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Les enjeux du pétrole en Mauritanie

22102007

 

Benjamin Augé 

 

 

Les enjeux du pétrole en Mauritanie 

Article IREMAM/CNRS 

Pour l’Année du Maghreb 

 

 

 

La République Islamique de Mauritanie est rentrée officiellement dans le club très privé des pays producteurs de pétrole depuis février 2006. Elle fait partie de ces petits pays (en terme de poids économique) mis en production pour pallier à la croissance continue de la demande mondiale de pétrole (84,5 millions de barils par jour en 2006[1]). La Mauritanie devient un pays pétrolier dans une période où les pétroles chers d’hier comme les « non conventionnels » (pétroles qui demandent de lourds travaux de raffinage) ou les pétroles des zones difficiles du fait du climat ou de l’accès comme au Sahara ou dans les hautes profondeurs marines deviennent aujourd’hui rentables grâce à un cours du brut élevé.

Les pays dont la production pétrolière débute connaissent un changement de statut. La Mauritanie n’échappe pas à cette règle. Un producteur est considéré d’une manière stratégique par les Etats consommateurs qui savent que même si sa production est faible, il peut contribuer à tendre ou à détendre un marché qui est en manque de surplus pétrolier depuis 2003. Le pétrole est un levier pour la Mauritanie qui sait désormais qu’elle a un tout autre poids sur la scène internationale et que celui-ci peut encore augmenter avec la hausse possible des cours ou grâce à d’éventuelles nouvelles découvertes de gisements.

La Mauritanie connaît comme tout nouveau producteur un pouvoir d’attraction médiatique accru. L’exemple du quotidien français Le Monde est significatif, celui-ci consacre le 2 mars 2006 une pleine page pour illustrer l’espoir des Mauritaniens d’accéder à un nouveau statut grâce au pétrole brut. Cet article met en valeur un pays qui autrefois n’avait le droit qu’à quelques lignes, grâce au pétrole il a le droit à une page complète. Depuis l’indépendance en 1960, ce pays n’intéresse pas du tout les médias et encore moins ceux qui n’ont pas de « liens » particuliers avec lui comme la France. Le cliché du pays vu comme une plaque tournante pour clandestins africains partant de la ville de Nouadhibou (au nord du pays) en pirogue pour rejoindre l’Europe, est enfin supplanté par une actualité plus positive, plus attrayante. La Mauritanie a historiquement une médiatisation négative. Il n’y a pas d’angélisme à avoir quant à la situation de ce pays que nous décrirons plus tard mais nous sommes forcés de constater que les points positifs sont souvent omis.

Désormais pour beaucoup de grands investisseurs pétroliers et non pétroliers, la Mauritanie devient ipso facto une destination potentielle ou en tout cas une curiosité réelle, et ce grâce à son pétrole. La Mauritanie existe enfin sur une carte du monde, les marqueurs visibles de ce fait sont les avions et des hôtels quasiment complet depuis 2001[2], situation qui contraste grandement avec les années précédentes.

La curiosité pour un Etat producteur est naturelle mais les difficultés auxquelles celui-ci est confronté sont légions, et ce d’autant plus lorsque ce pays est comme la quasi-totalité des Etats rentrant en production pétrolière : un pays pauvre à Etat faible. De plus, le début de la production en Mauritanie coïncide avec un temps politique très particulier. Le 3 août 2005, un coup d’Etat met fin à 21 ans de pouvoir du président colonel Ould Taya et amorce le début de ce que les observateurs locaux ont appelé « la transition ». Le commencement de la production se fait donc sous un nouveau gouvernement dirigé par l’homme le plus proche de l’ancien président, le colonel Ely Ould Mohamed Vall. Etudier le pétrole dans un pays éprouvant une instabilité politique et des changements de dirigeants nous pousse à analyser de quelle manière les différents pouvoirs qui se sont succédés jouent avec l’or noir, source de multiples fantasmes, représentations et instrumentalisations.

La Mauritanie fait partie des PPTE, les Pays Pauvre Très Endettés, titre grâce auquel ses membres peuvent prétendre à une réduction de dette. Le 1er juillet 2006, la Mauritanie obtient une réduction de sa dette de 685 millions de dollars, soit une somme significative pour un  budget annuel d’à peine un milliard de dollars. Rappelons que les ministères mauritaniens ainsi que la Banque Centrale ont du donner des gages de sérieux après que le FMI ait demandé un délai supplémentaire de six mois pour s’assurer que des réformes et des bonnes pratiques avaient effectivement été impulsées par le nouveau gouvernement. L’Etat mauritanien est comme un grand nombre de pays africain, incapable de faire respecter la loi sur son territoire[3]. L’absence d’une justice efficace, impartiale et de façon plus large de fonctionnaires compétents payés correctement[4] rend l’Etat défaillant. Le cas mauritanien n’échappe pas à cette règle même s’il faut distinguer plusieurs périodes comme on le verra dans le développement. Le bouleversement que représente l’entrée d’un pays dans l’industrie du pétrole nécessite une adaptation et de l’encadrement, tâches difficiles du fait de l’amateurisme de la fonction publique. Le cas de la Mauritanie est symptomatique de ce manque de cadres qualifiés dans le domaine du pétrole mais en revanche elle a une longue histoire de production du fer depuis l’indépendance dans la zone nord du pays à Zouerate. La MIFERMA puis la SNIM ont formé des cadres dans le domaine minier chargés de la mise en place du ministère du pétrole. L’Etat ne part donc pas de rien en terme de cadres mais les mines et le pétrole sont deux domaines qui requièrent des qualifications différentes même si certaines de leurs branches se recoupent comme la géologie. La période de préparation de la mise en production et celle du début de l’exploitation sont pour la Mauritanie (mais cela ne lui est pas propre) une transition où des mécanismes se mettent en place, où des erreurs sont commises, où en somme l’Etat apprend. C’est cette période très précise que nous analysons dans cet article. Nous pouvons faire débuter celle-ci en juin 2001, date de la première découverte économiquement rentable, à mars 2007 date des élections qui concluent le processus de remise du pouvoir aux civils, par les militaires arrivés par coup d’Etat en 2005.

Cette étude a été rendue possible par une lecture approfondie des bulletins pétroliers (seuls supports sérieux et précis sur les questions de chiffres, de localisations et d’informations pétrolières générales), de la presse internationale et surtout par une étude de terrain d’un mois où la plupart des acteurs de la sphère pétrolière mauritanienne ont été interviewés. Pouvoir étudier un pays lors de ses premiers pas pétroliers est une chance pour comprendre comment celui-ci s’organise.

 

            Pour mener à bien notre projet d’explication des enjeux que pose l’arrivée du pétrole en Mauritanie, il convient d’abord de voir dans quel contexte politique celle-ci s’inscrit et comment le pouvoir politique réagit face à cette nouveauté. L’explicitation du contexte pétrolier d’un point de vue mondial, continental et enfin mauritanien permet de comprendre dans quel cadre s’insert le pétrole de Mauritanie. L’étude des conséquences de cette exploitation pétrolière sur l’apparition d’acteurs et de rapport de force nouveaux ainsi que le mode de gestion choisi par l’Etat viendront clôturer cet article.

 

 

 

 

I°) Contexte politique et liens entre pouvoir et pétrole 

 

Le lien intrinsèque entre politique et pétrole est évident depuis le début de l’histoire  de cette huile un peu spéciale. Le pétrole dans certains cas appartient à un Etat qui en fait un instrument de pouvoir, de domination parfois mais surtout il se doit de par l’importance du montant des devises engrangées par la seule vente de cet hydrocarbure de contrôler étroitement ce secteur devenu stratégique, voire vital. Un pays qui devient producteur possède l’énergie et donc en théorie le moteur de son développement, ce qui lui donne un avantage considérable face aux autres pays qui doivent pour faire fonctionner leurs usines importer du pétrole. Les Etats-Unis et l’URSS qui sont historiquement les premiers et les plus gros producteurs de brut ont pu grâce à cette indépendance énergétique construire une industrie puissante et s’enrichir grâce à la vente de leurs considérables excédents[5]. Ces deux puissances ont dominé la sphère politique et économique de façon partagée avec l’Europe jusqu’à la première guerre mondiale puis de façon quasi bipolaire à partir de la deuxième guerre mondiale. Cette situation peut s’expliquer en partie par la richesse des « deux grands » en hydrocarbures. L’Europe (dépourvue en pétrole jusque dans les années 1970, date de la mise en production des gisements de la mer du Nord) s’est redressée lors des « trente glorieuse » mais elle a dû baser son développement sur un achat massif de pétrole, ce qui l’a handicapée[6]. La capacité énergétique propre des deux grands lors de la deuxième guerre mondiale a d’ailleurs été un grand facilitateur de leur victoire. Le Japon et l’Allemagne qui n’avaient pas l’énergie étaient désavantagés. La digression précédente peut paraître hors contexte mais elle est au contraire l’explication de la vision du pétrole comme attribut et réalité de puissance.

 

La Mauritanie devient productrice de pétrole dans un contexte politique très spécial. Maouyia Ould Taya président de 1984 à 2005 est déposé le 3 août 2005 par l’un de ses plus fidèles militaires, le directeur de la sûreté nationale Ely Ould Mohamed Vall. La production de pétrole commence en février 2006 soit lors de la nouvelle présidence. Ould Taya est à la fin de son règne[7], un homme qui a peur, qui n’a plus de soutien ni dans la population ni à l’étranger[8] et qui souffre d’une certaine paranoïa provoquée en juin 2003 par un coup d’Etat militaire qui échoue[9]. Taya se sent menacé, à juste titre. La façon dont a été vécue le coup d’Etat manqué de 2003[10] par la population témoigne de son envie de changement, elle ne condamne pas le procédé qui lui est familier[11] car une brèche est enfin ouverte dans le système immuable de Taya. Le pouvoir annonce également qu’en août et septembre 2004 des coups d’Etat ont été déjoués. Le président, soulagé mais contrarié sent bien que la situation peut lui échapper à tout moment et décide d’utiliser la clé du pétrole pour faire « diversion ». Tout va être fait pour que la compagnie pétrolière australienne Woodside, sensée mettre en production le premier gisement de pétrole, accélère son travail. La compagnie laisse entendre publiquement que l’exploitation du brut commencera à la fin 2005. Taya ne verra pas le début de la production qui finalement prend du retard et débute en février 2006 mais l’utilisation et même l’instrumentalisation qu’il fait de l’or noir avec l’idée « des lendemains qui chantent » pour calmer la population est symptomatique du pouvoir de fantasme que représente cette matière fossile. Les fantasmes entraînés par la simple évocation du pétrole sont nombreux et ce, sur le citoyen lambda comme sur le décideur politique. Le premier champ mis en exploitation est nommé Chinguetti, nom de la septième ville sainte de l’islam située au plein coeur de la Mauritanie. Le choix de nommer ainsi sa première découverte pétrolière n’est pas innocent, cela témoigne de l’espoir quasi divin que fait naître le pétrole. L’espoir de devenir un nouvel émirat est prégnant mais dans le même temps, les Mauritaniens se méfient. Ils connaissent le sort de leurs voisins au Nigeria (producteur depuis les années 1960) et au Congo Brazzaville (producteur depuis les années 1970) qui n’ont en rien profité de cette manne. Ces pays se sont peu à peu appauvris et sont devenus des zones de non droit où l’insécurité est préoccupante.

 

 

-Le changement du 3 août 2005 

 

L’importance de ce coup d’Etat et la césure qu’il engendre mérite qu’on s’y arrête. La proximité temporelle de cet épisode avec le commencement de la production pétrolière a fait dire à certains que le coup d’Etat était motivé par le désir de contrôler le pétrole. C’est méconnaître la situation du pays en 2005. La Mauritanie est dans une situation inextricable de blocage maintenue ainsi par un président qui ne communique plus, qui a peur et qui se sent menacé. Ely Ould Mohamed Vall, le directeur de la sûreté nationale et son cousin germain Ould Abdel Aziz, responsable du BASEP (la garde présidentielle) mettent au point ce coup d’Etat, ce « changement » comme l’appelle pudiquement Vall[12], afin de mettre fin à ce blocage. Discerner quels sont les intérêts sous-jacents pour Vall et Abdel Aziz d’intervenir est difficile. Vall est déjà l’un des hommes les plus fortunés du pays[13] et l’autre n’est pas dans le besoin du fait de son statut de haut fonctionnaire mais il semble être moins riche que son cousin. On ne peut écarter totalement la motivation de l’enrichissement personnel facilité à la tête de l’Etat mais il nous semble être un motif fragile et non déterminant. En revanche, le désir d’arrêter une situation sans issue semble être plus pertinent pour expliquer la motivation de cet acte. Le 25 juin 2006, le Conseil Militaire pour la Justice et la Démocratie (CMJD), nom que se donnent les militaires au pouvoir, soumet au peuple qui l’approuve par référendum une réforme de la constitution de 1991 imposant aux futurs présidents élus à partir de 2007 de ne pas dépasser deux mandats de cinq ans. Cette réforme verrouille également la révision constitutionnelle en imposant que pour toute nouvelle modification il faudra à l’avenir l’approbation d’un tiers des membres du parlement et du sénat ainsi que celle du président. De plus, le 29 novembre 2005, une nouvelle institution indépendante, la CENI (Commission électorale nationale indépendante) chargée de surveiller le bon déroulement du cycle d’élections (législatives et municipales fin 2006, sénatoriales en janvier 2007 puis présidentielles en mars 2007) est installée par le président Vall. Le président déclare également que la période militaire ne durera que 24 mois[14] et qu’aucun des membres du gouvernement ne pourra se présenter à l’élection présidentielle. Ces gages de bonne volonté donnés par le CMJD sont accompagnés d’une ordonnance concernant la liberté de la presse qui donne une plus grande sécurité aux médias quant aux éventuelles poursuites[15]. La légitimation internationale du pouvoir bien qu’arrivé par coup d’Etat, est complète et les relations bilatérales reprennent très vite devant l’accumulation des manifestations de bonnes volontés du CMJD.

Après l’éloge quasi unanime de la transition par la société civile et de la communauté internationale sur la transition, intéressons nous au lien entre le pouvoir de ce temps politique et la question pétrolière. L’analyse de l’épisode pétrolier le plus important de la transition avec « l’affaire des avenants » est intéressante même si elle ne reflète pas à lui seule, l’atmosphère de cette période. Le 16 janvier 2006, le ministre du pétrole du gouvernement Ould Taya est arrêté pour cause d’irrégularités dans la signature de quatre avenants[16] avec la compagnie Woodside, responsable et principale actionnaire de la joint-venture exploitant le puit de Chinguetti. Selon l’hebdomadaire Le Calame, l’ancien ministre Zeidane Ould Hmeida est interrogé par la direction chargée des crimes économiques. Il est toujours difficile de savoir si cet épisode témoigne d’un règlement de compte politique envers les membres de l’ancienne majorité ou si réellement des irrégularités ont été commises[17]. La position de l’Etat reste identique durant « l’affaire ». Il soutient que des avenants aux contrats de partage de production ont été signés sans l’accord du parlement par Hmeida et Woodside et que ces avenants modifient le contrat en réduisant la part financière de l’Etat sur Chinguetti et sur les autres champs en exploration opérés par la même compagnie. La compagnie australienne exploitante soutient durant tout le conflit le ministre déchu. Hmeida est emprisonné fin janvier 2006 pour « faux, corruption et intelligence avec une puissance étrangère pour des faits touchants aux intérêts économiques stratégiques du pays » et un pool de douze avocats chargés de défendre les intérêts mauritaniens est mis en place.  Le 6 février 2006, le président Vall rentre dans le processus et déclare « les avenants de ce contrat sont entachés de plusieurs vices portant un grave préjudice à l’intérêt national […] ils font aussi peser de graves dangers sur notre faune et notre flore marines ». La Coordination des Partis Politiques Nationaux de Mauritanie qui regroupe treize partis soutient par une déclaration solennelle du 17 février 2006 le gouvernement mauritanien dans sa lutte contre Woodside. Une sorte d’unité nationale se fait autour de cette question. Le premier ministre, le ministre du pétrole s’engagent publiquement au coté du président et des partis. L’ancien ministre du pétrole quitte la prison le 30 mars 2006 amnistié par le CMJD après qu’un accord est intervenu entre l’Etat et Woodside. Le 31 mars, le CMJD décrète que la page est tournée car la compagnie a obtempéré en annulant les avenants. De plus, Woodside s’engage à verser un bonus de 100 millions de dollars, créer un fond annuel d’un million de dollars pour l’environnement et  supprimer les 15% de réduction d’impôt sur certaines zones. Cette affaire des avenants témoigne d’un grand emballement de toutes les parties prenantes. La façon dont l’épisode s’est déroulé semble être plus proche du coup médiatique qu’une réelle menace de l’Etat. La plupart des journalistes et des autres personnes s’étant exprimées ont écrit sur un sujet complexe qui demande la maîtrise du droit des contrats ainsi qu’une bonne connaissance des pratiques dans les autres pays pétroliers pour attester si réellement ces avenants avaient un caractère dangereux. L’opacité caractérisait le régime d’Ould Taya mais le contrecoup de ce déferlement médiatique est que le CMJD transmet une image négative auprès des investisseurs, d’un pays qui remet en cause les contrats, donc instable. Faire de cet épisode une question de quasi souveraineté et de lutte nationale peut être ressentie à l’étranger comme étant la marque du nationalisme. La Mauritanie prend conscience du problème écologique avec le début de la production pétrolière, son retard est donc considérable et rend sa position très difficile quant aux avenants. L’opacité présidant à la signature des avenants, les preuves tangibles et sûres manquent quant au caractère illégal de cette « affaire ». La position de Woodside sur cette question selon son responsable des relations extérieures Tah Ould Zein est très fragile : « il y avait tellement d’échanges de courriers entre Woodside et le ministère du pétrole qu’on a décidé de préciser les accords[18] ». Les avenants modifient les contrats de partage, ils ne sont en rien une précision[19]. La communication de Woodside est mensongère et elle sait le sujet sensible. On sent qu’aucune des parties ne veut désormais plus revenir sur l’affaire  et préfèrent « passer l’éponge »  en répondant à côté de la question. Cet épisode est peu clair et montre que les relations entre un Etat faible dirigé par un nouveau gouvernement en mal de légitimité constitutionnelle et une compagnie pétrolière toujours soupçonnée de vouloir duper le pays dans lequel elle évolue en profitant de ses faiblesses est facteur de conflit. Que Woodside ait profité de sa position de « locomotive » pétrolière en tant que plus gros investisseur dans le pays, pour obtenir de meilleures conditions, cela peut se comprendre à partir du moment où la compagnie trouve du pétrole et enrichit l’Etat qui ne dépense rien. La prospection est un risque, est-il illégitime de voir une compagnie tenter de revoir des contrats si d’aventure les prospections sont un succès ? La Mauritanie doit beaucoup à Woodside dont les découvertes pétrolières ont attiré beaucoup d’autres compagnies. L’Etat n’a pas les moyens financiers et techniques de mettre en valeur ses champs, il a donc besoin des capacités de compagnies internationales capables de prendre un risque. Woodside a investi et a donc tenté de revoir un contrat qui lui semblait être correct dans une phase d’exploration mais déséquilibré pour la production. L’Etat n’était pas dans une position de lutter face aux demandes de la compagnie australienne car les compétences et les nécessaires comparaisons de contrats lui manquaient pour savoir s’il était normal d’accepter une renégociation. Le procédé n’est donc pas critiquable en soi, le problème se situe plutôt au niveau des conditions de signature des avenants. Le processus de signature a-t-il répondu à la légalité ? Impossible d’y répondre de façon péremptoire. L’ancien ministre du pétrole, Zeidane Ould Hmeida a en tout cas pâtie de cet épisode car il n’a pas été élu député dans sa circonscription de Zouerate. Pour l’ensemble des citoyens, Woodside a voulu duper l’Etat et c’est bien cela qui restera. La compagnie pétrolière est par essence, celle qui a tort. Or, c’est parfois plus complexe, en l’espèce les protagonistes ont tous quelque chose à se reprocher, Woodside a mal communiqué et a semble-t-il lâché du lest du fait des cours du brut élevé et l’Etat mauritanien a médiatisé cet épisode d’une façon très « revancharde » et l’a orchestré médiatiquement pour montrer qu’il avait la main.

Mis à part cet épisode, la transition a bien géré la question pétrolière, la clarté a présidé aux autres décisions et le désir de coopérer avec les organismes internationaux a été entier. On verra dans la troisième partie quelles ont été les réalisations par le biais de la présentation des acteurs.

 

 

-Les élections présidentielles de mars 2007 

 

Les élections présidentielles de mars 2007 ont été exemplaires du point de vue de la liberté de vote et du dépouillement (les multiples déclarations de la responsable des scrutateurs de l’Union Européenne en témoignent). En revanche pour ce qui est du débat d’idées et des questions de fond, il y a eu un manque évident. Les candidats se respectent trop et n’ont pas cette culture de la joute verbale contradictoire en public[20]. Lors des meetings ou des interviews à la presse, les différents candidats ont très peu utilisé le pétrole comme thème de campagne. Les questions d’unité nationale, de règlement du passif humanitaire[21], de réduction de la pauvreté ont largement monopolisé les débats. Parmi les 19 candidats en lice, les plus organisés ont élaboré un programme distribué parcimonieusement dans les meetings ou aux sièges de campagne. Pour certains candidats le mot pétrole n’est cité qu’une fois et ce, pour en parler de façon indirecte ou vague, c’est le cas de deux candidats éliminés au premier tour comme Ould Maouloud (4%) ou Zeine Ould Zeidane (15%). Les deux candidats vainqueurs du premier tour Ahmed Ould Daddah (20%) et Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi (24%) sont deux économistes de formation qui ont occupé des fonctions ministérielles en rapport avec l’économie sous Moctar Ould Daddah en particulier[22]. Sur les deux cents propositions que compte son programme, Ould Daddah en consacre huit à la question pétrolière, celles-ci ne sont pas dénuées d’intérêt : il veut que l’Etat prospecte sur tout le territoire, que les revenus servent les investissements importants et que les compagnies pétrolières soient respectueuses de l’environnement, en particulier en off-shore pour les réserves halieutiques. Sidi Ould Cheikh Abdallahi ne donne qu’un programme vague lors de l’officialisation de sa candidature à l’élection soit au milieu de l’année 2006, et là encore, le pétrole est loin d’être au centre des propositions du candidat devenu depuis président de la Mauritanie. On sait que les programmes électoraux sont loin d’être toujours mise en œuvre. Cependant, après une grande folie pétrolière sous Ould Taya, les candidats et la population en sont arrivés à relativiser l’enjeu de cette question surtout que beaucoup d’espoir ont été déçu comme on le verra dans la deuxième partie.

 

 

II°) Le contexte pétrolier 

 

            Comprendre le cas mauritanien impose d’expliquer le marché pétrolier dans son acception mondiale puis sur une échelle régionale en mettant en relief la spécificité du continent africain.

 

-Le contexte pétrolier mondial 

 

 Depuis 2003, l’économie mondiale est rentrée dans une période de très forte consommation pétrolière. Cette année met fin à la décision prise par l’OPEP lors du deuxième contre choc de 1998 (où le prix du baril[23] était descendu en dessous des 10 dollars) de tout faire pour garder un baril dans une fourchette comprise entre 22 et 28 dollars. L’année 2003 est marquée par un basculement vers une énergie plus chère mais toujours très accessible pour les pays développés, les pays en développement étant étranglés par une facture trop lourde. Les années 2000, 2001 et 2002 ont une cotation du brut se situant aux alentours de 20 dollars le baril. Au cours de cette nouvelle période haussière, le prix du baril connaît son point haut à l’été 2006 avec un cours à 78 dollars le baril au New York Mercantile Exchange (rappelons ici qu’en dollar constant le record historique de prix a été atteint en 1980 avec un baril à 90 dollars constants, 34 dollars de l’époque, soit très au dessus du pic de 2006).

Les causes de cette nouvelle poussée haussière sont nombreuses mais il est possible d’en mettre en valeur deux principales. La première est la hausse de la demande et la deuxième reflète les tensions géopolitiques qui permettent parfois une spéculation opportuniste difficile à quantifier que certains spécialistes font tourner autour de 15 à 20 dollars.

 

Le jeu de l’offre et de la demande pétrolière

 

La hausse de la demande est la résultante de deux phénomènes conjoints. Premièrement, la Chine, grâce à sa croissance exponentielle, estimée[24] à plus de 10% l’an depuis quasiment dix ans, fait appel au marché pétrolier de façon importante depuis qu’elle n’est plus indépendante au niveau énergétique, soit depuis 1993[25]. Rappelons que lorsque la consommation pétrolière mondiale augmente de 22% de 2000 à 2004, celle de la Chine connaît une progression trois fois plus importante sur la même période selon l’OCDE. Sur les 7 à 8 millions de barils par jour que consomme le pays en ce début de 21ème siècle, la moitié est demandée au marché alors qu’au début des années 1990, la Chine était autosuffisante au niveau énergétique grâce à son pétrole et aux énormes réserves de charbon. La Chine est en effet le plus grand producteur du monde de charbon avec 2 milliards de tonnes pour la seule année 2005[26]. Cette nouvelle donne se fait sentir de façon très prégnante depuis 2003 où la Chine voit son taux de croissance et corollairement sa demande pétrolière accélérés. Le même phénomène est observé dans une moindre mesure pour ce qui est de l’Inde mais sa croissance et ses besoins sont encore limités. A cette forte demande pétrolière des deux nouvelles puissances montantes de l’économie de marché s’ajoute une demande croissante de toutes les régions du monde. Les Etats-Unis ont un taux de croissance moyen de 4%, l’Europe de 3%, l’Afrique et l’Amérique Latine de 5 % et enfin le Japon reprend à partir de 2003 une croissance en rupture avec les années de stagnation des années 1990 et début 2000. Toutes les zones consommatrices demandent toujours plus de pétrole du fait d’une croissance mondiale de l’ordre de 5% pour l’année 2006.

Un phénomène d’accentuation des tensions sur les prix naît en parallèle à la hausse de la demande avec le goulet d’étranglement que constitue le raffinage. Depuis les années 1970, les grandes compagnies pétrolières n’ont pas investi dans de nouvelles raffineries ou dans la modernisation des anciennes sous prétexte d’une marge trop faible de cette opération[27], Les raffineries sont donc exploitées au maximum de leur capacité en particulier aux Etats-Unis entraînant des ralentissements de la chaîne pétrolière et des retards de livraison aux stations d’essence. Cet état de fait conduit à une hausse des prix à la pompe et à un engorgement. La vétusté de certaines installations en particulier aux Etats-Unis entraîne des incendies et de graves disfonctionnements, l’exemple de Texas City qui a entraîné la mort de 15 personnes en mars 2005 en témoigne. Ce problème du sous investissement est préoccupant, surtout dans la période actuelle où le prix très élevé du brut permet aux compagnies pétrolières d’investir dans de nouvelles raffineries qui seraient plus performantes et plus aptes à répondre aux normes de sécurité draconiennes en lien avec la dangerosité de la transformation des produits pétroliers. En laissant ce goulot d’étranglement perdurer, les compagnies peuvent arguer d’une demande trop forte et d’une impossibilité d’y répondre dans les temps, stimulant ainsi le marché à la hausse. Le 20 mars 2007, une enquête réalisée par l’organisme chargé de la sécurité dans les usines pétrochimiques américaines, le Chemical Safety Board, est rendue publique. « L’accident » de la raffinerie de Texas City est l’objet de ce rapport qui accable la compagnie BP et ses dirigeants, « qui avaient choisi cet énorme complexe pour appliquer une politique drastique de réduction des coûts alors qu’ils connaissaient la vétusté des installations de Texas City[28] ». Le rapport met très clairement en relief les manquements suivants : les réductions de coûts et pressions budgétaires  » ont sapé les processus normaux de sécurité « , » un passé de réduction des investissements «  et des  » pratiques d’entretien insuffisantes «  .  Il ne semble pas exagéré de dire que le cas de cette raffinerie est le reflet de l’état des raffineries aux Etats-Unis, premier pays du monde pour la quantité du brut raffiné. Ce goulet d’étranglement est automatiquement transposé sur les cours pétroliers.

 

 

 

Les causes géopolitiques de la hausse des prix

 

Le deuxième phénomène entraînant la hausse des prix depuis 2003 est d’ordre géopolitique. L’occurrence d’une conjonction de facteurs d’instabilité dans diverses régions productrices conduit à une grande inquiétude des marchés réagissant à la hausse dans l’incertitude. Commençons par le plus médiatique d’entre eux avec la guerre en Irak au début 2003. L’Irak représente en 2002 (année avant la guerre) une production de l’ordre de 2,12 millions de barils[29], soit assez peu comparée aux piliers de l’OPEP (Arabie Saoudite en particulier avec 9 millions de bpj). Le conflit irakien a été perçu par les bourses de cotations (NYMEX, Londres Stock Exchange) comme étant un possible déclencheur d’un embrasement de toute la région. Georges Bush dans son discours  sur l’Etat de l’union le 29 janvier 2002 spécifie bien que certains pays du globe sont dans la ligne de mire des Etats-Unis, il les qualifie lui-même d’axe du mal. Les pays incriminés sont la Corée du Nord et surtout, l’Iran et l’Irak. La baisse de production de l’Irak additionnée à celle de l’Iran en cas d’attaque ou d’invasion américaine seraient évidemment catastrophiques pour le marché qui se verrait privé de près de 3,5 millions de barils (l’Irak exportant à la vieille de la guerre un peu plus d’un million de bpj et l’Iran 2,5 millions de bpj). L’année 2003 est aussi marquée par les grèves de la compagnie nationale vénézuelienne PDVSA, faisant chuter pendant plusieurs mois la production habituelle de 3 millions de barils par jour à moitié moins. Le Nigeria connaît également depuis plusieurs années un regain de violence dans le delta du Niger où des tankers sont attaqués, des salariés des compagnies exploitantes, enlevés, et de lourdes pertes de production dues au perçage des pipelines sont effectués par des contrebandiers nigérians afin de revendre le brut. Quant à l’Arabie Saoudite, la situation y est tendue. Depuis le 21 avril 2004 et l’attentat qui a visé le quartier général des forces de sécurité saoudiennes faisant 4 morts et 148 blessés, le ministre de l’intérieur du royaume wahhabite  dit avoir réussi à faire échouer des dizaines d’attentats sur le sol saoudien. Cette menace permanente sur le plus gros producteur et surtout le plus gros exportateur de brut du monde pèse sur les cours à la hausse.

En 2007, l’Irak reste toujours le gros facteur d’instabilité aujourd’hui, la guerre civile que se livrent sunnites, chiites additionnés aux anciens baasistes de l’armée licenciés lors de la prise de Bagdad par les américains entraînent le pays vers l’abîme. La production pétrolière n’est pas remontée et stagne autour des 1,5/2 millions de bpj. L’Iran est aussi un facteur important d’instabilité. Le président de la République Islamique, depuis son arrivée, tient un discours très anti-américain, très anti-israélien et même antisémite. Ce facteur tend à faire douter les marchés qui de plus sentent une tension allant crescendo de la communauté internationale sur la question du nucléaire iranien. L’Iran est soutenue par la Russie qui construit son premier réacteur nucléaire à Boushehr, ville du sud ouest du pays. La peur d’une intervention américaine ou israélienne sur l’Iran entraîne mécaniquement des cours élevés du pétrole car le deuxième producteur de l’OPEP sera à coup sûr obligé d’arrêter sa production ou de la réduire du fait des destructions qui ne manqueraient pas de viser les installations pétrolières.

L’année 2005 est également marquée par la présence de phénomènes naturels. Nous prenons le parti de les qualifier de géopolitiques. Les ouragans qui frappent le golfe du Mexique en août 2005 avec notamment Katrina ont de lourdes conséquences. Katrina décroche un certain nombre de plateformes pétrolières de leur lieu de forage et ralentit considérablement la production créant des tensions sur le marché.

 

 

-Le contexte pétrolier africain

 

            L’Afrique[30] est depuis peu un territoire très convoité du fait du besoin d’énergie des puissances économiques nouvelles. Quatre nouveaux pays ont été mis en production ces dernières années, Guinée Equatoriale (début de la production en 1993) avec 500000 bpj, Soudan (1999) avec 300000 bpj, Tchad (2003) avec 250000 bpj. A côté de ces nouveaux producteurs que l’on peut qualifier de moyens en terme d’importance de production, des petits producteurs marginaux sont entrés en production récemment. On considère un producteur comme marginal lorsque celui-ci consomme toute sa production ou lorsqu’il produit très peu. Par exemple, la Côte d’Ivoire produit 33000 bpj en 2006 et n’en consomme que 20000 bpj, elle est excédentaire de brut et peut revendre des produits pétroliers car sa capacité de raffinage est estimée à 60000 bpj[31]. En plus de ces nouveaux producteurs, il y a les gros pays producteurs dits « historiques ». Le Nigeria qui produit depuis les années 1960, était l’unique membre de africain de l’OPEP jusqu’à l’entrée au 1er janvier 2007 de l’Angola. Il reste le premier pays producteur de l’Afrique avec 2,2 millions de bpj en 2006. Les estimations du montant en dollar pour ses recettes pétrolières sont pour l’année exceptionnelle 2006 de plus de 34 milliards de dollars[32]. La pauvreté de ce pays s’explique par une corruption importante, une dispersion des fonds pétroliers à travers des strates décentralisatrices nombreuses[33], une population de 140 millions d’habitants qui en fait le pays africain le plus peuplé et enfin la contrebande d’1/5 du pétrole produit. L’Angola, deuxième producteur d’Afrique, produit à ce jour 1,6 million de bpj, depuis trente ans ce pays alimente le marché malgré la guerre civile quasi permanente depuis l’indépendance. Son avenir pétrolier semble assuré car les prévisions des spécialistes font état d’une production de plus de 2 millions de bpj d’ici à quatre ans. Trois autres pays pétroliers historiques importants méritent d’être cités, le Congo Brazzaville, le Gabon et le Cameroun. Ces trois pays produisent depuis des dizaines d’années des centaines de milliers de barils mais leur développement ne se fera pas grâce au pétrole car le point haut de production est derrière eux. Les productions décroissent depuis quelques années et à moins de nouvelles découvertes, ça n’est pas sur eux que les compagnies internationales comptent pour l’avenir. Enfin, il faut insister sur le fait que quasiment tous les pays africains sont en exploration pétrolière et que les années à venir seront marquées à coup sûr par des découvertes dans des pays pour le moment encore sous explorés. Certains pays ont d’ailleurs déjà annoncé leur mise en production prochaine, c’est le cas de Sao Tome et Principe et de l’Ouganda.  

 

 

III°) Conséquences de l’industrie pétrolière en Mauritanie 

 

-Le contexte pétrolier ouest africain et mauritanien 

 

            La Mauritanie se trouve entourée de pays en exploration, le Mali, le Sénégal, le Sahara Occidental[34] et également de pays en exploitation avec l’Algérie. Elle n’est donc pas isolée et son exemple de réussite donne des idées aux autres pays frontaliers tentés par l’aventure pétrolière. Précisons que le Mali partage l’un des bassins sédimentaires de la Mauritanie et donc a un intérêt évident à la connaissance précise de ce territoire. Aucun de ces pays en exploration n’est en passe de devenir producteur de façon certaine si ce n’est le Mali mais les découvertes sont encore faibles et les compagnies présentes n’ont pas encore donné de date pour un début d’exploitation. La Mauritanie quant à elle est un producteur marginal. Annoncée à 75000 barils par jour, la production est en moyenne pour sa première année de production de 37000 bpj. Néanmoins, sa consommation étant inférieure à sa production, elle est donc considérée comme exportatrice nette[35], donc intéressante pour le marché. Cependant, elle n’est pas un pays prioritaire pour les investisseurs pétroliers qui attendent de voir l’évolution des explorations et c’est pourquoi peu de grosses compagnies hors TOTAL, et CNPC (China National Petroleum Corporation) sont présentes sur le territoire. De plus, la Mauritanie est un pays risqué pour l’investissement pétrolier par manque de visibilité et de données fiables et précises alors même que des compagnies importantes (Texaco, Agip, Mobil, Shell, Exxon) sont venues dans les années 1960-70-80-90 pour faire de l’exploration. Ces compagnies sont reparties faute d’un marché porteur avec un prix du baril faible et des réserves prouvées insuffisantes pour prendre le risque d’extraire. Deux bassins principaux sont identifiés en Mauritanie[36], il s’agit du bassin côtier qui longe les côtes où 21 contrats de partage de productions ont été signés avec onze opérateurs différents et le bassin Taoudeni qui s’étend sur plus de 500000 kilomètres carrés sur des territoires répartis entre la Mauritanie et le Mali. Dans ce dernier bassin, 34 contrats de partage de production ont été signés avec douze opérateurs. Le seul gisement exploité à l’heure actuelle se trouve sur le bassin côtier à 70 kilomètres au sud de Nouakchott en off-shore, il se nomme Chinguetti. D’autres champs vont suivre dans la zone côtière, avec dans le bloc 4, Tiof, Banda, Oualata, Labeidna, dans le bloc 7 au nord du bassin, champ Pélican et dans le bloc 1 au sud, avec Faucon. Les dates de mise en production de tous ces champs sont pour le moment inconnues précisément du fait des problèmes techniques qu’a Woodside avec le champ de Chinguetti. A l’heure actuelle, on peut dire que le bassin côtier est relativement bien connu et que les explorations ont été faites quasiment partout accréditant l’idée qu’il n’y a pas beaucoup de réserves. En revanche le bassin du Taoudeni est encore un point d’interrogation, les informations sont parcellaires du fait de l’immensité du territoire et celles laissées par les compagnies sont focalisées sur quelques portions du bassin uniquement. Comme ce bassin a la superficie de la France, il est bien évident qu’il faut du temps pour emmagasiner suffisamment de données pour avoir une vision claire. TOTAL est la compagnie la plus avancée sur l’exploration de ces blocs on shore où elle a travaillé depuis 2004 grâce à un avion muni de balises magnétiques (Air-Mag) pour localiser les portions intéressantes. Elle est en train de réaliser des travaux sismiques. Elle  n’a pas encore les résultats complets et ne peut donner d’indications ni optimismes, ni pessimismes. Les autres compagnies viennent d’arriver sur le terrain du Taoudeni et commencent par faire des campagnes de reconnaissance de surface, c’est le cas de Repsol (Espagne) et de la CNPCIM (Chine). La leçon que l’on peut tirer de ces informations est que le bassin côtier a beaucoup déçu et que le Taoudeni est encore inconnu. Il est par conséquent trop tôt pour en parler de façon pertinente.

            Les compagnies pétrolières présentes dans l’exploitation en Mauritanie sont quasiment toutes des « juniors », c’est-à-dire des petites compagnies en terme de capitalisation boursière, jeunes pour la plupart et n’ayant pas toute une grande expérience. Woodside est la compagnie opératrice qui a le plus investi sur Chinguetti (elle a 47% du champ). Elle est créée en 1953 en Australie mais en revanche, elle ne découvre la production en off shore profond qu’avec la Mauritanie (le champ est à 800 mètres de profondeur). Les autres juniors dans l’exploitation sont : Tullow Oil, petite compagnie irlandaise qui a racheté la compagnie pionnière Hardman qui avait 19% de Chinguetti, soit le deuxième plus gros investisseur après Woodside, de British Gaz qui s’est fait racheter en 2007 ses 10,23% par une compagnie koweitienne Kuwait Foreign Exploration Company (KUFPEC), de la compagnie anglaise Premier Oil qui met en vente ses 9,23 de Chinguetti[37] et enfin Roc Oil, compagnie australienne qui a quant à elle 3,23%. Aux parts de ces compagnies étrangères, il faut ajouter celle de la compagnie nationale mauritanienne SMH qui a 12%. Le fait que les compagnies actionnaires de la joint venture Chinguetti, soient toutes des petites compagnies n’est pas étonnant dans un pays risqué où les majors ne vont que lorsqu’elles sont sûres de trouver de grandes quantités. Les autres compagnies du bassin côtier qui ne sont pas présentes sur Chinguetti, ont toutes un profil similaire, elles ont une capitalisation boursière petite ou moyenne, c’est le cas de l’anglaise Dana ou de 4M Energy. Que penser de la présence exclusive de juniors ? Soit le bassin côtier de la Mauritanie ne présente pas d’intérêt pour les majors car elles savent de part leurs explorations passées qu’il n’y a pas suffisamment d’huile ou elles n’y vont pas car elles attendent des informations des juniors indiquant une grande quantité de brut. Le rachat des parts de trois des cinq compagnies de la joint venture Chinguetti est par contre inquiétant. Les cours de bourse des compagnies rachetées n’ont pas amorti les mauvais résultats de Chinguetti depuis sa mise en exploitation. Faut-il y voir un mauvais présage ? L’étude de terrain témoigne d’une rentabilité du pétrole de Chinguetti assez faible et donc d’un risque élevé pour les compagnies désirant investir. Le niveau élevé des cours permet à l’opération d’être toujours rentable mais cela n’est peut être que conjoncturel.

            Concernant l’exploration dans le bassin Taoudeni, les acteurs sont différents car plus gros, la major TOTAL est présente aux côtés de grosses compagnies comme Repsol (Espagne) et CNPC (Chine). Ces trois compagnies sont entourées de juniors quasi inconnues comme High Tech d’origine soudanaise ou Zaver d’origine pakistanaise. Il faut plutôt voir l’engouement des majors pour ce bassin comme une curiosité et comme un désir de recueillir des informations sur une zone qui a été très mal explorée au lendemain de la décolonisation. L’immensité de ce territoire quasiment vierge d’habitants et mal connue doit être correctement « radiographiée ». La période actuelle de prix élevé est propice à la recherche quasi systématique sur les territoires mal connus. Les compagnies pétrolières étant très largement bénéficiaires et ayant une obligation de renouvellement des réserves d’une année sur l’autre peuvent se le permettre. Le risque de l’exploration dans le Taoudeni est limité et calculé.

 

-Les acteurs et leur rôle 

 

            A la signature du premier permis d’exploration de la nouvelle campagne[38] en 1996 par Hardman et l’Etat mauritanien, le pays n’a aucune compétence spécifique en matière de pétrole. En effet, Il n’y a pas de ministère du pétrole, les questions écologiques sont quasiment absentes, les cadres susceptibles de surveiller le travail des compagnies sont peu nombreux. De plus, la Mauritanie est dans une course effrénée à la recherche d’argent à tout prix, ce qui l’empêche de faire des choix judicieux. Habituellement les compagnies (qu’elles soient grandes ou petites) profitent de cette faiblesse et se font attribuer de longs permis sur de larges territoires pour des contreparties modiques. Dans le cas mauritanien, les contrats de partage de production ayant été signés d’abord en 1998 puis amendés et corrigés ainsi que tous ceux qui sont signés à l’heure actuelle ne sont nullement défavorables au pays[39]. Le ministère du pétrole et la compagnie nationale ont du mal à recruter du personnel mauritanien qualifié dans le domaine pétrolier. L’un des exemples les plus frappants des difficultés de l’Etat est d’avoir au début de l’exploration, donné de mauvaises coordonnées pour les blocs d’explorations. Cette erreur peut engendrer de gravissimes problèmes de « souveraineté » si d’aventure une compagnie trouve du pétrole dans une zone qui ne lui a pas été attribuée. Ce problème a été réglé par la suite mais il est le témoin d’un amateurisme classique des débuts dans cette situation où l’Etat se confronte à un nouveau domaine. Pour ce qui est de la compagnie Woodside, le problème est sérieux. La production annoncée avant l’exploitation de Chinguetti était de 75 000 barils par jour sur une dizaine d’années pour un réservoir de 120 millions de barils. Les chiffres corrigés officiellement font état de 37 000 barils par jour en moyenne sur 2006 et un réservoir corrigé lui aussi à 53 millions de barils selon la compagnie Woodside. D’une part, la production journalière a été divisée par deux et d’autre part la réévaluation du champ a baissé de 60%. Ce résultat est indiscutablement le signe de graves problèmes, sous le vernis apparent de la communication du groupe australien reprise par le ministère et la SMH mettant en avant « les difficultés imprévues et la complexité particulière du champ », la compagnie essaye de cacher ses faiblesses. Le brut de Chinguetti et celui qui suivra si d’autres champs sont mis en exploitation en Mauritanie est côté sur le brent de Londres avec une décote de 5 à 6 dollars du fait de la méconnaissance des acheteurs par rapport à ce nouveau produit. Le niveau actuel du brut de Londres est élevé avec une moyenne annuelle pour 2006 à plus de 60 dollars. Les projections du fait des raisons invoquées dans la deuxième partie, sont à l’augmentation continue du prix du brut, mais dans le cas où une crise économique mondiale surviendrait et que les prix s’effondrent brusquement, il est à parier que le brut de Chinguetti serait l’un des premiers avec les non conventionnels à devenir non rentables du fait de son coût d’extraction très élevé. Le calcul de rentabilité du brut du seul champ mauritanien en exploitation est simple, il suffit de prendre les investissements engagés par la joint venture et de les diviser par le nombre de barils se trouvant dans le réservoir. Plus d’un milliard de dollars ont été dépensés de source officielle sur un réservoir de 53 millions de barils. Aucune des compagnies major n’auraient mis en production ce genre de champ avec ces chiffres. Le représentant du bureau de TOTAL à Nouakchott, insiste bien sur le fait que même à 120 millions de barils c’est-à-dire au niveau de l’évaluation pré-production, sa compagnie n’aurait pas tenté l’aventure. Le prix d’extraction d’un baril sur Chinguetti est de 19 dollars incompressibles si on le ramène au nombre de barils totaux. Si on ajoute à celui-ci les taxes fiscales avec l’ITS, impôt sur les traitements et salaires, le BIC impôt sur les bénéfices commerciaux, plus les taxes non fiscales avec les bonus de signature (à chaque nouvelle signature d’un contrat) et les redevances superficielles (en rapport avec le nombre de km/²), le prix d’un baril approche voire dépasse les 30 dollars. La raison du départ précipité de trois des compagnies parties prenantes de Chinguetti se résume à ce coût pétrolier par baril prohibitif qu’aucune compagnie ne nie ni ne confirme mais que les analystes ont de grandes facilités à calculer. Le relatif calme des autorités tient au fait que le marché est haut et que l’expérience est toujours rentable même si ça n’est pas un grand succès. La compagnie Shell, actionnaire de Woodside ne voulait pas que soit mis en production ce champ dit « risqué » à 120 millions de barils, il est facile d’imaginer son interprétation des chiffres disponibles actuellement qui indiquent la multiplication du coût du baril par deux. Les cas de figure identiques sont rares dans l’histoire pétrolière[40]. Cela ne veut pas dire que l’entreprise est incompétente mais cela pose question surtout pour une compagnie qui ne connaît pas bien le off shore profond comme Woodside.  

 

 

-Les transformations grâce au pétrole 

 

            La Mauritanie, grâce à son pétrole, acquiert des capacités de financement nouvelles et donc une plus grande facilité à honorer ses dépenses incompressibles comme le paiement des fonctionnaires. Les quelque 230 millions de dollars[41] que l’Etat récupère pour l’année 2006 grâce à la vente du pétrole en propre par l’intermédiaire de la SMH et les diverses taxes et redevances des compagnies exploitantes, lui permettent d’envisager de nouvelles dépenses. Cet argent est entièrement déposé dans un compte à la Banque de France appelé Fond National des Revenus des Hydrocarbures (FNRH) dont l’unique personne habilitée à donner l’ordre d’un débit est le Gouverneur de la Banque Centrale Mauritanienne[42], même si la demande est faite par le président[43]. Pour l’année 2007, aucun débit n’a pour le moment été effectué selon les dires du Gouverneur, et les sommes de 2006 ne représentent en rien la totalité du fond. Des mécanismes de contrôle ont été mis en place depuis l’adhésion en 2005 de la Mauritanie à l’Initiative de Transparence des Industries Extractives lancée par Tony Blair au sommet de Johannesburg de 2002. En pratique, l’adhésion à cette initiative fonctionne ainsi : le produit monétaire de l’argent du pétrole est communiqué par l’acteur Etat et par l’acteur entreprise pétrolière afin de croiser l’information. En Mauritanie, le Comité National chargé de l’initiative est composé de 30 membres et le Comité de Suivi chargé de préparer les réunions du premier Comité vérifie que les sommes données par les compagnies à l’Etat et les informations de l’Etat correspondent. Par la suite, un rapport d’un cabinet d’experts extérieur valide les chiffres des deux protagonistes. Pour le moment, le rapport n’a été effectué que pour l’année 2005 car le Comité National n’a été mis en place qu’en juin 2006. Cela explique l’absence quasi-totale de mention de la question pétrolière dont les principales retombées commencent avec l’année 2006. Le rapport 2005 s’attarde donc essentiellement sur la question du fer. En parallèle de ces deux comités chargés du travail de transparence, le Trésor mauritanien a mis en place en avril 2006 un Comité National de Suivi des Revenus des Hydrocarbures composé de quatre membres présidé par le Trésorier de l’Etat. Il se réunit une fois par mois pour publier un rapport d’information très complet des productions journalières, des montants des ventes de pétrole pour chacun des protagonistes (y compris la SMH et l’Etat mauritanien), du montant des taxes diverses payées à l’Etat et enfin des montants décaissés sur le FNRH. L’Etat mauritanien a compris très tôt que la transparence était indispensable pour être pris au sérieux. Il a en ce sens été fortement incité à adhérer à l’Initiative par la Banque Mondiale qui l’a conseillé tout au long du processus de mise en action des différents organes de contrôle. Ces systèmes fonctionnent bien pour le moment même si l’épreuve du temps est nécessaire pour avoir un jugement plus aguerri.

 

Pour ce qui est de l’utilisation de l’argent du pétrole, le discours du président Vall est resté vague tout au long de sa présidence : réduction de la pauvreté, mise en place d’infrastructures eau, électricité et routes. Jusqu’à maintenant, l’utilisation de cet argent a permis de lisser quelques dépenses courantes. Aucun projet d’envergure n’a été impulsé sur les deniers du pétrole. L’incertitude politique de la transition poussait légitimement à cette prudence. Les grandes orientations devront donc être données par le nouveau président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi.

 

La question écologique a été évoquée très brièvement pour dire que la Mauritanie n’a pas eu, comme beaucoup de pays pauvres, les moyens de s’occuper de cette question avant que la production pétrolière ne devienne une réalité. Notons que les questions de prévention écologique sont une nécessité pour le pays car soixante millions de tonnes[44] de brut transitent le long des côtés par tanker chaque année et qu’un bateau échoué, rempli de pétrole serait très dommageable pour les poissons de la côte et l’économie mauritanienne dans son ensemble. En 2006, un Secrétariat d’Etat aux Affaires Environnementales rattaché à la primature (premier ministre) a été créé, mais avant cela, l’environnement n’était pas vraiment considérée, elle faisait partie des questions dont s’occupaient le ministre des affaires rurales. Du fait du manque de législation et du peu de recul de ce nouvel organe, on peut dire que la question écologique a été impulsée par les ONG comme l’IUCN (International Union for the Conservation of Nature) ou la FIBA (Fédération Internationale du Banc d’Arguin) qui ont par l’intermédiaire de Programme Régional de la Conservation de l’ouest Africain écrit deux ouvrages récapitulatifs des problèmes liés à la production off-shore. L’ICUN va dans le courant de l’année 2007 mettre en place un projet d’étude d’impacts environnementaux qui devrait durer six mois et donner des conclusions sérieuses grâce au recrutement d’un panel d’experts internationaux. La compagnie Woodside a, elle aussi, fait une étude d’impact écologique volumineuse et semble-t-il sérieuse mais le problème est qu’elle l’a financée elle-même, ce qui immanquablement discrédite en partie ce travail.

 

 

Conclusion 

 

            D’un sujet sur la question pétrolière, il est possible de brosser tout le portrait d’un pays car le pétrole révèle les Etats quant à leur pratique et leur volonté d’imposer des pratiques transparentes et respectées par tous. La bonne gouvernance du pouvoir politique, et ce, surtout dans une période de transition, est consubstantielle à une gestion pétrolière saine et efficace conduisant à sortir un pays de la pauvreté dans lequel il est plongé depuis son indépendance.  L’ « odeur » du pétrole a déjà fait venir certains investisseurs comme les banques françaises (BNP, Société Générale) qui se sont implantées en 2006 en ne cachant pas que le pétrole ait été un facteur déterminant de leur investissement en Mauritanie[45]. De plus, le ministère des affaires économiques par l’intermédiaire de son directeur du développement du secteur privé[46] témoigne d’un grand optimisme pour l’avenir. Selon lui, un grand nombre de projets sont dans l’attente d’une année de stabilisation comme 2008 où les investisseurs pourront mesurer les premiers effets de la nouvelle politique du président élu en 2007 ainsi qu’une meilleure information concernant les questions pétrolières. Selon un document de la Commission Economique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA) publié en mars 2007, la Mauritanie est classée deuxième des dix pays africains ayant enregistré les meilleures performances économiques en 2006. Il relève plusieurs indicateurs sur l’économie mauritanienne comme la stabilité, l’appréciation de la monnaie nationale, ainsi que les investissements dans les nouveaux secteurs des hydrocarbures, de l’exploration minière, du tourisme et de la pêche. Le premier ministre Ould Boubacar, en faisant le bilan de son travail a annoncé que le taux de croissance, pour 2006, était de 11,7%, soit moins que les plus de 20% imaginés avec les prévisions de pétrole de 75,000 barils non atteints. Il n’en reste pas moins que ce taux est important. Cette euphorie de bons indicateurs ne doit pas faire oublier les indicateurs cités par le rapport annuel 2006 de la Banque Mondiale Africa Indicators dont le principal est que 47% de la population vit avec moins de un dollar par jour, ainsi que tous les autres marqueurs de pauvreté et de sous-développement, le taux de mortalité infantile considérable, les hôpitaux dans un état catastrophique, le mauvais niveau de l’éducation et le taux considérable d’analphabétisme  (près de 50%). A côté de ces mauvais indicateurs, la corruption reste et restera le principal fléau contre lequel le nouveau gouvernement devra lutter. La Mauritanie est classée 84ème par l’organisation Transparency International en 2006, soit une place plutôt bonne si on en juge par rapport à ses voisins, mais trop mauvaise pour être considérée comme sûre par les investisseurs. Cependant, ce classement a été fait avant l’arrivée du pétrole et il est courant que des pays pauvres ayant une manne tombant régulièrement comme celle du pétrole, soient tentés de s’enfoncer encore plus dans la corruption par facilité partant de l’idée que le gâteau doit être partagé. Le problème est que ce partage est confisqué par une petite élite. Espérons qu’il en ira différemment pour la Mauritanie.

            Le pétrole ne peut pas tout résoudre et cela a semble-t-il été bien compris par les autorités de transition du CMJD. Le nouveau pouvoir va-t-il engager de nouveaux projets coûteux pour montrer son volontarisme à une population qui a besoin de voir des changements rapides ? La question reste entière, les pays qui gèrent le mieux l’argent du pétrole sont ceux qui lissent le plus possible l’entrée des devises dans l’économie en mettant un sas de sécurité pouvant être matérialisé par un compte bloqué comme en Norvège. La Mauritanie a fait ce choix du compte à la Banque de France mais il est à tout moment possible de le remettre en cause. Dans le même temps, est-il nécessaire de s’ « emballer » pour une matière qui pour le moment n’a pas de pérennité assurée sur plus de dix ans ? La fragilité des réserves prouvées et des informations de la compagnie Woodside doivent entraîner la plus grande prudence des autorités. En revanche, ce pour quoi les autorités n’ont aucune crainte à avoir, c’est le fameux Dutch Disease[47] (syndrome hollandais), ce concept économique n’est pas opératoire pour la Mauritanie. Ce pays n’a aucune industrie, il ne vit que de sa pêche, de son agriculture (essentiellement vivrière et peu exportatrice), de son fer et maintenant de son pétrole. La Mauritanie est le cas parfait de ce qu’on appelle un Etat rentier, c’est-à-dire qu’il n’a aucune chance de délaisser un autre secteur au profit du tout pétrole car il n’a pas d’industrie. Tout est à construire et le syndrome hollandais n’est opératoire que pour un pays diversifié avant le début de la production pétrolière, ce qui n’est pas le cas de la Mauritanie. Tous les espoirs se tournent désormais vers le nouveau président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, élu grâce à un scrutin libre et ouvert qui a permis de mesurer l’envie des Mauritaniens de rentrer dans une nouvelle étape de leur développement. Gageons que la nomination du nouveau Ministre du pétrole soit une bonne nouvelle pour le pays. En effet, Mohamed  El Moctar Ould Mohamed El Hacen était jusqu’à sa dernière nomination ministérielle, consultant pour la Banque Mondiale à Nouakchott pour ce qui est du suivi de la gestion du pétrole et des mines en Mauritanie. Le profil de cet homme et les multiples discussions privées que nous avons pu avoir avec lui attestent d’une maîtrise évidente de la question pétrolière, espérons que la Mauritanie en profitera.

 

 

 

Bibliographie 

 

 

Périodiques généralistes 

 

-         Le Monde 

-         Le Figaro 

-         New York Times 

-         Le Monde Diplomatique 

 

 

Bulletins pétroliers 

 

-         Oil and Gaz Journal 

-         Petroleum Economist 

-         Middle East Economic Survey 

-         Africa Energy Intelligence 

-         Pétrole et Gaz Arabes 

-         Petroleum Intelligence Weekly 

-         Pétrostratégies 

 

 

 

Rapports internationaux 

 

-         Agence Internationale de l’Energie, World Energy Outlook 2006 

-         Banque Mondiale, Africa Developement Indicators 2006 

-         Banque Mondiale, Comment gérer les ressources naturelles : défis et choix, actualisation du mémorandum  économique, décembre 2006. 

-         Cnuced « Les services énergétiques dans le commerce international et leurs incidences sur le développement », juin 2001. 

-         ESMAP, Energy and The Millenium Development Goals in Africa, avril 2006. 

-         PNUD, Human Development Report 2006 and World Developement Indicators 2006 

-         Rapport National sur l’Initiative de Transparence des Industries Extractives 2005 

-         Rapport de la compagnie Woodside, Etude d’impact sur l’environnement pour la mise en exploitation du champ de Chinguetti, janvier 2005. 

-         Woodside, Concise Annual Report 2006 

 

 

 

 

Travail de terrain 

 

40 entretiens avec des responsables de :

 

-         compagnies pétrolières étrangères internationales

-         la compagnie nationale (Société Mauritanienne des Hydrocarbures)

-         ministères du pétrole, des affaires économiques et du secrétariat d’Etat à l’environnement

-         ONGs

-         intellectuels et d’universitaires

-         de journaux mauritaniens

 

Journaux ou publications mauritaniennes

 

-         Le Calame 

-         La Tribune 

-         Nouakchott Info 

-         Tahalil Hebdo 

-         Pétrole et développement (revue éditée par la Société Mauritanienne des Hydrocarbures) 

 




[1] Sources Agence Internationale de l’Energie.

[2] Année de découverte du champ mis en exploitation

[3] L’immensité de celui-ci (1,030,000 km²) ne contribue pas à en faciliter le contrôle par l’Etat central de l’ensemble du pays du fait d’infrastructures et de moyens de communication médiocres. Le téléphone portable a depuis 2002 changé grandement la communication, quasi impossible avant avec le peu de ligne fixe.

[4] La Mauritanie fait partie des rares Etats africains à ne jamais avoir arrêté de payer ses fonctionnaires. Le président Ould Taya et ses prédécesseurs étaient conscients du fait qu’arrêter de payer les fonctionnaires engendrerait de fortes contestations populaire de naître et à une déstabilisation possible de l’Etat.

[5] Les Etats-Unis ont beaucoup vendu de pétrole au reste du monde jusqu’à la deuxième guerre mondiale. Cependant, dès les années 1950, ils importent déjà une quantité non négligeable de brut du golfe Persique du fait de son coût d’extraction beaucoup moins élevé que celui des zones sud américaine productrices de pétrole. Les années 1970 marquent le tournant de la dépendance énergétique du pays aux producteurs extérieurs. Les Etats-Unis sont contraints d’importer massivement du pétrole du Moyen Orient, du Mexique et du Venezuela pour répondre à la forte croissance de son économie. Les Etats-Unis ne produisent aujourd’hui qu’un baril consommé sur trois. L’URSS, puis la Russie, n’a jamais été inquiétée par le niveau de sa production, elle vend toujours du pétrole et du gaz en grande quantité. Ses réserves lui laissent plusieurs décennies d’excédents, et ce, même si sa consommation interne grimpe chaque année.

[6] Cet handicap doit être tempéré par le prix du baril de l’époque (moins d’un dollar jusqu’en 1971). Mais, dans le même temps la demande pétrolière connaissait une telle expansion en Europe, aux Etats-Unis et au Japon que le poste budgétaire « énergie » était pour les Etats facteur de dépenses de plus en plus significatifs.

[7] Le mot n’est pas trop fort, les élections étaient systématiquement truquées et le partage du pouvoir n’était pas de mise avec le président Taya. De plus, soulignons combien la tribalisation et la régionalisation de la gestion des affaires de l’Etat s’exacerbent sous sa présidence entraînant une quasi inefficience de la puissance publique qui abandonne les valeurs du mérite et de la compétence pour recruter les fonctionnaires, privilégiant celle de la proximité familiale. Cela fut désastreux pour le pays.

[8] Précisons que le président Ould Taya est un des rares à avoir soutenu Saddam Hussein en 1990 lors de l’invasion du Koweït et que la coopération entre les deux pays a toujours été soutenue notamment en matière d’éducation.

[9] L’un des leaders du coup d’Etat, Saleh Ould Hanena est candidat à l’élection présidentielle de mars 2007 où il fait 7,65% au premier tour. Ce score s’explique car Hanana est soutenu par les islamistes qui n’ont pas le droit d’avoir de parti en Mauritanie.

[10] Ce dernier fait 15 morts et 68 blessés selon un bilan officiel. Ces chiffres sont invérifiables mais la violence du coup d ‘Etat est attesté par des soldats blessés rencontrés lors de notre étude de terrain.

[11] Rappelons que tous les présidents de la Mauritanie sont arrivés par coup d’Etat sauf le « père de la nation » feu Moktar Ould Daddah. Les trois gradés de l’armée qui se sont succédés de 1978 à 1984 n’ont pas fait une seule élection. Ould Taya a légitimé son pouvoir par des fausses élections présidentielles en 1992, 1997 et 2003 que tous les observateurs s’accordent à dire avoir été truquées.

[12] Dans une intervention à Ema Invest (événement annuel mettant en valeur un pays qui réussi) en Suisse à la fin 2006, lors d’une remise de prix dont il était l’heureux élu, Vall dit « en Mauritanie nous n’appelons pas coup d’Etat ce qui s’est passé le 3 août mais changement ». Ceci n’est pas une querelle sémantique sans fondement car ce coup de force a réellement été pris par les partis d’opposition au pouvoir comme un point positif, l’ancien président Khouna Ould Haïdallah (1980-1984) lui-même délogé par un coup d’Etat déclare à l’agence Reuters en parlant de la façon dont est arrivé Vall au pouvoir « La situation a atteint un point tel qu’un changement était nécessaire […]Je suis sûr que tout changement, dans ces circonstances, sera bien accueilli par la population ». La population, dans son ensemble accueille le nouveau pouvoir de manière positive et c’est la raison pour laquelle Vall se permet de parler de « changement ». Les grands pays comme les Etats-Unis ou la France condamnent le procédé dans un premier temps mais très vite acceptent de jouer le jeu avec un pouvoir qui donne des gages de sa bonne volonté et de ne pas monopoliser le pouvoir indéfiniment comme les pouvoirs précédents.

[13] L’un des palais de Vall est tellement impressionnant qu’il est connu de tous les chauffeurs de taxi. L’un des blogs les plus lu par les fonctionnaires, les journalistes, les intellectuels et les Mauritaniens vivant à l’étranger « X Ould Y » appelle l’ancien président Vall « Elycom » du fait des soupçons qui pèsent sur la troisième licence de télécommunication pour les téléphones portables attribuée à une compagnie soudanaise SUDATEL donnée en échange d’une commission dont aurait profité Vall indirectement. La Mauritanie se caractérise par une suspicion permanente des populations envers les dirigeants qui sont accusés de « bouffer » c’est-à-dire de s’enrichir par des commissions sur les marchés publics et sur tout ce qui rapporte de l’argent à l’Etat.

[14] En Réalité, le CMJD ne restera que 19 mois au pouvoir, soit 5 mois de moins que prévu.

[15] La presse de Mauritanie, essentiellement concentrée à Nouakchott a peu de lecteurs (2000 exemplaires en moyenne) mais elle a une totale liberté éditoriale depuis l’arrivée du CMJD au pouvoir.

[16] Un avenant est en droit des contrats, une modification de certains principes édictés dans le contrat initial. Il doit être signé par les mêmes personnes morales ou physiques qui ont signé les contrats originels.

[17] Le quotidien Nouakchott Info aborde le sujet sur les deux thèmes, crime économique et règlement de compte politique. 

[18] Entretien personnel.

[19] La lecture de ceux-ci le confirme.

[20] Entre les deux tours, un débat télévisuel et radiophonique a opposé les deux candidats qui se sont bornés à faire une redite d’une interview où chacun répondait aux questions sans jamais apostropher l’autre et sans jamais contester sa parole ou ses idées.

[21] Thème politiquement correct pour décrire des massacres de négro africains de 1989 à 1992.

[22] Sidi Ould Cheikh Abdallahi a également travaillé avec Ould Taya.

[23] 1 baril est égal à 159 litres.

[24] Les organisations internationales comme l’OCDE se méfient de la validité des chiffres communiqués par la Chine que ce soit concernant son taux de croissance, de chômage ou de son budget militaire. Un problème de crédibilité existe.

[25] Thierry Sanjuan, Dictionnaire de la Chine contemporaine, Armand Colin, Paris, 2006.

[26] Ibid

[27] Cette raison est insuffisante car les raffineries se doivent dans un groupe d’avoir un taux de rentabilité élevé imposé par la maison mère.

[28] Le Monde, 23 mars 2007.

[29] Nicolas Sarkis, Aux origines de la crise, Le Monde Diplomatique, juillet 2004.

[30] Nous excluons dans cette appellation tous les pays nord-africains que sont le Maroc, l’Algérie, la Tunisie, la Libye et l’Egypte qui sont tous producteurs de pétrole à l’exception du Maroc.

[31] CIA, World Factbook, 1 décembre 2006.

[32] Selon National Geographic, février 2007, p. 76.

[33] Il y a 36 Etats au Nigeria, ce nombre augmente au gré des créations d’ethnie, cela rend le pouvoir central de moins en moins efficace et la dispersion de la manne pétrolière se fait sur plus d’acteurs avec moins de contrôle national.

[34] Le Sahara Occidental, de fait de son statut non défini a distribué des permis par le biais du POLISARIO et par le gouvernement marocain, aussi les compagnies n’ont pas encore attaqué sérieusement leur bloc d’exploration et ce même s’ils sont tous en off-shore de peur de représailles d’une des deux parties. 

[35] Différence entre le volume de vente et d’achat en pétrole ou produits pétroliers.

[36] Les chiffres concernant les blocs sont issus de la Société Mauritanienne des Hydrocarbures représentant l’Etat mauritanien. Ils sont de février 2007.

[37] Information de Africa Energy Intelligence du 28 mars 2007.

[38] Les dernières explorations dataient de 1992.

[39] L’affaire des avenants étant un cas particulier dont l’interprétation des faits est difficile et non unidimensionnel comme l’Etat l’a laissé entendre.  

[40] Le cas du champ Nqossa au Congo Brazzaville peut être rapproché de Chinguetti. Elf puis Total ont eu de grosses déconvenues en terme de production journalière tombée à 30,000 barils par jour alors qu’il était prévu trois fois plus. Cette information est issue d’un entretien avec le rédacteur en chef de la Revue spécialisée « Pétrole et gaz arabe ».

[41] Selon les informations officielles du Comité National de Suivi des Revenus des Hydrocarbures.

[42] Information liée à l’entretien avec Ousmane Kane, le Gouverneur de la Banque Centrale Mauritanienne.

[43] Pas de contrôle de l’Assemblée pour le moment car celle-ci a été suspendue pendant la période de transition.

[44] Woodside, Etude d’impact sur l’environnement, pp. 262-263.

[45] Entretiens avec Mr Equilbec de la Société Générale et Mr Doublet de la BNP.

[46] Entretien avec Mr Mohamed Salem Ould Abdessalam 

[47] Concept créé par l’hebdomadaire The Economist en 1977 pour décrire la situation de la Hollande après le début de l’exploitation de gaz entraînant un délaissement des autres secteurs d’activité.







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