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Politique : le parti des uns est-il le parti de l’Autre ?

6102007

Politique : 

Le parti des uns est-il le parti de l’Autre ?

 

On continue d’en parler. Le parti du Président, le parti de l’Autorité, le parti de la Majorité… on ne sait quel nom lui donner. Mais la dynamique est lancée. Un local, un coordinateur, une espèce de comité de pilotage, des commissions, une ruée… Cela donne un foisonnement qui ne fait pas encore une recomposition du paysage politique, mais qui tente de réorganiser les rangs de la Majorité. Sensiblement les mêmes que ceux qui ont dirigé le pays. D’où l’inquiétude, légitime du reste, de l’ensemble de la classe politique principalement de l’opposition. Les inquiétudes sont-elles justifiées ? L’opposition a-t-elle un droit de regard là-dessus ? Mais surtout comment s’organisent les troupes ? 

 

 

A sa sortie de l’audience que lui a accordée le Président de la République, Ahmed Ould Daddah, le leader de l’opposition, a dit avoir parlé surtout de « la création d’un parti qui pourrait être un parti du gouvernement« . Il a ajouté : « J’ai la crainte que ce parti nous ramène à un parti de l’Etat« , soulignant que le président de la République lui a dit qu’ »il souhaitait que les personnalités qui le soutiennent s’organisent, mais que lui-même, en tant que chef de l’Etat, restera au dessus des partis, un arbitre entre les partis et entre les citoyens« . Suffisant apparemment pour rassurer le président du RFD. Et surtout dit sur le ton du feu vert donné. Sur le terrain les troupes de la Majorité ont commencé à s’organiser depuis les premières semaines de la prise de fonction du nouveau gouvernement. 

 

Un cadre nécessairement ! 

 

Si le choix du Premier ministre a été dicté par les alliances de l’entre-deux tours, celui de son gouvernement ne se justifiait pas aux yeux de ceux qui ont soutenu Ould Cheikh Abdallahi et qui attendaient un retour de l’ascenseur. Les mécontentements exprimés çà et là ont abouti à la multiplication des ‘initiatives’ en vue de lancer une dynamique visant à rassembler tous les soutiens du Président sous une même bannière. Une formation politique qui aura la bénédiction du Président et qui permettra le partage ‘équitable’ des rôles, pour ne pas dire des privilèges. La création d’un tel cadre allait trouver une autre justification : la difficulté à faire passer les lois devant des élus, indépendants certes, mais qui n’ont jamais acquis les réflexes de l’autonomie. Plusieurs projets de lois ont failli capoter à cause principalement de l’indiscipline née de l’absence d’un cadre unificateur et d’un centre de décision pouvant donner les ordres. La loi de finances rectificative a failli créer la crise pour le jeune gouvernement. Cette crise a été évitée parce que l’opposition n’en a pas voulu ou parce qu’elle n’a pas su manœuvrer. 

Au lendemain de ces épreuves, les élus ont pris sur eux de demander au Président d’intervenir pour ‘encourager’ la création d’une formation. Un groupe de cadres, ‘amis de Zeine Ould Zeidane’, candidat devenu Premier ministre, ont eux aussi profité d’une audience avec le Président pour pousser Ould Cheikh Abdallahi vers cette direction. Mais c’est surtout l’intrusion, supposée ou réelle des ‘amis du colonel Eli Ould Mohamed Val’ qui va booster la dynamique. En effet, on a vite prêté à certains collaborateurs de l’ancien chef de la junte militaire, notamment son directeur de cabinet et son ministre secrétaire général, l’intention de vouloir ‘coordonner’ en vue de la création d’un cadre à même de garantir l’unité des troupes. Les ‘indépendants de Eli’ comme on les appelle ici, formant la majorité des deux groupes parlementaires. Son passage à la présidence lui a permis de consolider ses relations avec certaines notabilités. Sa longue expérience à la tête de la Sûreté en fait un chef de réseaux bien implantés dans le pays. Et les moyens matériels ne manquent pas. Tout pour donner de l’ambition à un homme qui a, à un moment donné, hésité à respecter les engagements et à partir. 

 

A chacun sa logique 

 

Réelle ou pas, l’ombre du colonel allait peser sur la décision. Le Président Ould Cheikh Abdallahi abandonne sa réserve et confie à Yahya Ould Ahmd el Waqef, ministre secrétaire général de la présidence, la mission d’organiser les troupes. Lever de boucliers dans les rangs de l’opposition. Mais aussi de la Majorité où l’APP de Messaoud Ould Boulkheir et le PRDR de Ould Mohamed Val condamnent, parfois violemment le projet. Personne en fait n’y trouve son compte. Pour l’opposition, l’idéal serait l’éclatement de cette Majorité sans tête. Au moins qu’elle reste sans encadrement. ‘Pourtant, nous dit un proche du parti en gestation, l’opposition n’a pas pu capitaliser l’absence de cadre pour les indépendants’. Ce qu’il explique par la nature du politique mauritanien ‘qui veut être rassuré qu’il est du bon côté’. Du côté de celui qui a la réalité du pouvoir. Il faut dire que l’opposition, même forte d’un statut reconnu et institutionnalisée, hésite à occuper le terrain et se cantonne dans un attentisme qui rappelle ses attitudes du passé. 

Au sein de la Majorité, l’absence d’un parti qui unit les soutiens de Ould Cheikh Abdallahi et de Zeine Ould Zeidane, fait l’affaire d’une part de l’APP, parti ayant la direction de l’Assemblée avec seulement cinq députés sur 95, et d’autre part ceux du Mithaq dont les composants espéraient chacun phagocyter ‘le monde du Président’. La partie ‘cachée’ des protagonistes trouve aussi son compte dans l’absence d’un cadre organisationnel pour les ‘indépendants’. 

‘Il faut un parti pour permettre au Président d’avoir une bonne lisibilité de l’espace politique. Comment ne pas se tromper dans les choix quand on ne connaît pas qui est quoi et qui pèse quoi ?’ Pour ce haut responsable, il s’agit de fixer le monde du Président ‘tout en respectant la Constitution qui interdit au Président de présider un parti politique’. 

Il a d’abord été question de créer un parti du Président, un autre pour le Premier ministre et éventuellement un autre pour le ‘troisième élément’. C’est la menace de ce dernier et l’incapacité des acteurs à pouvoir anticiper sur ses velléités qui a dicté à Ould Zeidane de tempérer ses ambitions et à Ould Cheikh Abdallahi de rassembler les troupes au lieu de les laisser dispersées. 

 

Rassemblement des troupes 

 

Les ‘initiatives’ – Ould Ahmed Miské, encore lui, Ould Chamekh…- ont dû diluer encore plus leur zrig. Le missionnaire Ould Ahmd el Waqef a donné une nouvelle tournure aux événements. Reste pour lui à gérer le processus et à éviter d’aboutir à un schéma PRDSien qui ferait juxtaposer des sensibilités qui n’ont d’autre chose à partager que la sollicitude du pouvoir. Comment ne pas avoir un dispositif qui donne : les soutiens de Ould Cheikh Abdallahi, les amis de Zeine, les adeptes du colonel et les cols blancs ? Comment dépasser en même temps cette querelle des ‘anciens’ et des ‘modernes’ ? Les premiers sont présents par la force des moyens et de l’expérience. Les seconds revendiquent du neuf sous prétexte de demande de changement. 

Au comité de pilotage – appelons-le comme ça – du projet de parti, on pense que la concertation peut régler toutes les divergences. Le dispositif mis en place met en exergue la nécessité d’associer tous les intéressés à toutes les étapes. Ce qui fait dire à certains, ‘qu’on se perd à chercher qui est qui et qui est quoi dans l’organisation’. En fait, on n’en est pas encore là. Il y a trois cercles de commissions qui viennent d’être mis sur pieds. 

Le premier bloc est constitué de ‘commissions thématiques’, chargées de préparer les textes du parti : la déclaration de politique générale, les statuts, le règlement intérieur, le projet de société. Six commissions au total dirigées par : Boydiel Ould Hoummoid, venant du PRDR dont il préconise la dissolution, Ahmed Ould Sidi Baba dont le parti, RDU se sabordera à l’occasion, Abderrahmane Ould Cheyne, Ba Aliou Ibra, président du groupe parlementaire ‘indépendant’ au niveau de l’Assemblée, Me Yahya Ould Abdel Qahar, président du groupe ‘indépendant’ au niveau du Sénat, et Khattar Ould Cheikh Ahmed, représentant du groupe de Zeine Ould Zeidane. Ces commissions auront la lourde tâche de faire converger les idées, de rassembler autour de l’essentiel, principalement du programme du Président dont les premières grandes orientations ont été entamées : unité nationale, règlement du passif humanitaire, bonne gouvernance… un programme de changement que ceux qui tiennent à la proximité du pouvoir devront adopter. 

Le deuxième bloc de commissions est chargé de la sensibilisation. Il s’agit des groupes des femmes, des jeunes, des syndicats, des organisations de la société civile… Ce sera la sensibilisation au niveau national. Des ateliers seront animés à l’occasion pour permettre l’interactivité entre les différentes commissions. 

Le troisième niveau est celui des commissions chargées du travail sur le terrain. Il s’agit de 53 commissions chargée chacune d’un département. Elles seront pour la plupart dirigées par des parlementaires, sinon par de ‘grosses pointures’ de la politique locale. Ces commissions auront en charge la mobilisation en vue d’une adhésion massive. A terme, elles devront produire une monographie départementale qui permettra d’identifier les participants au congrès constitutif qui doit donner les structures provisoires du parti. Lesquelles engageront la campagne d’implantation en vue de la tenue du premier congrès. 

Ce processus qui vise la tenue de l’assemblée constitutive, devra être clos à la mi-novembre. Quitte à ce que le parti soit opérationnel à partir de décembre. Deux à trois mois devront suffire pour l’implantation. 

Et déjà on se pose les questions de savoir quelles seront les conséquences de la naissance d’une telle formation. Est-ce qu’elle signifiera une recomposition du paysage politique ? Ou sera-t-elle simplement l’occasion d’une recomposition au sein de la Majorité ? Auquel cas nous assisterons à une redistribution des cartes qui commencera par la dissolution du gouvernement et, pourquoi pas de l’Assemblée nationale. De quoi occuper les Mauritaniens les premiers mois de 2008. En attendant de voir. 

 

Ould Oumeïr 

 

Source La Tribune n°368




Le climat des investissements en Mauritanie

6102007

Le   plan d’action de la délégation générale de la promotion des investissements privés  décèle la nécessité de réviser le code d’investissement en Mauritanie. Une telle mesure permettrait  selon les acteurs   de la Délégation générale à la Promotion de l’Investissement Privé (DGPIP), «d’attirer de nouveaux investissements directs étrangers »

Le ministre de l’économie et des finances multiple lui aussi  les sorties médiatiques. Invité à la télé pour parler de la situation macro-économique, il explique que «les  orientations de la politique économique visent la diminution de la pauvreté et tout ce qui ne rentre pas dans cette optique devrait être éliminé pour que les dépenses soient utilisées pour de bonnes  fins. Pour ce faire les actions à entreprendre doivent permettre  l’assainissement de la situation économique à travers  un nouveau code d’investissement  et une réforme fiscale permettant le drainage des investissements directs. » Qu’en est-il de l’environnement économique du pays ?

 «L’environnement des affaires en Mauritanie  se situe  dans les normes  du continent africain.  Mais dans ce contexte de mondialisation des échanges et de  concurrence internationale, on ne peut s’en contenter car il faut se comparer non seulement au reste de l’Afrique mais aussi au monde  entier. Nous saluons le chemin déjà parcouru, ce processus est à suivre  et les efforts  sont à maintenir. Il est  d’ores déjà encourageant dans le secteur des mines qui  s’accompagne déjà d’un afflux d’investissement assez important.» (M James P. BOND directeur des opérations pour la Mauritanie à la Banque Mondiale au cours d’un point de presse le jeudi 20 septembre 2007, Note  d’Horizons n°4573) 

Partant d’une étude effectuée (2006-2007) sur 237 entreprises industrielles  formelles et 124 petites entreprises informelles, les experts de la Banque mondiale  explique, toutefois,  que «la productivité du travail est au-dessous de la moyenne comparée  aux pays à revenu intermédiaire hors de la région Afrique.   Les firmes manufacturières en  sont peu productives: la productivité du travail et du capital est faible. Tout ceci implique que les performances à l’exportation et la rentabilité des firmes manufacturières sont limitées. Ce constat d’une faible productivité n’est malheureusement pas restreint à l’industrie manufacturière, la productivité dans les autres secteurs de l’économie reste assez faible. Ceci pose le problème des éléments limitant la croissance de la productivité en Mauritanie. »

 

Ces experts préconisent, cependant, une série de mesures allant dans le sens d’une incitation au développement régional, l’encouragement de jeunes prometteurs et des petits métiers, la défiscalisation et la prise en charge des contributions patronales. Les entreprises qui ont une activité axée sur l’exportation seront favorisées par un régime fiscal assoupli. Ces entreprises doivent bénéficier d’une exonération du Bénéfice industriel et commercial et de l’impôt minimum forfaitaire pendant les 10 premières années de leurs activités et le payement de 50% de leur droit à partir de la 11ième année. Elles doivent  également  être soutenues  par une prise en charge  de l’Etat de la sécurité  sociale de leurs   salariés mauritaniens. 

S’agissant  de l’encouragement des jeunes promoteurs et des petits métiers des critères ont été  dévoilés pour renforcer les qualifications de ces jeunes. Ceux qui ont l’expérience ou les qualifications requises, devront réaliser et assumer la gestion de leur projet. Parmi les jeunes à encourager  il faut avoir des critères comme  enfants d’agriculteurs, de pêcheurs ou d’artisans, ayant un âge ne dépassant pas 40 ans et/ou exerçant leur activité principale dans les domaines de l’agriculture, de la pêche ou de l’artisanat. Ainsi les techniciens diplômés des établissements d’enseignement ou de formation agricole, de pêche ou d’artisanat. 

 

Pour ce qui est  de la contribution du  secteur bancaire  aux financements des investissements, la barre de celui ne dépasse  pas 6 % de  financement des actifs à long terme alors que suivant les secteurs, 62 à 83% des ressources de financement  des entreprises pour l’investissement sont couverts par des capitaux propres.  

En outre, le taux d’intérêt excessif appliqué par les banques commerciales  freine  la relance économique en Mauritanie. Des réformes devront être entreprises dans le sens de la création des activités à travers des crédits productif et prometteurs. 

Notons que la Mauritanie en compte  9 banques alors que la population avoisine les trois millions d’individus. Ces  banques ont une particularité spécifique, c’est celle du monopole du secteur bancaire pour renforcer d’autres activités exercées  par les actionnaires principaux de ces mêmes structures bancaires. 

Une  réforme bancaire était en revanche entamée par la Banque centrale,   mais l’organisation du secteur souffre toujours d’un dysfonctionnement qui ne dit pas son nom. 

La mise à niveau  de l’économie  et la lutte contre la corruption reste indispensable pour le drainage de l’investissement note l’enquête de la banque mondiale.

Rappelons que le nombre des sanctions à l’encontre des  corrompus et corrupteurs sont des choses rares dans le pays. Ce qui sous-entend que le chemin de l’assainissent est loin d’être  commencé car nous sommes depuis deux ans  dans la phase théorique alors que les choses palpables ne sont pas senties sur  le terrain.

 

 

Mohamed Fouad Barrada 

m_barrada@yahoo.fr 

 

 

Encadré

 

 Pour le futur, le challenge essentiel auquel est confrontée la Mauritanie est celui de la diversification des sources de croissance non pétrolières ceci pour permettre de faire face plus aisément aux variations des cours des produits primaires qui constitueront toujours dans un avenir proche l’essentiel des recettes d’exportation et assurer la croissance continue de l’économie lorsque la production pétrolière commencera à décroître puis disparaître (aux environs de 2024). Pour parvenir à cet objectif, il est nécessaire que les investisseurs et les entrepreneurs soient rassurés quant au futur économique de la Mauritanie et sa capacité à mettre en place un cadre plus favorable au secteur privé formel. » (Rapport de la Banque Mondiale sur l’évaluation du Climat des Investissements)

Les principales contraintes du monde d’affaire mauritanien  sont :

Le dysfonctionnement des facteurs de production, capital et travail ;

Manque des  infrastructures efficientes  (électricité, port, transport) ;

L’inefficacité  de la réglementation et de la fiscalité, l’insécurité juridique ;

La corruption et de ses coûts sur le chiffre d’affaires ;




LA MAURITANIE : UN ESPACE VITAL (1)

6102007

LA MAURITANIE : UN ESPACE VITAL (1) 

Par Ian Mansour de Grange – consultant, chercheur associé au LERHI – faculté de Nouakchott 

 

Parmi les contraintes majeures qui affectent le développement de la Mauritanie, il en est une primordiale, insuffisamment énoncée au sein de la population qui ne mesure guère l’intensité du désastre en cours. Il s’agit de la dégradation accélérée de son milieu naturel d’existence. Chaque année, des dizaines d’espèces, animales ou végétales, disparaissent de son biotope, réduisant inexorablement le potentiel vital du pays. Que faire ? Cette nouvelle série d’articles entend animer, au sein du grand public, cette essentielle prise de conscience du péril qui guette la nation. Dressons-en, tout d’abord, le constat. 

 

Dans l’artifice de la vie citadine, entretenue par des importations massives de produits de consommation courante, on ne se rend que peu ou prou compte de cette évolution. Ailleurs, c’est à dire partout où l’alimentation est chevillée au terroir, l’hémorragie est beaucoup plus vivement ressentie, immédiatement traduite en insécurités alimentaire et sanitaire : entre 1996 et 2000, si la pauvreté a, sur l’ensemble du territoire, globalement diminué, elle a, par contre, fortement progressé dans les régions agricoles, passant dans le Guidimagha, la wilaya la plus durement touchée, de  64 % de la population à 79 %. 

 

Ne nous cachons pas derrière le déficit pluviométrique global du dernier demi-siècle. Sa chronicité cyclique  est suffisamment connue pour mettre en cause sa gestion. Force est de constater que, jusqu’à présent, la modernité mauritanienne s’est révélée incapable d’ordonner ses priorités et de faire entendre cet ordre, tant sur le plan national, du plus global au plus local, que sur le plan international, notamment en matières commerciale et environnementale. 

 

Sur le plan intérieur, on a laissé se développer un déséquilibre démesuré entre « les disponibilités fourragères et la charge animale […]. Le cheptel national compte, en 2002, 3,5 millions  d’unités de bétail tropical (UBT) [quatre à cinq fois plus qu’en 1950] alors que la capacité fourragère [30 à 40 % de moins qu’en 1950] ne peut, en année normale, couvrir les besoins que de 2,5 millions d’UBT 1 ». Soit un dépassement de près d’un tiers de la limite supportable, oppressant chaque année un peu plus, et exponentiellement, un manteau végétal en appauvrissement croissant. 

 

Le même laisser-aller fataliste, à peine tempéré par une réelle politique de développement d’énergies de substitution (gaz, essentiellement, ne couvrant environ que 30 % des besoins),  a entraîné une surexploitation, non seulement des zones boisées, mais aussi des ligneux « hors forêt », extrêmement précieux en termes de stratégie de reconquête biologique, et dont  « plus personne ne démentira l’impact sur la conservation des sols, des eaux, et de la diversité biologique, tant souterraine que terrestre et aérienne2 […] ». La consommation annuelle de bois de chauffe atteint ainsi 1,5 millions de m3 pour une capacité de seulement 200 000 m3. Soit un dépassement de 750 % du potentiel renouvelable : mesure-t-on ici l’impact sur la distribution naturelle des eaux, la dégradation des sols, les ressources écologiques, et, au bout de la chaîne, les conditions de survie des populations ? 

 

On aperçoit maintenant l’évidence : le développement humain est inséparable du développement écologique. Ignorer cette loi élémentaire, c’est fomenter, à terme, les plus dramatiques catastrophes humanitaires, sinon les plus redoutables explosions sociales. Cette loi, en vérité, en révèle une autre, qui détermine largement le respect de la première : l’économie est au service de l’humain ; et non pas, comme banalement aujourd’hui, le contraire… Ainsi le triptyque du développement durable apparaît dans toute sa nécessité. Il ne serait désormais plus possible d’envisager raisonnablement une quelconque « rentabilité » économique, sans tenir compte de ses dimensions écologique et sociale ; compte précis – du moins le plus précis possible – et non pas vague estimation de façade, histoire de complaire à un « air du temps » aux relents d’utopie, masquant plus ou moins pudiquement un mépris colossal envers les générations futures… 

 

« L’engrais enrichit le père et appauvrit le fils ». Ce célèbre dicton français est à peine audible en Mauritanie où l’engrais ne prend même pas le temps d’attendre une génération pour appauvrir l’agriculteur. La fragilité des sols et des niches écologiques y réclame des systèmes adaptés et cohérents de fertilisation et de régénération, fondés sur le respect des équilibres biologiques. A cet égard, les politiques productivistes, issues du « projet mécaniste occidental 3 » et imperturbablement menées depuis une trentaine d’années, ont déjà rendu leur verdict : le coût des déséquilibres générés par les aménagements hydro-agricoles intensifs, l’utilisation massive de produits phyto-sanitaires de synthèse et autres engrais chimiques, a atteint, en moins de vingt ans, un niveau tel que certains n’hésitent même plus à parler de faillite, d’autant plus sévère qu’elle affecte, non plus seulement des chiffres, mais aussi, et cruellement, le tissu même de la vie. 

 

En cette optique, le premier réflexe consiste à préserver ce qui paraît préservable, dans une attitude de repli stratégique. La scission du département « Environnement » du ministère du développement rural semble relever d’une telle vision. Certes, le concept doit intégrer un domaine extrêmement vaste, dépassant largement le seul contexte rural : l’environnement urbain, le littoral et le milieu maritime, où pointent la prévention et la gestion des risques technologiques, nécessitent, bien évidemment, une attention spécifique, au plus près du chef du gouvernement : les dossiers sont très spécialisés et, en cas de crise notamment, il faut agir vite. Cependant, les notions de conservation et de protection y occupent une telle place, qu’on en oublie, souvent, le caractère dynamique de l’environnement : développer la qualité de celui-ci, en exploiter avec discernement toutes les ressources, ne cessent de constituer le socle du progrès national. 

 

Il s’agit donc d’éviter d’inutiles conflits de points de vue. A la direction de l’agriculture comme au ministère de la pêche ou du pétrole, les sections environnementales doivent occuper des passages obligés dans la conception et la mise en œuvre du moindre projet, en correspondance étroite avec les sections agricole, piscicole ou minière du secrétariat d’Etat à l’environnement ; les unes et les autres inversant le point de vue de leur tutelle respective. Ainsi, la section environnementale de l’agriculture s’ingéniant à déterminer des limites conservatrices et protectionnistes à tel ou tel projet agricole ; la section agricole de l’environnement se préoccupant, pour sa part,  des extensions productivistes de tel ou tel projet environnemental… 

 

Des rencontres fécondes sont alors à même de dynamiser les compétences des uns et des autres. Si la modernité contemporaine tire l’essentiel de sa puissance de l’analyse fragmentée du Réel, multipliant les spécialisations studieuses et productives, elle en tire également sa plus grande faiblesse : la perte de la perception globale des phénomènes ; un tout n’étant, jamais, réductible à la somme de ses parties (ou des diverses mesures qu’on en fait), ni limitée, la variété de ses mesures, ni ses parties, totalement identifiables… Est-il nécessaire de rappeler toute l’importance de ces notions en islam ? Le débat, ainsi, posé, nous interpelle tous. Peut-il interpeller, également, nos partenaires économiques étrangers ? Cette seconde question, on le verra en un prochain article, n’est pas marginale en la problématique soulevée. (à suivre). 




 

NOTES DE L’ARTICLE 

1 « La Mauritanie à l’aube du 21ème siècle », p 16  – bilan commun de pays (CCA) – Nations Unies – Nouakchott, avril 2002.

2  Les « ligneux urbains et agro-sylvopastoraux » des zones sèches et arides à faible couvert ligneux – par R.Bellefontaine, M. Ettobi, O.    Mhirit – http:// www.secheresse.info/article.php3 ?id_article=2341

3  confer notre ouvrage : « Le waqf, outil de développement durable – La Mauritanie, fécondité d’une différence », p 85 – Etablissement National des Awqafs de Mauritanie

 

NOTES DE L’ARTICLE 

 







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