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Kiffa : entre populisme et précarité

7082007
 Kiffa : entre populisme et précarité

A l”instar de nos villes, la capitale de l’Assaba brille par son absence d’urbanisme, ce qui donne à cette cité, l’allure d’un serpent enroulé, avec son gigantisme archaïque et sa pagaille architecturale. L’absence d’un plan urbain rend la circulation pratiquement impossible, une fois que l’on quitte la Route de l’espoir.

Carrefour d’échanges entre le Mali et la Mauritanie, les deux Hodhs, le Guidimagha, le Tagant et Nouakchott, Kiffa a connu un accroissement démographique phénoménal, le propulsant au rang de deuxième ville du pays. Kiffa, ville coloniale, est le fief des tirailleurs sénégalais, dont la plupart est resté prisonnier de ses charmes.

Plusieurs familles Kiffistes ont gardé ainsi des noms qui évoquent le Songhaï, le pays des Wolofs et des Sérères, et même les pays d’Outre-mer, léguant à ce bastion de la coloniale ce melting pot culturel qui en fait le symbole de l’intégration intercommunautaire dans notre pays. Mais Kiffa, comme le reste des villes mauritaniennes, a subi les assauts de la mal gouvernance et de la gabegie qui a plongé le pays dans une longue période de gaspillage de ressources.

Etat, absent

Depuis plus de trente ans, les villes mauritaniennes traînent un retard affligeant, flirtant à peine avec la modernité grâce aux investissements personnels de leurs  ressortissants qui y ont érigé des pieds à terre de luxe. A part quelques kilowatt d’électricité que l’Etat a introduit depuis quelques années et quelques mini canalisation qui laissent les trois quart des populations sans accès à l’eau potable, aucun projet d’envergure, ni chantier titanesque n’est venu bouleverser la donne et impulser le véritable développement. Les populations de l’intérieur du pays, comme ceux de Kiffa, restent ainsi tributaires de la pluie pour exercer les seules activités qui leur sont offertes, l’agriculture et l’élevage.
 
L’arrière-pays souffre en effet de manque en matière d’industrie, d’entreprises, d’offres d’emplois formels, poussant les hommes valides et des familles entières à venir s’entasser à Nouakchott dans des bidonvilles. Avec leurs habitudes de ruraux, ils amènent dans leurs bagages des troupeaux qu’ils laissent en pâture dans la capitale du pays, exactement comme ils le faisaient à la badya.

Bourgade

Kiffa, c’est avant tout, une énorme bourgade envahie par les ordures et les eaux usées. Malgré l’existence de services communaux depuis plus de vingt ans, aucune stratégie n’a été pensée pour améliorer l’image de la deuxième ville de Mauritanie, qui brasse malgré tout des fortunes nées des échanges commerciaux. Rien n’est également fait pour valoriser les charmes de cette cité ancienne qui garde encore des vestiges capables d’intéresser le tourisme, sans compter ses paysages de rêves, ses cavernes et ses sources naturelles qui prennent naissance aux creux des montagnes.

Kiffa
reste sale, nauséabond, repoussant, obligeant le voyageur de passage à déguerpir le plus rapidement possible au lieu de s’y attarder. Sa gare routière est une véritable porcherie où se chevauchent des tacots poussifs, des hangars mal fagotés, qui laissent échapper des relents de repas à l’hygiène douteux, au milieu des détritus et des odeurs fétides qui s’invitent jusqu’au fond des marmites crasseuses.

Kiffa
, ce sont des processions de maison en banco et en ruine, des bicoques délabrées qui épousent la Route de l’espoir, des animaux que l’on abat ici et là, laissant derrière, des flaques de sang, des excréments, des sabots et des cornes, qui viennent se mélanger à l’odeur fétide des huiles vidangées que les garages mécaniques ouverts en plein air au bord de la route, exposent comme autant d’hymne à la misère urbanistique.

Dès qu’on quitte la Route de l’espoir qui traverse la ville après mille essoufflements, et que l’on essaye de s’aventurer à l’intérieur de la ville, on bute sur des montagnes d’horreurs. Les amoncellements de détritus et l’écoulement putride des eaux usées vous obligent à vous boucher le nez d’une main et à relever le pan de vos habits de l’autre, vous poussant à des sauts de carpe et à une gymnastique verticale éreintante. Les sachets de plastiques souillés rivalisent d’ardeur avec les restes des repas, les os récurés, les sandales usés, les vieux habits rapiécés, les canettes de boisson déteintes, les carcasses de véhicules, les chiffons, les cartons… Et ça s’entasse au milieu de relents suffocants, devant l’indifférence des autorités municipales, plus promptes à collecter les taxes qu’à soulager le peuple. La nuit, c’est l’enfer pour les habitants de Kiffa.

C’est le moment où le vent du soir qui souffle de l’Est répand sur la cité toutes les odeurs fétides répertoriées sur l’échelle internationale de l’infect. Le jour, c’est la quête difficile du quotidien dans une ville où le commerce reste la seule activité en période de soudure.

Des centaines de tacots pétaradants rivalisent alors d’ardeurs avec des pelletées de charrettes. Le tout, au milieu de la cacophonie soulevée par des milliers de femmes et d’hommes caquetant, se bousculant dans l’exigüté des marchés et l’étroitesse des rues, donnant ainsi l’image crue d’une bataille ardue où le mécanique, l’équidé et le plantigrade se disputent la portion congrue d’asphalte que le sable a épargné et le peu d’espace disponible.

Eau potable

Le Projet SND, financé à coups de millions de dollars par le Japon et inauguré en grande pompe par l’ex-chef de l’Etat Ould Taya, est en réalité une grosse montagne qui a accouché d’une souris, alors que les discours qui s’étaient succédé parlaient à l’époque d’un projet grandiose qui allait régler définitivement le problème de l’eau.

Au finish, seuls quelques tuyaux ont été placés, desservant une partie infime de la ville, laissant les trois quarts sans accès à l’eau potable. Assoiffés alors qu’ils vivent dans l’une des plus grandes villes du pays, les populations de Kiffa s’abreuvent encore comme leurs ancêtres, il y a plus de mille ans, au puits. L’image d’une procession de personnes transportant à dos d’âne des fûts ou des chambre à air rempli d’eau demeure encore aujourd’hui la carte postale de la ville.

Batha

Aucun effort n’a été entrepris pour sauver la Batha de Kiffa, là où poussaient jadis les plans de palmiers dattiers et où se développait une zone de culture et de plantation sous oasis, fierté et bonheur des habitants. Le béton a entamé sa lente progression, grignotant jour après jour, l’un des espaces vitaux de la cité.

Fouad Barrada 

 

Note: Info source : L’Authentique (Mauritanie)




Les Echos Par Mohamed Fouad Barrada

7082007
Les Echos Par Mohamed Fouad Barrada 

  

Ils habitent en majorité à Dar Elbaida, quartier à risque du 6ème  arrondissement pas loin du cimetière de Pk 7, juste à 1 kilomètre de la place où nos morts dorment en  toute sécurité. Leurs maisons se situent à droite de la route bitumée passant devant le cimetière et  allant vers Rosso. Qui sont-ils? 

Des déportés mauritaniens victimes du conflit sénégalo-mauritanien. Depuis 17 ans ils galèrent, depuis leur arrivée (en 1989), ils étaient dispersés dans les quartiers pauvres de Nouakchott. Une grande partie d’entre eux occupaient à l’époque des terrains illégaux de la Kebba du marché de la mosquée marocaine. D’autres étaient rentrés chez-eux  aux villages, après un grand calvaire, ils ont émigré à la capitale pour des raisons purement économique. Voici le témoignage de certains parmi eux.  

Une famille de 7 personnes, le père travaille pratiquement toute la journée, la mère surveille le ménage. Une fille étudie dans une école publique, un fils fait des études coraniques, les autres contribuent au financement du foyer.  

«Tout le monde se démerde pour arracher le gagne pain, depuis la déportation de mon époux, nous avons bénéficié d’aucun soutien, aucune aide. Avant nous étions dans la contrainte de louer une maison dans le 6ème arrondissement ; parfois nous n’arrivons pas à payer le loyer à la fin du mois. Cela nous a poussés à faire des économies pour acheter une maison dans ce quartier. Tout ce que je sais que l’Etat ne nous a rien donné comme soutien. Nous entendons  parler des aides par-ci par- la. Sincèrement nous ne savons pas comment les gens procèdent  pour avoir des telles aides», précise Fatimetou Mint Samba la mère de cette famille.             

Pas loin de cette famille, une femme, la cinquantaine, habite seule dans une baraque, ses fils sont allés au village pour la cueillette, son mari était  retourné au Sénégal, après la normalisation des relations en 96 ;  cette famille a bénéficié, néanmoins, d’un terrain car elle était parmi celles qui ont été transférées du quartier de la mosquée marocaine.   

Abboullahi Ould MBarek, chef d’une famille de 11 âmes confirme quant à lui que «la majorité de sa famille travaille pour subvenir à leurs besoins. Deux filles ont pu continuer leurs études, les autres exercent des activités diverses. Lui-même est un ramasseur de coquillages. Ces coquillages rentrent dans la composition des briques de construction.» 

Emahatt Mint Abeidellah, divorcée de son époux déporté et  mère de six enfants, passe son temps à ramasser le blé et le riz disséminés dans les rues à côté du port de l’amitié de Nouakchott. Il s’agit des céréales répandues en petite quantité suite au transfert des cargaisons vers les camions. Parfois, elle arrive à remplir un sac de 50 kilos, après «purification» du sac, elle se trouve avec 10 voire 15 kilos, ce que lui permet de  les vendre aux marchés. 

Une autre divorcée, grâce au commerce de détail, assure a elle seule le fonctionnement de son ménage. Elle a la charge de 3 garçons et une fille. Son commerce lui permet une rente moyenne de 1500 Ouguiyas par jour. Ses fils vont à l’école. Elle est, d’ailleurs, déterminée pour que ses fils continuent leurs études. Elle nous a précisé que depuis 14 ans, la date de son divorce, n’a de soutien que ce commerce de détail, et que son mari ne leur donne rien depuis cette date. 

Toutes ces familles sont  unanimes sur le fait qu’ils n’ont bénéficié d’aucun soutien de l’Etat. Certaines parmi elles ont essayé à l’époque de contacter des structures étatiques de la place, mais elles n’ont reçu aucun écho favorable, aucun soutien, rien que leurs mains et leurs maigres revenus. Pas même la compassion de ces nationalistes qui, aujourd’hui, les utilisent comme prétexte. 

m_barrada@yahoo.fr 

 

Source La Tribune n°361 




Edito de La Tribune Par Mohamed Fall O. Oumère

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Edito de La Tribune Par Mohamed Fall O. Oumère 

 

Nous devrons au 3 août de nous avoir sauvés d’une faillite certaine. Quelques mois encore d’un régime qui refusait de se remettre en cause et la Mauritanie sombrait dans un chao total. Blocage politique et obstruction de tous les horizons. Crise économique et sociale. Dépit. Découragements. Déconfitures. 

Le 3 août est arrivé à un moment où les Mauritaniens avaient désespéré de voir le changement venir. Ils avaient fini par percevoir leurs malheurs comme une fatalité. Plus question pour eux de faire la moindre résistance. Juin 2003, août 2004… deux tentatives qui vont éloigner la perspective de changement par voie pacifique. Juin 2005 est un avertissement qui sera finalement entendu. Car c’est bien là qu’il faut chercher le déclenchement du 3 août. 

Au petit matin de ce 3 août 2005, alors que le Président Ould Taya était en Arabie Saoudite, les Nouakchottois se réveillent au moment où les éléments du BASEP (garde présidentielle) finissent de maîtriser tous les points névralgiques de la ville. Les officiers supérieurs, jugés inconditionnels du pouvoir, sont maîtrisés la veille. Il n’y aura pas de résistance. Pas une goutte de sang. Personne n’avait prévu une telle fin d’un régime qui avait fini par incarner l’immobilisme. Le caractère pacifique de l’opération est le premier heureux acquis du mouvement du 3 août. Nous le devons au fait que le BASEP a été le fer de lance du coup d’Etat. 

Deuxième acquis : l’ouverture de nouvelles perspectives pour le pays. Ce qui a donné tous les espoirs qui ont éclos. Tout redevenait possible. 

Troisième acquis : l’enclenchement d’un processus démocratique qui devait aboutir à des consultations électorales transparentes et dont les résultats sont acceptés par tous. Couronnées par la présidentielle, les consultations ont abouti à la mise en place d’un dispositif assez représentatif de la société mauritanienne. Avec notamment l’échec des partis sectaires et chauvins : aucun parti à vision ‘étroite’ n’a pu avoir accès à l’Assemblée ou à une mairie. Aussi le retour de la vieille garde, symbolisée par le face-à-face du deuxième tour, a-t-il été une expression de l’échec de la classe politique formée dans les écoles idéologiques ‘à pensée unique’. 

Quatrième acquis : cette belle aventure s’est terminée sans nous laisser de ‘héros’. Les ‘symboles’ de l’action ont tergiversé et fini par se refuser d’entrer ‘avec gloire’ par la grande porte de l’Histoire. Même s’ils ont accompli en quelques 19 mois, ce que l’Armée avait promis depuis 28 ans, ils n’en ont pas vraiment tiré profit sur le plan de l’image que le pays gardera d’eux. Les premiers mots du Conseil militaire sont rassurants. Et même exaltants. Mais dans la pratique, les relents d’inertie seront plus forts. Et c’est bien au forceps que la nouvelle configuration est née. Les ‘cadets’ ont dû serrer les dents et les poings pour pousser les plus caciques des poids lourds. 

Le nouveau pouvoir a donc hérité d’une Mauritanie ‘faisable’. Le Gouvernement avait pu, malgré tout, initier des politiques de réformes dont le moindre des résultats a été le retour de la confiance des bailleurs concrétisé par l’annulation de la dette. 

Trois mois après l’installation du nouveau pouvoir, on se rend compte du poids de l’héritage. A peine installés, les nouveaux maîtres font face à une crise multiforme : eau, électricité, sécheresse… De quoi retarder la mise en place des nouvelles institutions et freiner les efforts de changement. De quoi aussi les occuper. Pourtant des chantiers sont lancés dont celui de l’unité nationale et du règlement du passif humanitaire. De façon solennelle, le Président de la République Sidi Ould Cheikh Abdallahi a lancé le processus de règlement de ce lourd passif. Il est vrai que la communication sur la question fait défaut. Comme d’ailleurs elle a manqué au soutien de l’action gouvernementale. 

Les Mauritaniens ont le droit de savoir tout sur des questions qui pèsent lourd sur leur devenir. Ils ont besoin d’en discuter. De trouver ensemble l’objectif commun qui est celui du bonheur. 

Deux ans que Ould Taya est parti. La grande leçon de ce départ est bien celle-là : la fin d’un long règne ne signifie pas forcément la mort de celui-ci. Il faut ici considérer que la ‘mort clinique’ n’est qu’une étape de la vie. En attendant ‘la mort biologique’ qui est, elle, la première phase de la mort. 

 

Source La Tribune n°361 




Tue tête

7082007
Tue tête 

Taisez-vous, les extrémistes 

Par MECHRY O RABANY  

Demandez à un psychanalyste quel est le signe d’un psychotique et celui d’un névrosé. Il va répondre que le psychotique est sûr que 1 plus 1 font 3. Et que le névrosé est certain que 1 plus 1 font 2, mais il ne le supporte pas. 

Demandez à n’importe quel quidam qu’est-ce qui marque un extrémiste maure et un extrémiste négro-africain. Il va vous répondre que l’extrémiste négro, comme tout bon psychotique, est sûr que les siens ont été massacrés, comme des moutons, pas par un régime précis; mais par toute la société maure. L’extrémiste maure est, quant à lui, certain, comme tout bon névrosé, que les négros étaient victimes de ségrégations organisées, qu’ils ont des droits, mais il ne le supporte pas. Le premier voit en Mauritanie sa propriété du fait que ses ancêtres sont les premiers à l’habiter par rapport aux Maures. Le second la résume en une immense terre dans laquelle ses ancêtres ont affloué les négros égarés jadis. L’un croit que les maures n’ont qu’à retourner là où ils étaient avant le VIII siècle. L’autre juge que les négros minoritaires n’ont qu’à avaler la mer ou accepter d’être citoyens de deuxième degré… Comme si c’était une banalité de qualifier la Mauritanie de «ou, ou», ou mauresque ou négro. Tandis qu’elle peut se qualifier de «et, et» et mauresque et négro. 

Coup de malchance, ces extrémistes sont sortis de leurs fourreaux depuis quelques semaines. Depuis que nous avons décidé de résoudre les problèmes humanitaires qu’ils nous ont créés. Ces problèmes qui nous ont coûté cher. Qui nous ont reculés de longues années en arrière. Qui ont déchiré notre tissu social très fin. Nous avons décidé de surmonter les obstacles qu’ils ont mis devant nous. Ils doivent se taire et se calmer. Sous peine de leur faire payer le prix de leurs actes. 

Nous avons décidé la renaissance et la réconciliation de la Mauritanie. La Mauritanie de tous les mauritaniens : les Ould, les Diallo, les Fall, les Bâ, les Kane, les Diagana, les Sy… Celle dont l’histoire s’étend plus loin que ce que l’on croit. A des siècles avant que cette terre désordonnée ne soit une République islamique. Avant que Copolani ne convainque les français de son utilité pour la coloniser. Avant la constitution des Emirats. Avant que tous les Maures ne soient des petits-fils du Prophète (PSL) et de ses compagnons les plus considérables. Avant que cette terre ne soit conquise au nom de l’islam par les Arabes. Avant la naissance de l’Empire de Ghana. De la négritude. Des Byzantins et des Vandales. Avant la Mauritanie césarienne et la Mauritanie tingitane. Avant sa dépendance de Rome. Avant le royaume des tribus berbères…  

Ni vos multiples sorties médiatiques, ni votre habitude de chasser dans les eaux usées, ni vos intoxications inacceptables, ni les cris au danger que vous dégagez, ne suffisent pour nous convaincre de votre discours, Mrs les extrémistes. Les élections devaient être une leçon pour vous : le peuple vous a rejetés en refusant d’élire vos candidats. Ou vous passez sous silence, ou vous vous placez en ghettos. En attendant que la République prenne la fondamentale décision d’interdire et d’incriminer tout propos raciste. Pour vous barrer la route. Vous qui nous avez causé d’énormes dégâts dans le passé. Vous qui voulez marquer cette période cruciale de notre histoire. 

N, O et N catégoriques. Occupez -vous d’autre chose. 

 

 

Source : La Tribune n°361




Analyse d’un discours

7082007
Analyse d’un discours 

L’entretien que le nouveau Président, Monsieur Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi vient d’accorder à
la TVM m’inspire les commentaires suivants que je suggère à ceux qui n’auraient rien de mieux à lire

 

Sur la forme: simplicité et originalité

Sidi, qu’il me permette de l’appeler ainsi pour la circonstance, a utilisé un arabe qui n’est ni le « très officiel » mais très peu littéraire, qu’utilisaient certains de ses prédécesseurs, ni cet autre arabe « de façade », lié à la fonction et que récitent (mal) ceux qui ne l’ont appris que pour les cameras. L’arabe de Sidi était celui de ses concitoyens (exceptés certains Négros-africains), c’est à dire un Hassaniya pure, moderne, qui évite d’emprunter beaucoup d’expressions aux langues étrangères.

Au plan vestimentaire, boubou simple, bleu ciel, qui a coûté plus cher que sa couture, un peu comme celui de la plus part des Mauritaniens qui ne cherchent pas à se faire… distinguer

L’endroit, vaste comme l’horizon de la liberté et d’un vert qui suggère l’hivernage, tranchait également avec les quatre murs, portraits personnels, drapeaux et autres bibliothèques qui auraient constitué l’essentiel du décor dans de pareilles circonstances. Au plan physique, les bras et le visage étaient ouverts, décrispés, accueillants

 

Sur le fond: sincérité et fermeté 

Tout au long de l’entretien, et quelle qu’ait été la complexité ou la sensibilité du thème abordé, Sidi a utilisé un style et un langage simples, un peu feutrés, débarrassés de toute langue de bois. Il cherchait à faire passer un message, à convaincre ses concitoyens, plutôt qu’à les séduire à tous prix.

Les sujets qu’il a abordés sont tous au centre de l’actualité nationale et concernent la vie quotidienne des citoyens.

Il  a donné l’impression de les connaître avec forts détails et les esquisses  des solutions qu’il propose laissent penser qu’il a participé, de façon effective, aux analyses qui ont conduit aux remèdes retenus.

Il n’a pas fait de promesses, ni en termes d’agenda, ni en termes de moyens, qui ne soient compatibles avec les ressources propres de l’Etat, mettant plus l’accent  sur la nécessaire revalorisation des  potentialités économiques du pays et sur davantage de productivité que sur l’aide extérieure

Sur le plan politique, Sidi a voulu rappeler qu’il a de la suite dans les idées, en reprenant les principaux thèmes de sa campagne électorale qu’il suit, à la lettre, et fait traduire dans la réalité au travers du programme et des priorités qu’il a assignés à son  Premier Ministre.

Il déclare traiter l’opposition en partenaire institutionnel et responsable.

Ce qui ne l’empêche pas de lui faire le reproche de pratiquer une certaine forme de rétention de l’information dans la mesures où elle n’aurait transmis à ses bases qu’une partie des informations vitales et de première main qu’il a lui-même communiquées aux responsables des différents partis au cours des entretiens qu’il leur a accordés.

Sur les grandes questions de l’heure, Sidi semble donner priorité à celles qui conditionnent l’unité nationale et principalement, le retour des réfugiés, le passif humanitaire et l’éradication de l’esclavage.

Trois chantiers sur lesquels il appelle à la participation et aux efforts de tous les Mauritaniens, mais dont il souhaite éviter la politisation.

 

Les leçons: une main de fer dans un gant de velours ? 

Sidi semble vouloir effacer l’image de « mou »que certains ont voulu lui coller dés l’annonce de sa candidature. Il s’y est employé en réalité dés le départ, en se présentant comme candidat indépendant et en conseillant aux formations politiques qui lui proposaient leur soutien de confirmer au préalable leur indépendance également.

On peut conclure, avec le recule, que si ces velléités d’indépendance et donc de liberté de manœuvre, étaient dictées  par la ferme volonté d’être le seul maître à bord, elles seraient  aussi révélatrices d’une certaine perception du rôle négatif des « politiques ».

D’ailleurs une certaine frilosité manifestée dans le discours, à l’égard de l’opposition et dans une moindre mesure vis-à-vis de la presse, les deux enfants gâtés de toute démocratie réelle, laisse penser qu’en cas de besoin, Sidi pourrait compter sur ses propres forces.

Et c’est pour conjurer une telle éventualité, qu’il serait vivement conseillé aux deux oppositions, celle du dedans et celle du dehors, d’éviter toute attitude qui serait de nature à provoquer une usure prématurée du…gant.

A bon entendeur salut !

 

 

Soueylemval

Source: La Tribune n°361 

 

 

 

 




Loi de finance rectificative : Chantages ou réelles insuffisances ?

7082007
Loi de finance rectificative : 

Chantages ou réelles insuffisances ? 

Il fallu deux jours de débats intenses pour que les députés se résolvent à voter la loi de finance rectificative pour l’année 2007. Ils étaient  41 députés sur les 95 que compte l’Assemblée Nationale à prendre la parole à la plénière consacrée à l’examen et à l’adoption du projet de loi de finances rectificative pour 2007. Lundi matin aux environs de sept heures du matin, l’assemblée nationale a fini par valider la loi de finance rectificative qui lui a été soumise depuis un mois. Trente cinq députés ont voté pour. Une vingtaine a voté contre. Les autres députés présents se sont abstenus.   

La commission des finances de la chambre basse du parlement a consacré plusieurs semaines à l’examen des contenus d’un texte assez volumineux. 

La plupart des députés ont relevé que le texte était fait de manière très compliqué au point que leur regard on ne peut plus profane ne puisse y percevoir les subterfuges. Toutefois, à la plénière de samedi, qui ne prendra fin que lundi matin, les députés ont reproché au gouvernement d’avoir accordé plus d’importance à l’aspect fonctionnement du budget. Les députés ont proposé des amendements qui comportent entre autres une augmentation pour le fonds régional pour le développement ainsi que pour la recherche scientifique. Tout comme ils ont requis un montant plus important à allouer à l’ANAPEJ ainsi qu’un soutien substantiel aux mahadras et aux partis politiques. D’autres amendements ont porté sur la réduction de la taxe  sur le riz, sur les hydrocarbures. S’il a fallu suspendre la séance du samedi tard dans l’après  pour la reprendre dimanche de treize heures à 15 heures d’abord, puis de 21heures à 4heures du matin avant de soumettre le projet de loi au vote vers 7heures lundi matin, le ministre des finances a pris tout son temps pour répondre aux prises de parole des députés. Certains parmi ceux-ci ont consacré de très longues minutes pour exprimer leur point de vue, non sans quelques échanges entre ‘majorité’ et ‘opposition’ ; du genre querelle de légitimité. 

Les soucis de certains députés ont porté sur le contenu du projet, les amendements proposés par le gouvernement et la Commission des Finances de l’Assemblée nationale ainsi que ceux proposés par certains députés. 

Les amendements qui ont suscité des débats houleux, qui ont même atteint le stade d’échange d’accusations entre les députés de l’opposition et ceux de la majorité présidentielle étaient essentiellement proposés par les députés Kane Hamidou Baba du RFD et   Moustapha Ould Bedr Eddine de l’UFP. 

Les propositions de ces deux députés ont porté sur la nécessité d’introduire de nouveaux chapitres dans le budget, destinés au financement de l’opération du retour des réfugiés mauritaniens, à l’appui à la solution du problème des mauritaniens expulsés du Sénégal et au traitement de l’affaire de la drogue à travers l’institution d’une commission issue de l’Assemblée nationale chargée de cette question. 

Certains députés de la majorité ont qualifié les propositions des deux députés « de propos démagogiques et de machinations », considérant que ce genre de propositions rentre dans le cadre des compétences du gouvernement et non des celles du  parlement. 

Le député Bâ Aliou Ibra, président du groupe des députés indépendants a mis en garde contre l’exploitation du parlement pour « des fins de surenchères politiques et un lieu de démonstration de force ». Il s’est dit surpris de la présentation de ces amendements au cour d’une séance plénière de l’Assemblée nationale au lieu de les proposer pendant les débats de la commission qui ont duré un mois, en présence des deux députés. Le président du groupe des députés indépendants a souligné que l’objectif des commissions parlementaires spécialisées est justement de débattre de toutes les propositions et l’intégration de celles qui sont approuvées au niveau des rapports présentés à l’assemblée générale. Il a évoqué dans ce cadre la réponse du président du comité ministériel chargé du dossier des réfugiés et du passif humanitaire, il y a deux jours devant les députés, qui a précisé que le financement de cette opération ne se pose pas avant 2008. 

Bâ Aliou Ibra a enfin indiqué que l’affaire de la drogue ressort des compétences des appareils exécutif et judiciaire avant d’apprécier le contenu du rapport de la commission des finances de l’Assemblée nationale relatif au projet de loi de finances rectificative 2007, qui reflète la compétence, le sérieux et le dévouement des députés et la conscience qu’ils ont de l’ampleur de leur responsabilité. 

Quant au député Mohamed Jemil Ould Mansour, président du groupe de la réforme et du changement, il  a dit ne pas comprendre pourquoi les politiciens se déchaînent contre leur mission dès lors qu’ils doivent en user en faveur de l’intérêt général. Il  a qualifié les chapitres ouverts dans le budget relatifs à la dépense de biens et services « de dangereux » dans la mesure où ils ouvrent la voie à la mauvaise gestion quand le fonctionnaire ou le responsable de la gestion est mal payé. Déplorant la faible volume des montants alloués aux secteurs sociaux et s’appuyant à titre d’exemple sur le budget des hôpitaux régionaux et sur les ressources de la santé qui ne dépassent pas 588 millions Ouguiyas, il a fait remarquer que le budget de la télévision nationale atteint 538 millions et que  celui des trois institutions officielles de presse dépasse 1 milliard 200 millions UM au moment où la presse indépendante ne bénéficie d’aucun appui. Ce réformateur centriste dont la formation vient d’être reconnu comme parti politique sous le label RNRD, Rassemblement National pour la Reforme le Développement, le député s’est étonné du volume de l’enveloppe financière accordée à l’ambassade de Mauritanie en Israël. Cette enveloppe atteint, selon lui, 75 millions Ouguiyas. Sachant que la moitié seulement de ce montant est allouée à d’autres ambassades dans des pays d’un intérêt capital pour le pays Ould Mansour souvent présenté comme un islamiste modéré a proposé la réduction du budget de l’ambassade de l’entité sioniste pour le chiffrer seulement à 5 millions, juste «de quoi assurer le billet». «Paass», a-t-il dit en hassaniya.   

Concernant les amendements relatifs aux réfugiés mauritaniens au Sénégal et à la drogue, le député a invité ses collègues à les juger à travers l’intérêt général et non à travers l’appartenance politique des députés qui les proposés.  

Le député Mohamed El Moustapha Ould Bedr Eddine de l’AFP a affirmé de son côté que le projet de loi de finances rectificative va dans trois sens pour arriver à un résultat unique : l’appui continu en faveur des riches et la dégradation des conditions de vie des pauvres à travers un libéralisme qu’il a qualifié de « sauvage » entraînant la démission de l’Etat de la plupart de ses responsabilités. 

Il a ajouté que ce projet de loi serre l’étau autour des pauvres et des exclus à travers le poids du prélèvement fiscal consécutif à l’augmentation des taxes sur salaire à 10% par rapport à la loi de finances initiale pour 2007, la dégradation du pouvoir d’achat de ces catégories sous l’effet de la croissance de l’inflation qui a atteint 7% et le mutisme du gouvernement quant aux mesures à prendre dans ce cadre pour stabiliser les prix et protéger les couches vulnérables. Le président du groupe des députés de l’UFP a fait savoir que le projet de loi n’accorde aucune priorité à la lutte contre la pauvreté dont le taux est de l’ordre de 47% des citoyens et qui est considérée dans le discours officiel comme objectif principal de l’action du gouvernement.   Il a souligné que le projet de loi de finances rectificative pour 2007 a été marqué par la persistance de la discrétion autour des informations et données politiques sur lesquelles le gouvernement fonde ses politiques financières. 

Le député Ahmedou Ould Abdel Kader du RFD a apprécié le volume du budget rectificative précisant que sont importance ne résulte pas dans les débats et les commentaires qu’elle a suscités mais plutôt dans sa dépense à 90% aux fins pour lesquelles elle a été mobilisée. 

Le député El Khalil Ould Teyib de l’APP a demandé l’adoption de modalités pratiques et rationnelles pour l’élaboration du budget afin qu’elle soit en mesure de refléter les programmes de développement conçus et exécutés par le gouvernement. Il a insisté sur la nécessité de centrer les efforts sur les secteurs sociaux et d’allouer des montants suffisant pour la création de projets à même de garantir une vie décente aux citoyens. Le député de l’APP a enfin appelé à la suspension des relations avec Israël et attribution de l’enveloppe allouée à l’ambassade de la Mauritanie dans ce pays à des projets sociaux.  

Malgré la longueur, parfois ennuyeuse des débats, le ministre de l’économie et des finances, représentant le gouvernement,  lui, a retenue son ‘auguste’ auditoire ‘en respect’ trois heures d’horloge. Les députés ont écouté dans un silence quasi absolu un ministre des finances dont l’argumentation paraissait avoir pour fonction de convaincre en mettant à bout de nerfs. Il y a au moins quatre jours, les députés ont parlé douze heures durant avec le comité interministériel chargé du dossier des réfugiés. Depuis samedi, ils s’évertuent à comprendre ce que le gouvernement leur a apporté de convaincant dans sa loi de finance rectificative. Tandis que les uns déploraient qu’un bilan de la gestion par les militaires de la transition n’a pas été clairement apporté, les autres se sont indigné qu’il existe encore des ‘fonds spéciaux ou caisse noire à la porté des membres de l’exécutif au moment ou les priorités devaient être dans la prévision des catastrophes et des déficits alimentaires et autres difficultés ayant un impact sur la vie des citoyens. 

Certains députés avaient porté d’autres observations sur le projet de loi et sur les amendements proposés par les différentes parties.
Si par exemple le député Mohamed Mahmoud Ould Ematt, président du groupe des députés RFD a remercié le gouvernement pour sa collaboration « formelle » avec la commission des finances de l’Assemblée nationale ; il n’a pas manqué de souligner que « la raison principale de la rectification du budget initiale est la nouvelle architecture du gouvernement, dont (il) ignore personnellement l’objectif ».  Il a rappelé que malgré la demande parlementaire relative au renforcement des budgets des départements de l’éducation et de la santé, la loi de finances rectificative n’a apporté qu’une légère augmentation du budget respectivement de 5% et 2%. Ceci selon lui ne correspond pas aux préoccupations et aux priorités du gouvernement. De plus, il a relevé que ce qui a été fait au niveau des services de l’eau, de l’électricité et de la sécurité alimentaire  n’ont pas bénéficié de l’attention requise dans la rectification du budget.
Le président du groupe des députés RFD a souligné que la proposition relative à la réduction des taxes sur les produits de première nécessité et son augmentation sur les hydrocarbures n’est pas convenable, car, a-t-il dit, toute hausse des prix des hydrocarbures se répercute directement sur les prix de ces produits. 

On sait en effet que cette loi s’équilibre en recettes et dépenses à 209.227.000.000 ouguiyas. Par rapport au budget initial, on note une augmentation de 5,19%. 

Plusieurs facteurs ont justifié la modification de la loi des finances initiales : les prévisions de recettes sur les ressources pétrolières ont été revues à la baisse en raison de la chute de la production pétrolière du puits Chinguitti ; laquelle baisse est évaluée à 16,4 milliards d’ouguiya. Il y a eu également la refonte de la structure du gouvernent ; sans compter les nouvelles dépenses que vont causer les nouvelles institutions.  

 (Avec AMI

Source: La Tribune n°361 




Déportés : Dénouer l’écheveau.

7082007
 

Déportés : Dénouer l’écheveau. 

Depuis quelques semaines le retour des déportés est à l’ordre du jour. Certains extrémistes crient au scandale en prétextant que des milliers d’étrangers vont en profiter pour s’infiltrer parmi les réfugiés et s’introduire en Mauritanie, un pays de plus en plus perçu comme un eldorado. Comme si ceux qui ont subi l’humiliation de la déportation et qui ont enduré un calvaire indicible pendant 18 ans hors de leur pays étaient légers au point de laisser des intrus compromettre leur retour au pays.

Comme nous l’ont confié quelques déportés que nous avons rencontrés début juillet au camp de Ndioum, la crainte ce n’est pas que des non mauritaniens s’infiltrent dans le groupe des déportés mais que des mauritaniens complètement dégoûtés et découragés, ne choisissent de rester en exil. De sorte que, quelle que soit la volonté affichée des autorités, les candidats au retour seront moins nombreux que les mauritaniens déportés.

Beaucoup d’entre eux ont décidé de rester dans le pays d’accueil ou de tenter leur chance ailleurs ; d’autres se disent que dans l’espace d’une vie, on n’a pas le temps de reconstruire sa vie deux fois. Il faut les comprendre : quand on a lutté pour s’adapter et s’épanouir ailleurs que dans son pays natal, il n’est pas facile après 18 ans de revenir pour se réinsérer, même dans son propre pays. Surtout que depuis l’ouverture de la frontière avec le Sénégal, la plupart des mauritaniens revenus continuent de galérer dans l’indifférence générale. Il est vrai qu’ils étaient revenus en ‘catimini’ à une époque où le régime ne reconnaissait pas avoir déporté qui que ce soit.

Dans tous les cas, aujourd’hui il est question d’un retour organisé. Il faut cependant garder à l’esprit que ce dossier des déportés est comme un écheveau complexe qu’il faut manipuler avec beaucoup de précaution pour en dénouer tous les fils. Déjà, les protagonistes ne s’accordent même pas sur le nombre réel des déportés. Aucun recensement fiable n’est effectué. Beaucoup de nos compatriotes ne se sont pas inscrits à leur arrivée au Sénégal. Certains ont fait la confusion en prenant les cartes destinées aux sénégalais rapatriés dans leur pays. Il y a donc lieu d’aborder la question avec beaucoup de prudence et au besoin d’étudier les questions au cas par cas. Il ne sert à rien de régler une question dans la précipitation. Pendant qu’on y est il est important de veiller à l’indemnisation correcte des victimes mais il faut surtout penser à la réinsertion de nos compatriotes. Surtout les jeunes mauritaniens nés durant l’exil et qui n’ont de leur pays qu’une idée très vague et très négative. Si l’on ne prend pas garde à la réinsertion de ces jeunes, il y a de fortes chances qu’ils aillent à la dérive et choisissent de retourner vers le pays d’accueil qui est aussi pour eux le pays natal. Il ne faut pas non plus oublier ceux nombreux qui revenus depuis quelques années, végètent en Mauritanie même, sans avoir recouvré leurs droits. Dans la vallée, beaucoup de nos compatriotes ‘rapatriés’ en 92, ont encore du mal à retrouver toutes leurs terres de culture…

Il restera ensuite l’épineux problème de la situation des responsabilités. Il est vrai que l’identification des responsables n’est pas une condition sine qua non pour les déportés ; cela reste quand même une revendication importante à laquelle il faut trouver une réponse. Il n’est pas question de soulever des questions qui risquent de compromettre l’unité nationale. Mais il faut dire que toutes les exactions commises à l’époque l’ont été avec la complicité de l’Etat. Soit qu’il les a cautionnées, soit qu’il n’a pas été en mesure de jouer son rôle. Cela revient presque au même. Aujourd’hui ce qu’il faut, c’est que l’Etat (car c’est le même,  même si les hommes à sa tête ont changé) accepte de tout endosser et demande officiellement pardon à ses fils pour ses fils. Le mal est fait. Il ne reste plus qu’à compenser les victimes ou leurs ayant droit. Cette demande officielle de pardon sera plus efficace que l’amnistie unilatérale décidée à l’époque par une chambre ‘mal élue’ et peu représentative de la nation.

 

Djigo Aboubakry 

 

Source : La Tribune n°361 




7082007
NOUADHIBOU 

RETOUR DES REFUGIES:Campagne D’explication 

Le ministre de l’agriculture et de l’élevage, Correra Issagha,  a présidé ce lundi à l’ancienne maison des jeunes de Nouadhibou une réunion de sensibilisation et d’explication sur le retour des réfugiés mauritaniens au Sénègal et au Mali. 

Le ministre a dit  être venu pour expliquer la décision du président de la république de faire retourner les réfugiés, conformément à ses engagements de la campagne présidentielle et lors de son discours du 29 juin 2007. »Cette décision est un acte majeur du chef de l’état pour la consolidation de l’unité nationale » a dit le ministre. 

Selon le ministre cette décision est irréversible :’Nous devons tourner cette douloureuse page’. 

Il a ensuite abordé le dossier du passif humanitaire qui sera réglé sans ouvrir la boite de pandore. »Il n’y aura pas de chasse aux sorcières mais il s’agit de faire en sorte que ce qui s’est passé ne se répète.’ a dit M.Correra. 

Concernant les rapatriés du Sénégal il a dit qu’il s’agit d’un autre dossier qui sera traité au moment opportun. 

Deddoud Ould Abdallahi, conseiller à la présidence, a traduit les propos du ministre en hassaniya, non sans insister sur le fait que seuls ‘ceux dont la mauritanité sera prouvée reviendront.’ 

Le ministre a ajouté que la Mauritanie est un pays pauvre avec 75 % en milieu rural et 45 % en zone urbaine. Donc il faudra se serrer la ceinture. CQFD. 

‘Nous sommes venus recueillir vos suggestions qui seront prises en considération lors des journées de réflexion sur le retour des déportés ‘ conclue le ministre avant de céder la parole à l’assistance. 

Beaucoup d’interventions ont tourné autour des craintes de voir des non mauritaniens profiter du rapatriement pour revenir en Mauritanie. 

La rencontre a vu plusieurs couacs. D’abord la sonorisation était mauvaise et les discours inaudibles. Ensuite la salle était exiguë et il faisait une chaleur. Le protocole n’était pas à la hauteur. Les premiers venus se sont installés aux premiers rangs laissant des imams, des responsables locaux et notables debout. 

Le public n’était pas des mieux indiqués .Les premiers concernés devraient être des personnes ressources capables de toucher le peuple. Enfin l’élément féminin négro mauritanien était quasi absent. Ces femmes sont les principales victimes des événements de 1989 et du passif humanitaire. Beaucoup ont perdu leurs maris et /ou ont vu leurs époux déportés. Nouadhibou est après Nouakchott la ville où il y a eu le plus de bavures. 

Enfin signalons que les paroles du président transmises  par le ministre risquent de ne pas porter plus loin .Dans l’assistance, nombreux sont ceux qui avaient nié l’existence des déportations. Il fallait cibler le public. 

ATHIE YOUSSOUF 

CP/NOUADHIBOU 

 

NOUADHIBOU 

MEURTRE ET SUICIDE A MOUTAVAJIRAT 

Mohamed Mahmoud Ould Mboirik ne savait pas qu’il avait rendez-vous avec la mort ce dimanche matin quand il pénètre dans la baraque de son amante pour emprunter un réchaud à gaz. L’homme né en en 1980 travaille à la mer et faisait la cour à Moiliha épouse de Sid Ahmed Ould Dah berger de chameaux .C’était un secret de polichinelle qu’il était l’amant attitré de Moiliha dont le mari restait des mois sans se manifester. 

Donc ce 5 août à 10 heures Ould Mboirik entre dans la baraque et s’attarde un peu, quand Sid Ahmed, qui le guettait visiblement et  armé d’un fusil Mauser le surprend .Le mari n’hésite pas une seconde et tire à bout portant .Une balle traverse la poitrine de Ould Mboirik et ressort par le dos. L’homme tombe mort sur le coup. Il a apparemment tenté de se défendre .La position des mains l’atteste. La détonation attire les voisins qui accourent .Sid Ahmed arme son fusil et dit ‘Celui qui me suit est mort’ puis s’en va à grandes enjambées. Des hommes le suivent à distance .Il sort du quartier Moutavajirat.Le cadavre de Ould Mboirik est transporté à l’hôpital espagnol. La police arrive sur les lieux du crime et va à la poursuite de l’assassin. Il sera retrouvé prés du cabanon avec une balle dans la tempe. Sid Ahmed se serait suicidé selon la police. 

La femme de Sid Ahmed, sentant la présence de ce dernier, avait quitté la baraque juste avant l’entrée de son amant. 

Sid Ahmed n’avait pas donné signe de vie depuis novembre dernier et était revenu discrètement le samedi soir et avait eu le temps d’épier sa femme et son amant. 

Le meurtre était donc prémédité. L’homme a caché son arme dans les environs et a choisi le moment opportun. 

Le voisinage décrit Moiliha comme une femme sans histoires et serviable. Quand à Ould Mboirik , il est décrit comme un jeune sérieux ‘qui ne s’occupait que de son travail.’ 

Les deux familles des deux hommes sont proches et entretiennent des relations cordiales. 

Les relations coupables entre Ould Mboirik et Moiliha semblent échapper à leurs familles respectives mais les voisins n’en pensent pas moins que Ould Mboirik flirtait avec Moiliha. 

  

ATHIE YOUSSOUF 

CP NOUADHIBOU 

 Source / La Tribune 361

 




La solitude d’un baobab

7082007
La solitude d’un baobab 

 

Je suis un baobab. Je suis né quelque part en Afrique. Mon âge, je ne le connais point ! Ma conscience, je l’ai prise depuis des lustres et des lustres. Aujourd’hui, je suis avachi et par le temps et par l’espace. Je suis seul au fond de nulle part ! Une contrée qu’âme ne foule du pied! Ils l’ont abandonnée, cette contrée frappé depuis de malédiction. Jadis, un paradis qu’ils n’ont su protéger contre les bas instincts et la turpitude humaine ! Une terre où coulaient les ruisseaux dans chaque coin et recoin ! Une terre toute parfumée des exhalaisons généreuses de fleurs et de bonnes herbes ! Une terre où fredonnaient les oiseaux des berceuses qui adoucissaient le sommeil des humains et des bêtes ! Aujourd’hui, seul assené au quotidien par les mauvais coup des sables mouvants, condamné à une solitude éternelle, je pleure, en silence les temps immémoriaux de cette belle cité, ensevelie par le mauvais sort !

 

Pourtant, mon ombre est témoin d’une succession d’enfants qui jouaient ; et  de leurs rires  frivoles, je me souviens encore. Ils ont grandi ici même. Ici, ils sont devenus adultes ! Puis, ils ont enfanté, ici ! Et ici, de lignées en lignées, ils se sont envoûtés de son charme atavique ! De père en fils, ils ont profité de la clémence du ciel et de l’altruisme de la nature ! La récolte des champs était une fête dont l’écho retentissait une année durant ! Leurs bétails venaient paître dans des forêts verdoyantes et leur offraient gracieusement nourriture et sécurité alimentaire. Ils étaient en paix avec la nature et celle-ci était magnanime à leur égard. Mais, ils ont épousé d’autres pratiques ! Leurs esprits étaient altérés par de nouvelles tentations. Ils ont, s’évertuaient-ils, noué de nouvelles relations. Des rapports porteurs d’espoir, se glosaient-ils ! Des ponts érigés vers le monde extérieur ! L’ouverture, disaient-ils ! Ils ont exterminé tous les animaux des savanes et des steppes. Ils ont vendu les ivoires d’éléphants, les cornes des antilopes, les peaux des serpents et des tortues, les plumes des oiseaux… Puis, ils ont abattu tous les arbres et ont vendu leur bois. Et la nature se mit en colère ! Et le ciel arrêta de pleuvoir ! Et la terre se révolta ! Les tempêtes ne transportaient plus que vents de sable, enterrant le peu de végétation qui survivait à la bêtise humaine et le grognement de tonnerres courroucés ! Et la terre qui a tant donné étouffa les échos des liesses festives de la récolte. Leurs bétails, privés des breuvages et pâturages furent décimés. Les populations s’évaporèrent petit à petit. Ils gagnèrent les villes à la quête d’endroits plus charitables. Les plus opiniâtrés du bled  demeuraient stoïquement accroché à cette terre ancestrale vivant de miettes offertes par ces roitelets des nouveaux temps qui ne connaissent point le partage. Les maladies les plus destructrices les frappaient progressivement et la famine acheva leurs jours sous ces dunes blanches où gisent encore leurs ossements. Et les autres pauvres familles que j’ai vues naître, puis grandir s’éparpillèrent dans les bidonvilles. Leurs enfants peuplèrent les rues des grandes villes suppliant les passants de leur donner quelques sous pour subsister. Ainsi, habitent en eux d’autres tentations ! Ils deviennent l’appât des toutes les dérives ! A la croisée des chemins, ils sont tentés par l’adhésion à d’autres tribus cette fois-ci. La précarité de la nouvelle vie les entraîne dans la subversion. Frustrés par les inégalités citadines, ils s’aventurèrent à investir des pays lointains. Des pays, dit-on, où la pauvreté n’est pas une tare. Des pays, où les hommes sont égaux. Ils bravèrent des risques énormes en montant parfois la mer pour se réfugier clandestinement chez des étrangers. Chez ceux-là mêmes, parait-il, qui leur ont appris à massacrer les animaux sauvages ! Ceux-là mêmes qui leur ont fait goûter l’argent du bois ! Ceux-là mêmes qui continuent à soutenir et maintenir aux commandes dans ce pays des satrapes en contrepartie de faveurs commerciales peu orthodoxes ! Un négoce qui a rendu le pays exsangue !  Mais, ceux-là ont déjà payé leur rançon ! Ils seraient insensibles, sans doute, à la désolation de leurs nouveaux hôtes ! Sourds, seraient-ils à leurs détresses ! Les douleurs de ceux parmi eux qui sont restés dans la misère et l’injustice de l’ordre établi du pays ne franchissent guère sa frontière !Au contraire, ils renforceront le contrôle des points de passages ! Ils  feront signer aux sbires de roitelets qui gouvernent cette région des papiers et des papiers interdisant la vertu hospitalière ! Ils ferment les frontières ! Et les parents damnés par la maladie continuent à vivre dans le dénuement pendant que leurs progénitures pataugent dans les pérégrinations sans fin de l’errance !

 

Abdelvetah Ould Mohamed

 

Source La Tribune n°361




Déportés Mauritaniens

7082007
Dans les labyrinthes de l’espoir d’un retour annoncé 

 

 

 

Dr. Abderrahmane NGAIDE* 

 

 

 

«La guerre est finie et, dans le tumulte, je cherche la joie sans la trouver. Je ne rencontre que des êtres au visage grave, au regard blessé. Ebranlés par l’expérience qu’ils viennent de vivre, on dirait qu’ils n’arrivent pas à en saisir les implications. Elle semble se situer au niveau de la légende autant que de l’Histoire. L’accumulation d’angoisse et de colère avant le déchaînement, le renversement des rôles : tout s’est passé trop vite, trop brusquement. Vainqueurs et vaincus auront besoin de temps pour reprendre haleine et aussi pour cerner le sens et la portée de l’événement», Elie Wiesel, citant un extrait d’un carnet de voyage dans son roman : Le mendiant de Jérusalem, Paris, Seuil, 1968, p. 9. 

 

Une victoire sur notre peur commune ? 

 

Depuis quelques semaines le retour des réfugiés mauritaniens basés au Sénégal[1] et au Mali domine l’actualité. Le courage du nouveau régime croise le fer avec la témérité des tenants d’une Mauritanie où l’exclusion doit être instituée comme une règle indépassable de l’intolérance. Mais l’Etat reste le plus fort après tout. Les extrémismes de bas étage ont du chemin humain à parcourir et des idéologies à affiner pour être du monde et participer à la marche de l’intelligence. Le parcours est si long, les héritages extrêmement lourds pour que les sentiments rétrogrades se trémoussent dans le lit moelleux de la reconnaissance d’un tort et les tentatives pour régler de manière intelligente cette gangrène républicaine. Un pas important a été franchi ; et franchement tous les Mauritaniens auraient du, dans un même élan, célébrer cette nouvelle donne qui fait poindre l’espérance comme un horizon à consolider. 

Je dis bien tous les Mauritaniens, d’est en ouest, du nord au sud pour que le nouvel homme fort du pays puisse avoir les coudées franches, réaliser son pari et mettre le pays sur la voie de l’émergence d’un état de droit ; capable de relever les défis d’un monde qui marche vers des horizons si divers et si complexes. Les antiquaires des reliques identitaires et du chauvinisme enfantin doivent nous céder la route et observer cette caravane qui s’achemine vers le point d’eau le plus proche. Ces brigands de notre liberté doivent être socialement alphabétisés pour qu’ils acceptent ce qu’ils savent déjà ; et qu’ils se refusent de reconnaître. En effet, ils savent tout. Ils savent que le monde est métis, qu’aucun homme, aucune communauté, aucune entité si forte soit-elle ne peut marcher toute seule, vivre en autarcie culturelle, économique et sociale. Toutes les sociétés humaines ont emprunté, à un moment ou à un autre, des éléments fondamentaux de leur existence. Ces emprunts ont façonné leur culture, leur comportement et leur vision du monde qui les entoure. 

Donc le retour mérité des réfugiés après tant d’années d’exil doit être chanté et dansé comme une victoire de la société mauritanienne sur ses peurs, ses hésitations et ses errements momentanés. Cette histoire doit être assumée, revalorisée afin qu’elle s’insère dans la trajectoire globale de la société mauritanienne sans exception. Car c’est de notre histoire qu’il s’agit. C’est de notre futur qu’il s’agit. C’est de l’avenir de notre nation qu’il s’agit. C’est de
la Mauritanie qu’il s’agit. Il ne s’agit pas de ces égoïsmes mâtinés à des idéologies importées et qui n’ont pas assez de prégnance chez les humbles citoyens qui cherchent leur pitance quotidienne entre deux saisons de disette. C’est ce défi qu’il faut relever et non servir cette alimentation de l’esprit dont la saveur amère risque de nous perdre à jamais. La seule idéologie et celle qui prime aujourd’hui est de permettre à chaque mauritanien de défier le temps, d’entrer dans le monde de la « modernité » à égale chance avec ses compatriotes du monde entier. La question qui se pose à notre monde ne se décline pas en termes d’appartenance raciale, linguistique ou communautaire, mais en termes du sens de notre vie sur cette terre. Elle se pose comme un versant de notre apport intellectuel pour l’amélioration des conditions de vie de nos compatriotes. Elle se pose en termes d’expertise sociale : comment gérer les différences tout en encourageant l’émergence d’une citoyenneté entière capable de garantir aux individus l’impossibilité de violer leurs choix, leur multiple choix. Voilà ce à quoi doivent conduire les réflexions à faire. Voilà ce à quoi doit conduire la discussion ouverte, courageuse et tolérante. La différence n’a jamais été une fatalité indépassable. Elle me semble être le lit dans lequel se fabrique la tolérance et la mutualisation de nos aspirations les plus profondes. Le monde change et avec lui les hommes. 

 

Je suis mauritanien, c’est aussi simple que ça ! 

 

Ceux qui nient la mauritanité de ces hommes, femmes et enfants qui, malgré eux, se sont retrouvés sur d’autres rives, d’autres rivages, d’autres mondes, doivent avoir à l’esprit qu’ils n’ont pas vécu les souffrances de ces derniers, leurs privations quotidiennes, des années durant. 

Je suis réfugié depuis une vingtaine d’années déjà. Mon identité est réglementée par une convention. Il me faut argumenter et répondre à des critères prédéfinis. Je suis certainement, comme tant d’autres, un réfugié particulier s’il en existe du moins. J’ai vécu dans la profondeur de ma chair, le déchirement, l’écartèlement entre des mondes qui m’acceptent en me rejetant et cela, partout où j’ai pu traîner ma valise identitaire vidée de son contenu. J’étais comme ce paria à la recherche de ma personnalité dans le sens philosophique du terme et non de mon bien-être matériel. Mon bien-être à moi était de me sentir Être Humain à part entière, capable de servir partout ; et non un homme à part, quelque part derrière les remparts de l’insouciance ou de la compassion. Nous avons vécu les premières années de compassion, mais passé ce moment, la lourdeur de notre présence se fit sentir et la compassion céda la place à autre chose que je n’arrive pas encore à comprendre dans mes nuits d’exilé. L’exil doré n’existe nulle part et Maawiya ne me démentira pas. C’est la quête permanente de cette chose si proche et si insaisissable. C’est cette chose immatérielle qui nous ronge. Ce n’est point cette nostalgie, mais ce vide que crée en nous une absence. C’est cette racine qui refuse de mourir. C’est cette transplantation que notre corps rejette. C’est ce long coma duquel on peine à sortir. C’est cette chose inexplicable qui nous ronge nuit et jour. C’est ce long silence méditatif, cette folie permanente qui peuple notre univers presque vide de nous même. C’est le halo vaporeux dans lequel nous baignons. C’est l’exil de la mémoire. Où ? Comment ? Quand ? 

L’exil est une tourmente permanente, une angoisse alimentée du désir de retour. L’exil n’a de sens que quand l’espoir du retour s’annonce. Sans cet espoir, l’exilé restera pris dans les rets d’une folie intérieure. Car à la longue l’exil ressemble à un asile de fou. Désemparé devant l’absurdité de la vie, le réfugié se réfugie derrière tout. Il cherche à se départir de cet habit qui lui colle à la peau comme un stigmate honteux. C’est cela que ceux qui sont restés ne comprennent pas ou ne veulent pas comprendre tellement leur cœur est habité par une haine ou, pour mieux m’exprimer, par la peur que leur inspire l’Autre au point qu’ils s’oublient eux-mêmes et s’abandonnent devant une réalité têtue. Eux, exilés du dedans, tentent toujours de justifier une cause perdue d’avance : leur impuissance devant les forfaits commis, leur défaite devant leur humanité. Ils sont conscients de leurs actes et paroles, mais tiennent toujours à alimenter les rêves identitaires là où ils auraient du taire leur incapacité à se reconnaître dans l’Autre. La question qui est posée est celle du rapport à l’Autre. Cette dimension de leur ontologie qu’ils regardent avec méfiance, pour ne pas dire phobie. Injustifiée peur, qui les tenaille au point que leur esprit les quitte et que les cauchemars envahissent leurs nuits. Longues nuits de complot. Pendant que l’exilé est hanté par le souvenir d’une terre lointaine et proche, eux continuent de nier une existence. Parodie. 

Je suis mauritanien. Je ne souhaite pas le prouver. Et pourquoi ? Je le suis et c’est tout. Je suis mauritanien, né sur cette terre de mes aïeux, sur cette terre de pleurs et de rires, d’amour et de haine, de mort et de sépulture. Je suis mauritanien et c’est aussi simple que cela. Mais il me suffit de le revendiquer pour qu’on y voie un désir d’usurpation d’une identité qui me serait étrangère ? Non je ne suis pas cet étranger. Je ne suis pas cet étrange, même si par ailleurs je suis resté longtemps loin des miens. Je suis ce mauritanien qui refuse d’abdiquer devant ceux qui tentent de m’arracher le souffle qui me fait vivre. Je refuse devant ceux qui tentent, par manque de souvenirs, de me considérer comme un sous-homme. Non je refuse jusqu’à la dernière goutte de mon sang. Je refuse de mourir ailleurs. Ceux qui sont morts en exil m’ont dicté leur douleur. Chaque soir, leur spectre me hante. Leurs âmes survolent
la Mauritanie, c’est pourquoi ceux qui ne veulent pas de mon retour ont peur. Mon âme d’exilé est têtue. Elle le sera tant qu’elle n’a pas encore foulé le sol qui l’a vu se faufiler dans mon corps et me donner cette force vitale qui m’a aidé à survivre dans mon exil. 

 

Itin-errance… : sur le chemin du lendemain… 

 

L’exil est une épreuve, une persévérance, un entêtement pour revoir la mère patrie. C’est pourquoi les autres ont peur. Je suis un entêté. Je suis un réfugié, ayant vécu dans les camps de la misère. Vingt ans ! L’âge de la jeunesse et de l’insouciance ! Je suis un exilé vivant sur les chemins, mon identité en bandoulière. Elle m’accompagne sans m’envahir ni concurrencer celles que je retrouve sur mon chemin. Je suis comme « l’ivrogne dans la brousse » décrit par Amos Tutuola[2]

Je suis ce fardeau lourd et léger à la fois. Je suis le fardeau de la conscience, donc lourd. Je suis le fardeau de l’aide, donc léger car depuis plusieurs années je vis de l’aide. Je me taille une place pour me faire reconnaître. On ne me reconnaît que par mon statut d’exilé, de réfugié, d’apatride et non plus d’homme jouissant d’une nationalité, d’une citoyenneté. Je n’ai droit qu’au silence. La preuve, je vis dans un «camp». Le camp de Ndioum, Dodel, Bakel et autres, distinctifs par la couleur de leurs bâches, bleues ou vertes. Pourtant je forme avec d’autres les habitants de ce qui apparaît comme un gros village, un doublon. Mais non, je vis dans ce que l’on ne nomme pas. Nous avons tous perdu notre identité. Nous sommes recensés, numérotés, nous faisons la queue, recevons des rations par personne, par carré, par famille : des dons de la communauté internationale. Nous vivons de l’aide, de l’aumône internationale. Elle a vite tari. Je dois m’insérer dans le circuit de la survie. J’erre dans le labyrinthe d’un espoir encore inassouvi : le retour. 

Je suis ce «sujet itinérant». Mais mon voyage n’a aucune «destination précise» et «mon chemin ne mène» pas «au lieu désiré». Je ne cesse de répéter avec Achille Mbembe, comme pour me consoler de cette itin-errance  : «Ce qui est important, ce n’est … pas la destination, mais ce que l’on traverse au long du parcours, la série d’expériences dont on est l’acteur et le témoin, et, surtout, la part d’inattendu, ce qui arrive alors que l’on ne s’y attendait point. Il s’agit donc de prêter davantage attention au chemin lui-même et aux itinéraires qu’à la destination. D’où l’importance de la route». 

Ma route fut longue. Elle se déroule encore devant moi. Mais je fais toujours attention au «chemin lui-même». Car sur mon itinéraire d’autres se dressent comme des panneaux de signalisation : arrêt, stop, aire de repos, virage à gauche, à droite, douane, police, gendarmerie, chaussée glissante, verglas, ruisseau, dos d’âne, attention aux animaux, soudain un panneau qui annonce une ville, un village, un hameau. Et tout d’un coup tout devient si étrange pour moi. Je baigne dans le monde tragique de l’étrangeté. C’est mon lot quotidien. Mais comme dirait l’autre «être implique une tension tragique». 

Je pleure. Je suis perdu dans mon propre univers que j’ai quitté nuitamment obligé que j’étais de répondre à une injonction. Je rencontre celui qui, dans sa schizophrénie, m’avait réveillé une nuit de chaleur torride, un mois de ramadan. Il ne me reconnaît plus. J’ai vieilli. Non il n’a plus souvenir de moi. Il m’accueille avec un large sourire. Je me méfie et tente de me soustraire à son regard et d’échapper à ses mains grandement ouvertes. Je titube un peu, comme l’ivrogne dans la brousse. Mais, finalement je tombe dans ses bras le cœur serré comme au moment du départ. Il pleure à présent alors qu’il avait il y a quelques années un visage fermé, un ton sec et un ordre irréversible. «La conscience profonde de la culpabilité rend possible une réconciliation future[3]». 

Aujourd’hui nous tentons ensemble de panser ces plaies béantes. De lire notre histoire commune[4]. Mais quelques caciques cherchent à remuer le couteau pour nous faire saigner encore. Nous vaincrons ensemble [par les vertus de la thérapie de la parole retrouvée] et toujours ensemble, dans nos différences fondatrices de nos retrouvailles, ceux d’entre-nous que la peur continue de régenter. 


La Mauritanie ne se fera qu’avec ces deux identités qui se repoussent. 

 

 

 

Aller au-delà des intérêts particuliers : un retour réfléchi 

 

Mais pendant ce temps, la solidarité devant l’épreuve du retour s’annonce parsemée d’embuches. «Le retour, c’est le deuxième drame de l’exil» disait cette femme chilienne qui avait préféré rester en France alors que son mari était rentré[5]. Oui le retour est aussi une épreuve. L’une des plus lourdes épreuves, même si cela peut paraître paradoxale. En paraphrasant Anne-Marie Gaillard, je dirais avec elle que le retour consacre ou doit consacrer deux choses essentielles et intimement liées : lutter contre le pouvoir [dans le cas mauritanien, je pense qu’aujourd’hui, c’est pour contribuer à l’avènement d’un état de droit] ensuite il sanctifie le recouvrement de la «liberté individuelle» qui signe la défaite cinglante «du régime dictatorial». Anne-Marie distingue quatre types de retour qui peuvent nous aider à comprendre les dynamiques qui sous-tendent la volonté de retour : 

 

-                          Le retour idéologique qu’elle définit comme celui fondé sur la «conviction» que ceci est un droit et un devoir ; 

-                          Le retour stratégique qui découle d’une «planification rationnelle en termes individuelles» qui peut conduire son aspirant vers «une ascension sociale» assurée ; 

-                          Le retour nostalgique, c’est le propre de celui qui s’attache au pays et qui ne recherche aucun intérêt que celui de reprendre contact avec la mère patrie ; 

-                          Le retour pis-aller : retour circonstanciel car le conjoint veut rentrer. 

Ces quatre figures apparaîtront dans le processus de retour des exilés mauritaniens. 

 

Plusieurs intérêts se bousculent aux portillons de ce labyrinthe. Les associations se réveillent de leur longue léthargie, les hommes « épris de paix » surgissent des flancs de la misère et tentent d’arpenter cette colline escarpée et glissante sans faire attention ni penser le sort commun. Alors que le gouvernement a tracé depuis Ely sa feuille de route et ses modalités. Rentrer en rang dispersé serait la pire des choses qui puissent arriver. Le chemin choisi lui ressemble étrangement. Comment arriver à fédérer les différences structurelles et idéologiques des associations afin de neutraliser ces hommes qui veulent se mettre en avant pour leur propre personne et non pour une cause. « La cause du peuple », pour reprendre le titre de l’ouvrage entretien de Mamadou Diop Decroix et El Hadj Kassé, doit triompher sur l’égoïsme et le nombrilisme. Déjà le flot des milliards supposés fait des émules, les projets imaginaires enchantent, les places futures à partager aiguisent les convoitises. Tout cela ressemble à un festin de charognes autour de la dépouille du réfugié. Ici au Sénégal, suivant de près les agitations, je reste sceptique par rapport aux feuilles de route qui seront opposées à celle de l’Etat mauritanien qui est en train de déployer des efforts considérables pour faire de cette volonté exprimée une réalité pour asseoir une véritable réconciliation nationale[6]. Les acteurs des associations doivent trouver un terrain d’entente et prendre au sérieux ce problème qui risque, s’il n’est pas bien géré, de déboucher sur une guerre des tranchées dont personne n’a besoin. Elle a déjà débuté et depuis la première visite de Ely au Sénégal. Pour contrer les éléments qui s’agitent à l’intérieur du pays, comme à l’extérieur et qui souhaitent brouiller les pistes, nous devons leur opposer la réflexion. Nous devons lutter contre ceux qui tentent de réveiller les mouçafirin [les rapatriés mauritaniens du Sénégal] de leur torpeur, installer le doute et alimenter les sillons d’une haine inexistante contre ceux qui ne souhaitent que rentrer chez eux avec toute la dignité qui y sied. Le retour est un grand et vaste programme et doit être organisé au sein des réfugiés eux-mêmes. Un travail de fourmi est nécessaire avec l’aide de spécialistes avertis de la question des déplacés afin de limiter les effets négatifs des «angles d’incohérence» qui dessinent les contours des associations. Une coordination générale s’impose avec l’aide des bonnes volontés et de la société civile sénégalaise expérimentée et qui a toujours soutenu les droits des exilés. 

L’indemnisation est certes importante, mais ce qui doit primer c’est le «devoir de participation nationale».

 

 

Source : La Tribune 361 




* Enseignant-Chercheur au Département d’Histoire de
la FLSH/UCAD [Dakar/Sénégal]. E-mail :
thide62@yahoo.fr. Auteur de
La Mauritanie à l’épreuve du millénaire. Ma foi de « citoyen », Paris, L’Harmattant, 2006, 142 p. 

[1] – NGAIDE, A. 2005 « L’odyssée des réfugiés mauritaniens au Sénégal. Ma rewo ronka nde worgo hodda », in L’Ouest Saharien, Paris, L’Harmattan, vol 5, pp. 29-90. 

[2] Amos Tutuola, L’Ivrogne dans la brousse, Paris, Gallimard [Continents Noirs], 2000 [1952], 128 p. Pour mieux comprendre la portée symbolique de ce roman succulent, lire le texte sublime que lui a consacré Achille Mbembe : « Politiques de vie et violence spéculaire dans la fiction d’Amos Tutuola », in Cahiers d’Etudes africaines, XLIII (4), 172, 2003, pp. 791-826. 

[3] Milan Kundera, Le rideau, Paris, Gallimard, 2005, p. 131. 

[4] NGAIDE, A. 2005 « Se réconcilier, juger ou pardonner ? Les Mauritaniens face à leur histoire », in L’Ouest Saharien, Paris, L’Harmattan, vol 5, pp. 13-28. 

[5] Pour comprendre la lourdeur des dilemmes qui habitent ceux qui ont choisi le retour après plusieurs années d’exil, lire le texte de Anne-Marie Gaillard, « La dimension idéologique dans le retour d’exil. Les Chiliens réfugiés en France », in Véronique Lassailly-Jacob et alii, Déplacés et réfugiés. La mobilité sous contrainte, Paris, IRD/Editions, 1999, pp. 89-107. 

[6] Pour mesurer les exigences qu’imposent le retour lire l’article de François Grunewald, « Retour, réconciliation, réhabilitation, reconstruction. Les quatre ‘’R’’ », in Véronique Lassailly-Jacob et alii, Déplacés et réfugiés. La mobilité sous contrainte, Paris, IRD/Editions, 1999, pp. 409-429. 







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