Les ravages de la bonne foi

31 07 2007

Les ravages de la bonne foi

 

Par Ahmedou Ould Ghallawi

Cadre dans le privé

DG de
la SOMESPA, Nouadhibou

 

Note de La Tribune : Nous avons demandé à plusieurs opérateurs économiques privés de nous faire le bilan des 100 jours du nouveau régime. L’idée était de faire parler une catégorie qui n’a pas souvent le temps de le faire. Le courage a manqué.

Ahmedou Ould Ghallawi a cru que le champ ouvert par la liberté d’expression doit être investi. Le produit est là.

 

Avec l’élection du Président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdellahi, les Mauritaniens ont ouvert une nouvelle page de l’histoire de notre pays. En effet, la réussite du processus électorale a témoigné du haut degré de civisme et de conscience politique de nos citoyens. Enfin, le rêve de l’alternance démocratique au pouvoir devient une réalité dans ces contrées désertiques où les mirages ont depuis longtemps cessé de tromper les Hommes.

Sur le fond, la campagne électorale traita sans complexe de tous les thèmes majeurs de la vie

Nationale, allant de la question de l’esclavage à celle de déportés et du passif humanitaire. Une virginité nouvelle enveloppa l’image du pays lui offrant ainsi une opportunité historique qui ne se répète que très rarement dans la vie d’une nation.

Des nouveaux dirigeants élus, on s’attendait alors à la meilleure exploitation de cette «image-ressource» en vue de relever les défis qui se posaient et d’affirmer avec une nette visibilité un style de gestion qui tranche avec le passé. Mais à la surprise de bons nombres d’observateurs, la dynamique de restauration de l’image subira, dès le lendemain de l’investiture, une avalanche de coups.

La première, et la plus dure, viendra «du Chef de l’opposition démocratique» qui déclara sur toutes les antennes mondiales que l’élection en Mauritanie n’était qu’une mascarade. Ou presque.

Il fut talonné de près par les insistantes affirmations du Premier Ministre sur les déficits budgétaires, qui, même si elles étaient fondées, n’en sont pas moins intempestives.

Quelques jours après, le Directeur Général de
la SMH ne trouva pas mieux que de dire qu’à l’origine les prévisions sur les potentialités pétrolières étaient exagérées.

Il ne manquait plus à ce sombre tableau que l’appel à l’aide international d’urgence, le scandale de la drogue et les pénuries d’eau et… d’électricité pour s’assombrir d’avantage.

Même si d’évidence ces déclarations ne participaient pas d’une action de sape concertée, elles révèlent une mentalité chez nos responsables, mentalité qui n’a que peu compris à l’époque actuelle toute axée sur l’attractivité de l’image des nations ; l’acquis démocratique, la promesse pétrolière, le satisfecit des institutions internationales appartiennent à tous les Mauritaniens et peuvent être considérés comme des actifs qu’aucun dirigeant, même de bonne foi, n’a le droit de remettre en cause. Car dans ces domaines, la bonne foi s’avère parfois ravageuse.

Mais par delà ce constat, quelles sont les pistes de réflexions qu’on peut envisager pour renforcer le nouveau socle Mauritanien ?

Je m’empresserais ici de m’excuser auprès des spécialistes qui comprendront que tous les sujets abordés ci-dessous le seront sous un regard empirique c’est-à-dire celui du bon sens et de l’expérience les plus communs. Toutes choses qui, à mon sens, font cruellement défaut à notre classe dirigeante.

Commençons par ce qui consolide l’image extérieure :

Une réflexion doit être menée à la lumière des transformations du système internationale et de ses nouvelles thématiques. Il faut développer une vision et une analyse qui, tout en intégrant les priorités bilatérales classiques, leur ajoute un rôle dans ce que l’on appelle les «grands enjeux transversaux».

Dans cette optique, l’environnement, thème majeur par excellence, servira à trouver des financements pour lutter contre la désertification et à soutenir le négociateurs Mauritaniens soucieux de limiter l’effort de pêche dans le cadre des accords UE-Mauritanie. L’établissement de contact avec les groupes parlementaires et ONG travaillant dans les domaines de l’écologie sera profitable.

Au plan régional il faut renforcer la spécificité Mauritanienne de double appartenance au Maghreb et à l’Afrique Sud Saharienne.

Les centaines de camions qui traversent
la Mauritanie chaque semaine reliant le Maghreb à l’Afrique Sub-Saharienne créent, à chaque instant de leur passage, des réalités irréversibles qui doivent être étudiées par le département des affaires étrangères.

A une époque donnée, la diplomatie Mauritanienne pouvait se prévaloir d’une certaine expertise dans les affaires régionales, aujourd’hui le développement d’une capacité de propositions serait bénéfique au lieu du statu quo.

Enfin, il est à noter ici qu’il est regrettable pour un pays déclaré minier et presque pétrolier, spécialités éminemment anglo-saxonnes, de surcroît à la recherche de financements internationaux, de fermer simultanément les ambassades de Londres et d’Ottawa.

Aussi, la meilleure façon de restaurer l’image réside-t-elle dans le rétablissement de la santé économique du pays. Mais nous constaterons aussitôt, que les schémas traditionnels recourant aux budgets publics, aux emprunts auprès des institutions internationales ou à l’aide bilatérale pour financer le développement ont montré leurs limites. Et qu’il est impératif désormais d’associer sans hésitation et de manière massive le secteur privé national et international afin de satisfaire le besoin de financements.

Même si, à un moment, l’absence dans le discours d’investiture du Président de
la République les mots ‘investissements’ ou ‘investisseurs’ a alerté certains, la création de la délégation pour la promotion des investissements a dissipé cette crainte. Du moins temporairement.

Au retour de la délégation Présidentielle du Koweit, certains ont remarqué qu’elle était revenue les mains vides, l’on est tenté de dire que c’est au départ qu’elle avait les mains vides. Autrement dit, il faut que les pouvoirs publics établissent une liste de besoins en infrastructures tant pour rattraper les retards du pays et les besoins des populations que pour offrir une plate-forme capable d’attirer l’investissement.

Les choix se portent en général sur des projets qui ont pour vocation de structurer l’espace autant que l’économie d’où leur nom de ‘projets structurants’. Outre le fait qu’ils équipent le pays, ils exercent un effet de levier sur l’économie grâce aux emplois créés, aux revenus fiscaux générés, en plus de leur rentabilité propre. Si bien qu’un lien d’interdépendance est établi entre l’accélération de la croissance, le renforcement de l’investissement et la réalisation des infrastructures.

Un cadre informel de réflexion et de proposition stratégique doit être mis en place le plus tôt possible pour présenter aux investisseurs les grands chantiers prioritaires susceptibles de transformer le pays et de lui assurer un bond en avant. L’aspect informel lui confèrera une plus grande participation car l’efficacité passe aussi par l’ouverture des processus décisionnels à une expertise extérieure à l’administration. Il fournira ainsi à la délégation de la promotion des investissements la matière nécessaire à son  travail de mobilisation des ressources.

L’ancien Ministre de l’Economie et du Plan du gouvernement de transition a de mon point de vue les compétences et surtout l’humilité nécessaires pour diriger ces travaux.

Bien que l’intervention du secteur privé dans les projets est un phénomène général, je citerai ici les exemples de deux pays que je trouve intéressant à plus d’un titre. D’abord parce qu’ils sont nos voisins immédiats, ensuite leurs gouvernants sont dans des logiques de successions politiques, enfin parce que dans certains domaines leurs économies peuvent entrer en concurrence avec la nôtre ; il s’agit du Maroc et du Sénégal.

La recette trouvée par les nouveaux dirigeants de ces pays est le lancement de grands projets d’infrastructures autour desquels on ne rate jamais l’occasion de faire des tapages médiatiques et de fêter des points d’étapes. Car ce sont là aussi les meilleurs moyens pour les nouveaux dirigeants de renforcer leur légitimité et accroître leur popularité. Au Maroc, l’arrivée des capitaux privés internationaux, notamment Arabe, à désinhibé le capital national, un moment grincheux vis-à-vis du nouveau Pouvoir.

Au bonheur de ces pays la liste des investissements est très longue.

Cependant, je retiendrais les deux grands projets construits sur les façades maritimes des ces pays parce qu’ils ont un impact direct sur la nôtre.

Je ne peux ici m’empêcher d’évoquer l’émotion et l’admiration qui m’ont saisi en écoutant l’érudit Mohamed Ould MAOULOUD raconter dans l’émission ‘Regard sur le passé’ comment, à travers un fait à priori banal (retard de livraisons à Kiffa pour raison de grève des cheminots des chemins de fer du Sénégal), il établit un rapport sur la nécessité de s’ouvrir sur la façade maritime. Ce soir-là, l’émission ne mérita pas son nom parce qu’on était en pleine actualité.

Cette nécessité est d’autant plus impérieuse que le port de Dakar vient d’être pris en concession BOT par Dubaï World Port et que le Maroc inaugure ces jours-ci le mega-projet de Tanger-med.

Sachant que les deux grands ports occupent chacun une situation géographique centrale sur les principales routes maritimes on ne peut que constater l’obsolescence des infrastructures portières Mauritaniennes.

L’évolution des transports transocéaniques va encore aggraver la situation : la mise en service de porte-conteneurs géants (méga carriers) concentrera les livraisons et les enlèvements vers un nombre de plus en plus réduits de port d’éclatement ou de transbordement (hubs) dont il ne subsistera sans doute à terme qu’un nombre limité. D’où l’urgence de la construction d’un port selon les standards internationaux afin de pérenniser le branchement du pays sur les flux  transocéaniques.

Par ailleurs, le fonctionnement en vase clos de certains secteurs clés de l’économie nationale ont eu pour conséquence la perte d’opportunités extraordinaires pour le pays.

Le secteur minier est à cet égard emblématique : le manque d’anticipation de ces dirigeants est entrain de lui faire perdre l’occasion de profiter pleinement de la demande actuelle.

Ce sont les besoins en fer de la reconstruction de l’Europe qui ont fait naître
la MIFERMA. Il fallait donc, par la recherche très tôt de partenariat stratégique, profiter au maximum de la bulle sur les marchés du fer de susciter par la croissance Chinoise qui n’est pas éternelle.

Dans moins de trois ans, les Gisements riches (67 %) de Simandou en Guinée Conakry et ceux de
la Falémé au Sénégal commenceront par des quantités d’exportations au moins deux fois supérieures aux nôtres.

Un grand retard a été pris sur le plan technique et on soupçonne aujourd’hui que plusieurs années d’exportations de minerais riches ont été abandonnés sur le site de Tazadite par incapacité d’optimisation de méthodes d’extractions. Il faut compter en plus que sur le plan écologique et de la santé publique, les coûts sont très élevés pour
la Mauritanie.

J’ai concentré ces remarques sur ce qui est considéré comme étant la vitrine du bon management dans notre pays, pour vous épargner le gâchis permanent dans les autres secteurs, notamment des pêches et de l’agriculture.

Il y a quelques années, ce cri du cœur aurait été une vaine tentative de raisonner un régime à bout de souffle, l’espoir est permis aujourd’hui qu’il sera entendu. Le souci étant de participer à cette phase de refondation de l’Etat Mauritanien.

 

AOG

 

Source :

La Tribune N° 360

                       


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