Edito de La Tribune Par Mohamed Fall O Oumère

24 10 2007

Edito de

La Tribune Par Mohamed Fall O Oumère 

Combien paye-t-on pour faire passer deux camions remplis de crack marocain par un bureau mauritanien des douanes ? Combien paye-t-on pour se faire assister par un poste de police mauritanien quand on fait atterrir un avion pour y embarquer – ou en débarquer – une cargaison de cocaïne ? 

Je suis toujours surpris par le nombre de postes de contrôle sur les routes mauritaniennes. Avant le 3 août, ‘on’ prétextait l’insécurité. Les Cavaliers du Changement, le GSPC et tout le reste. C’est ainsi qu’on a créé une sorte de ‘mur de séparation’ entre deux Mauritanies : le poste de Chgueig sur la montagne de Djiouk (500 km à l’Est de Nouakchott) ne peut être perçu que comme un mur qui sépare une Mauritanie utile parce que le pouvoir s’y trouve, d’une autre inutile parce que laissée à la bonne volonté des administrateurs et potentats locaux. Après le 3 août, ce prétexte a sauté. Mais les postes de contrôle ont augmenté. Tout comme le trafic. 

J’ai entendu un jour l’actuel Premier ministre critiquer l’administration et dire qu’il faut simplifier les circuits parce que ‘chaque étape est l’occasion de malversation’. En hassaniya cela donnait : kil hakma, hakma est le même vocable utilisé pour désigner un poste de contrôle. Il en est de même pour ces postes qui sont plutôt destinés à prélever des dîmes. Les postes deviennent des rentes pour les patrons du corps concerné. C’est l’arnaque à ciel ouvert. Réglementée et institutionnalisée. 

Si bien que policiers, douaniers, et, malheureusement depuis un certain temps gendarmes, sont devenus les protecteurs de tous les trafics. Jamais, au grand jamais, ces dernières quinze années, on a arrêté ou intercepté un chargement frauduleux au cours d’un passage dans un poste. Même les camions chargés d’armes, il a fallu qu’ils soient trouvés sur indication de leurs propriétaires ici à Nouakchott. Alors à quoi servent tous ces contrôles ? 

Autres questions : pourquoi aucune mesure disciplinaire n’a suivi l’affaire de Nouadhibou ? Voilà pourtant une affaire où la complicité, ou du moins la négligence de tous les fonctionnaires, premiers responsables ou non, est évidente. Ils sont encore, et tous !, à leurs places. Aucun n’a souffert d’une réprimande. 

Après la fameuse affaire du détournement de l’avion d’Air Mauritanie, un mouvement a touché la police de l’aéroport. Mais allez là-bas à présent. Vous retrouverez tous les agents et chefs qui étaient là. Pourquoi ? 

Aujourd’hui ce sont deux camions qui sont interceptés de façon spectaculaire à quelques 230 km de Nouakchott, 2 km du goudron, par un douanier travaillant au Wharf de Nouakchott qui se trouvait là par hasard. Comme par hasard, l’un de ces camions a été contrôlé par le bureau de Douane-ville de Nouadhibou. Avec un autre qui n’a pas encore été retrouvé (cf. article à l’intérieur). Les deux camions ont fait l’objet d’une même déclaration faisant état de cargaison de pommes de terre et d’oignons. Un troisième camion a été retrouvé à la place de l’autre. Mais où est passé le deuxième ? Comment a-t-il pu passer tous les postes de contrôle qui ne sont exigeants que quand il s’agit de paisibles citoyens mauritaniens ou étrangers ? Qui va s’occuper de cette enquête ? Est-ce que la justice va aller jusqu’au bout ? Demandera-t-on des comptes à tous les chefs de bureaux de la zone qui se comportent en seigneurs de guerre ? A tous les gendarmes qui ferment les yeux ? A tous les policiers qui participent parfois à la couverture de la ‘chose’ ? Les directeurs de la police, des douanes et le commandant de
la Gendarmerie vont-ils réagir ? Ou devra-t-on se résoudre à croire qu’ils sont de mèche ? Que quelque part, ils y gagnent ? 

Je ne peux me résoudre à penser que le colonel Ould Bikrine n’a pas une grande et noble idée de
la Gendarmerie. Je me dis que Ould Ghazwani et Ould El Mamy ne sont pas responsables de l’état de déliquescence dans lequel se trouvaient les corps qu’ils dirigent au moment de leur prise de fonction. Mais en couvrant l’indélicatesse, pour ne pas dire autre chose, on en devient complice. Dans ce cas, on prend ses responsabilités. Et on refuse de sévir. ‘On va verra’, dirait un ami à moi… 

 

Source :
La Tribune n° 371 


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