Edito de Mohamed Fall Ould Oumère

14 08 2007

 Edito de Mohamed Fall Ould Oumère

On ne peut être à l’aise en voyant notre ministre de l’économie et des finances lancer cet appel à l’aide en faveur des populations sinistrées de Tintane.

Après 47 ans d’existence, la Mauritanie ne peut pas prendre en charge les malheurs de quelques soixante mille personnes. Après 47 ans d’existence, il n’y a pas une ville mauritanienne qui a un plan ORSEC. Après 47 ans d’existence, nous en sommes réduits à demander l’aide des autres quand l’une de nos plus ‘petites’ villes est sinistrée. Après 47 ans d’existence…

C’est ce que nous nous devons de méditer. Il y a peu ‘on’ limogeait le commissaire à la solidarité sociale pour avoir lancé un appel d’urgence. Durant les dernières décennies nous avons vécu de mendicités. Nos dirigeants n’ont rien trouvé de mieux que de profiter de notre misère dont ils ont été la principale cause. Ils l’ont vendue au monde.

De ‘pays en voie de développement’, nous sommes passés à la catégorie ‘pays les moins avancés’, puis à celle des ‘pays pauvres’ et enfin ‘pays pauvres très endettés’. Plus de trois milliards de dollars de dettes. Et qu’est-ce qu’on a fait avec tout ça ?

Quelques arpents de routes mal faites, des extensions d’aéroports qui n’en finissent pas d’occasionner les rallonges et les avenants, des centrales désuètes, des voyages de présidents, de l’enrichissement individuel, des inégalités, du pillage des ressources, de la corruption des valeurs…

Mais point d’hôpitaux. Les seuls hôpitaux créés en trente ans sont des donations de princes arabes (Zayed des Emirats, Mowza du Qatar…) ou de coopération bilatérale (Espagne, France). Les financements d’origine ont été détournés à plus de la moitié. C’est ainsi que l’Hôpital Zayed ne ressemble en rien au projet originel. Tout comme celui de Nouadhibou ou de Boutilimitt.

Point de grandes écoles. A part les classes construites sur dons japonais, l’Etat ‘a pas pris en charge la construction d’écoles depuis longtemps. D’ailleurs l’une des trouvailles des programmes de la Banque Mondiale est de faire supporter la construction des écoles aux populations bénéficiaires. En partie. En grande partie.

Des routes ? Où ? Des barrages ? Plutôt des diguettes.

Chez nous ce n’est pas une blague, cette histoire de responsables africains qui s’expliquent l’un l’autre l’origine de leurs domaines respectifs. La majorité de nos anciens responsables peuvent aisément dire : ‘tu vois ce pont là-bas ?’ Là-bas il n’y a pas de pont. ‘Justement, tout cela c’est parce qu’il devait y avoir un pont là-bas et que j’ai préféré utiliser les financements pour moi’.

Pourquoi il n’y a pas d’écoles là-bas ? pas de dispensaires ? pas de routes ? pas de barrages ? Pourquoi il n’y a pas d’enseignants dans des écoles ici ? pas de médicaments ici ? pas de tracteurs ici ? pas de terres cultivées ici ?

Il n’y en a pas parce que les présidents, les membres du CMRN, du CMSN, du CMJD, les ministres, les secrétaires généraux, les directeurs, les conseillers… n’ont pas voulu. Ou ont voulu que les fonds destinés à cela servent à construire châteaux et fiefs politiques.
 
Tevraq Zeina est née sur la misère des populations. Les richesses des hommes les plus en vue aujourd’hui sont nées du sang de ces populations dont la dignité n’a d’égal que la cupidité de ceux qui les ont pressées. Pressées comme des oranges.

Ces hommes sont autrement plus coupables que tous ceux que nous avons chargé ces derniers temps (politiques, salafistes…), que tous ceux que la justice semble vouloir décharger (mêlés aux affaires liées à la drogue).

Ces gens sont des criminels. Ils doivent se sentir coupables. Coupables d’avoir compromis définitivement notre devenir. Coupables de nous avoir volés nos biens, notre bonheur possible, notre santé physique et morale, notre dignité, notre fraternité…
47 ans d’existence…


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