Quand les chauvins montent au créneau… ( suite, 2ème Partie)

20 08 2007

Quand les chauvins montent au créneau… ( suite, 2ème Partie)

              Particularismes chauvins et Dictature

Si le particularisme arabe classique, à la longue, a suscité une démarche et une méthode empreintes de prudence parfois raffinée, pour exprimer les pires illusions et nourrir les pires préjugés à propos des « L’kwars », dans une opinion publique  parallèlement et constamment « travaillée » par les divers services de renseignement du régime défunt, ce n’est pas seulement à cause de la haute qualité d’éducation politique et l’intelligence intrinsèque de la plupart de ses principaux responsables historiques.

C’est surtout parce qu’il était organisé – le courant baathiste davantage que le nassériste- et versé dans l’arène politique où il était parfaitement identifiable en tant que tel.

Ce faisant, il avait acquis l’une des vertus cardinales de toute formation politique digne de ce nom : le sens tactique et l’esprit de compromis en vue de la pérennité de son action à long terme.

Il avait donc des impératifs politiques qui lui dictaient de ne pas s’affranchir de toutes les considérations liées à l’unité nationale et à la défense extérieure du pays, surtout face à un régime dont le moins que l’on puisse dire est qu’il ne pouvait inspirer confiance et sérénité d’existence, à personne, pas même à ses alliés du moment.
 
De là, ses alliances parfois contradictoires et successives avec les camps opposés de l’échiquier politique, son va et vient constant entre le pouvoir dictatorial et l’opposition démocratique, l’alternance des phases d’alliance avec le pouvoir de M. O. Taya et sa répression par ce dernier, ses poussées de fièvre identitaire et la modération qui suivait dans l’approche de certains aspects de la question nationale.

Aujourd’hui, à l’heure du compromis national sur les questions essentielles évoquées précédemment, il n’est que de voir comment les particularistes classiques ont peine à se déterminer clairement, en dehors des contraintes de leur fantasque idéologie politique, à l’exclusion bien sûr de ceux d’entre eux que retiennent ailleurs leurs alliances politiques partisanes (comme par exemple les nasséristes de l’APP)…

Les néo-particularistes arabes pour leur part, à l’instar de leurs congénères négro-africains sur lesquels nous reviendrons, ne s’encombrent ni d’intelligence tactique ni de précaution de langage, ni d’une quelconque conscience collective patriotique. Née et grandie sous le régime militaire, à l’ère de la mondialisation et d’internet, cette génération en exprime à la fois l’obscurantisme brillantissime, l’arrogance verbeuse, la fausse culture, le plat opportunisme, la frivolité guindée et la froide cruauté.

De la politique, elle n’a qu’une vague idée, en dehors du fait qu’elle peut enrichir son homme et que pour l’entreprendre, il n’y a ni règles ni conditions, si ce n’est la réussite personnelle à tout prix.
 
D’une manière générale, à l’exception de quelques rescapés des divers courants politiques pré régime militaire, hors feu le PRDS qu’elle écumait et dans les eaux stagnantes duquel elle avait proliféré, cette génération ne connaît aucune « organisation » et ne se reconnaît dans aucune pensée politique à part celle dominante du moment. 

Ectoplasmique, elle faisait donc parfaitement l’affaire de la dictature qui l’a engendré et qu’à son tour elle a boursouflé en en étant, in fine, l’esprit frappeur, l’âme damnée et le souffle nauséabond.

Pour cette génération, le « nationalisme », qu’il soit patriotique ou identitaire, est par définition et par principe, sectaire et matérialiste vulgaire, car ne pouvant reposer que sur le besoin effréné de jouissance sans limites des « bienfaits » du pouvoir.

Pour elle, seule compte la carrière et son double naturel, la sinécure.

Gangrenés par l’esprit de lucre et de l’argent facile, les tenants de cette nouvelle voie particulariste ne se risquent jamais hors des eaux boueuses de l’exclusivisme et de l’intolérance.

En vérité, leur seul « apport » dans la vie politique du pays est de souligner, de mettre en vive lumière, les bas-reliefs, les soubassements réels et les sous entendus de la politique officielle du pouvoir en direction des minorités, des laissés- pour- compte et de toutes les victimes de l’ère de M. O. Taya : rompus au cynisme, ils disent souvent bénoîtement tout haut ce que d’autres peuvent penser tout bas dans la nébuleuse nationalitaire, et exécutent sans état d’âme ce qu’ils savent ou  supposent être la volonté du Chef qu’ils décèlent toujours mieux que personne.

Armés de cette « idéologie » domestique de la dictature, les voilà aux commandes de toutes les intrigues d’Etat, de tous les faux complots et des réels coups bas assénés à leurs pires adversaires : les minorités, les laissés pour compte, toutes les victimes de la dictature, les intellectuels arabes patriotes, le peuple mauritanien multinational dans son ensemble.

C’est dans cette faune que le régime de O. Taya a recruté des années durant ceux qui formeront, sédiment après sédiment, secteur par secteur, au sein de l’appareil d’Etat dévoyé, son armée de l’ombre, sa réelle armée, avec ses critères burlesques de promotion, ses raisons inavouables, ses réseaux d’affidés…et ses frasques.

Celui qui perd de vue cette réalité socio-politique ne comprendra jamais l’irrationalité permanente de ce pouvoir, ses dérives extrêmes, sa paranoïa et ses hantises identitaires multiples, régionalistes, tribalistes, ethnicistes, racistes etc…, son absence de scrupules. Ses bêtises.

Et sa séparation organique avec le peuple dans son ensemble et la communauté arabe en particulier -qu’il prétendait « défendre » mais dont il compromettait en permanence et  l’honneur et les intérêts stratégiques…

Concevant l’Etat comme un bien appropriable et, surtout, susceptible de partage au sens étroit, ces néo-particularistes, ultra minoritaires dans leur propre « milieu » tribal et ethnique, n’ont eu de cesse d’imposer leur vision de ce dernier à toute la société mauritanienne : une bête sur laquelle il convient de se servir soi même, si possible tout seul, et à la rigueur avec les « siens », étroitement considérés.

L’exclusion ethnique et social et son amplification prennent donc racine dans cette vision ultra individualiste, si parfaitement compatible avec l’air du temps, l’ultra libéralisme.

C’est cela, pourrait-on dire, l’économie politique réelle, le « ventre » de cette couche sociale créée de toutes pièces par le régime déchu, à force de non droit et de destruction de nos valeurs communes les plus élémentaires, tel le sens de l’effort, le sens de l’honneur, le sens de l’intérêt général et de la solidarité, le respect du prochain, l’esprit de compassion et de pardon.

C’est cela qui fut, quant au fond, la cause de la perte de pouvoir de M. O. Taya !

Toujours à l’affût d’une « bonne cause » pour justifier leurs services auprès de ce dernier, servi par les errements verbaux et les postures guerrières factices de certains particularistes négro-africains et haratines, dont certains sont des provocateurs avérés,  tout spécialement ceux de la génération nouvelle, jouant sur les peurs, les ressentiments et les aspirations légitimes de la partie « bidhaane » de la communauté arabe, ces néo-particularistes ont donc systématiquement cultivé dans toutes les sphères administratives et politiques de l’Etat gérées comme des fiefs, l’incitation à la haine intercommunautaire, tribale et sociale, en faisant des patriotes et défenseurs des droits des gens et des minorités, et, au-delà, des communautés elles mêmes et des groupes sociaux concernés, les cibles permanentes de leurs attaques, l’objet d’une haine d’Etat.

Le processus de criminalisation de l’Etat en Mauritanie vient de là, de cette culture de haine identitaire qui porte en lui les germes du génocide comme les nuées l’orage – et qui déboucha effectivement sur un processus génocidaire inachevé mais bien réel que furent les déportations massives souvent accompagnés de meurtres et de spoliations de toutes sortes des populations du sud et les massacres non provoqués, gratuits, de plusieurs dizaines d’officiers et de soldats négro-africains.

Ayant couvert de leur ombre les pratiques les plus intolérables du régime déchu, ayant construit leur prospérité sur les ruines de l’Etat de droit, le déni de justice et l’absence de scrupules vis à vis de l’unité nationale, comment s’étonner que les particularistes, spécialement ceux de la jeune Garde ruent sur les brancards, s’agitent et se démènent comme de beaux diables pour empêcher que ne soit crevé l’abcès qu’ils ont sciemment provoqué en plein dans notre nation et dont le prurit menace en permanence d’en défaire l’ unité et compromettre la stabilité ?

Comment s’étonner qu’avec l’énergie du désespoir, ils ne tentent de piéger le processus en cours de règlement des aspects saillants de notre crise politique et de s’opposer à l’essentiel dans ce qui se profile : la réconciliation nationale et l’instauration d’un véritable Etat national démocratique, fondé sur l’unité et la pleine égalité de l’ensemble de ses communautés et citoyens ?
( à suivre)

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