Contre le blanchiment

31 07 2007

Contre le blanchiment : 

Parce que l’argent a une odeur 

 

Du 24 au 27 juillet un séminaire sur la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme a été organisé à Nouakchott  par la Banque Centrale de la Mauritanie en collaboration avec la France. Le thème a été débattu par des opérateurs économiques et financiers, de hauts responsables de banques et d’entreprises financières publiques et privées. Des experts économiques et financiers sont venus de France, de Belgique, d’Algérie, de la Tunisie, du Sénégal ainsi que de la Mauritanie. Ils ont présenté des exposés sur ce thème qui n’inquiète pas seulement la Mauritanie mais également le monde entier. 

L’ouverture officielle était assurée par le Gouverneur de la Banque centrale Ousmane Kane. Pour Kane, le phénomène est devenu « un enjeu mondial et une priorité universelle, du fait de ses conséquences néfastes sur les économies ».

Il rappelle l’adoption, en juillet 2005, d’une loi contre le terrorisme et le blanchiment de l’argent en Mauritanie, la création de la Commission d’Analyse des Informations financières (CANIF). 

 

Des communications et des conférences 

Durant ce séminaire, plusieurs communications et conférences ont été présentées par des experts financiers internationaux. C’est ainsi que M. Brahim Chadli et M. Yves Godiveau ont présenté une communication sous le thème « La problématique globale du blanchiment d’argent et du financement du terrorisme ». M. Benoît De Mullénaére a traité l’aspect de « Les instruments internationaux ». Jean-claude Callede s’est occupé de « les relais régionaux ». Quant à M. Eric Legrand, il s’est occupé de « les conventions internationales ». MM Jean-claude Callede et Benoît De Mullénaére ont co-présenté « le principe de la déclaration de soupçons ». MM. Eric Legrand et Serge Dazin ont co-préparé « le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme ». « Les cellules de renseignements financiers » c’est le thème qu’ont présenté MM. Brhaim Chadli, Mountagha Tall Dioume et Abdoulmejid Amghar. Mme Térésita Dussart a donné une communication sous le thème « Les obligations de vigilance dans l’entreprise ». M. Benoît De Mullénaére a fait une conférence sous le thème « La problématique particulière du financement du terrorisme » et Mme Dussart termine avec « Les nouvelles sources de financement du terrorisme ». 

Compte-rendu : Mechri Ould rabbany 

 

Encadré 

Pluie d’argents ! 

(saharamedia.net) La police belge vient d’annoncer l’arrestation de quelques individus de nationalités belge et hollandaise. Les détenus auraient tenté de transférer une somme de 1,35 million de dollars américains à la Mauritanie. Selon la télévision RTLN, qui a annoncé la nouvelle, cette somme était destinée à des trafiquants de drogues qui vendaient  682 kg de cocaïne à partir de la Mauritanie. Les détenus auraient été arrêtés alors qu’ils cherchaient un moyen de transférer la somme en cash à la Mauritanie. D’autre part, la police belge a annoncé qu’une enquête est ouverte, après avoir détecté la somme de 1 million euros cachée dans un conteneur qui se préparait pour aller de la ville d’Anvers au Belgique à Nouakchott. La somme était cachée dans la cargaison déclarée de friperies que devait amener le conteneur à Nouakchott. Deux belges ont été arrêtés dans le cadre de cette affaire dont  ils seraient les présumés cerveaux. Selon la police, ils travaillaient avec des mafias internationales de trafic de drogues. 

 

Encadré 

La Commission d’Analyse des Informations financières (CANIF) est une institution créée en 2006 à la Banque centrale de la Mauritanie. Elle est dotée de l’autonomie administrative et financière fonctionnelle et est considérée primordiale dans la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme. Elle est dotée d’un Conseil d’orientation présidé par le Gouverneur de la BCM. Ce conseil  comprend douze membres dont un Inspecteur Général d’Etat adjoint et des représentants des différents ministères concernés. 

Bien que l’organigramme de la CANIF attende encore l’approbation de la Banque Mondiale, le lieutenant-colonel Mohamed Mokhtar Ould Aloui est présenté dans les milieux de la presse comme étant son directeur adjoint. Il est choisi pour faire les interventions avec les médias au nom de la CANIF. Nous l’avons rencontré et fait avec lui l’interview suivante :     

  

La Tribune  Un séminaire tenu à Nouakchott, en 2007, sur le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, une CANIF créée en 2006, une Loi relative au blanchiment d’argent et au financement du terrorisme adoptée en 2005, des affaires liées à la drogue et au blanchiment d’argent et dans lesquelles des hommes d’affaires et de hauts responsables seraient mêlés… Peut-on dire que l’argent sale coule à l’excès en Mauritanie ? 

 

Mohamed Mokhtar Ould Alaoui : Vous savez, il n’y a pas un pays dans le monde qui est à l’abri du blanchiment d’argent. Comme il n’y a pas de pays qui est à l’abri du trafic de drogues ou de la criminalité. La Mauritanie fait partie de cette Afrique de l’ouest qui connaît depuis un certain temps des pratiques de blanchiment d’argent. Mais elle est, maintenant, dotée d’un instrument capable de lutter contre ce phénomène. C’est-à-dire la CANIF avec un cadre juridique très important qui sera appliqué après la fin de cette campagne de sensibilisation. Cet outil existe maintenant. Il va commencer sa lutte très bientôt. Et je pense que la Mauritanie va gagner con combat contre le blanchiment d’argent. 

 

LT : Ne croyez-vous pas que si la CANIF avait bien fait son travail, on n’aurait pas vu un avion atterrir à Nouadhibou dans le cadre du trafic de drogue ? 

MMOA: La Mauritanie est un pays très vaste. Sa superficie est deux fois la France. C’est difficile à contrôler comme territoire. Mais je pense que nous allons mettre en place des garde-fous partout sur le territoire national et nous allons essayer d’être plus vigilants. Il s’agit d’une vigilance accrue qu’il faut créer dans l’esprit des populations bien sûr. Mais également dans l’esprit des gardes frontières. Que ce soit les frontières aériennes, terrestres ou maritimes. 

 

LT : Une affaire de blanchiment d’argent est actuellement devant la Justice, sans aucune trace de la CANIF. Quelle est donc l’utilité de cette institution ? Une autre Cour des Comptes ? 

MMOA: La CANIF ne peut pas y avoir de traces. Parce qu’elle vient d’être créée. Sa première apparition depuis qu’elle a été créée est ce séminaire auquel nous venons d’assister et qui s’est déroulé entre le 24 et le 27 juillet. La CANIF est en train de se mettre en place. Elle ne peut pas avoir de traces dans une affaire qui date de quelques mois……. 

 

La Tribune : On parle de la récente affaire dans laquelle Ould Soudani et Sid’Ahmed Ould Taya auraient été impliqués… 

MMOA: C’est Presque avant la mise en place de la CANIF. Là aussi il faut être prudent. Suivre des affaires de trafic de drogues et de blanchiment d’argent, cela demande de temps. Il faut des mois, voire des années, pour pouvoir démanteler des réseaux de trafic de drogue, de blanchiment d’argent ou de financement du terrorisme. La CANIF ne peut pas se mettre en place aujourd’hui et détecter des affaires demain. Il faut lui donner de temps. 

 

La Tribune : Pourquoi la CANIF n’a jamais posé de questions sur ces richesses rapides et ostentatoires ? 

MMOA: C’est une question centrale qu’on a posée et qu’on a débattue ensemble. On a constaté depuis quelques années la prolifération des bureaux d’échange en Mauritanie. Mais plusieurs de ces bureaux échappaient au contrôle de la Banque centrale. Avant 2004 en tout cas. Il y avaient des fonds qui viennent de je ne sais où et qui sont recyclés dans l’économie nationale. A partir de 2004, il y a une loi qui exige aux banques de rendre compte de tout mouvement de fonds, soit qui passent entre les bureaux soit qui viennent dans les bureaux d’échange. En tous cas, les bureaux d’échanges sont devenus assujettis de la Banque centrale de Mauritanie. 

 

 

La Tribune : Pouvez-vous nous parler un peu des déclarations de soupçons que la CANIF aurait reçues depuis sa mise en place ? 

MMA : Là c’est très tôt. La déclaration de soupçon est très importante. Elle est, d’ailleurs, le vif du dispositif de la CANIF. Mais on ne peut pas créer aujourd’hui la CANIF et recevoir demain des déclarations de soupçon. Il faut attendre la fin de cette campagne de sensibilisation, dont le début était d’ailleurs de sensibiliser les directeurs des sociétés et des banques et toutes les parties concernées. Il faut attendre la fin de cette campagne pour savoir quel est son impact. Pour voir si les gens ont été bien sensibilisés. Ceci nous le saurons à partir des déclarations de soupçon que nous pourrons recevoir à la CANIF. 

 

La Tribune : Le terrorisme a frappé la Mauritanie en 2005, à partir de Lemghayti. Vite, on a accusé le GSPC qui se ravitaillerait à partir de la Mauritanie. Avez-vous, à la CANIF, des informations sur le financement de ce fléau à partir de notre territoire ? 

 

MMOA : En 2005 c’est loin encore de la création de la CANIF. C’était un évènement antérieur à la création de la CANIF…. 

La Tribune : … Mais vous n’avez pas des chiffres ? 

 

MMOA: On n’a pas encore des chiffres. Parce que nous venons d’être créés. Il nous faut, comme je le disais, de temps pour démanteler des réseaux. De temps pour que les gens soient convaincus de la nécessité des déclarations de soupçon. Pour atteindre cela, il nous faut de temps. 

 

Propos recueillis par : Mechri Ould Rabbany 

 

 


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