Mauritanie : visions et (in)divisions

18 07 2007

 

 Par Cheikh Touré 

 

 

« La justice consiste à mesurer la peine et la faute, et l’extrême justice est une injure». Judicieuse leçon de Montesquieu pour un état qui dénonce ses fautes flagrantes et « injustifiées ». Sans prendre la « peine » d’en assumer la responsabilité. Sous peine  maximale d’être enfin « pardonné ». Voire réhabilité et plébiscité. Par ses victimes et le peuple entier qui en espèrent un avenir juste et pacifié. 

 

Amnésie stratégique 

Mais il faut admettre que «la justice n’est pas une vertu d’état.»(Corneille). Plus enclin à l’abus de pouvoir et la fuite des responsabilités, l’état mauritanien ne repose que sur des milices armées pour imposer son autorité. Architectes de mouroirs et complices de déportations, l’armée et la police nationales se retrouvent dans son amnésie stratégique et affûtée. Pour les mêmes raisons, l’administration zélée y touche sa prime de fidélité. Agent mercenaire de son état, l’establishment multirécidiviste en explose son applaudimètre illimité. A défaut de lui faire entendre raison et ajourner « l’invasion », sa majorité politique lui assure sa caution. Comme jadis elle a endossé la dictature et la transition. Faux intellos sans vision et pseudo cadres sans prétention concourent pour sa promotion. 

C’est pour couvrir ce petit monde que l’état autoamnistie ses crimes et atrocités. En dépit de leur volonté de pardon, il oblige les associations de victimes – et de droits de l’homme- à entériner son projet bâclé d’un retour précipité. Sans conviction et dans la difficulté. Minoritaire au parlement et consensuelle plus que de raison, l’opposition démocratique fait mine de croire à la sincérité de sa confession. Mais sans illusion sur la fragilité de son programme d’action. Elle s’évite ainsi de réveiller de vieux démons. Les nationalismes antagonistes que ses dirigeants n’ont jamais cessé de colporter. En relayant des propagandes postcoloniales éventées. Comme l’idée reçue assimilant le retour des déportés à un surpeuplement prémédité. Un danger de dilution pour l’identité sous-entendue de la nation. De tout cela, l’état se fait une raison, une vision  et des… divisions ! 

 

« Mauritanie-Vision » 

Le gouvernement peut donc multiplier les procédures et les arbitrages primaires. Les cérémonies et les projections imaginaires : «il est mille fois plus aisé de faire le bien que de le bien faire » (Montesquieu). Pour un réfugié, les promesses multilatérales n’ont jamais été un lot de consolation. En deux décennies de déportation, il en a avalé des bonnes intentions. Sans que sa soif de justice n’y trouve l’esquisse d’une solution. 

Il a fallu le discours historique du président pour entrevoir un horizon. Même si, dix ans après leur retour, la situation de milliers d’autres revenants n’a pas connu de progression. Que peuvent bien espérer de futurs rapatriés par temps de famine et de récession? Au mieux : se perdre dans les bantoustans de la capitale et ses environs. Ils surgiront aux aurores pour lustrer les châteaux d’un état en perdition. Avant d’y mettre le feu au grand soir de « Mauritanie-vision ». Tragique destin qui ne soupçonne pas l’enthousiasme d’un état moribond. Impitoyable et sûr de lui, il ne voit pas venir sa désintégration. Sous le poids des injustices cumulées et des pressions d’un monde en pleine balkanisation. Sous prétexte d’anticiper la chasse aux sorcières, il installe la peur et la vindicte entre ses lampistes et les victimes qu’ils ont violentées. Au lieu d’exorciser le pire en réconciliant les meilleurs dans l’unité, la liberté et l’égalité. 

 

                 

 

 

Source :
La Tribune n°358                                                                                                                                                            


Actions

Informations



Laisser un commentaire




bientôt tous en prison, bie... |
WADE - Président - |
la vérité |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Journal d'1 République...
| sarkosy un espoir pour la f...
| Sylvie Trautmann