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Les Echos Par Mohamed Fouad Barrada

24072007

Le stress, le suicide, la famille et la confiance…

Comment peut-on profiter de la vie sans pour autant négliger le côté spirituel ? Certains me diront commence ta journée par une prière et termine la par une autre, sois en paix avec toi et ainsi va la vie, il y aura toujours le stress, il y aura toujours des gens qui dérangent. Comment peut-on alors éviter le stress ? Exploitons-le. Arguments scientifiques : évitez la constipation (elle rend les gens nerveux, scientifiquement prouvé), commencez la journée par un verre d’eau et mangez des chocolats (le chocolat agit sur le cœur en luttant contre le stress), l’eau atténue la constipation (n’oubliez pas de brosser vos dents) n’évitez pas de déverser vos larmes en cas de besoin (une telle pratique rend les cellules plus actives en provocant leur rajeunissement). En fait, ne dissimulez pas vos émotions si quelqu’un les utilisent contre vous, il faut chercher la faille dans la délicatesse du comportement humain. Un tel comportement n’est pas si facile dans des pays comme le nôtre. Notre société a son propre code, elle a également ses spécificités, ses exigences. Il semblerait, par ailleurs, que certains Imams ont été exposés à un déséquilibre psychique les poussant à favoriser le suicide. Mais ces derniers après avoir sollicité un retour à l’état normal, ont renoncé à une telle pratique. D’autres simples citoyens moins chanceux se sont suicidés. Ils avaient juste un déséquilibre psychique aggravé par le regard social. (Ces cas restent heureusement rares chez nous). Essayons d’être modérés. La fragilité peut dans certaines circonstances être transformées en force. Prenons, cependant, le cas d’une jeune fille possessive avec qui je correspondais. Celle-ci m’avait informé implicitement qu’elle cherchait le bonheur à travers une relation amoureuse qui se termine par un mariage. Elle a fini par m’avouer qu’elle a trouvé l’homme de sa vie. Son futur époux sera-t-il parmi cette catégorie d’hommes qui visent d’autres femmes et qui courent toujours derrière la recherche de la stabilité. Interprétation de fait : la domination des femmes, le côté mécanique de la relation, le désir entre autres ne permettent pas la pérennité conjugale. Les charges financières en sont une explication du dysfonctionnement au sein de certains foyers. Ces charges peuvent surpasser la petite cellule familiale. Elles se manifestent à travers les besoins de la femme, de sa famille, de sa tribu, de ses amis, etc. Répercussions sociales : un fort taux de divorce, des enfants mal encadrés, des détournements de fonds publics, des vols et une crise de confiance. En effet, l’amour tel qu’il est ne reflète pas une conception originale du bonheur, car celui-ci réside dans l’harmonie cœur -esprit sous l’égide de la vérité. De quelle vérité s’agit-il ? Laissons la question ouverte. Pour maîtriser l’immaîtrisable, c’est-à-dire le stress la formule se trouve dans des formes d’équilibre plus au moins acceptables. La prière est un régulateur indispensable dans notre religion. Mais l’équilibre qui échappe malheureusement à beaucoup d’entre nous, réside dans le fait d’aimer à soi- même ce que nous aimons aux autres. C’est ainsi qu’on trouve le cœur de la religion (la paix avec soi même et la prospérité sociale). Supposons, dans un autre côté, que la femme est le centre de la relation humaine. Car elle est la mère, la sœur et l’épouse. Cette mère exerce dès la première enfance une influence incontestable sur l’avenir de son enfant. Ainsi, dans une dimension plus large forme-t-elle un élément incontestable constructif ou destructif agissant sur la cellule familiale, voire la société toute entière. Comme que l’expérience humaine est partagée par d’autres êtres humains par un consensus, nous pouvons mettre en exergue l’expérience de la journaliste américaine Amy Sutherland. Celle-ci s’inspirait des dresseurs des animaux pour résoudre ses problèmes conjugaux. Elle résumait sa méthode dans un article publié dans la rubrique Moderne Love du New York Times : « la leçon centrale que j’ai apprise de ces dresseurs est que je dois récompenser les comportements qui me plaisaient et ignorer ceux que je n’aime pas (…) Avec scott, mon mari, je me suis mise à le féliciter systématiquement pour chacun de ses effort (…) Je ne connais pas un seul homme que cela froisse d’être comparé à un tigre. Ce que nous apprennent ces dresseurs c’est qu’il ne faut jamais dominer mais accompagner. Flatter, récompenser, cajoler », explique t-elle. Chez une catégorie de la société mauritanienne, c’est un peu le contraire, il faut les abattre (les hommes excusez moi les animaux) une fois furieux la conséquence peut s’avérer dans certaines mesures graves. En principe, l’Homme, c’est-à-dire les êtres humains s’organisent par une interactivité guidée par la confiance. Celle-ci est indispensable pour toute éducation. Partant, et comme le disait l’Imam Ali, l’homme sincère est gagnant sur plusieurs plans.




Edito de La Tribune

24072007

Edito de

La Tribune Par Mohamed Fall O.  Oumère

 

 Des morceaux de Mauritanie. C’est ce que retrouve le voyageur peu pressé. Celui qui sait perdre le temps dans les rues de N’Darr, nom local de Saint-Louis. Celui qui parle aux gens, furtifs compagnons d’un moment sur les routes qui mènent à l’un ou l’autre côté de
la Vallée ‘sénégalaise’. 

Dans le cimetière de N’Dar, gît entre autres noms illustres, Lemhaba Ould Taleb Imigine. Un érudit du milieu du 20ème siècle dont le portrait est fait dans le magnifique écrit de Gabriel Ferral (ma demeure fut l’horizon). Ouvrage où cet administrateur colonial raconte son aventure mauritanienne. Quelque part sur cette petite côte est née l’idée de la Mauritanie moderne. C’est ici que l’espace qui deviendra la Mauritanie, s’ouvrira à la modernité venue du sud. La rencontre entre des mondes qui sauront se compléter au lieu de s’affronter. Pour s’enrichir les uns les autres. 

D’Occident, viendront tous les marchands, métisses, européens, d’Orient viendront les syro-libanais (shwam), de l’hinterland viendront Bidhânes et négro-africains. C’est cette culture qui donnera ‘Ould Ebnou el Moghdad’, personnage mythique de tout l’espace maure malgré son appartenance Wolof et Toucouleur. Doudou Seck deviendra Ould Ebnou el Moghdad et sera ce poète émérite dont les poèmes sont repris pour meubler les nuits ‘blanches’ dans ce désert fait de poésie et de romanes jamais racontées. C’est bien lui l’auteur de : 

‘yakta’ biik nta yashaytâne/madhâlak ‘ayidli wahla 

Shiddawr ivshaybâni sudân/mâyitmallak zaghba kahla’ 

(soit maudit toi Satan/depuis le temps où tu me pièges 

Que veux-tu de ce vieux soudanais/qui n’a plus un cheveu noir’ 

C’est bien dans cette vieille bâtisse, aujourd’hui en ruine, que le même Ould Ebnou el Moghdad, avait l’habitude de recevoir princes, dignitaires et simples gens venus du fonds de la Mauritanie. C’est ici que des joutes poétiques l’opposeront aux Emirs Abderrahmane Ould Soueid’Ahmed, Sid’Ahmed Ould Ahmed Aïda, Ahmed Salem I… C’est ici qu’il recueillera les actes de sa ‘sacralisation’ par tout un peuple. 

‘Saalt ehl Mohamd Lehbib’ n’existe plus. Tout l’espace ‘mauritanien’ de Saint-Louis est tombé dans l’oubli. Pourtant dans les couloirs des hôtels, il y a toujours un rebus de cette Mauritanie. Ici des photos accrochées : celle de Mohamd Lehbib, Emir du Trarza et de sa femme Djiombet, reine du Walo, celle des princesses, des marabouts, commerçants, artisans… Des photos de l’époque qui donnent idée de la forte présence d’antan. 

Sur la route vers Dodel, on est frappé par la présence de l’Arabe. Sur les pancartes. Après tout c’est la langue de l’Islam et c’est bien cette religion qui unit tout la région. 

‘El Qouds Cherif’, c’est le nom d’un village. Bâti sur le lieu où un vénérable chef religieux mauritanien a trouvé la mort. 

Quand on arrive à Dagana, ma première préoccupation est de retrouver la tombe de Mohamed Ould Ebnou Ould Hmeida, génie du début du siècle dernier. Personne ne ait où elle est. Quand il est mort en 1952, il faisait nuit. Ceux qui ont participé à l’enterrement ne sont plus. Personne ne s’est occupé depuis de cette tombe. Pas même la trentaine de ministres de la culture qui se sont succédés depuis l’indépendance. Pourtant ils n’avaient rien à faire. 

Elimane Bocar, El Haj Oumar, Samba Guéladiogui, Koli Tengalla, Ba Bocar Ciré… les noms sont les mêmes… L’Histoire est la même. Le rayonnement de part et d’autre de la frontière. L’empreinte. La présence du souvenir. 

Qu’avons-nous fait de ces siècles de rêveries communes ? Qu’avons-nous fait de cet enracinement séculaire ? de cette richesse intarissable ? L’a-t-on dilapidée en quelques jours ? Comment a-t-on pu faire ? Comment a-t-on laissé faire ? 

Décidément, ils sont tristes, ces jours d’avril 1989. Nous sommes malheureux pour devoir regarder l’Histoire se faire recouvrir inexorablement d’un linceul de sable, et voir coupé le cordon ombilical qui nourrissait de sa sève nos corps chétifs. 

 


La Tribune n°359 




Tue-tête

24072007

 Par Mechry O Rabany

C’est la sécheresse, allons à l’Est !!! 

  

L’autre jour, j’étais au carrefour de la Polyclinique. Je n’avais pas grand-chose à faire chez moi. Depuis que j’ai atteint mon objectif de devenir l’Elu des miens. Je devais me déplacer. Juste pour sortir de l’abri dans lequel je suis mis. Par une force invisible. 

Juste pour faire de la stimulation à mes os. Mais où m’oriente-je ? 

Parce que je suis ‘beydani’, je ne dois pas m’orienter au sud. Ni à l’ouest. Là-bas, l’accessible est plus facile aux ‘likwars’. N’étant pas descendant d’une tribu très considérable, je ne dois pas penser à m’orienter au nord. Je m’oriente donc à l’Est. A défaut d’un cinquième point cardinal. Je m’oriente à l’est. Comme tout bon ‘beydani’. Bien que ce ne soit pas l’hivernage. Là-bas à l’Est. Mais… 

Je me trouve confronté à un sérieux problème. Un vrai gâchis. C’est que je n’avais que quelques bakchichs. De petites pièces que m’ont laissées, généreusement, ceux qui m’ont déposé, généreusement, là où je suis. D’ailleurs, chapeau pour eux. Ceux qui m’ont déposé ici. De m’avoir laissé quelques bakchichs. Ils pouvaient quand même ne rien me laisser. Sans qu’une bique ne s’en prenne les cornes avec une autre… 

Avec des bakchichs je dois voyager. A l’est. Chez les galants. J’arrête un bus. Il passe à une vitesse supérieure. J’arrête un taxi. Je lui indique la direction de Dar Naïm. Le chauffeur me dit qu’il n’est pas certain que je puisse aller là-bas. C’est un long chemin qui mène là-bas. Les virages sont nombreux. Et je ne suis pas sûr que vous puissiez physiquement supporter tout cela. Et pour un ‘zawi’ de troisième âge, prier la prière du vendredi et être austère ne suffisent pas pour accéder à Dar Naïm. J’avale péniblement le morceau. Je décide, comme mon aller à Dar Naïm est inutile, d’aller à Riyad. J’arrête un taxi clando. Je lui indique ma destination. Le taximan hoche la tête de gauche à droite et vice-versa. Ton genre de personne, dit le mec, ne doit pas se déplacer qu’à la Mecque. Et il a pris la poudre d’escampette. Pourtant, me dis-je, il a raison. Je stoppe un autre taxi clando. Je vais, lui dis-je, à Arafat. Tout sauf Arafat, me répond-t-il. Qui te voit, ajoute-t-il, aussi épuisé, ne peut pas te laisser aller à Arafat. Je décide de ne plus stopper qu’un taxi en règle et « en uniforme ». J’arrête le taxi d’un négro. Je vais, lui dis-je, à l’hôpital Cheikh Zayed. A l’hôpital, dit-il, d’accord. Mais à Cheikh Zayed, je n’ose pas. Et puis le plus facile dans la vie, ajoute-t-il, c’est d’aller à Cheikh Zayed. Et il éclate de rire. 

Je traînais au carrefour. Ne sachant pas à quel saint se vouer. Et j’ai pris, finalement, la décision. J’arrête un taxi. Je monte. Peu importe qu’il aille à Toujounine ou plus loin. Tu vas où ? me demande le taximan qui parait plus retenu que les autres. Je pointe les doigts, lui indiquant que je vais tout droit. Sur la route de l’espoir ? demande-t-il. Oui, réponds-je. Exactement. Sur la route de l’espoir. 

Nous courrons. Courrons. Courrons… et je ne t’ai rien dit de cela. Et brusquement je me vois à Koweït city. C’est là-bas que je me reconnais. C’est là-bas que je me redécouvre. 

Que mes petits bakchichs se transforment en dollars. Amen. 

 




De A à Z Par Tabane

24072007

 

 

M comme Montre. M comme Maire ; Qu’est-ce qu’une montre  a à voir avec un maire ? Rien du tout, penseront certains. Mais c’est bien parce qu’ils ne font pas preuve de beaucoup d’imagination en matière d’association d’idées. Par association d’idées on peut facilement concilier tout ce qu’on veut : un maire et une charrette, un maire à la mer –sans qu’il soit question de jeter les maires inutiles à la mer -, un maire et une montre. Au fait une montre qu’est-ce que c’est ? C’est un petit machin qui donne l’heure. Les Suisses sont spécialistes dans la fabrication de ces objets. La montre c’est le petit frère de l’horloge et de la pendule. C’est la même famille en tout cas. Notre montre d’aujourd’hui est le prétexte pour signaler autre chose.

A Nouakchott comme dans toutes les villes de Mauritanie, j’ai remarqué qu’il n’y a pas d’horloges. Quand vous êtes en ville impossible de savoir l’heure si vous n’avez pas de montre avec vous. Aucune horloge sur la façade d’aucun édifice. On aurait pu nous placer une horloge géante sur la façade est de l’un des minarets de la mosquée saoudienne par exemple. Une autre sur l’immeuble de la BMCI, et une autre à l’immeuble Khaïma.

Il y a tellement d’endroits qui peuvent accueillir des horloges géantes qui indiqueraient l’heure aux passants, aux promeneurs, au touristes, aux mendiants et autres enfants de la rue. Cela permettra à chacun de savoir – à toute heure – quelle heure il est. Et avec ça, il y aura peut-être moins de retard.

Mais le maire dans tout ça ? C’est justement lui qui devait prendre en charge tout ça. Il devait constituer un ‘parc’ d’horloges municipales qui sera confié à un employé qualifié. Dans la plupart des grandes villes d’Europe comme à Paris, on trouve des horloges presque partout. Et il y a des gens qui s’en occupent. Parce que les horloges, il ne faut pas les laisser seules, il faut les entretenir, les démonter de temps à autre, les remonter, les nettoyer, les régler…

M. Le Maire, mettez nous des horloges géantes sur les façades des édifices publics. En commençant par la CUN et les communes d’arrondissements.

Source /
La Tribune




Coup de plume

24072007

Pourquoi pas une fatwa ?

Par Kissima Diagana 

 

Il est difficile, voire impossible de débarrasser une société de ses coutumes rétrogrades… 

L’islam, lui-même, a ménagé les arabes  sur beaucoup de pratiques qui prévalaient dans la « jahiliyya » ou période antéislamique. L’esclavage en fait partie. Sa prise en charge par les textes sacrés quant aux questions juridiques donne un prétexte à ceux qui tiennent encore à perpétuer pareille ignominie… 

Non seulement, ceux-ci s’emploient à récuser que l’esclavage existe, mais en privé ils dégainent des arguments tirés du texte sacré pour banaliser le caractère inhumain de la pratique. Il s’en trouve qui disent que n’est esclave que le prisonnier de guerre qui ne s’est pas converti à l’islam. Curieux argument, alors ! 

La « kaffara », qui est un moyen de se laver de certaines fautes commises, prévoit pour le pécheur musulman d’accorder la liberté à un esclave encore faut-il qu’il en dispose. C’est la fameuse « tahrirou raqaba »…et c’est le premier degré d’expiation de certains péchés. Les degrés suivants sont le jeûne de deux mois successifs ou la nourriture de soixante miséreux… 

L’héritage, tel que prévu par la loi islamique, du moins tel que pratiqué dans les communautés musulmanes, inscrit l’esclave dans les biens légués. Sans compter que la période de viduité qu’une femme ‘esclave’ observe après le décès de son conjoint est deux fois moins longue que celle observée par une femme ‘noble’ se trouvant dans une situation similaire…Histoire, prétexte-t-on, de permettre à la pauvre esclave de retourner au service de ‘ses propriétaires’… 

Dans la loi de talion également, on trouve des conditions d’équivalence sociales…On ne parle pas du sacrilège qui entoure le type de relations que doivent entretenir les hommes et les femmes musulmans. Qu’en est-il du reste du type de relations intimes qu’un maître peut avoir avec une esclave (concubinage licite!) ou la fameuse « milkoul yamiin » ? 

Il y a donc autant d’écueils qui se dressent devant les acteurs de la législations et pour lesquels ils ont intérêt à interpeller les dépositaires de la science islamique, c’est à dire les ulémas. 

Aujourd’hui, Sos-esclaves cherche à convaincre les parlementaires que le projet de loi sur l’esclavage doit tenir de certains amendements qu’il a apportés. Son combat sera difficile encore une fois. Mais encore faut-il qu’il parvienne à faire adhérer au souci d’équité une majorité de sénateurs et de députés. 

A voir les réticences des uns et des autres ainsi que l’absence de certains membres de la commission parlementaire qui doit examiner à l’assemblée le projet de loi sur l’esclavage, on peut avoir une idée de ce qui risque d’arriver…La loi sera certes un acquis, puisque ayant de fortes chances d’être adoptée. Mais de la à ce que les amendements d’une structure externe au parlement soient défendus devant une nébuleuse de députés pas forcéments convaincus de l’opportunité d’une telle loi, il y a un grand pas qu’il faut franchir. Si ce n’est la mer à traverser. 

Alors, ce dont nous avons besoin, aujourd’hui, c’est une fatwa courageuse qui débarrasse tous les mauritaniens du complexe de l’esclavagisme. La constitution et toutes les lois qui passeront devant le parlement resteront impuissantes à protéger les esclaves… et même beaucoup d’autres victimes de pratiques discriminatoires… 

kissimousman@yahoo.fr 

 

 




Boubacar Ould Messaoud, président de SOS-Esclaves, à La Tribune

24072007

Boubacar Ould Messaoud, président de SOS-Esclaves, à La Tribune :

«Pour lutter efficacement contre la persistance de pratiques de l’esclavage et ses séquelles cette loi a manqué jusqu’ici à l’arsenal juridique du pays»

 

 

La Tribune : Une Loi sur la criminalisation de l’esclavage passe bientôt devant le parlement. Considérez-vous que c’est le couronnement d’un combat ?

Boubacar Ould Messaoud : Une Loi criminalisant l’esclavage revêt une importance capitale dans la lutte contre la persistance de pratiques esclavagistes. Encore faut- il qu’elle soit opérationnelle pour rompre avec les actes qui l’ont précédée telle que l’ordonnance d’abolition du 9 novembre 1981 qui est restée jusqu’ici lettre morte. Pour lutter efficacement contre la persistance de pratiques de l’esclavage et ses séquelles cette loi a manqué jusqu’ici à l’arsenal juridique du pays. Les antiesclavagistes mauritaniens à travers les partis politiques,  les organisations de la société civile et les personnalités indépendantes demandent une loi caractérisant et criminalisant l’esclavage depuis plusieurs décennies. Une Loi, même la meilleure du monde, ne suffit pas pour éradiquer un phénomène de société dont les origines remontent à la nuit des temps. Elle requiert des mesures d’accompagnement aptes à promouvoir les victimes du phénomène et à instaurer la justice sociale. Ceci dit la loi est un acte majeur incontournable et en ce sens c’est pour moi un couronnement.

 

La Tribune : Que rapprochez-vous à ce projet ?

Boubacar Ould Messaoud : Je trouve dans ce projet de loi du gouvernement a beaucoup de lacunes. L’exposé des motifs ne mentionne pas les autres pratiques analogues à l’esclavage. Son titre devrait être libellé comme suit : «Projet de loi portant incrimination et réprimant l’esclavage et les pratiques analogues à l’esclavage.»

En fait
la Mauritanie est débitrice d’obligations positives d’application de deux conventions relatives à l’esclavage, celle de 1926 et celle de 1956. Elles contiennent respectivement les qualifications de l’esclavage et des pratiques analogues à l’esclavage ; L’absence de référence à la religion Islamique est dommageable car elle aurait armé, ou du moins réconforté les militants anti-esclavagistes ; aidé psychologiquement les victimes à se promouvoir et les maîtres à se conformer à la loi.

L’absence de renvoi aux expériences des autres Etats, à la charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples, à

la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme est également regrettable. C’est pour tout cela que des modifications substantielles de «l’exposé de motifs» sont requises.

Concernant les dispositions de la loi, pour éviter toute ambiguïté dans l’interprétation l’article 2 doit reprendre les termes exacts de la convention de 1926 relatives à l’esclavage : «L’esclavage est l’état ou condition d’un individu sur lequel s’exercent les attributs du droit de propriété ou certains d’entre eux». Il faudrait y ajouter les dispositions prévues dans la convention supplémentaire de 1956.

L’esclavage est un crime contre l’humanité et ne pourrait en aucune manière être considéré comme un délit. L’intitule de chapitre 2 devrait être rédigé ainsi : «Chapitre deuxième : Du crime d’esclavage et des délits commis à l’encontre des victimes des pratiques esclavagistes».

Au niveau de l’article 3, il serait juste que la discrimination soit considérée sous toutes les formes quelles qu’en soient les victimes. A l’article 4. Les peines prévues pour cet article sont moins sévères que celles prévues par le code pénal pour des infractions moins graves que l’esclavage et les pratiques analogues à l’esclavage qui sont pourtant constitutifs de crimes contre l’humanité. Cet article n’invoque ni la complicité, ni la récidive. Et la tentative y est punie de la moitié de la peine applicable à l’infraction commise.

Dans l’intitulé «Section deuxième : Des délits d’esclavage», la création de «délits d’esclavage» va a l’encontre des obligations de
la Mauritanie en vertu des conventions internationales qu’elle a ratifiées en la matière et qui, toutes, définissent l’esclavage comme un crime.

Un nouvel intitulé doit être attribué à la section 2. Soit : «Section deuxième : Des délits commis à l’encontre des personnes  victimes d’esclavage». A l’article 5, la notion de «prétendu» esclave est grave de conséquence. Elle constitue une négation de la qualité de victime. Il ne s’agit aucunement d’une qualification juridique. Et d’ailleurs le terme «prétendu» n’est à aucun moment utilisé dans le code pénal pour qualifier les victimes.

La qualification de «prétendu victimes» n’aurait jamais été adoptée dans ce code. Cette qualification sous-entend une inversion de la charge de la preuve en ce qu’il appartiendrait à la victime de prouver sa qualité.

La qualification de «prétendu» doit être supprimée et remplacée par «victimes de l’esclavage ou de pratiques analogue à l’esclavage». Ceci est valable pour tous les articles qui utilisent cette qualification.

Cette observation étant valable pour tous les articles qui utilisent cette qualification, au niveau de l’article 7, priver un enfant de l’accès à l’éducation ne doit pas être incriminé de la même manière que l’enlèvement d’un enfant : ces deux faits doivent être incriminés de manière distincte l’un de l’autre.

A l’article 9, relativement au mariage forcé, en se référent aux dispositions du Code du statut personnel, en l’absence du consentement le mariage est nul. Toutes relations sexuelles dans le cadre d’un tel mariage doivent être punies de la même manière que le viol.

En ce qui concerne l’article 15 le fait de pouvoir dénoncer les pratiques esclavagistes et d’assister les victimes ne répond pas à la demande des organisations de défense des droits  de l’Homme puisque ce sont des activités qu’elles exerçaient déjà. En revanche, il est indispensable que nos associations puissent se constituer  parties civiles et assister les victimes devant la justice.

 


La Tribune : «Séquelles», «Pratiques», cette guerre des mots a-t-elle un sens pour vous ?

Boubacar Ould Messaoud : Aujourd’hui plus que jamais chaque mot a son importance. Devant la justice chaque mot a un sens précis. Il se rapporte à faits précis. Entre esclavage et séquelles de l’esclavage, il y a une différence. Ce qui est juste, c’est que dans notre pays nous avons des personnes qui subissent l’esclavage et vivent dans des conditions serviles. Nous avons également des anciens esclaves qui se confrontent aux séquelles du phénomène à des degrés divers. Au niveau d’une loi, il est important que le crime d’esclavage soit bien caractérisé et que les pratiques esclavagistes soient définies avec précision. C’est primordial. Il y va de la crédibilité de la démarche et de la sincérité des engagements pris par le président de

la République. L’esclavage existe. Ses séquelles aussi. Dire que l’esclavage n’existe pas, c’est être de mauvaise foi et refuser délibérément de le combattre. Les séquelles doivent être traitées. Quant à la pratique elle-même, elle doit être réprimée. Notre objectif est que tous les deux soient éradiqués. Ceci doit être le but de tous les mauritaniens sans exclusive…

 


La Tribune : Ne craignez vous pas que cette image d’extrémiste vous colle encore plus ?

Boubacar Ould Messaoud : Je voudrais bien que vous puissiez me décrire cette image. Si être extrémiste c’est insister pour qu’il y ait plus d’équité et de justice sociale dans mon pays et vouloir que les torts soient reconnus, nommés tels quels, puis criminalisés, alors je crois que ceux qui pensent que je suis extrémiste peuvent continuer à avoir de tels raisonnements maladroits. Mais moi je suis un homme convaincu.  

 


La Tribune :
La Mauritanie d’aujourd’hui comporte quand même des notes d’espoir… Messaoud O. Boulkheir, president de l’Assemblée, loi incriminant l’esclavage, SOS-esclaves convié à tous les forums…. Qu’en pensez-vous?

Boubacar Ould Messaoud : Déjà l’on peut dire que l’espoir né au lendemain du 3 août avec le départ de Maaouiya n’a pas été déçu, Ely Ould Mohamed Vall a respecté ses engagements. Enfin comme vous le soulignez l’élection de Messaoud O/ Boulkheïr comme Président de l’assemblée Nationale et la présence de SOS-Esclaves avec d’autres à tous les forums d’importance ainsi que la constitution d’une commission pour le retour des déportés atteste bien de cela. Je pense que cette situation devrait être le gage de la promulgation d’une Loi apte à incriminer et réprimer l’esclavage et les pratiques analogues à l’esclavage

C’est  bien un engagement et l’expression de la volonté politique de résoudre le problème de la pleine citoyenneté et de la  justice sociale dans le pays déclaré par les principaux candidats aux élections présidentielles. Il a été confirmé solennellement par Monsieur Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi dans son dernier discours à
la Nation après son élection à la présidence de
la République.

Propos recueillis par MFO

Source: La Tribune  N° 359 




24072007

Réfugiés : 

En attendant le bonheur… 

18 ans après, les portes du retour sont ouvertes 

 

Ils sont officiellement 34.920 personnes à être rentrées en Mauritanie dans le cadre du premier retour organisé en 1996. Ils seront touchés par le programme de réinsertion qui sera mis en œuvre prochainement. Le comité interministériel chargé de gérer la question, poursuit ses consultations. Dans quelques semaines il engagera des journées de concertation nationale. Une feuille de route en sortira. 

La semaine dernière, ce comité était au Sénégal. La Tribune était là. 

 

 

Cette fois-ci, le voyage vers les camps de réfugiés mauritaniens au Sénégal a toute une autre signification. Ce n’est plus le temps de la découverte d’un calvaire qui dure, ni celui de la compassion stérile. 

Il est venu le temps de plier bagages et de se préparer au retour au pays natal. Très rares parmi ceux qui sont établis dans les camps qui ont lu Aimé Césaire et ses cahiers du retour au pays natal. Ce qui rend l’émotion ici encore plus forte, encore plus vraie. D’autant plus que les camps accueillent pour la première fois des officiels mauritaniens dont des ministres, venus spécialement de Nouakchott pour transmettre un message. Celui explicatif du discours du Président Sidi Ould Cheikh Abdallahi concernant la question. 

Le voyage de la délégation commence à Dakar par une réunion avec les associations de réfugiés au Sénégal. La délégation comprend : le ministre secrétaire général de la présidence, Yahya Ould Ahmed Waqef, le ministre de l’intérieur, Yall Zakaria, Bal Mohamd el Habib, conseiller à la présidence, Diallo Mamadou Bathia, conseiller du Premier ministre, Coulibaly Ousmane, conseiller du ministre de l’intérieur. Ils sont accompagnés par l’Ambassadeur sortant, Ahmedou Ould Cheikh el Hadrami, le consul général et le premier conseiller de l’Ambassade. A Dakar, le premier contact est ‘fructueux’, selon les membres de la mission. Le courant passe. Il suffit de voir que la délégation emmène avec elle les principaux responsables des associations. Direction Saint-Louis où elle passe la nuit dans la magnifique résidence-hôtel dite ‘Maison rose’. Ici la délégation est prise en charge par Sid’Ahmed Ould Mamy, homme d’affaires établi au Sénégal et opérant dans toute la sous-région. Une occasion de continuer les discussions avec les responsables des associations. Toute la nuit ou presque. Atmosphère fraternelle. Pour bien préparer le premier contact de terrain. Le lendemain, la délégation doit se rendre à Dagana, puis à N’Dioum, Dodel, dormir à N’Dioum. Pour repartir vers Bakel, Ourossougui, un peu plus loin dans la Vallée. 

La nuit à Saint-Louis est pleine d’enseignements. La délégation comprend mieux les rôles et inspirations de chacun. Les discussions tournent autour de l’histoire commune des deux communautés arabe et négro-africaine en Mauritanie. Le fleuve comme creuset. Le métissage comme facteur. Des Almoravides au Tékrour, de l’Empire du Ghana aux Emirats, de Nacer-eddine à El Haj Oumar Tall à Cheikh Melaïnine, riches épopées des conquérants réformateurs. Partout et en tous moments, les traces indélébiles d’une communauté de destin. Et la palabre conduit à se remémorer le temps où cette ville, aujourd’hui vieillie, brouillait d’activités. C’est ici que la Mauritanie moderne a été conçue. C’est ici qu’elle a commencé à voir le jour. La première radio, la première administration, la première ouverture sur le monde moderne… ‘C’est bien par souci d’établir une identité propre que les premiers fondateurs du pays ont quitté les lieux’, dira quelqu’un. C’est à Nouakchott que le campement, parti de Saint-Louis, décide de baraquer un quelconque jour d’un quelconque mois de 1959. 

Retour aux réfugiés. Ball et Diallo s’activent auprès des responsables des associations. Il faut bien établir une feuille de route. Cela ne pose pas de problème, même si un réfugié demande le report de la visite au camp principal de Dagana. Il propose à la place d’aller dans un autre site. Il promet même un fiasco qi la visite commence par le camp concerné. Mais les membres de la délégation en ont vu d’autres. Cap sur Dagana, le lendemain. 

Comme il sied dans de pareilles circonstances, Tah Ould Ahmed, mon confrère du quotidien arabophone ‘Al Fajr’ qui m’accompagne cette fois-ci, propose d’aller au-devant de la délégation. Nous sommes accompagnés par notre consœur de RFI qui a finalement dormi comme nous à Saint-Louis. A Dagana, nous sommes accueillis par un groupe du collectif des associations des réfugiés mauritaniens au Sénégal, dirigé par Mamadou Traoré qui se trouve là. Nous sommes dirigés vers la maison de Mansour Harouna, un Peulh d’un village du Brakna dont il est le seul ressortissant expulsé en 1989. Il travaillait à Nouadhibou quand il a été arrêté et expulsé. Cette solitude ne l’empêche pas de garder espoir. En parfait Hassaniya, il nous explique le fonctionnement du camp et nous présente le chef de site. Une rapide visite des lieux nous permet de découvrir le puits qui a longtemps alimenté le camp en eau potable. Toujours exploité. Les constructions en dur sont nombreuses. L’école est le lieu de convergence. C’est ici que doit se tenir la réunion avec la délégation. On s’active pour savoir qui va parler et que va-t-on dire. Quelques journalistes sont là. Parmi eux cinq journalistes indépendants dépêchés par les autorités pour accompagner la délégation. Il y a aussi des journalistes de Radio Mauritanie, de l’AMI et de TVM. L’arrivée de la délégation ne tarde pas. Un détachement de la gendarmerie sénégalaise, une sirène. Tout le monde s’installe. La réunion commence. 

Le ministre secrétaire général de la présidence est le premier à prendre la parole. Il trouve les mots s’associer au ‘calvaire’ vécu 18 ans durant par les réfugiés. Réitère les engagements du nouveau gouvernement quant au ‘retour dans la dignité’ et à ‘l’indemnisation’. Il a choisi de parler en français. Suivent le chef de site, quelques responsables d’associations. Les doléances sont pratiquement les mêmes : retour dans la dignité, rétablissement dans les droits (reconnaissance de la citoyenneté, recouvrement des biens spoliés ou à défaut indemnisation…), identification des responsables des déportations et leur jugement. C’est au tour de Yall Zakaria, le ministre de l’intérieur de prendre la parole. Le moment est solennel. Le ministre s’exprime en Pulaar, la langue la plus usitée dans les camps. D’ailleurs on lui demandera de traduire en Wolof au profit des réfugiés ne parlant que cette langue. On n’a pas besoin de comprendre le Pulaar pour saisir le ton du discours. Pathétique et ferme. Mais c’est à la deuxième étape, à N’Dioum que le ministre explose. Ici l’accueil est beaucoup plus politique. D’abord du point de vue de la présence. Un grand monde avec comité d’accueil, enfants chantant et pancartes revendicatives. Les discours des associations sont beaucoup plus clairs : ‘reconnaissance de la citoyenneté aux déportés accompagnée de l’établissement des papiers ; un retour organisé sous l’égide du HCR avec l’arbitrage de toute la communauté internationale ; la restitution des biens confisqués ou à défaut une juste indemnisation ; la construction des sites d’hébergement à l’image de ceux du plan «Jaxaay» conçu par le président Wade. Ces sites doivent être alimentés en eau et en électricité et avec des infrastructures sanitaires, scolaires et sportives ; la récupération des terres spoliées lors des événements malheureux de 1989 ; l’identification des génocidaires et leur traduction devant une juridiction internationale. Nous proposons à cet effet, la mise sur pied d’un TPIM (tribunal pénal international pour la Mauritanie)’. Le politique est passé par là. Après le discours introductif de Ould Ahmed Waqef, Yall répond point par point aux doléances. Il parle visiblement un langage qui sied. Avant la fin de son discours, toutes les pancartes seront baissées. A Dodel l’accueil est tout aussi chaleureux. Ici la délégation aura droit à des discours en arabe. Un orateur comparera leur arrivée au Sénégal et l’accueil qui leur a été réservé ici, à celui des Muhajiroune se rendant à Médine et accueilli par les Ansar. Le président de la délégation préférera faire référence à l’image du Prophète Youssouf retrouvant ses frères et leur pardonnant après tant de misères. Partout ailleurs, les mêmes thèmes. Les mêmes envolées lyriques. La même réalité. La même souffrance plus ou moins bien exprimée. 

« Nous attendions ce jour depuis 18 ans, nous avons toujours été convaincus qu’il y aurait une nouvelle génération politique qui reconnaîtrait notre citoyenneté et notre droit au retour », affirme un réfugié. Ils ont ‘le mal du pays’ et ont ‘hâte de rentrer’ chez eux, de ‘recouvrir leur dignité et leurs biens’, de ‘refaire les vies’ sur leurs terres d’origine. Tous ? Pas vraiment. Certains réfugiés n’hésitent pas à vous dire qu’il n’est pas question pour eux de rentrer. D’aucuns parce qu’ils n’ont pas confiance. D’autres parce qu’en 18 ans ils ont refait leurs vies ici. Mais tous auront leur part de réinsertion. Le président Wade l’a clairement exprimé devant la délégation : tout mauritanien qui veut avoir la nationalité sénégalaise l’aura, tout celui qui veut s’établir au Sénégal aura la possibilité de le faire et profitera du programme de réinsertion qui sera mis en œuvre, tout mauritanien qui veut revenir chez lui, le Sénégal aidera la Mauritanie pour le réaliser dans les meilleures conditions. 

La visite de la délégation officielle aura permis d’établir un contact direct. De rétablir la confiance et de concrétiser les belles paroles du Président Ould Cheikh Abdallahi. Première conclusion de cette visite : les réfugiés savent à présent qu’ils n’ont pas été les seuls à souffrir de leur situation, leurs concitoyens ont tout autant souffert. Deuxième conclusion : le résultat d’aujourd’hui est le fruit d’une lutte commune, une lutte qui dépasse l’appartenance politique ou ethnique. Troisième conclusion : le règlement de la question est possible. Il est même facile. Et ne souffre l’attentisme. 

 

Ould Oumeïr 

 

 

Encadré : 

 

Conclusions du ministre de l’intérieur 

 

Au terme de la mission de quelques jours au Sénégal, de la  délégation mauritanienne chargée du dossier des réfugiés mauritaniens, Yall Zakariya, ministre de l’intérieur a fait la déclaration suivante : « Avant de visiter les sites des réfugiés mauritaniens au Sénégal, nous avons eu le privilège d’être reçus par Me Abdoulaye Wade, président du Sénégal, qui nous a assuré du soutien du gouvernement sénégalais pour le déroulement de cette opération.  

Nous avons tenu également des séances de travail avec le ministre d’Etat, ministre sénégalais de l’intérieur, M. Ousmane N’Goum qui a exprimé la disponibilité de son département à accompagner nos efforts dans l’organisation du retour, dans la dignité, de nos compatriotes. La délégation ministérielle a tenu une séance de travail avec la responsable du HCR à Dakar au cours de laquelle nous avons réitéré la volonté de la Mauritanie d’apporter une solution définitive à ce problème et le HCR s’est dit disposé à soutenir nos efforts dans ce sens. Nous avons rencontré les représentants des réfugiés mauritaniens qui ont réaffirmé leur détermination à contribuer à la réussite de cette opération qu’ils ont longtemps attendue. La délégation a tenu à se rendre dans les sites les plus représentatifs, tels Samba Idi, Boki Diawe et plusieurs autres.  

Je dirais que les populations adhèrent à la décision du président de la république et sont disposées à collaborer avec les autorités mauritaniennes, sénégalaises et le HCR pour que ce retour s’effectue dans les bonnes conditions. Elles ont demandé que ce retour s’effectue sous les auspices du HCR, c’est ce qui a été décidé.  

Nous estimons, en tout cas, qu’il n’y a plus de place à la confusion. Nous avons vu des populations attachées à la Mauritanie, attachées à leur pays. Nous avons recueilli leurs avis et leurs suggestions par rapport à la bonne exécution de cette opération.  

Nous continuons la concertation et j’espère que le plan d’action qui sera présenté aux journées de concertation, permettra le démarrage rapide de cette opération.  Je saisis également cette occasion pour redire à ceux des réfugiés qui étaient déjà rentrés en Mauritanie, qu’ils n’ont pas besoin de retourner au Sénégal pour se faire inscrire à nouveau. 

Le HCR organise une opération de profilage, ceux qui étaient déjà en Mauritanie ne sont pas concernés par celle-ci. Nous recenserons les problèmes qui se posent à eux et nous trouverons une solution à cette catégorie de citoyens qui était déjà rentrée au pays depuis quelques années. 

Je saisis également cette occasion pour remercier les autorités sénégalaises et le HCR pour le soutien qu’ils ont apporté à nos compatriotes restés réfugiés chez eux pendant 18 ans. Je les remercie, également, pour le soutien qu’ils ont apporté à cette mission, parce que nous avons été entourés de tous les soins. Nous avons vu des autorités disposées à nous accompagner dans cette opération. Nous leur disons merci pour tout. »(AMI)

Encadré : 

 

Déclaration de Ourossogui 

  

  

A la suite de la visite, de la délégation ministérielle dans les différents camps des réfugiés mauritaniens au Sénégal, les représentants des associations ci-après : 

- Collectif des associations des réfugiés mauritaniens au Sénégal (carems) 

- Union des associations des réfugiés mauritaniens au Sénégal (uarms) 

- Regroupement des femmes réfugiées mauritaniennes au Sénégal 

- Coordination des associations des réfugiés mauritaniens au Sénégal et au Mali. 

 

* Considérant les larges explications fournies par la délégations sur le discours du Président  de la république, Sidi Ould Cheikh Abdallah. 

* Considérant les vœux exprimés par la délégation officielle, d’ouvrir une large concertation sur l’organisation du retour des déportés. 

* Considérant la volonté ferme exprimée par la délégation de réaliser dans les meilleurs délais le retour digne, organisé sous l’égide  du Haut Commissariat aux Réfugiés en étroite collaboration avec les autorités sénégalaises. 

* Exprimant nos remerciements au président de la république pour la courageuse initiative de permettre  de mettre fin au calvaire des réfugiés mauritaniens. 

* Prenant acte des engagements pris dans le sens de ne ménager aucun effort aux exigences de dignité de respect et de rétablissement dans leurs droits de toutes les victimes. 

* Exprimons notre volonté de nous associer au processus en vue de faire aboutir dans les meilleures conditions ce retour. 

* Recommandons la prise des mesures urgentes de nature à rassurer davantage les réfugiés notamment  en ce qui concerne leur rétablissement dans leurs droits. 

* L’implication pleine et entière des victimes dans toutes les étapes du processus. 

* La prise en compte effective des préoccupations des réfugiés notamment les femmes, les scolaires et  les universitaires qui nécessitent des conditions particulières d’insertion. 

* La prise de mesures concrètes, de nature à conforter la réconciliation nationale et de prémunir définitivement la Mauritanie contre ce genre de tragédies. 

  

                    Fait à OUROSSOGUI  le  20 / 07 / 07                                                    

                                                                                                                                                  Les signataires : – Mamadou Traoré - Président du CAREMS ; - Ousmane Barry  - UARMS ; – Mariame Ibra Sy  - FR ; – Amadou Samba Bâ  - AMRS; - Moustapha Touré -Coordination des Associations des Réfugiés Mauritaniennes au  Sénégal et au Mali  

 

 

Encadré : 

Trois hommes, une vie 

 

Mbodj est forestier. Il était à Keur Macène quand il a été déporté. Il raconte : 

Moi je suis forestier et j’étais à Keur Macène comme chef de cantonnement. Je suis venu en mission à Rosso ; c’était en 1990 au cours de la semaine de l’arbre ; nous étions convoqués à Rosso pour les préparatifs de la journée de l’arbre ; le matin, j’ai eu un entretien avec mon inspecteur ; nous avons arrêté toutes les modalités pour le déroulement de la journée ; je suis retourné à la maison pour me préparer à rentrer sur Keur Macène ; après le déjeuner l’inspecteur adjoint est venu m’appeler ; au bureau l’inspecteur m’a dit que je devais retourner immédiatement à Keur Macène  avec son adjoint pour acheminer des plants à la demande du directeur de la protection de la nature ; quelques minutes après, un adjudant chef de la police du nom de Camara est venu ; il a appelé l’inspecteur dehors ; après des conciliabules l’inspecteur m’a demandé de rapporter un document qui était chez moi ; je suis allé avec le chauffeur le prendre ; j’ai senti un changement dans son attitude à mon égard ; quelques minutes après le policier est revenu pour m’informer que j’étais convoqué au commissariat à 18 heures ; je suis allé chez moi et à 18 heures je me suis rendu au commissariat ; j’y ai trouvé le même adjudant chef ; il m’a demandé de revenir le lendemain matin ; ce que j’ai fait ; on m’a emmené devant le commissaire. «- Vous êtes bien le chef du cantonnement de KM ? – Oui – J’espère que tu as bien reboisé – Oui. Ensuite il m’a ensuite posé quelques questions : ‘Où est ton père ?’ J’ai répondu qu’il avait été déporté ; il m’a demandé si j’avais de ses nouvelles, j’ai répondu que je n’en avais pas. ‘Tu es marié ?’ ‘Non’. Il m’a demandé de revenir le soir ; le soir quand je suis revenu, on m’a demandé d’attendre devant le commissariat près de la poste ; vers 19 heures quatorze policiers biens armés m’ont accompagné à la maison ; comme on sortait de la police ma mère qui était inquiète est venue aux nouvelles ; nous sommes tous allés à la maison ; mes sœurs étaient à un mariage dans le quartier ; quand toute la famille a été rassemblée, les policiers nous ont conduits vers la sortie de la ville ; peu avant Keur Mour ils nous ont remis à des gendarmes venus de Gani ; ces derniers nous ont conduits à la forêt de Gani où il y avait une garnison de la gendarmerie ; on est resté jusqu’à 4 heures du matin et le lieutenant qui dirigeait le contingent est arrivé ; il nous a demandé où on habitait à Rosso ;  mon neveu âgé de 7 ans lui a dit :’je vous connais, nous habitons à coté de chez vous et je connais vos enfants qui sont mes camarades de jeu.’ Le lieutenant a tourné la tête ; il est allé dire quelque chose à un autre gendarme qui nous a installé quelque part et nous a apporté à manger. Après cela nous avons été conduits à Médina où il y avait un petit poste de gendarmerie ; on m’a demandé de vider une pirogue qui prenait de l’eau, puis on nous a mis dans la pirogue ; le piroguier était armé ; il nous a fait traverser et nous a déposés sur l’autre rive à quelques kilomètres de Dagana ; nous ne savions pas où aller ; ce sont les lumières de la ville qui nous ont orientés ; nous avons marché très longtemps avant d’arriver ; j’ai demandé où se trouvait la brigade de la gendarmerie ; j’ai trouvé un gendarme à qui j’ai expliqué notre situation ; après les enquêtes nous avons été conduits au camp des réfugiés. Nous sommes restés 20 jours sans assistance et nous avons survécu grâce à la solidarité des réfugiés qui partageaient avec nous ce qu’ils avaient ; c’est bien après que le HCR nous a pris en charge. Depuis, nous sommes ici. Entre temps mon père est décédé et nous nous sommes là….’ 

 

Sy Hamédine, instituteur. Il était à Sélibaby.  

‘Je m’appelle Sy Hamédine ; j’étais à Sélibaby comme instituteur ; j’ai enseigné plus de vingt ans dans la même ville ; fin avril 1989 on me convoquait régulièrement à la police ; on me demandait mes pièces et celles de ma famille ; j’ai apporté les actes de naissances, les certificats de nationalité ; c’était  pendant le Ramadan ; chaque fois que je sortais de l’école, je me rendais à la police ; jusqu’au 5 mai. C’était le jour de la Korité, il m’ont pris à l’endroit où j’étais venu pour participer à la prière ; j’étais avec deux de mes garçons ; j’ai envoyé quelqu’un à la maison pour informer mon épouse ; au commissariat nous sommes restés dans la cour pendant un certain temps ; à un moment donné des policiers nous ont fait monter dans une voiture et nous sommes allés chez moi où j’ai trouvé mon épouse et mes autres enfants.  L’un des policiers m’a dit :’Monsieur Sy, vous pouvez prendre ce que vous voulez de vos bagages.’ Mais chaque fois que je prenais quelque chose les policiers se tiraillaient pour me l’arracher. Finalement j’ai tout laissé et nous avons été embarqués pour retourner à la police. Il y a des  gens qui ont été torturés mais nous nous n’avons pas été brutalisés. Seulement nous avons laissé tous nos biens là-bas : le bétail, le mobilier et tout le reste. 

Nous avons été conduits par la suite à Gouraye en face de Bakel ; on est arrivé vers le crépuscule ; il y avait beaucoup de gens. Le lendemain, on nous a fait traversé ; il y avait une liste établie à cet effet ; l’une de mes filles qui était à l’université est arrivée le lendemain ; quand elle a appris que sa famille était déportée, elle a piqué une crise ; heureusement  un ami professeur l’a rassurée en lui expliquant que ses parents et ses frères étaient en vie ; mais elle ne s’est vraiment calmée que quand elle nous a rejoints. Sa petite sœur qui était également à l’université a traversé par Rosso quand elle a appris notre déportation pour venir à notre recherche. De Bakel nous avons été acheminés sur Tambacounda puis de Tambacounda à Dakar. A Ouakam précisément. Là, nous retrouvons tous les mauritaniens ; il y en avait beaucoup. Il y avait aussi des mauritaniens nés au Sénégal que l’on voulait rapatrier. Ces derniers ont dit qu’ils ne connaissaient pas la Mauritanie et qu’il n’était pas question pour eux d’y aller. Finalement avec l’intervention des chefs de quartier, ces gens ont été ramenés chez eux. De là, nous sommes allés à Thiès où on est resté un peu plus d’un mois, ce qui a failli compromettre les études des enfants ; j’avais deux garçons qui devaient passer le bac ; comme on avait des connaissances ici, ma famille est allée à Saint Louis et moi je suis resté pour enseigner. Aujourd’hui Dieu merci mes deux garçons on terminé leurs études à l’université. L’une de mes filles était professeur dans le privé. L’autre est sage femme. Actuellement elle est à l’étranger. Nous sommes là depuis lors’. 

 

Doudou Bâ, infirmier. Il était à Atar. 

‘Je suis infirmier, je travaillais à l’hôpital d’Atar. Le 7 mai, j’étais à la maison ; il y a eu les événements et les rapatriements ont commencé ; mais moi je ne pensais pas que je pouvais être victime de ces événements ; c’était le soir, j’étais couché à la maison vers 20 heures après la rupture du jeûne, parce que c’était pendant le Ramadan ; je me reposais ; il y avait mon épouse, sa maman et mes enfants. Un policier est venu et m’a demandé de prendre mes papiers et de le suivre. J’ai pris mon passeport et ma carte d’identité et je suis allé à la police ; le commissaire a examiné mes papiers, il les a gardés et m’a demandé d’aller m’asseoir dans le box. J’y ai passé la nuit et le lendemain vers 11 heures, j’ai vu la Land-Rover de l’hôpital  qui est arrivée avec mon épouse et mes enfants. En ce moment mon épouse était en état de grossesse. On nous a emmenés à Nouakchott où nous sommes arrivés vers minuit. On m’a emmené à la Direction de la Sûreté ; ensuite on m’a conduit à la brigade mobile près du Croissant Rouge. On m’a placé dans une chambre ; le commissaire m’a dit que je devais passer la nuit pour partir le lendemain avec le pont aérien. Il m’a réconforté en me disant que c’était une situation qu’il fallait gérer, qu’on allait partir et revenir bientôt dès que tout sera calme. Le matin vers 7 heures une voiture de la police est venue et nous a emmenés à l’aéroport. Après on m’a débarqué à Dakar. Avec mes enfants seulement. Ce ne sont pas ceux de mon épouse. Comme c’était une mauresque, ses parents sont venus au commissariat et elle a été épargnée. Arrivé à Dakar, on s’est organisé. C’était dans le moi de mai. En août je reçois un message du Croissant Rouge m’informant que mon épouse était décédée des suites de son accouchement. Je croyais que c’étaient des histoires. J’ai téléphoné à un ami médecin avec qui j’avais travaillé à l’hôpital d’Atar et qui était en France. Il a appelé des religieuses qui travaillaient à Atar et elles ont confirmé le décès de mon épouse. Ce fut un véritable choc. Maintenant on est là. Personnellement je  n’ai pas été brutalisé, c’est certain. Je n’ai pas été agressé même verbalement. 

 

Encadré : 

 

Le président du Carems à La Tribune : «Il y a des conditions mais ce sont des conditions raisonnables. Le ministre m’a marché sur la langue. Il a posé nos revendications avant moi. On dirait qu’il connaissait déjà nos revendications ; selon lui, cela fait partie du programme pour le retour» 

 

La Tribune : Qu’est-ce que le CAREMS ? 

Le CAREMS c’est le Collectif des Associations de Réfugiés Mauritaniens au Sénégal qui s’occupe des intérêts moraux et matériels des réfugiés. Cela a été créé à la veille de l’an 2000 

La Tribune : Est-ce qu’on peut dire que c’est l’aile sociale des Flam ? 

Le CAREMS est une association qui a été créée dans l’objectif de  rassembler les différentes organisations et associations qui étaient éparpillées ici au Sénégal  pour que toutes parlent de la même voix. Le Carems n’est pas propre aux Flam. 

 

La Tribune : C’est aujourd’hui l’association la plus représentative de réfugiés au Sénégal ? 

Traoré Mamadou : Vous en aurez la preuve aujourd’hui, parce le Carems s’est préoccupée depuis longtemps des réfugiés de Dakar à Dagana, Ndioum, Dodel. On s’occupe de tous les réfugiés toutes tendances confondues. Nous sommes intervenus plusieurs fois au niveau des réfugiés dans les camps surtout parce qu’ils souffrent beaucoup plus que les réfugiés urbains ; on s’occupait de l’éducation des enfants ; nous avons des partenaires à l’étranger, aux Etats-Unis , en France comme l’AVOM (aide aux veuves et orphelins de militaires, comme GMR (groupe mauritanien) comme la jeunesse espoir aux Etats-Unis ; nous collaborons ; ils nous envoient la friperie qu’on distribue  dans les camps sans tenir compte de leur appartenance à telle ou telle organisation ; les enfants reçoivent des aides scolaires annuelles ; nous avons financé des projets pour les femmes, des projets d’élevage. 

 

La Tribune : Le Carems était aussi présent lors de la visite de la délégation ministérielle venue évoquer le problème des réfugiés ; qu’est-ce que vous en avez tiré ? 

Traoré Mamadou : Effectivement nous avons participé à la rencontre avec la délégation ministérielle et j’ai eu le privilège de prendre la parole avant tous les autres parce que j’étais à droite du ministre. Il m’a donné la parole et j’ai prononcé un discours de bienvenue ; je n’ai pas manqué de souligner notre satisfaction suite au discours du président de la République, Sidi Ould Cheikh Abdallahi  qui a démontré que ses propos lors de la campagne électorale n’étaient pas simplement des promesses électorales ; nous l’avons félicité d’autant plus que ses prédécesseurs n’ont jamais reconnu ce problème de déportés. 

 

La Tribune : C’est à votre avis une très bonne entrée en matière. Que reste-t-il à faire ? 

Traoré Mamadou : Ce qui reste à faire c’est de poursuivre le dialogue ; la délégation ministérielle a apprécié nos interventions. Avec toutes les misères que nous avons subies, ils ne pensaient pas que nous allions parler de façon posée et d’un ton réconciliant ; nous les  avons surpris ; notre vœu c’est de rentrer en Mauritanie, malgré les 18 ans d’exil, nous n’avons qu’un seul désir, rentrer chez nous. 

 

La Tribune : Rentrer à quelles conditions ? 

Traoré Mamadou : Il y a des conditions mais ce sont des conditions raisonnables. Le ministre m’a marché sur la langue. Il a posé nos revendications avant moi. On dirait qu’il connaissait déjà nos revendications ; selon lui, cela fait partie du programme pour le retour. Un retour dans la dignité, la reconnaissance de notre citoyenneté, la reconnaissance des exactions que nous avons subies ; nous voulons un retour organisé sous la supervision du HCR et que les paysans, les éleveurs, les fonctionnaires puissent  recouvrer leurs droits  et être réhabilités ; nous voulons aussi  que les responsabilités soient situées et que les auteurs des exactions soient punis conformément à la loi. 

 

La Tribune : Mais quand vous parlez de punition, ceux qui mènent campagne contre votre retour vous considèrent comme des revanchards. 

Traoré Mamadou : Nous ne sommes pas des revanchards. Nous n’avons pas une attitude figée. Nous avons subi un préjudice et nous donnons notre position. Maintenant il appartient aux juges de faire leur travail ; nous ne posons pas des conditions sine qua non ;  nous dialoguons autour d’une table et les uns et les autres  vont voir ce qui est faisable, ce qui permettra de sauvegarder la paix sociale dans notre pays.   

 

 

Encadré : 

Propositions de l’UFP 

 

L’Union des forces du progrès (UFP) a rendu public un document dans lequel, le parti fait l’historique des événements de 1989, analyse la situation des déportés et propose des solutions en vue de l’organisation de leur retour. Sur le contexte de l’époque, l’UFP pense qu’il était largement favorable à l’explosion de violences intercommunautaires en Mauritanie comme au Sénégal : 

- En Mauritanie - Les FLAM avaient déclenché une offensive dont les points culminants sont la publication du «Manifeste du Négro Mauritanien opprimé» et la découverte d’un «projet de coup d’Etat» identitaire en 1987. - Les nationalistes arabes, les nasséristes en particulier (de l’aveu même d’un responsable de cette mouvance publié par voie de presse) scellent une alliance avec le pouvoir, ce qui leur permet d’investir l’armée et l’administration.

 Le nationalisme arabe chauvin investit l’administration territoriale et pousse à l’exacerbation des contradictions intercommunautaires par la manipulation de la loi foncière. 

- Au Sénégal
 De larges secteurs de la presse sénégalaise relaient l’activisme du «Comité de suivi» qui mobilise l’opinion sénégalaise sur le «racisme maure à l’endroit des Noirs de Mauritanie».
 Le gouvernement sénégalais fait face à une opposition (PDS) qui s’estime délestée de sa victoire à l’élection présidentielle et qui accuse le gouvernement de faiblesse face à la Mauritanie.
 Les autorités sénégalaises multiplient les entraves aux accords de libre circulation du bétail, en particulier pour les camélidés en période de soudure’. (…) 

‘En avril 1989, un incident éclate dans l’île de Doundé Khoré (Guidimakha) (incidents de Diawara ou de Sonko) entre éleveurs peuls mauritaniens et cultivateurs soninko sénégalais. La gestion de cet incident sera des plus mauvaises’. (…) 

‘Comment les faire revenir ?  

L’organisation du retour des victimes des événements de 1989 suppose comme préalable l’assainissement du climat d’ensemble afin de garantir le succès de l’opération. 

En tout premier lieu, il s’impose d’organiser une campagne nationale d’explication, pour unir les cœurs et les esprits de l’ensemble des Mauritaniens, convaincre les plus réticents, rassurer tous ceux qui pourraient s’en inquiéter. En effet, la réconciliation nationale n’est pas une entreprise de revanche, mais le rétablissement des rapports de confiance et de solidarité mutuelle pour le salut de notre maison commune, la Mauritanie, sur des bases justes, viables et durables. Elle doit offrir l’occasion à tous de s’exprimer, d’apporter leur contribution, voire leurs réserves et même leur opposition. Tous doivent être sollicités pour jouer le rôle qui leur revient dans cette entreprise de réconciliation et de concorde nationales. Il y va de la sauvegarde de la stabilité et de l’unité de notre pays, face à une entreprise qui, pour réussir, a besoin qu’on prenne le temps nécessaire, qu’on prévienne les risques et qu’on recourt au consensus le plus large. D’autant plus que dans le monde contemporain, les peuples qui n’assument pas et ne prennent pas en charge leur destin, courent de graves risques de voir des puissances extérieures les instrumentaliser selon leur propre agenda. Ce qui se passe aujourd’hui en Irak nous le rappelle cruellement. 

Il s’agit aussi de rassurer par rapport aux risques d’ouverture d’une brèche dans laquelle pourraient s’engouffrer les étrangers. Pour y arriver, il sera nécessaire de :
 capitaliser les expériences nationales et internationales dans ce domaine, notamment le rapatriement de 1998, en tirant les leçons de cette expérience, dans ses succès comme dans ses échecs ;
 croiser plusieurs sources d’information permettant de constituer des filtres pour minimiser le risque d’infiltration d’étrangers et le nombre de situations à régler au cas par cas. Pour ce faire, il sera nécessaire de réaliser :
 le recensement exhaustif des villages, familles et personnes concernées
 l’identification précise de leurs terroirs traditionnels
 l’inventaire systématique de leurs patrimoines productifs et infrastructurels (terres de culture, puits, écoles, centres de santé, etc.) 

Pour réaliser ces recensements et inventaires, il sera nécessaire de :
 responsabiliser le HCR dans le recensement des déportés et réfugiés, compte tenu des informations dont il dispose, de sa très riche expérience dans le monde et surtout de sa neutralité.
 engager plusieurs activités combinées comme : – l’utilisation des registres de recensement administratif et des archives départementales afin de dresser des listes provisoires de familles et de personnes victimes. Cette méthode pourra filtrer tous ceux des victimes régulièrement enregistrées. Ce document pourra être complété, par radiations et rajouts, à travers les recensements physiques des personnes concernées dans leurs sites. 

- la mise à contribution des personnalités religieuses, des élus locaux et des notables pour raffiner et compléter les recensements provisoires de villages totalement ou partiellement déplacés, ainsi que les groupes de nomades et transhumants victimes. – l’utilisation des données du HCR au Sénégal et au Mali (recensement et cartes de bénéficiaires de l’assistance) afin de compléter le recensement provisoire national. – le recensement exhaustif des victimes candidats au retour – l’institution au niveau local d’une autorité d’arbitrage et de certification afin d’intégrer les cas particuliers ou objets de litiges. 

La triangulation de toutes ces sources d’information permettra de définir de manière précise :
 le nombre de personnes concernées par l’opération retour
 le nombre de personnes concernées par les programmes de réinsertion
 les destinations des contingents de candidats au retour
 la planification logistique du retour
 l’identification, la planification et la gestion des projets et programmes de réinsertion des victimes. Les candidats au retour organisé déjà identifiés devront être répartis selon un plan de retour précis et cohérent. Les défis organisationnels et logistiques sont de taille :
 Programmation précise des départs des zones d’accueil vers les zones d’installation
 Mise en place des moyens d’assistance d’urgence (tentes, eau potable, couverture sanitaire, rations alimentaires, etc.).
 Harmonisation et synchronisation des mouvements de retour, des commissions d’accueil et des comités de gestion des sites et lieux de réinstallation.
 L’enclenchement dans les meilleurs délais des projets et programmes de réinsertion’. 

(lire le texte en intégralité sur le site de l’UFP)

Source : La Tribune N°359




Construire une maison sous surveillance policière !

24072007

 

 

 Vendredi dernier le quartier Arafat secteur 1, Extension a été le théâtre d’une bataille opposant  Saïdou Yéro Sow soutenu par les habitants du quartier sans distinction à Mohamed Zeïdane Ould Moulaye Zeïne. Ce dernier était venu avec des policiers démolir les baraques de Saïdou Yéro Sow  pour construire sa maison sans préavis. Mohamed Zeïne a payé le terrain avec Fatimetou Mint Taghli qui était la voisine de Saïdou. Le terrain n° 390 de plus de 120 m2, aurait été attribué à Fatimetou dans des conditions illégales. Elle aurait profité de l’absence de son voisin pour falsifier les dossiers du terrain. Selon Chérif Ould Bah collaborateur de la Radio Mauritanie et d’autres témoins, Saïdou Yéro est le premier à occuper ce terrain  depuis 1984 avant que personne ne vienne habiter dans ce quartier. Des voisins de Saïdou très déterminés, se sont réunis pour dire non aux injustices dont les pauvres sont toujours victimes. « Maures ou noirs, ce que nous voulons c’est de la justice. Tout le monde sait ici que cette ‘gazra’ est pour Saïdou Yéro. Ce n’est pas parce qu’il est pauvre qu’on lui vole son terrain. Où va-t-il vivre avec sa famille ? », martèle un voisin très en colère. « Etes-vous journaliste vraiment? Donc vous avez de quoi écrire parce que ça c’est de l’injustice » ajoute un autre en pleurs, accroupi sur le sol. Le permis d’occuper selon une source digne de foi a été livré après le jugement de 1994. Le jugement a été fait à l’absence de Saïdou Yéro. « Vous savez c’est quoi ? Fatimetou appartient à une famille très influente dans les affaires de la  Mauritanie, c’est pourquoi vous voyez ce que vous voyez » dit un témoin. Pour  rappel, les voisins ont juré de casser tout ce que Mohamed Zeïdane va construire sur le terrain. L’affaire est entre les mains de la justice. Mais en attendant, Mohamed Zeïdane construit sa maison sous la surveillance des policiers qui affirment avoir tout simplement respecté l’ordre. 

Mamadou Sy 

Source :
La Tribune 




Le test des enseignants à Boghé

24072007

 

Bilan : queue de poisson, un blessé…et beaucoup de pagaille !

Jeudi 19 juillet 2007 le collège et le lycée de Boghé grouillent de monde. C’est que tous les enseignants se trouvant à Boghé ont répondu à la convocation pour subir le fameux test d’évaluation exigé par la ministre de l’éducation. Ils étaient plus de 499 enseignants… Prêts à subir l’épreuve. Le test d’évaluation portait sur 3 matières : Arabe, Français et Mathématiques. Il devait durer 5 heures de temps en tout. A Boghé, il s’est déroulé avec un désordre notoire. Il s’est terminé en queue de poisson et en pugilat.

La première épreuve (l’Arabe) a tardé à débuter. Elle n’a commencé qu’à 9h30 et elle s’est achevée à 15h, alors que le volume horaire qui lui était attribué était de 2h.

La 2e épreuve a été enclenchée à partir de 15h20, non sans difficultés. Une goutte a failli faire déborder le vase : des consignes de l’épreuve de Français traduite en Arabe. Les instituteurs se sont plaints et certains ont boudé. « Il y a une touche de faveur qui est faite par les organisateurs en faveur de nos collègues arabisants ; pourquoi dans le test en Arabe nous n’avons même pas vu une seule voyelle en  Français pour nous orienter ? », proteste Bakary Simakha. Après un tohu-bohu, les esprits se calment et le test reprend. Quelques instants plus tard, les enseignants réclament la collation auprès du président du centre, Djigo Amadou. Ce dernier rétorque que tout ce qui est aspect logistique (organisation matérielle du test, collation) depend de l’IDEN (inspecteur départemental de l’éducation nationale). Il leur demande de patienter et de continuer. Ce que les enseignants acceptent malgré eux. L’épreuve se termine à 18h45mn. La collation qui était proposée aux enseignants était constituée de lait en poudre dilué dans une grande quantité d’eau et distribué dans des gobelets en plastique et accompagnée de pain sec. Seules 4 salles sur 20 ont été servies.

Les mathématiques, les enseignants devraient la faire dans leur langue de choix. Il n’y avait  que 90 copies pour plus de 300 instituteurs. Un nouveau blocage et un mouvement d’humeur chez les instituteurs : boycotter le test ! « Trop ! C’est trop ! On ne peut pas amener les hommes et les femmes depuis 7h du matin jusqu’à 19h sans les faire boire ni manger et de surcroît leur dire que les copies sont insuffisantes », s’indigne  l’instituteur M’Baye Bocar. L’IDEN M’Bodj Moussa, interpellé sur cette affaire déclare : « S’il y a une insuffisance de copies par rapport aux candidats, cela revient à la hiérarchie et cette dernière, contactée,  nous a demandé de trouver des solutions locales. Ce que nous avons fait en partant à travers la ville faire des photocopies. Au moment où je vous parle, je suis à 2200 pages ». 

Il était preque nuit, les enseignants décident d’arrêter le travail et de rentrer. « Ce test n’a plus de valeur, c’est du canular. Pratiquement tous les centres de la Mauritanie ont terminé sauf nous. Nos collègues  nous ont dit la nature des épreuves par téléphone donc, c’est devenu un secret de polichinelle », déclare Sy Fatimata, institutrice. 

Pris de court, le président du centre du lycée, Mohameden O/ Moctar Salem propose aux instituteurs de leur acheter des bougies pour terminer le test dans la soirée. Ils refusent et promettent de revenir le lendemain pour terminer le test.

Le vendredi 20, ce qui restait des enseignants était arrivé dans les deux centres (collège et lycée) à 8h. A 10h, n’ayant rien vu comme épreuve, certains décidèrent de jeter l’éponge et de rentrer pour de bon. Il restait un noyau dur qui tenait à terminer le test. C’est à ce moment que par miracle, une partie des épreuves arriva et on commence à distribuer à la vingtaine d’enseignants qui restaient dans la salle. Et les autres arrivent pour les empêcher de travailler en tambourinant sur les portes et en criant. C’est à ce moment précis que l’un des enseignants se dirige vers un de ses collègues qui travaillait, lui arrache l’épreuve et la copie et les déchire. Un pugilat s’ensuivit. Ils se déchirent les habits. L’instituteur qui travaillait prend une pierre et fracasse la tête de son collègue intrus. C’est à ce moment précis que le test se termine en queue de poisson.

L’inspecteur Djigo Amadou dit : « je proposerai au ministre, dans mon rapport, d’annuler ce test vu le désordre qui s’est produit et le manque d’épreuve. ». Les instituteurs, avant de partir, rédigent une déclaration pour dénoncer le test et les conditions dans lesquelles il s’est passé.

Le coordinateur du test, l’IDEN de Boghé, improvise une conférence de presse pour dénoncer le mauvais comportement des enseignants et dit dégager toute responsabilité. 

 

Abou Boubou Fall 

CP Brakna 

 

Source :
La Tribune 359 




Une question au Pr. Cheikh Saad-Bouh Camara

24072007

Le dimanche passé, le lancement des activités d’un Forum Social Mauritanien a eu lieu à Nouakchott. Que peut bien être capable de réaliser une telle structure dans un champ sociopolitique mauritanien où une grande majorité d’organisations de la Société Civile et d’autres partenaires sociaux se sont révélés presque incapables d’instaurer une culture citoyenne et un véritable climat de dialogue social? Pr. C S B Kamara : Bonne question fort pertinente! Sans être d’un optimisme béat il existe quelques ONG et des personnalités de la Société Civile mauritanienne qui ne correspondent pas à votre description. Pour améliorer la situation présente le Forum Social Mauritanien constitue une opportunité à saisir pour renforcer les capacités de la Société Civile Mauritanienne et pour servir de vecteur pour l’éducation citoyenne. Pour autant ces tâches exigent persévérance, rigueur et travail incessant. Nous allons dans les mois à venir remarquer des mutations appréciables, car positives, de la Société Civile Mauritanienne : promotion de la culture citoyenne, perfectionnement des ressources humaines, multiplication des activités militantes autour de thèmes porteurs (paix, solidarité et unité nationales ; promotion des droits de l’Homme ; plaidoyer et lobbying en faveur de la lutte contre l’esclavage, ses séquelles et toutes les formes de discrimination…). Il convient tout en restant vigilant de redoubler d’efforts en vue d’atteindre les objectifs du Forum Social Mauritanien conformément à sa Charte.

Recueillis par Kissima

Source : La Tribune N°359







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