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‘Une esclave est la première à donner sa vie pour l’Islam !’

14 08 2007

 

 ‘Une esclave est la première à donner sa vie pour l’Islam !’ 

 

« Je suis fier, monsieur le Président, d’être député dans une assemblée présidée par vous. » Ces paroles de Me Sidi Mohamed Ould Maham, député d’Atar, expriment à elles seules la dynamique de changement dans laquelle se trouve

la Mauritanie. Le président de la commission justice, intérieur et défense de l’assemblée nationale, qui avait eu à examiner, plusieurs semaines durant, la loi sur l’esclavage, s’adressait à Messaoud Ould Boulkheir, président de l’Assemblée nationale. 

 

Le leader harratine et militant des tous premiers débuts du mouvement El horr a été élu à la tête de la chambre basse du parlement mauritanien après avoir contribué avec son parti l’APP à faire peser la balance en faveur de  Sidi Ould Cheikh Abdallahi au second tour de la présidentielle de mars 2007. 

C’est toute une histoire qui se réécrit. On est loin de l’époque où, député de Action pour le Changement, Messaoud Ould Boulkheir, avec Sarr Ibrahima, son ancien camarade de lutte, tenait tête à un Premier ministre à l’Assemblée nationale de l’ère Ould Taya. Résultat à l’époque : la dissolution de Action pour le Changement. Et la lutte allait continuer à partir d’un autre camp : l’Alliance Populaire Progressiste avait ouvert les bras pour Ould Boulkheir et les siens. 

 

Autre temps… 

 

On est mercredi 8 août 2007. 21 heures. A quelques minutes de l’adoption à l’unanimité de la loi incriminant et réprimant les pratiques esclavagistes en Mauritanie.  Il a fallu deux jours de débats en plénière pour faire le tour du sujet. Non parce qu’un malentendu se profilait mais plutôt parce que plusieurs dizaines d’élus tenaient à s’exprimer le plus positivement sur une question assez sensible qui avait buté par le passé, et dans la même assemblée, sur l’incompréhension et à la réticence du gouvernement et de ses alliés parmi les parlementaires. Pour l’histoire, il y a  lieu de rappeler, comme l’a fait Sy Samba, député UFP de Boghé, que dans la même salle de l’assemblée nationale, il s’est trouvé des députés qui, durant le mandat précédent, celle de l’ère Taya, avaient soutenu opiniâtrement qu’il n’y avait pas d’esclavagisme en Mauritanie. 

  

Sang d’esclave pour l’Islam 

 

« La première personne à avoir perdu la vie pour cette religion est une esclave, monsieur le président. » A dit encore Ould Maham. Ce jeune avocat a puisé dans l’histoire pour rappeler que Soumayya, appartenant à la famille de Yassir était la première à mourir sous la torture pour avoir embrassé l’islam. 

On sait par ailleurs u’il s’agit de la famille à laquelle le prophète (PSL) a recommandé la patience, lui garantissant que ses membres se retrouveront au paradis.    

L’Islam ne peut donc fonder l’esclavagisme, plaide Ould Maham. A l’actif des députés le rappel d’un épisode de la vie de Bilal qui avait été traité par un des compagnons du prophète (PSL), de fils d’esclave. L’envoyé d’Allah s’étant indigné, ce compagnon s’était mis à terre, rappelle un député, pour demander  à Bilal de mettre son pied sur sa joue. Ce qui bien sûr ne fut pas fait. 

Les députés ont par ailleurs loué l’effort des mouvements dont c’est la lutte qui, selon eux, est à l’origine du couronnement du combat pour la liberté. Ainsi, d’aucuns ont rendu hommage aux mouvements El Horr, Kadihine, entre autres combattants pour l’égalité. Tout comme certains ont salué le courage de Boubacar Ould Messaoud de SOS esclave et de Jemal Ould Yessa, « dont les ancêtres sont des maîtres » mais « qui a résisté pour que soit éradiquée l’esclavage. » (Dixit un député). 

L’argument le plus dégainé par les députés reste toutefois l’islam. Même si comme Jemil Mansour certains ont voulu noter qu’il y a deux écoles qui conçoivent différemment la question de l’esclavagisme, la balance a beaucoup plus pesé du côté des défenseurs de l’idée d’un islam antiesclavagiste : « Quand est-ce que vous avez réduit les hommes en  esclavage alors qu’il ont été enfantés libres par leurs mères », a-t-on martelé pour rappeler les propos de Oumar Ould Khatab, le khalife. 

 

Esprit des lois 

 

Côté amendements on retiendra que le premier intervenant à la plénière, Khalil Ould Tayyib de l’APP a proposé que l’on apporte une modification lexicale au titre de la loi avant son adoption. Du moins dans sa version arabe. 

La commission justice, intérieur et défense de l’assemblée a apporté des amendements sur neuf des seize articles du projet. Selon le président de la commission, Me Sidi Mohamed Ould Maham, il s’agit de relever la peine qui sanctionne le crime d’enlèvement d’enfants en vue de les asservir. Le terme de crime a été enlevé de l’article 4 tandis que dans l’article 9 on a utilisé le terme de délit et l’on a ajouté la double dot pour celui qui consomme le mariage d’une esclave au lieu de la dot normale proposée dans le projet du gouvernement. Les organisations des droits de l’homme ont également le droit de solidarité en faveur des victimes et de prendre part aux enquêtes judiciaires. En plus de cette clause exigée par la commission, il y a l’exigence de juger les questions de cet ordre en référé ainsi que la garantie de l’assistance judiciaire gratuite au profit des victimes de préjudice. 

A l’article 10 de la loi il est stipulé après amendement que « l’auteur de la production culturelle ou artistique faisant l’apologie de l’esclavage est puni d’un emprisonnement de six mois à deux ans et d’une amende de cinquante mille ouguiyas à deux cents mille ouguiyas ou de l’une des deux peines. » Sans compter qu le produit sera confisqué et détruit et que l’amende sera port cinq millions d’ouguiyas s’il est réalisé ou diffusé par une personne morale. Autant dire que les traditions orales exposent toutes les communautés à la sanction, sachant que les répertoires de  musique et de danse traditionnelles ont des contenus identifiants de la catégorie sociale. 

L’amendement de l’article 12, ouvre quant à lui la possibilité de faire punir tout représentant de l’administration, allant du wali à l’officier ou agent de police judiciaire qui ne donnent    pas suite aux dénonciations de pratiques esclavagistes portées à leurs connaissance. La peine peut être de deux à cinq ans d’emprisonnement et de deux cent à cinq cent mille ouguiyas. 

Cette loi que d’aucuns ont retenue comme le couronnement d’une série de textes et de procédures depuis l’indépendance de
la Mauritanie doit être accompagnée selon la plupart des députés de mesures d’accompagnements efficaces. Censées dédommager une frange de la population longtemps victime. D’aucuns, à l’instar de Saleh Ould Hannana, ont préconisé le principe de discrimination positive. Donner un quota à « ces gens pour leur permettre de franchir des pas importants dans la distance qui les sépare des autres », ont recommandé certains députés. Excès de zèle ou solennité passionnelle du moment ? La pauvreté en Mauritanie ne connaît pas de différence entre esclaves et ‘nobles’. La richesse non lus. 

La loi jette néanmoins des fondements juridiques clairs rompant avec un passé dont les traces ou les survivances ont toujours fait l’objet de controverses. Au moment où les militants de SOS-esclaves s’employaient à convaincre que l’esclavagisme est encore pratiqué en Mauritanie, les autorités parlaient de séquelles lorsqu’elles ne pouvaient plus esquiver la question. Vont-elles, en plus des mécanismes juridiques interdisant ou sanctionnant les pratiques de l’esclavage, consentir  à mettre en place des projets économiques, sociaux et culturels pour tirer la frange qui souffre de l’esclavage et de ses séquelles vers une situation digne. Une grande majorité de harratines, descendants d’esclaves noirs de la communauté arabe de Mauritanie vivent les séquelles de l’esclavage. Le président de l’assemblée nationale Messaoud Ould Boulkhier, leader harratine et opposant radical au système déchu de Ould Taya, avait au cours de la plénière du lundi 6 août eu un échange nerveux avec un député qui s’employait à soutenir que l’esclavage en Mauritanie était moins sévère que celui qui avait cours aux Etats-Unis ou en Afrique du Sud. « Toi tu n’es pas esclave. Moi j’en suis un qu’on bat et qu’on compare aux bêtes. » Propos qu’il acceptera de retirer, deux jours après, à la demande du député Abderrahmane Ould Mini. Cette loi n’est pas faite pour vous monsieur le président. Vous ne devez pas retourner le mot contre vous. Vous êtes le président de l’assemblée nationale. Avait dit en substance l’auteur de la tentative de putsch du 8 juin 2003 et ancien prisonnier du régime d’Ould Taya. « Araani Saaheb Yiik il kelima ala khlaagak… » Lui avait répondu Ould Boulkheir. 

La bonne humeur siège à l’assemblée ! 

Kissima-Tocka 

Source : La Tribune N° 362 

 

 

 

 


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Une réponse à “‘Une esclave est la première à donner sa vie pour l’Islam !’”

  1. 30 12 2008

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