Edito de La Tribune Par Mohamed Fall O Oumère

9 10 2007

Edito de La Tribune  Par Mohamed Fall O Oumère 

 

Notre relation avec le Fonds Monétaire International n’a jamais été réfléchie. Elle s’est imposée d’elle-même comme conséquence de la gestion catastrophique dont les dirigeants de la junte militaire arrivée au pouvoir en 1978 ont été coupables. Puis elle a été instrumentalisée par le pouvoir aux aguets. Justifiant ici ses déboires politiques, cautionnant là ses contreperformances économiques, réglant les quelques points d’achoppement par le changement d’alliances et d’options diplomatiques. C’est dans ce cadre qu’il faut comprendre la justification profonde de la relation avec Israël. 

Avant le 3 août donc, on peut dire que nous nous sommes contentés de subir le diktat. Le pouvoir n’avait pas d’autre choix. Manque de légitimité, de vérité, de transparence, de compétence… Si bien que les cadres-négociateurs mauritaniens ont fini par faire allégeance aux bailleurs plutôt qu’à l’Etat mauritanien. Se donnant ainsi tous les droits en tant que gestionnaires de projets autonomes, gérés dans l’opacité et avec la complicité des équipes qui viennent faire des évaluations aussi complaisantes les unes que les autres. Nous l’avons dit à l’époque, nous allons le redire : le FMI et la Banque Mondiale sont autant responsables de la déliquescence de l’Etat, de la prévarication ambiante, de l’usage des faux chiffres, des fausses évaluations, du délabrement économique du pays que les gestionnaires mauritaniens. On se rappelle encore du satisfecit béat des missions successives. Cela a eu pour conséquence de nous faire passer de l’état de ‘pays en voie de développement’, à celui des ‘pays les moins avancés’, puis de ‘pays pauvre très endetté’. A chaque étape de cette descente aux enfers correspond une génération de politiques économiques préconisées, pensées et réalisées à partir de Washington. 

Quelles preuves faut-il pour démontrer l’ampleur de l’échec des politiques d’ajustement ? Revenir sur l’impact social de ces politiques ? Réévaluer les conséquences des privatisations qui ne sont finalement qu’un échec programmé ? Pas la peine. 

Au lendemain du 3 août 2005, la relation avec les bailleurs allait connaître un nouveau développement. Malgré l’illégitimité du régime de l’époque, l’équipe civile réussit à relancer ces relations sur de nouvelles bases. Vérité et transparence. Révision des données économiques de 1992 à 2004. Tout est à revoir. Tout le monde est content. 

Les autorités issues des élections de mars 2007 auraient dû adopter la démarche qui consiste à remettre les pendules à l’heure. Le pays n’est plus cet Etat fantoche. La République n’est plus une République bananière. Une nouvelle race de gestionnaires, de compétences devait prendre en charge la conception puis la mise en application de politiques économiques adéquates pour sortir le pays de la crise. 

Ce n’est pas le cas visiblement. Le FMI, contrairement à la BM, n’a pas changé de position, ni de conception vis-à-vis du pays. C’est toujours pour lui une fonction publique pléthorique qui doit être ‘dégraissée’. Loin de lui l’idée d’un Etat à forger, de performances à améliorer, de capacités à renforcer, de nation à bâtir… Ses missions demandent aujourd’hui le désengagement de l’Etat de toutes les entreprises qui ont fait la fierté de cette Nation, qui ont joué un rôle important dans sa construction mentale. En face, on semble courber l’échine. Ce qu’il ne faut justement pas faire. Sinon à quoi sert la légitimité qui fait de ce gouvernement, un gouvernement d’exception ? A quoi servent tous ces efforts de normalisation du pays sur les plans politique (processus électoral consensuel), économique (équilibres macro-économiques) et social (règlement du passif humanitaire) ? Si ce n’est à refuser le diktat, à rétablir la confiance avec les bailleurs, à les amener à reconsidérer leurs visions étriquées ? 

En attendant que les autorités se reprennent, que de nouvelles relations s’établissent entre le pays et le FMI, il est utile de rappeler que dans les discours de campagne, tous les candidats ont évité de parler des relations avec le FMI. Pendant le débat de l’entre-deux-tours, il n’en a pas été question. Dans sa déclaration de politique générale présentée devant l’Assemblée en plus de trois heures de temps, pas une seule fois le Premier ministre n’a prononcé le mot FMI. Qu’est-ce que cela peut vouloir dire ? 

 

Source : La Tribune n°369 


Actions

Informations



Laisser un commentaire




bientôt tous en prison, bie... |
WADE - Président - |
la vérité |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Journal d'1 République...
| sarkosy un espoir pour la f...
| Sylvie Trautmann