considération sur le terrain du message politique d’Al Qaida aurait ici un certain impact en termes d’attaques dans la mesure où l’on peut considérer que les actions de l’organisation correspondent aux déclarations faites.
Comme celle-ci a eu de succès dans sa guerre globale, Al Qaida s’est fragmentée en différents types de groupes ces dernières années: certains se sont simplement inspirés, d’autres se sont affiliés, alors que certains sont sous le commandement tactique de l’organisation. Pour les groupes qu’Al Qaida considère sous sa tutelle, on peut parler de «cellules régionales» qui bénéficient du nom officiel de l’organisation, comme dans le cas d’«al Tawhid wal Jihad» d’Al Zarqawi qui est devenu, en 2004, «Al Qaida en Mésopotamie».
Dans ce dernier cas, on observe que non seulement l’organisation mère influence le groupe, mais à son tour la branche régionale a essayé d’influencer l’organisation mère par la doctrine du takfirisme. Pourtant cette influence a été rejetée – comme l’a révélée la lettre interceptée de Zawahiri à Zarqawi (même si j’ai des doutes quant à son authenticité, elle fait logiquement sens dans la mesure où Al Qaida n’avait jamais opéré selon la distinction sunnite-chiite) – du fait qu’il s’agit d’une doctrine qui pourrait se retourner contre l’organisation, ce qui a effectivement été le cas sur le terrain.
D’autres types de groupes comme le GSPC (Groupe Salafiste pour
la Prédication et le Combat) algérien ont eu recours à une procédure identique en faisant la requête d’affiliation à Al Qaida pour devenir une branche locale, ce qui a donné une nouvelle vigueur au conflit contre le gouvernement algérien. Pourtant, le groupe «Al Qaida dans le Maghreb Islamique» reste pour l’instant un groupe aux visées locales, même s’il se considère comme régional, qu’il serait impliqué dans les attentats déjoués du début de cette année au Maroc et qu’il aurait menacé cinq pays du Nord de l’Afrique.
Cette fragmentation est dans une certaine partie contrôlée par Al Qaida al Oum. De ce fait, si on assistait maintenant à un changement de politique extérieure de certains Etats, il est probable que l’organisation mère réagirait en émettant un message fort qui serait probablement suivi par la plupart des groupes, même ceux qui ne sont pas nécessairement affiliés (par exemple le groupe libanais Fath Al Islam qui a déclaré se soumettre aux volontés de l’organisation de Ben Laden, même si le groupe n’est pas encore affilié).
Mais il est possible que la mère Al Qaida ait un impact moins important sur certains groupes, plus locaux, plus «improvisés» et impliqués dans des conflits plus typiques dans lesquels la distinction entre sunnisme et chiisme est plus forte, et qui font donc écho à cette doctrine du takfirisme dont vous parlez. Cet impact réduit s’explique par le fait que ces groupes ne sont pas nécessairement motivés par le même modus operandi politique qu’Al Qaida.
Nous ne pouvons ici nous attendre à une situation parfaite où en s’engageant sur la voie politique, il sera possible de trouver une solution à tous les problèmes. En effet, vous pourrez peut-être résoudre une partie des difficultés, tout en étant confronté à des problèmes «résiduels» importants, c’est-à-dire des groupes qui ne se soumettent pas. C’est justement mon argument sur l’émergence de «l’Al Qaida réelle».

Terrorisme.net – Dans votre ouvrage, vous écrivez que «le concept d’une légion panarabe/musulmane qui mènerait la lutte contre les Etats-Unis a probablement été élaborée à la fin 1989 lors d’une rencontre à Kost, en Afghanistan» (p. 46). Pourtant, le changement de paradigme entre un «ennemi proche» (les régimes arabes) et un «ennemi éloigné» (les Etats-Unis) n’a-t-il pas été élaboré beaucoup plus tard (au milieu des années 1990) en réaction a) au rejet par la famille royale de la proposition de Ben Laden de défendre l’Arabie Saoudite avec ses mujahidins, b) à la présence des troupes américaines pendant et après la guerre du Golfe de 1991 sur le territoire saoudien et c) la révolte égyptienne manquée de 1992?

Mohammad Mahmoud Ould Mohamedou – Votre argument est intéressant et ma réponse ira dans votre sens. Je dirais qu’il est difficile de déterminer un moment précis de cristallisation de cette stratégie. Je pense que la réunion de la fin 1989 fut un moment déterminant pour Al Qaida dans la mesure où il s’agissait de combler un vide: les Soviétiques vaincus, le sentiment de succès des groupes impliqués, l’apparition de la concurrence au sein du leadership entre Abdallah Azzam, Ben Laden et l’émergence de Zawahiri ainsi que «l’errance» des mujahidins qui n’avaient pas forcément d’endroit où retourner, tous ces éléments ont déclenché une réflexion qui aboutit à la reconnaissance du fait que c’était l’ennemi éloigné, les Etats-Unis qui permettait l’existence des régimes despotiques musulmans. De plus, ces combattants avaient également échoué dans leur tentative de renverser ces régimes. Et je pense que c’est lors de cette réunion que l’idée de combattre l’ennemi éloigné a commencé à se développer. Tous les éléments que vous citez et qui apparaîtront après cette fameuse rencontre ne feront que cristalliser les Etats-Unis comme ennemi. Je pense qu’un des éléments déterminants pour cette cristallisation fut
la Guerre du Golfe de 1991: le fait que les Américains interviennent directement au Moyen-Orient en bombardant Bagdad a provoqué une prise de conscience accrue, renforcée par la suite par d’autres événements. Pour ma part, je n’accorderai pas une trop grande importance au rejet de la proposition de Ben Laden par les Saoudiens. Je crois qu’il s’agissait d’un élément propre à Ben Laden et pas nécessairement à son entourage.
Je pense que vous avez raison concernant les événements du début des années 1990, mais aucun de ceux-ci n’auraient pu mener à attaquer les Etats-Unis s’il n’y avait pas eu déjà une prédisposition mentale à interpréter d’une certaine manière les événements.

Terrorisme.net – Dans votre article «Towards the real Al Qaida», vous vous inquiétez de la possible émergence d’une «Al Qaida réelle» («Real Al Qaida») sur le modèle de la fraction dissidente de l’IRA, la très meurtrière «Real IRA» (appelée également RIRA). Malgré le danger que représentent de telles dissidences, cette émergence ne constitue-t-elle pas un signe du déclin de l’organisation mère?Mohammad Mahmoud Ould Mohamedou – Tout d’abord, notons que les analogies sont imparfaites, c’est-à-dire que l’on peut se demander dans quelle mesure on peut véritablement comparer Al Qaida avec l’IRA ou le FLN par exemple. Pour moi, cette comparaison peut poser des problèmes dans la mesure où le FLN et l’IRA avaient des composantes nationalistes, c’est-à-dire qu’il s’agissait de mouvements de libération nationaux dont les objectifs étaient géographiquement et politiquement clairement circonscrits. Pourtant, j’utilise ici à dessein cette analogie dans la mesure où Al Qaida poursuit également des objectifs politiques. De plus, l’analogie est également intéressante au niveau de la réaction des gouvernements: en relisant la presse du début des années 1950 en France, on constate de fortes similarités avec la phraséologie actuelle, on parle «d’éradication» ou de «terrorisme», on minimise l’impact des groupes etc. puis quelques années plus tard, la presse s’interroge sur la nécessité de discuter des véritables causes du conflit, pour ensuite arriver à la conférence d’Evian qui marque la fin de la lutte. On se déplace donc d’un extrême à l’autre.
La discussion autour de l’IRA n’est pas différente: dans un premier temps,
la Grande-Bretagne a nié et minimisé l’impact de l’organisation pendant plus de deux décennies, puis a entamé la discussion dans les années 1980, avant d’aboutir aux accords de 1998. Ceci me ramène à votre question.
Pour moi, la spécificité d’Al Qaida réside dans l’accélération de tout le processus que je viens de décrire. On a pu, à cet égard, parler de la guerre en Irak comme de «l’accélération du syndrome du Vietnam». Pour ma part, je pense qu’Al Qaida constitue une mutation des groupes connus jusqu’à maintenant, du fait de la mise à profit par l’organisation de progrès technologiques comme Internet ou de l’individualisation du pouvoir qui a permis à certains jeunes à Madrid et Casablanca de monter leur propre opération.
Si l’on considère maintenant la régularité des actions, je pense que ce que nous avons observé ces deux dernières années (2006-2007) ne correspond pas aux tendances plus générales observées préalablement, qui consistent en une attaque majeure tous les 2 ans (New York, Madrid, Londres) orchestrée probablement par Al Qaida mère, suivie d’actions dans des zones géographiques périphériques (Bali, Istanbul, Riyad, Djerba, Casablanca, Mombassa, etc.) par des cellules plus locales. Nous n’avons pas assisté durant ces deux dernières années à des actions suivant ce schéma. Dans un sens, c’est un signe favorable qui pourrait aller dans le sens d’un déclin du conflit.
Pourtant, on a, dans le même temps, remarqué qu’Al Qaida s’est renforcée tant au niveau de sa communication, de ses réactions, que de sa capacité à survivre et à laisser ses ennemis dans le flou. Il s’agit là du scénario catastrophe pour n’importe quelle arméequi ne sait pas où, quand et qui va frapper. On peut donc s’interroger sur ces deux dernières années: le cycle a-t-il simplement été retardé ? Est-il en train de se transformer? Ou Al Qaida est-elle en train de s’affaiblir, comme le déclarent certains? Pour ma part, la question de la prospérité d’Al Qaida est très fortement liée à l’interprétation que l’on en donne. Pour moi, une interprétation plausible consiste à affirmer qu’Al Qaida aurait changé sa stratégie vers une réorientation de ses ressources pour renforcer ses opérations, ce qui pourrait expliquer pourquoi, à la lumière de la traque globale de l’organisation, on n’a pas assisté à des attaques ces deux dernières années. Selon une autre interprétation également plausible, l’Al Qaida politique serait en train de perdre du terrain face à des groupes plus jeunes et plus violents, auquel nous avons référé sous l’étiquette de «takfiri». C’est une possibilité dans la mesure où ceci correspondrait à l’évolution naturelle de ces groupes. Je laisserai ici la question en suspens. Je pense que les événements futurs nous en diront beaucoup sur l’évolution de l’organisation et sur ce que nous pouvons en attendre.

Terrorisme.net – Si je reprends maintenant cette distinction entre Al Qaida mère et ces groupes plus jeunes et plus violents, on pourrait ici appliquer deux types de schème explicatif à Al Qaida: un schème politique qui permettrait d’expliquer la rationalité de la «mère Al Qaida» et un schème pour les groupes affiliés, dont on pourrait expliquer le comportement par le concept de «résistance sans leader», c’est-à-dire que ces groupes partagent une idéologie sans forcément être pilotés par Al Qaida?

Mohammad Mahmoud Ould Mohamedou – L’image que vous donnez de la situation est pertinente, mais elle est compliquée par le fait qu’Al Qaida al Oum encourage la résistance sans leader, du fait qu’elle considère qu’inévitablement elle va disparaître avec le temps. Dans leurs déclarations, Ben Laden et Zawahiri affirment que même s’ils sont absents, «la lutte doit continuer». À l’aune de leur expérience dans d’autres combats, ils savent qu’ils pourraient être tués à tout moment et ils ont pris conscience que leur seule manière d’avoir un impact à long terme est d’encourager une telle résistance impersonnelle. Du fait de la nature de cette résistance, ceux-ci sont maintenant confrontés à un problème de «gestion», sachant parfaitement qu’ils doivent garder les militants sous contrôle et que dans le cas contraire, ils donneront une «mauvaise réputation» à Al Qaida. C’était justement la question de la l’échange épistolaire avec Zarqawi. De l’automne 2005 au printemps 2006, il semble que l’on ait observé une volonté d’Al Qaida d’engager Zarqawi à condamner ses attaques anti-chiites. Par exemple, en décembre 2005, on a constaté que celui-ci avait disparu. Son organisation restait active, mais on ne le voyait plus. Et au moment où il est réapparu (avril 2006), il a fait référence au discours de Ben Laden du 19 janvier 2006 où celui-ci parle d’armistice. Il semble ainsi que pendant son absence, Al Zarkawi se serait rapproché de l’Al Qaida politique. Il a été tué en juin 2006, donc il est difficile de parler de l’aboutissement de cette évolution.
On peut résumer ainsi la dynamique d’Al Qaida: une volonté de contrôle des opérations du fait de l’impact du nom (de la marque) Al Qaida mais un encouragement des militants à prendre l’initiative avec des actions propres. La résistance sans leader est bien présente mais ne s’applique pas à 100 %. 

Suite la semaine prochaine  (Avec l’aimable autorisation de l’auteur) 

SOURCE / La Tribune 375 




Les Echos Par Mohamed Fouad Barrada

14112007

La chronologie d’une crise

 

Entre l’indifférence et la différence, il y a une ligne rouge. Entre l’acte et la parole, il y a aussi une «autre» ligne. Il y a en effet, une grande différence entre ce qui est et ce qui devrait être.

S’agissant de «ce qui est»,  une réaction contre l’augmentation des prix suscite de fortes tensions dans une démocratie mauritanienne qui vient de voir le jour.

Il semble que 80 personnes aient été arrêtées par les autorités à Diguenni localité de l’extrême Sud -Est du pays et que 20 personnes soient recherchées dans la même ville. A Kankossa Moughata de l’Assaba, il y a eu un mort. Cela est un message clair. C’est difficile de supposer que des populations affamées par la cherté de vie vont continuer à croire à un discours officiel les poussant à attendre l’aval des bailleurs de fonds. Il se peut que la masse contestatrice se calme sous la pression de la force. Jusqu’à quand ?

Dans ces circonstances, le gouvernement a avancé une panoplie de mesures afin d’atténuer les effets de la flambé des prix : 2,4 milliards d’ouguiyas pour un fonds  de soutien destiné aux citoyens les plus vulnérables et des crédits seront accordés.

En outre, «les salaires des employés, des secteurs public et privé de 0 à 30000 ouguiyas seront exonérés de l’impôt sur le traitements et salaires (ITS), au titre de la loi des finances 2008. Le taux de l’ITS de 15% prévu initialement pour les salaires de 21000 à 61000, sera appliqué aux salaires de 31000 à 70000 UM. Le taux de l’ITS sur les salaires supérieurs à 70000 sera de 30%  au lieu de  35 % appliqué initialement sur les salaires supérieurs à 60000 UM» (l’Horizon  n°4608 du lundi 12 novembre 2007).Cela est-il suffisant ?

En effet, les crises économiques ont fait sauter de grandes démocraties. Ces crises ont bouleversé
la France en 1968. Elles ont aussi modifié l’ordre en Argentine.  Là où il y a une désespérance, il y aura tôt ou tard une instabilité. L’économie indonésienne marchait bien jusqu’au moment où le  président n’a pas pu résoudre la crise de 1997, la conséquence a été dramatique. Pas loin de chez nous, le Sénégal a subi le même sort car son président Abdou Diouf  à l’époque n’a pas pu lui aussi trouver des solutions rapides. Le Mali a encore fait l’objet d’événements assimilables poussant les militaires à prendre le pouvoir tout en  instaurant la démocratie.

 Sous l’influence de la hantise de l’instabilité, le CMJD mauritanien a mis, ainsi, sur les rails les mécanismes de la démocratie. Les justifications sont les mêmes : injustice sociale, corruption, etc.  

Bien que la démocratie reste, incontestablement, la meilleure forme de lutte contre la pauvreté. Celle-ci exige, néanmoins, des outils de sanctions efficaces et prompts. Sans cela, elle  n’a aucune valeur.

La sous – région souffre dans cette perspective, d’une crise de confiance entre une majorité qui gouverne et une opposition appuyée par une grande partie de la population subsaharienne qui cherche à être nourri. La question centrale demeure alors : comment déclencher une action permettant le retour de la confiance ?              

L’actuelle équipe dirigeante en Mauritanie a hérité, par ailleurs, d’une situation économique lourde.

Pour réguler les prix, le gouvernement de Sidi O Cheikh Abdellahi compte viser  le long terme par des arguments macro-économiques. En attendant, les mauritaniens doivent subir les aléas externes.

Le président ne favorise pas la subvention de denrées de première nécessité.  Selon lui «cela peut provoquer leurs exportations vers le reste de la sous-région». Ce qui sous-entend que nos autorités sont incapables pour le moment de contrôler  le trafic de marchandises. Que faire alors ? Prier Dieu pour avoir les 500 milliards d’ouguiyas indispensables pour la reprise économique !

 

Mohamed Fouad Barrada 

m_barrada@yahoo.fr 

 

Source:
La Tribune n°374 




Hausse de prix : ce que le gouvernement peut faire

14112007

Hausse de prix : ce que le gouvernement peut faire   

 

Par Dr. Abdellahi Ould Mohamed AWAH 

Professeur d’Economie à l’Université de Nouakchott 

 

 

Les événements dramatiques que le pays a vécu la semaine dernière  ramène avec acuité sur la scène nationale la question de la stabilisation des prix des produits de première nécessité. La hausse des prix de ces produits sensibles a un impact direct sur la survie des couches les plus pauvres de nos populations. Pour cette raison,  le gouvernement à le devoir de donner la priorité absolue à la solution de ce problème dont dépend la stabilité sociale du pays.    

Certes, face à cette situation, le gouvernement a annoncé des mesures importantes comme la création d’un fonds pour lutter contre les effets de la hausse des prix, l’affectation de plus d’un milliard d’ouguiya pour des activités génératrices de revenus, la distribution de 6.600 tonnes de vivres au profit des populations vulnérables et une réduction sensible de l’ITS est accordée aux salariés des secteurs publics et privés. 

 

Cependant, d’autres mesures peuvent être prises pour stabiliser durablement les prix des produits de première nécessité. 

  

I – Analyse des raisons de la flambée des prix 

 

La hausse des prix des produits importés en particulier ceux de première nécessité (blé et dérivés, riz, sucre, huile, …) s’explique par des facteurs exogènes et endogènes. 

 

1. Facteurs externes 

  

Deux éléments importants jouent un rôle essentiel dans la hausse des prix. Il s’agit de : 

·        L’émergence économique fulgurante de
la Chine et de l’Inde qui se traduit par une forte demande d’affrètement sur le marché mondial. Cela a pour effet direct une augmentation importante du coût du transport maritime, toutes destinations confondues. A cela s’ajoute un surcoût pour notre pays, dû au fait que les bateaux repartent vides car il n’y a pas de marchandises à exporter. 

·        L’augmentation régulière du prix du baril de pétrole qui frise aujourd’hui les 100 dollars, suite aux tensions au Moyen-Orient. Cela se répercute sur le niveau général des prix des produits importés par
la Mauritanie. 

 

A côté de ces facteurs exogènes sur lesquels  le gouvernement n’a aucune influence, il y a des facteurs endogènes où sa marge de manœuvre est beaucoup plus importante. 

 

 

2. Facteurs internes 

 

Il y a une série de tarifs qui constituent des éléments significatifs dans la structure des coûts des produits de première nécessité et sur lesquels le gouvernement peut agir pour stabiliser les prix. Cette série comprend les éléments suivants : 

·        Coûts d’escale des navires commerciaux au port de Nouakchott qui sont 2 à 3 fois supérieur à ceux des ports de la sous région ouest africaine (Dakar, Abidjan, Lomé) ; 

·        Coût d’assurance exorbitant pour les marchandises destinées à notre pays : 3% de la valeur des biens transportés soit 6 fois plus élevé que le Sénégal car notre système judiciaire n’offre pas toutes les garanties aux exportateurs étrangers. 

·        Coût de manutention 50% plus élevé au port de Nouakchott par rapport aux ports de
la Sous-région. 

·        Tarifs douaniers 20% supérieur à ceux pratiqués dans
la Sous- région car ils obéissent plus à la facilité de recouvrement qu’à une logique d’équité fiscale. 

·        Prix du litre du carburant relativement élevé et dont la structure de coût est opaque. 

 

A cet ensemble de facteurs s’ajoute un autre de nature institutionnelle et qui est déterminant dans la hausse des prix. Il s’agit de la manière anti-concurrentielle dont fonctionne le marché de distribution des produits de première nécessité dans notre pays. 

 

En effet, pour certains biens comme le blé ou la farine, il existe une entente illicite entre les deux producteurs distributeurs exclusifs de ces produits, qui fixent le niveau de leur prix, exerçant ainsi un duopole de fait. 

 

En outre, pour des produits comme le riz ou le sucre, malgré la diversité de leurs importateurs, une entente tacite est conclue entre eux, confiant la distribution exclusive pour une période donnée à l’un d’entre eux.  Celui-ci devient ainsi le gérant de fait de l’ensemble des stocks disponibles du produit. 

 

Cette situation de monopole tournant de la distribution constituant un facteur essentiel de hausse du prix de ces produits. 

 

II – Mesures que le gouvernement peut prendre 

 

Pour stabiliser les prix, le gouvernement peut prendre des mesures de réduction tarifaire, à effet immédiat sur la baisse des coûts  et des mesures institutionnelles, de portée plus durable. 

  

 

 

1. Mesures de réduction tarifaire 

 

Il s’agit de prendre les mesures suivantes : 

 

  • Réduire les tarifs d’escale du port de Nouakchott qui peuvent être révisés à la baisse sans toucher à sa viabilité. 

  • Faire baisser les tarifs de manutention sans remettre en cause la rentabilité de cette activité. 

  • Diminuer les droits de douane notamment sur les produits de première necessité, systématiser les certificats de contrôle SGS (Société Générale de Surveillance) et éviter le recours abusif au système du forfait. 

  • Le port de Nouakchott est classé par
    la LOYD’S comme un port à risque pour les fournisseurs étrangers du fait de comportements antérieurs de notre système judiciaire (saisie abusive de navires commerciaux, suite à des litiges entre nos importateurs et certains fournisseurs étrangers). Il est donc important de corriger cette situation par la mise en place des garanties juridiques nécessaires et la formation de magistrats spécialisés en droit maritime. 

  • Réexaminer la structure du coût du carburant afin de s’assurer que toutes les taxes qui y figurent sont d’un niveau acceptable et que leur destination finale est bien le Trésor Public. 

 

2. Mesures institutionnelles 

 

Il s’agit de mesures structurelles qui touchent au fonctionnement du marché et à l’organisation de toute la chaîne des acteurs qui interviennent dans la fixation du prix des produits de première nécessité. Ces mesures sont : 

  • La mise en place d’un observatoire des coûts de revient des produits de première nécessité qui aura à déterminer la structure des coûts de chaque produit. Cela permettra de : 

-         s’assurer de l’impact des mesures prises sur le consommateur ; 

-         suivre l’application des accords convenus avec les opérateurs économiques sur les prix, la qualité et le poids ; 

-         saisir les opportunités d’achat à prix réduits qu’offre occasionnellement le marché international (pour des produits comme le blé, la farine, le riz, le sucre et l’huile). 

 

  • Créer un pool national unique d’importateurs pour bénéficier des réductions en matière d’achat de marchandises et de coût de frêt. 

  • La création d’une structure de concertation et de suivi entre l’Etat et le pool des importateurs des produits de première nécessité pour mieux analyser, prévoir et maîtriser l’évolution des prix et leur impact sur le consommateur. 

  • Réhabiliter
    la SONIMEX en lui permettant de retrouver sa mission naturelle qui est de stabiliser les prix des produits sensibles. Pour cela, elle doit atteindre 20 à 30% du marché de produits comme le blé et ses dérivés, le riz, le sucre et l’huile. 

  • Création d’une structure publique de contrôle de la concurrence capable de faire respecter la loi du marché et de lutter contre des phénomènes comme l’entente illicite, le duopole ou le monopole tournant de distribution. 

 

Source :
La Tribune n° 374 







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