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Les Echos Par Mohamed Fouad Barrada

18072007

L’expérience  d’une « blogueuse » 

Des mauritaniens et des  mauritaniennes évoquent des sujets tabous jusqu’alors. Ils ont de belles plumes et à travers leurs blogs, ils  s’expriment en toute liberté.  Il y a parmi eux des filles qui abordent  des sujets sensibles. Ne pouvant pas avoir l’espace libre dans leur société qui demeure contre la vulgarisation de certaines  réalités,  elles trouvent  refuge dans cet espace virtuel. De la prostitution passant par la bi sexualité,
la Mauritanie rentre dans l’ère de blog net. « 
« Blog », cet anglicisme, ce quasi-inconnu au début du XXIe siècle, désigne aujourd’hui un phénomène de société à l’écho planétaire : la publication sur le réseau des réseaux de « carnets extimes », l’inverse des carnets intimes. » (elizile.blogspot.com)
Voici des passages d’une expérience publiée dans le blog d’une  jeune fille  révoltée  contre  certaines pratiques :   « Je ne sais pas si c’est le sable, l’eau d’Idini ou le lait de nos mères, mais vous devez sûrement avoir remarqué à quel point des (mauritaniennes)    savent…avoir plusieurs visages…pour ceux d’entre vous qui sont à l’étranger depuis des années lumières, vous êtes loin de vous douter de certaines évolutions des mœurs…. :
Loin d’être homophobe, j’ai découvert que beaucoup de filles ici avaient certaines tendances lesbiennes ou plutôt bi sexuelles. La mode même des jeunes générations devient encore plus étonnante : les filles s’initient entre elles aux plaisirs sexuels et beaucoup plus tard, cherchent ce même plaisir avec le sexe opposé…vous avez du mal à le croire….vous n’êtes pas obligés de le croire, mais je ne dirai ici, que des choses que j’ai vu de mes propres yeux… ça vaut ce que ça vaut… »

Certes, ces pratiques existent dans toutes les sociétés, mais d’être relatées  par une fille qui a fait  l’objet de l’expérience en question  (toute en la  rejetant), est une innovation nouvelle dans le monde virtuel du pays.  Cette « blogueuse » aborde plus loin que : « le 31 décembre dernier, d’humeur exécrable comme je suis souvent en fin d’année, j’étais obligée de passer la soirée chez des amies et parentes à moi, des filles plutôt réservées, sympathiques,…on monte au balcon afin de respirer l’air pur et éventuellement afin de fumer une cigarette…les filles dansaient, se collaient les unes aux autres, et au bout de quelques minutes ( je suis longue à la détente) je compris que l’ambiance était devenue partouzienne lesbienne…une fille (très belle d’ailleurs, il faut être honnête) s’agrippe à moi, en me susurrant à l’oreille des obscénités…pas insensible à son charme mais totalement persuadée et convaincue ( je le suis toujours) de mon hétérosexualité, j’ai dû faire semblant de recevoir un coup de téléphone pour m’échapper et observer d’un œil critique et curieux ( lol…enfin presque…c’est plutôt d’un œil amusé et intrigué) cette scène. Je revis ces filles et j’ai forcément, vous vous en doutez bien ouvert le sujet : sont elles lesbiennes ?
C’est pour dire, que le nombre de lesbiennes a augmenté à Nouakchott non pas parce que ces filles ont décidé de préférer les relations avec les femmes, mais par pure frustration….»

Elle conclut dans un autre passage : « les filles, qui prennent de l’argent chez un gent damoiseau, sont elles des prostituées ? Je ne pense pas…messieurs, combien de fois à Nouakchott entendrez-vous « egratili carte (gratte moi une carte de recharge téléphonique), echrili echrab (achète moi des boissons), echrili segarit (achète moi des cigarettes), etc. » toutes ces filles-là ne sont pas des « sluts » comme vous aimez les appeler. Ce sont tout simplement des filles ordinaires, qui ont grandi dans l’idée que le bonheur était matériel et que sa clé était dans les mains d’un homme. »

m_barrada@yahoo.fr 

 

Source :
La Tribune n° 358 




Les Echos par Mohamed Fouad Barrada

18072007

Des femmes sont livrées a elle même ! Par Mohamed Fouad Barrada

En dehors des urgences, une couche de notre société agonise. « La vérité devint la vie dans cette mort. Le sac du silence était lourd » disait Pablo Neruda dans le mémorial de l’île noire.

En effet, les années 90 ont marqué une transformation radicale des mœurs. Des femmes sont livrées a elle même ; elles ont la charge de leurs enfants, leur seul moyen de survie demeure la vente de leurs corps, ce n’est pas par plaisir, mais par besoin. Ce besoin peut être décrit comme suit : « chaque sortie de l’ombre nous donne la souffrance nécessaire : cette rumeur en vérité se transforma, la lumière envahit la porte obscure, et les douleurs se modifièrent » (Neruda, op.cit).

En fait, après avoir été mariée avec plusieurs hommes, x se trouve avec des garçons à nourrir. Elle devient parmi ces femmes qui essayent de se livrer à la pratique sexuelle mais « avec une pudeur » disent-t-elles

En lui posant la question pourquoi elle ne cherche pas d’autres moyens de survie acceptables. Elle nous a répondu « qu’elle ne peut pas laisser ses enfants seules ». Elle est dans la contrainte de choisir cette voie en espérant trouver un homme ou quelqu’un qui lui accorde un prêt lui permettant de travailler dans le commerce. « Pour le moment je suis obligée de suivre ce rythme » martèle-t-elle avec amertume.

Une autre était dans une grande ville mauritanienne après la mort de son père et le divorce de son mari, elle se trouve dans la contrainte de subvenir au besoin de son fils. Celle-ci, elle a, néanmoins, eu la chance d’être acquis dans une structure familiale. Depuis son arrivé, elle cherche du travail en vain. Son problème demeure la méconnaissance des circuits permettant de suivre des formations pour les femmes.

Une troisième qui a pu bénéficier d’une formation en bureautique arrive malgré la médiocrité de la formation à décrocher un stage dans une structure touristique. Elle a eu la conviction après une longue pratique avec les hommes que la seule issue c’est de prendre en main son avenir.

Une troisième catégorie a subi une mutation profonde, des riches deviennent des pauvres, les filles des hauts fonctionnaires sont encore soumises au risque de la pauvreté qui frappe la société mauritanienne. Pour suivre le rythme de la vie moderne, elles essayent de tisser un réseau de connaissance leur permettant de s’insérer normalement dans la vie active. Elles ne peuvent pas se permettre de faire n’importe quoi sauf en cachette, elles utilisent leurs physionomie afin qu’elles puissent prendre en main leurs avenir. Les femmes s’adaptent dans le but de survivre.

Ces phénomènes existaient depuis longtemps, mais avec la pauvreté la situation est devenue de plus en plus alarmante. Qu’en est-il des hommes ? Disons qu’ils n’arrivent plus à construire des familles faute des moyens. La seule issue demeure l’abstinence ou …
m_barrada@yahoo.fr

Source : www.barrada.unblog.fr




1990, 1991, les années de braise

18072007

1990, 1991, les années de braise 

 

On est en juillet 1991. L’ordonnance sur la liberté de presse vient d’être promulguée. Nous étions quelques ‘écervelés’ à animer un journal indépendant qui avait osé parler en 1988 de la torture des prisonniers baathistes. Notre directeur, M’Barek Ould Beyrouk, accepta de nous confier une enquête sur les événements au sein de l’Armée. Personne à l’époque n’en savait grand-chose. Juste quelques tracts du Mouvement national démocratique (MND), du Mouvement des démocrates indépendants (MDI), des Forces de libération des africains de Mauritanie (FLAM)… 

Habib Ould Mahfoud a dirigé cette enquête. En mais de maître. Comme il savait le faire. Il avait pris sur lui de recueillir tous les témoignages. Je l’accompagnais souvent. C’est d’abord en hommage à un esprit libre et juste, celui de mon frère et ami Habib, que nous republions quelques-uns des témoignages recueillis à l’époque. Juste au moment où les victimes sortaient de prison. Ce qui permettra aux générations d’aujourd’hui de savoir une partie des malheurs qui ne finissent pas d’endeuiller notre peuple. A l’époque, les mots étaient justes, les faits vrais. En attendant de pouvoir en parler au grand public, découvrez de quoi l’arbitraire est fait… 

Le lieutenant Sarr Amadou, condamné à mort lors du procès de 1987, et exécuté, avait dit devant la Cour sous forme de dernier vœu : «Si ma tête peut servir l’unité nationale, n’hésitez pas, coupez-là. Si ma personne peut servir l’unité nationale, je vous demande clémence». 

 

Ould Oumeïr 

 

 

Le cauchemar d’Inal  

  

Le 21 novembre 1990, 18 éléments négro-africains de la Marine Nationale sont arrêtés à Nouadhibou. A 21 h, ligotés, yeux bandés, ils sont embarqués dans des camions. Quelques arrêts – deux -, pour charger d’autres prisonniers. Les camions roulent jusqu’au matin. Peu après Boulenouar – 87 km de Nouadhibou-, ils ont été déshabillés. 

On les débarque à 7 heures du matin. Inal. Accueillis à coup de cravache, on les laisse dehors jusqu’aux environs de 15 h. Leurs gardiens ôtent les bandeaux et donnent du mou dans les cordes. Parqués dans des hangars de la base militaire, on leur donne à manger, pour la première fois depuis 24 heures. On les ligote après le dîner, pieds et mains joints derrières le dos. A plat ventre. Les coups pleuvent. Un soldat leur crache : «vous êtes des flamistes». 

La soirée du 27 au 28 novembre, après le dîner, on les aligne, face au mur, à genoux, mains liées derrières le dos. Les geôliers choisissent 28 personnes – 28 comme le 28 novembre- les font sortir et les pendent, à quelques mètres des hangars. Le premier pendu un sergent-chef de l’armée du nom de SAO. Parmi les autres : N’dongo Saidou, NdjiuBaïru, N’dongo Alassane… 

La journée du 28 novembre vit plusieurs autres morts par suite de tortures et mauvais traitement. A partir du 28, les travaux forcés, pendant une semaine. Les détenus construiront ainsi la mosquée de la caserne d’Inal. Quelque  règles internes : tu parles, on te pend ; tu es malade, on te laisse crever ; tu n’as pas le droit d’uriner après 17 heures. 

Le 4  décembre, mission de l’Etat-Major. Elle constate que les ¾ des détenus ont disparu. Le message a surtout touché les militaires de la 1ère région militaire.  

Le 8 décembre des camions ramènent les prisonniers à Nouadhibou. Base Wajaha. Dans une chambre de 30 mètres de long, on entasse les 96 sous-officiers et hommes de troupe. Le 9, dimanche, «très bon petit déjeuner», café et pain. Du riz à midi et du riz pour dîner. 

Le 11, commencent les interrogatoires. Deux questions : -  connaissez-vous les dirigeants du Flam ? -  est-ce  que vous «cotisez» ou non ? Ceux  qui disent  non sont passés à tabac. Tous répondent oui. Il fallait mentir, les tableaux de la marine, etc. 

Les tortionnaires exigent une déclaration signée. Après ça on mange correctement. Les aveux ont été extorqués à tout le monde. Les maladies – béri-béri, dysenterie, diarrhées – déciment les prisonniers. Il n’y a pas de wc. Les hommes font leurs besoins dans la  chambre commune, dans deux  fûts coupés en deux. Les derniers jours de décembre  voient la ration diminuer : 1 pain pour 9 personnes. Cela continue jusqu’en février 91. Une mission de la gendarmerie vient interroger 15 officiers et 15 sous-officiers et hommes de troupe. 

Le 1 er mars on libère 3 capitaines et 2 lieutenants. Un officier vient voir les autres, vers 20 h, une liste de 60 noms à la main. 20 personnes restent  dans la cellule. Les 60 sont amenés à l’aéroport embarqué en Buffalo. Nouakchott. Ligotés. Jreida. Camions. Le 8  mars les prisonniers sont à N’beika. Le traitement s’améliore – plus de cordes. Une douche parfois. Le 18 mars on annonce leur  libération  aux prisonniers. Les officiers  reçoivent 12000 um, les sous-officiers 8000, les hommes de troupe 5000. Frais de transport. En camion civils. Les 20 restés à Nouadhibou ont été libérés le 6 mars  et réintégrés dans l’Armée. 4 officiers, 3 sous-off, 1 soldat ont été libérés à Jreida. Les autres ont été libérés de l’armée en même temps que la prison. Motif oral : «appartenance aux Flam» – Motif écrit – sur dossier «mauvaise manière de servir». Prés de 140  morts à Inal dont trente de maladie. Les veuves ont reçu un «capital décès» équivalent à 6 mois  de salaire de leur époux. 

 

  

Témoignage d’un lieutenant putschiste négro-africain  

  

Jeudi 22 octobre 1987. Peu avant midi, le lieutenant x  est convoqué à l’Etat-Major pour «besoins de service». Un officier l’accompagne. Un autre l’attend devant les bureaux. Des visages connus. Des sentinelles partout. X a l’impression qu’il y a «quelque chose». On l’emmène dans une chambre. Il attend jusqu’à 16 h. Le  chef d’Etat- Major adjoint et un officier du renseignement entrent dans la chambre. Ils lui posent des questions  anodines en apparence. Cherchent à lui faire dire des «choses». Subtilement. Ils ne lui soutirent aucune information. On lui place une chaise dehors. Avec des soldats armés tout autour. Consigne donnée à voix haute : «s’il bouge de sa chaise, tirez». X commence à réaliser l’ampleur du problème. «Une information a transpiré, dit-il, mais d’où ?»   

A 2 heures du matin, arrive la Gendarmerie. X  est encore en tenue, avec ses galons. Garde-à-vous devant l’officier supérieur de la Gendarmerie. Celui-ci  lui dit tout de suite qu’il n’est plus officier, et le trait de «vulgaire putschiste». Lui fait enlever ses galons, son ceinturon et sa casquette. L’officier de Gendarmerie est venu avec une longue liste  de noms. Il demande à X  de les  reconnaître. Les tortures suivent. Les gendarmes obtiennent les informations qu’ils voulaient, qu’ils attendaient surtout. On enferme le lieutenant dans une cellule. Il y reste jusqu’au samedi, 1 heure du matin. X est réveillé par un collègue de promotion. «Suivez moi, mon lieutenant». «Où ?». «A la plage». X se remémore ce qu’on lui a déjà dit : «nous avons assez d’information pour te coller au poteau». 

Il sort de la cellule. On lui met les menottes. Des voitures alignées dans la cour. Brimades, insultes. Land Rover. Puis poste de contrôle de Jreida. 4 heures du matin. Ses camarades et lui passent la nuit en plein air. A 6 heures on les «dispache» dans les cellules. Les interrogatoires réels commencent. Les meneurs d’enquêtes tenaient à ce que les détenus  reconnaissent : -a) qu’ils allaient faire un coup d’état ; -b) que la date en était fixée au 22 octobre : -c) qu’en cas d’échec ils projetaient de massacrer les populations civiles. 

Ils utilisaient pour ce faire la panoplie d’arguments qu’on  ne connaît que trop. Jreida était pleine à craquer de militaires négro-africains détenus, enfermés tous ensemble. Les enquêteurs fabriquaient des preuves pour pouvoir inculper le plus durement possible. Le lieutenant X  me dira : «je sais qu’on a relâché beaucoup de gens impliqués dans  l’affaire alors que des innocents restaient enfermés». Il était clair que le pouvoir cherchait un «châtiment exemplaire» ajoutera-t-il. Sur 200 arrestations 50 hommes devaient être jugés. Les 150 restant n’ont même pas été interrogés. Le 17 c’est  l’ouverture  du procès. Un jour auparavant, le 16 novembre, le juge d’instruction  arrive avec le procès d’audition de chacun des «putschistes». «Il nous les faisaient lire devant l’officier chargé de nos interrogatoires» affirme le lieutenant X. Les accusées apposent leurs signatures au  du document. Juste avant l’ouverture du  procès, une liste d’avocats est soumise aux détenus. «Choisissez votre avocat». X refusera. Le tribunal choisira pour lui. «Avant même l’ouverture de la séance, son avocat l’avait averti le 17, jour de l’ouverture du procès. A l’ouverture, le Président du tribunal entend les inculpés et il lit les chefs d’accusation : -  atteinte à la sûreté de l’Etat ; - massacre et dévastation de la population (sic) ; –  rassemblement illégal 

Personne ne pouvait  reconnaître ces accusations. «Si putsch, tentative de putsch, il y a eu, elle était encore à l’état d’hypothèse intellectuelle», soutient X. Tous répondent donc : Non. Les plaidoiries commencent. Les avocats luttent pied à pied, se surpassent. «Nous avons été très bien défendus, dit le lieutenant. Les avocats disaient ce qu’il fallait. Le problème  était  les chefs d’accusation, faits pour entériner  ce qu’il y avait dans les têtes. La volonté  était politique». 

Pour les avocats, la décision était déjà prise. La tentative de coup d’état n’a pas connu un seul début d’exécution. Personne n’a été pris l’arme à la main. Personne en  réunion. 

L’avocat général  demande 11 têtes. La   sentence : -  3 peines de morts (Lt Sarr Amadou, Lt Ba Seydi, Lt Sy Saïdou) ; – 18 condamnations aux travaux forcés à perpétuité (dont le lieutenant X). 

Les autres à 10 et vingt ans de prison. Il y eut 3 acquittements. C’est  le 3 décembre 1987. Ceux  qui n’ont pas été jugés ont été gardés 2 mois et ramenés chez eux en janvier, en résidence surveillée. Les condamnés iront à Walata en même temps que les civils détenus à la prison de Nouakchott depuis octobre 86. 

Le lieutenant X sera libéré le 3 mars 91. Pour lui il y aura toujours un AVANT  et un APRES le procès. «On a pris des préjugés comme base pour tuer et condamner».  

«Le régime voulait focaliser l’attention sur un seul groupe ethniques étaient représentées dans la préparation de ce coup Maures noirs et blancs. Soninké. Les Flam n’ont rien à avoir avec ça. Mais pour les coups d’Etat, la légitimité est dans la réussite». 

 (Propos recueillis par Habib Ould Mahfoud)  

 Source /

La Tribune N°358 




Arabes-négro-africains

18072007

 Faillite d’un mariage de raison

 

 

Une histoire de malentendus et d’idéalisme généreux, de compromis et d’extrémismes. Une histoire de fraternité. Une histoire de haines cumulées, de rancoeurs et de frustrations ressassées.

L’histoire de la Mauritanie depuis 1945. L’histoire de d’un ratage, d’un rendez-vous manqué entre les deux communautés raciales qui composent, ou divisent le pays. La communauté arabo-berbère, ou arabe, ou maure et la communauté négro-africaine ou négro-mauritanienne.

L’aventure commence comme un banal cours d’histoire pour bachoteurs. La seconde guerre mondiale. Les Nations Unies. La décolonisation. La fin du mythe du ‘Blanc’. Le « prise de conscience » des peuples colonisés.. Les luttes de libération. Tout débute là où finit « Le » fleuve. Saint-Louis. Capitale du Sénégal et de la Mauritanie.

1947. Une année après l’Union française, pour contrecarrer la monopolisation des centres de décision par les « st-louisiens », se crée une Union générale des Originaires du Fleuve (UGOF). Elle regroupe des Mauritaniens et des Sénégalais de la vallée du fleuve Sénégal. on y trouve, côté mauritanien : Bâ Mamadou Sambouli, Cheikh Sao, Sall Abdul Aziz. L’UGOF n’est pas un parti politique. Seulement « un groupe de pression ». Le problème, disaient-ils, étant « une question de représentativité des populations riveraines du Sénégal ».

Ce groupe sera le noyau de l’action politique de HORMA OULD BABANA et fera du parti de l’Entente l’un des principaux acteurs du processus de décolonisation de la Mauritanie. Déjà en 1946, la vallée du fleuve a voté et fait élire Horma contre Yvon Razac. L’administration ne pardonne pas aux hormistes. La vallée votera encore massivement pour Horma en 1951, mais il se fait battre par Sid’el Moctar N’diaye, le candidat de l’UPM (Union progressiste mauritanienne). Au congrès de l’Entente, Saint-Louis 51, un fonctionnaire, originaire de Boghé, Bâ Hamat, sollicite l’investiture de l’UGOF. Les sénégalais de l’Union sont pour. Les Mauritaniens sont contre et appuient Horma. On le voit, l’heure n’est pas encore aux élections de janvier 56, écoeuré, s’exile au Maroc. L’Entente fait élire Suleimane Ould Cheikh Sidia, conseiller de l’Union française, au détriment de Moctar Ould Daddah, candidat UPM.

Le premier gouvernement, dans le cadre de la loi Defferre, sera entièrement UPM.

Très vite remanié pour faire entrer Dey Ould Sidi Baba, non UPM, comme ministre du Commerce. Mais bientôt l’édifice élaboré par Ould Daddah se ????? L’Emir du Trarza, MD Vall Ould Oumère, prend le chemin de Rabat, suivi par MD El Moctar Ould Bah. Ils seront rejoints par Dey Ould Sidi Baba, mandaté par le gouvernement pour les convaincre de revenir au pays. Le danger vient du nord. Ould Daddah appelle le Sud à l’aide.

Le Maroc risquait d’aller trop loin dans ses revendications, appuyées par la présence de personnalités aussi influentes, il était urgent, disait Moctar, « d’unir le peuple pour résister au Sultan ». C’est dans cette optique qu’eut lieu le second remaniement ministériel à la faveur duquel Bâ Mamadou Sambouli entre au gouvernement, en janvier 1958. Le temps n’est pas à la tranquillité. En Egypte, Nasser a le vent en poupe. En Tunisie, c’est l’époque héroïque du Destour. Les Algériens, avec des arguments gros comme bombes, s’emploient à bouter le « roumi » dehors. La marmite africaine bout. En Mauritanie, Bouyagui Ould Abidine est en train de mettre sur les rails le parti de la Nahda. Qu’on le veuille ou non, un parti « arabe ». Premier accroc.

1958 toujours, le Congrès d’Aleg. « Depuis ce congrès, me dit l’une des grandes figures de l’intelligentsia négro-africaine, les Noirs ont l’impression d’avoir raté le coche. De ne pas avoir exigé suffisamment de garanties ». Les revendications négro-africaines, mises en avant par l’UGOMS (Union des Mauritaniens du Sud), qui a relayé l’UGOF, étaient principalement :

1) Le respect des cultures nationales ;

2) La participation au pouvoir

« Chaque halpulaar vit dans un Fouta culturel, un Fouta dans la tête », dira un négro-mauritanien. « C’est ce qui explique la mise en avant de ces deux principes ». Cependant, ces priorités allaient  s’effacer sur devant la querelle des ‘fédéralistes’ et des ‘autonomistes’. Au sein de l’AOF, la bataille fait rage. En Mauritanie aussi où Moctar Ould Daddah mène le parti de ceux qui pensent que chaque pays doit se joindre à la France, en tant qu’entité distincte, tandis que Hadrami Ould Khattri fonde le PFA (Parti de Fédération Africaine) qui soutient la mise en place d’un exécutif fédéral pour toute l’AOF. L’action des négro-africains, en vue « d’une bonne intégration nationale », est menée dans le désordre. L’UPM et l’Entente fusionnent à la faveur de ce congrès « pour faire face aux menaces marocaines ». C’est le PRM ????? ne va pas se terminer sans que la Nahda, parti ‘arabiste’, dévienne une donnée incontournable du paysage politique mauritanien.

L’indépendance en 60. En 61, nouvelle fusion. La hantise de la division. Le pays tient par si peu de choses. Le PFA de Ould Khattri, le PRM de Ould Daddah et la Nahda de Ould Abidine se dissolvent dans le Parti du Peuple Mauritanien, le fameux PPM, que certains appelaient PPCD (Plus Petit Commun Dénominateur).

« Les problèmes commencent réellement avec le parti unique », commente un ministre négro-africain de l’époque. Le ‘parti unique’ devient effectif en 1964, à la faveur d’un Conseil national transformé par Ould Daddah en congrès. « Coup d’Etat », « anti-constitutionnel », « anti-démocratique », « accaparation du pouvoir ». Les murs de l’école annexe, qui abritait le parlement en ce temps, en tremblent encore. Cheikhna Ould Mohamed Laghdaf et Hamoud Ould Ahmedou démissionnent du gouvernement. C’était l’époque où les gens avaient des principes. Les négro-africains jouent le jeu de l’unité nationale. Pas de fausse note jusqu’à présent.

En 59, l’arabe est entrée à l’école primaire. En 1961, dans la Constitution, à côté du « français, langue officielle », l’arabe « langue nationale ». Pas un mot du pulaar ou du soninké. Encore moins du wolof. La pilule est dure à avaler, mais elle passe. Que les Maures « ne puissent pas accuser les négro-africains de saboter l’unité nationale ».

L’heure est la construction nationale. Les Négro-africains dominent dans l’administration. Les trois officiers les plus gradés de l’Armée nationale sont aussi négro-africains : le premier chef d’Etat-major sera le commandant Diallo. D’abord pressenti, le commandant Kane Abdul Boly, de Tekane, n’acceptera pas. De même que le capitaine Kane Abdul Aziz de M’bagne qui préféra être chef de canton.

Entre-temps, l’alchimie daddahienne fait ??? ministrer la région du fleuve par des Mauresques ??? alors que les négro-africains administrer ????? les régions à dominante arabo-berbère. Fait ??? pour brasser, cette équation se révèle ??? désastreuse. Les administrateurs, peu au ???? des sensibilités culturelles de leurs administrés accumulent bévue sur bévue. Le principe ??? du « péché collectif » cher aux africains ???? le reste. Les fautes sont celles du gouverneur ou du préfet, mais aussi les fautes ???? son clan, de sa tribu, de son ethnie. En ????? temps le monopole négro-africain ???? l’administration s’effrite. Les Arabes y ???? leur entrée au nom du « bilinguisme ». Même s’ils sortent de la Mahdra et ne parlent qu’une langue. « C’est l’administration qui est bilingue, pas l’administrateur », plaide un ministre –maure- de Ould Daddah. Le Mal s’insinue. Le château du sable du « consensus national » ne résistera pas aux déferlantes de l’arabisation. 1956 est l’année où s’accumulent les frustrations. Le monde noir se gargarise de négritude et de senghorisme. L’impact n’est pas énorme en Mauritanie, mais on prête l’oreille à ce discours au fur et à mesure que le nationalisme arabe se précise dans le pays. La Nahda, compromise par son flirt avec le Maroc, enfante deux courants :

-         baathiste, national-socialiste arabe

-         nassériste, tendance élitiste arabe, à caractère petit bourgeois

« Nous commençâmes à nous inquiéter sérieusement », se rappelle un dirigeant négro-africain. La cassure devient évidente. Le divorce semble définitif lorsque l’arabe est imposé, en juin 66, dans les classes d’examen. Le mouvement de protestation débute au lycée de Nouakchott et dégénère en émeutes sévèrement réprimées.

Les négro-africains s’élèvent par écrit contre « l’arabisation à outrance » pour évincer les noirs et le « recrutement de fonctionnaires de l’Etat sans éducation suivie », allusion aux sortants des mahdras et écoles traditionnelles. C’est le ‘manifeste des 19’. Bâ Mamadou Sambouli, Kane Elimane et Mohamed Ould Cheikh sont « débarqués » du gouvernement. Accusés de voir l’arabisation d’un mauvais œil.

Le climat politique du pays est d’autant plus lourd que les Maures accusent les Halpulaar en d’être « l’antenne de la France » de vouloir « sauvegarder les intérêts de la France dans le pays », d’être « une cinquième colonne à la solde de l’étranger », et autres accusations du même acabit. « Un comble, s’insurge cet intellectuel noir, un comble pour des gens qui ont combattu la France pendant 116 ans ! ». L’amalgame est définitif. Pour les Arabo-berbères, ‘langue français égale intérêt de la France’ et ‘les Halpulaar veulent le maintien du français langue exclusive d’enseignement’.

Le congrès du PPM, Aïoun 67, planchera d’ailleurs uniquement sur la question du « bilinguisme ». Les  « Safalble » et les « tkarir » conviennent du principe de « l’égalité du français et de l’arabe comme langues d’enseignement ». Ould Daddah, président increvable, après la formule de la « Mauritanie trait d’union » entre deux mondes, forge le concept de « l’homo mauritanicus ». Pendant 8 ans, le parti au pouvoir fera de la « repersonnalisation de l’Homme mauritanien » son ???? slogan. Parallèlement à cette recherche effrénée d’identité, le pays connaissait un taux de croissance économique de 7%, le seul au monde avec Taiwan. La question culturelle se pose avec acuité. Mais la bataille se déroule déjà sur un autre front.

Guevara. Le Vietnam. Le Petit Livre Rouge. Mao. 1968 ou l’année de tous les dangers. « La chienlit » fait vaciller De Gaule. Mai. Le 29. Zouérate. La guerre des mineurs. La Miferma, « Etat dans l’Etat », à 95% française, tremble. La France, -tout le monde n’est pas parti à Baden-, inquiète pour « ses ressortissants », presse Ould Daddah de « faire quelque chose ». Il fait donner la troupe. ‘C’était ça ou les commandos du Point d’Appui de Dakar’. Bilan : une dizaine des morts. Le « martyrologe révolutionnaire » est né.

Le Mouvement national démocratique (MND), première forme, vit le jour cette année-là. Fondateurs : Soumeyda (mort en 73), Daffa Bakary, Bâ Abdoul Idi, Bedredine, Mohameden Ichidou, Moustapha Abeid Rahmane (actuel ministre), Dah Abdul Jelil (actuel wali du Guidimakha).

Arabes et Négro-africains militeront ensemble contre « la féodalité », « le néocolonialisme » et bien sûr « l’impérialisme ». Très vite, le MND va dominer la scène politique nationale. La revendication prioritaire des Négro-africains devient « une revendication SOCIALE d’intégration ». Subtilité du nouveau discours « de gauche ». La « question culturelle » est reléguée au musée des antiquités. Orthodoxie marxiste oblige. Les jeunes politiques arabo-mauritaniens, après le Congrès d’août 68 du parti baath syrien, à Damas, auquel assistaient des délégués de l’UNEMO (Union des Etudiants Maures). Breidlayl, entre autres, sous l’impulsion de Soumeyda, mettent une sourdine à leurs revendications « arabistes ». Pour un moment c’est le consensus contre Ould Daddah que d’aucuns présentent comme le véritable fondateur du premier MDN « pour asseoir les fondements de l’Etat-nation, faire taire les particularismes culturels et créer une conscience nationale ». Ce n’est pas impossible. Toujours est-il que le MND est écartelé entre deux courants.

Les « pro-chinois » de Moustapha Abeid Rahman, dans le Parti des Kadihines de Mauritanie (PKM).

Les « pro-soviétiques », de Ladji Traoré, dans le Parti Mauritanien du Travail (PMT).

Les sympathies personnelles jouant un grand rôle, les Soninkés et une majorité de Pulaar se retrouvent au PMT, très vite taxé par le PKM de la formule maoïste « nationaliste étroit ».

Des nationalistes arabes militant au sein du PKM, le PMT invoquera l’adresse de Lénine aux Biélorusses pour taxer ce parti de « chauvinisme ». C’est la joie chez les révolutionnaires. « L’unité nationale » en prend un sacré coup. Le problème noir avait glissé en 68 du politique vers le « social ». Le concept de luttes de chasses fait fureur chez ces communistes honteux, aussi bien négro-africains qu’arabes. Un sociologue négro-africain : « Ayant perdu sur le terrain politique, les Halpulaaren transposent leurs revendications sur le terrain culturel » dès 68.

En cette fin des sixties PKM et PMT se disputent l’espace de l’opposition politique. Le PKM l’emportera et dominera la vie politique nationale jusqu’en 1975, année où il se ralliera au PPM au pouvoir, suivant les directives du Parti communiste Chinois au congrès de Pékin 73, « pour renforcer la bourgeoisie nationale afin de contrecarrer l’hégémonisme des puissances impérialistes ». Et pan sur le ?????- le PKM se dissout dans le PPM- troisième fusion au congrès de la « clarification » Nouakchott 75. En 1976 naît « Bamtaare pulaar », association pour la renaissance du pulaar. Chez les Soninkés, l’association « Yilikare » voit le jour en 1977. Dans les deux cas, on entend investir l’arène politique en passant par la culture.

Encore une fois, les Négro-africains seront en retard d’une stratégie.

Depuis 1973, la Mauritanie est membre de la Ligue Arabe. L’aide arabe s’abat sur le Pays comme une manne céleste. « Cette aide a été dévoyée, détournée au profit des Maures », tonne un intellectuel de la vallée. La bourgeoisie se beydanise à marche forcée. « Qu’on ne parle pas ce concurrence ! Le pouvoir a favorisé une partie de la population au détriment de l’autre ! », reprend mon interlocuteur.

Au pouvoir politique, les Arabo-berbères ajoutent désormais le pouvoir économique. Le pouvoir culturel sera confisqué plus lentement. Le pouvoir de Ould Daddah pousse vers « l’affermissement de l’identité arabe du pays ».

L’arabisation effrénée de l’enseignement, les réformes cumulées, les facilités offertes aux étudiants des filières arabes, la radio, les manuels scolaires, concourent à camper l’arabité de la Mauritanie en escamotant sa composante négro-africaine. Plus tard, l’Histoire des empires et royaumes noirs ne sera même plus enseignée aux écoliers. Tout juste retient-on Ghana « qu’on présente comme un monde jahélite, une sorte de contre-exemple », sourit un cadre noir. Et de rappeler « L’HISTOIRE EST LA SIBLE STRATEGIQUE NUMERO UN, C’EST POURQUOI LE GROUPE LE PLUS FORT CHERCHE TOUJOURS A NIER CELLE DES AUTRES »

 

Habib Ould Mahfoudh

Source :

La Tribune N° 358




REGIONS

18072007

Brakna : renouvellement des instances des CAPEC 

  

Conscient que la grande majorité de la population active de la Mauritanie est dans l’informel et que cette dernière brasse une forte manne financière et ne pouvant pas bénéficier des services de la banque. L’idée de créer la PROCAPEC qui est la maison mère et la CAPEC au niveau de la Moughataa , est apparue en 1993. C’est ainsi que  la Wilaya du Brakna a 3 CAPEC, contrairement aux autres qui n’en disposent qu’une exceptée la wilaya de Nouakchott, (celles de Mghgta Lahjar, d’Aleg et de Boghé). La CAPEC de Boghé a vu jour en 2005. Son objectif est de lutter contre la pauvreté, améliorer le quotidien de la population et de créer des activités génératrices de revenus. C’est ainsi qu’au début de juillet 2007, la CAPEC de Boghé compte 753 adhérents dont 431 hommes, 246 femmes et 58 coopératives. Tous les adhérents sont membres et sociétaires. La caisse offre plusieurs services : on peut en citer l’épargne et le crédit. La caisse a déjà offert plus de 76 564 000 à 489 bénéficiaires, 291 hommes, 189 femmes et 9 coopératives. Selon le gérant de la caisse, M. M’Bodj Harouna, les adhérent qui prennent du crédit s’acquittent à temps de leurs échéances et ce qui permet aux autres sociétaires d’en prendre. Quant à l’épargne, il a connu une augmentation de 400% en l’espace de 2 ans du fait de l’apport des sociétaires. A l’assemblée constitutive, tenue en avril 2005, le montant était de 10 652 260 et il est actuellement en date du 3 juillet 2007 à 40 394 000 . 

La caisse a une structure très légère qui lui permet de bien fonctionner. A sa tête M. M’Bodj Harouna, cadre compétent, discret, efficace et toujours à l’écoute et au service de ses abonnés. Il est épaulé pour cela par 3 agents. 

Pour la bonne marche de la caisse, la CAPEC de Boghé a organisé le 5 juillet une assemblée générale pour faire le bilan et le compte rendu des deux années passées. 

Les participants à l’assemblée ont été satisfaits du travail accompli par l’équipe. C’est dans ce cadre que le président du conseil d’administration, en l’occurrence Pape Moctar a été reconduit à son poste. Les membres du Conseil de surveillance et ceux du Comité de crédit ont également été élus à l’unanimité par les sociétaires. Ils bénéficieront de sessions de formation continue pour renforcer leurs capacités en vue de mener à bien leurs missions. 

                                                            Abou Boubou Fall 

                                                            Cp. Brakna 

  

  

Les maires du Brakna rencontrent leur ministre 

En marge de l’atelier de concertation sur le développement et l’éducation des jeunes enfants organisé le 7 et le 8 juillet 2007 à Aleg, par le Ministre chargé de la promotion de féminine, de l’enfance et de la famille, le Ministre de la décentralisation et de l’aménagement du territoire, Yahya O/ Kebd a profité de cette session pour rencontrer les Maires du Brakna pour la prise de contact et leur rappeler leur mission. Le Ministre dira : « vous êtes élus d’une manière démocratique et transparente et je vous félicite » et par conséquent vous ne devriez pas décevoir vos partenaires (administrés). Le Ministre dira : « certes, les moyens financiers mis à la disposition des communes sont très limités » il demande aux Maires d’utiliser d’une manière très judicieuse et rationnelle le FRD (Fond Régional de Développement). Ce dernier sera sensiblement augmenté dans un avenir très proche. Le Ministre dira aussi que l’absentéisme des Maires ne sera plus toléré et que son ministère sera toujours à leur côté pour les épauler. Il demande aux Maires d’opérer un changement de mentalité et  redynamiser leur association afin qu’ils puissent avoir un interlocuteur. A la fin de son exposé, les Maires prennent la parole pour évoquer les problèmes qu’ils rencontrent quotidiennement. 

Le premier à prendre la parole est Kane Amadou Tidjane, Maire de Dar El Barka. Il félicita le Ministre d’avoir pris l’initiative de rencontrer les Maires et les écouter  pour qu’ils puissent exposer leurs problèmes. Ils sont très nombreux et je ne vais en citer que la partie visible de l’iceberg. Tidjane dira que depuis qu’il est élu Maire il n’arrive pas à occuper son bureau du fait que les locaux de la mairie sont squattés par le commissaire de Dar El Barka qui refuse de les quitter. Il s’est plaint auprès du Hakem et du Wali. Cependant,sa plainte n’a pas eu d’échos favorables. Il travaille pratiquement dans la rue. 

Le forage de la localité est entre les mains d’un individu qui refuse de le restituer à la commune. Il demandera au Ministre de l’aider à solutionner ces problèmes. Le Maire de Maal Ahmed Ould Boybou dit que le changement que demande le Ministre doit venir du sommet et la base va suivre. Le Maire dira qu’ils n’ont aucune considération et aucun respect devant l’autorité administrative. Les Maires subissent quotidiennement des humiliations et des brimades de la part de l’autorité administrative. Enfin le Maire de Maal dira  vu les grandes superficies que couvrent les communes, il demande à l’Etat de leur affecter des voitures et leur attribue des salaires. Le Maire de Maghta Lahjar, Tahar O/ Verwa, se plaindra de l’attitude des receveurs municipaux qui sont souvent absents et quand le fonds régional arrive, ils en prélèvent plus de 15% et ils le donnent en plusieurs tranches. Ce qui rend le travail des mairies insignifiant. Il demande que les rapports avec l’administration ne soient plus des rapports de subordination mais de collaboration. 

Le Maire d’Aghchorguit, Sidi O/ Meïlid dira : « nous sommes toujours victimes de la brutalité des forces de l’ordre et qui refusent de nous apporter de l’aide. Pas plus tard que la semaine  passée j’ai été éconduit par un gendarme au poste d’Aghchorguit. Mon seul tort c’est d’avoir demandé de l’assistance pour l’accomplissement de ma mission. 

Vu le temps qui pressait et le Ministre avait d’autres engagements, le dernier à prendre la parole fut Dieng Mamadou Abdoulaye, le Maire de Aéré M’Bar. Il dira, que de toutes les communes de la Wilaya  : « ma commune est celle qui a le plus de problèmes particulièrement fonciers. Les anciennes autorités ont distribué pratiquement toutes les terres sans aucune forme d’art à eux-mêmes, à leurs proches, aux grands commerçants et à des militaires et sans que les autochtones n’en bénéficient ». 

A la fin de leur exposé le Ministre a pris la parole pour dire aux Maires que les problèmes qu’ils ont soulevés certains trouveront leurs solutions. C’est le cas soulevé par le Maire de Dar El Barka, les rapports avec l’autorité et la collaboration avec les forces de l’ordre. Et quant aux problèmes fonciers, cela ne concerne pas simplement la commune d’Aéré M’Bar mais toute la Mauritanie en souffre. Des études seront faites pour solutionner ces différends. A la fin de la rencontre, un incident s’est produit entre le Maire de Dar El Barka, Kane Amadou Tidjane et le DRS (Directeur Régional de la Sûreté ) du  Brbakna, le Maire essuiera l’ire du DRS, Mohamed O/ Ahmedou O/ Ahmed Houssein qui lui rappellera que la police continuera à occuper les lieux malgré ses protestations. 

  

Abou Boubou Fall 

CP Brakna 

  

 

Kaédi :
La CAPEC, un exemple à suivre. 

 

Le dimanche 1er juillet 2007,
la CAPEC organise une assemblée générale extraordinaire à l’Hôtel de Ville. 

A dix – sept heures, la salle des réunions était pleine à craquer. 

 

L’ordre du jour était ainsi libellé : 

 

§         Lecture du Coran, 

§         Mot du Président, 

§         Rapport du Gérant, 

§         Mot du Représentant de
la PROCAPEC, 

§         Election du Bureau. 

 

Le premier point est confié au nommé Cheikhatou. Sa voix triste et mielleuse a fait entendre des mouches voler dans la salle. 

 

Ensuite, c’est au tour du Président sortant, CAMARA Ibrahima de prendre la parole. Il remercie toute l’assistance d’être venue nombreuse et de dire que le Gérant a réalisé des performances, tous les clients s’étant acquittés honnêtement de leurs engagements. 

 

Le Gérant de
la CAPEC, tout sourire – c’est, murmurèrent quelques personnes dans la salle signe de toute sa satisfaction – prend la parole. 

Il va directement au but en nous présentant le tableau ci – dessous : 

 

CAPEC – Kaédi : 2004 – 2007. 

 

Années 

2004 

2005 

2006 

2007 

Membres 

1.060 

1.248 

1.377 

1.621 

Epargne Totale 

42.534.658 

55.861.557 

67.174.066 

73.094.796 

Crédits Octroyés 

29.817.150 

35.827.985 

39.673.318 

44.901.907 

  

Après un petit commentaire sur le tableau, le Gérant augmente « Désormais, l’adhésion est fixée à 2.000 (deux milles) Ouguiyas. Ceux qui avaient adhéré avec la somme de 5.000 (cinq milles) Ouguiyas seront remboursés de 3.000 (trois milles) Ouguiyas ». C’est là un véritable respect de la démocratie. 

 

- 1 - 

 

Après, c’est le Représentant de
la PROCAPEC, venu pour le renouvellement des instances d’exprimer sa joie. Il félicite tout le monde, des clients au Gérant passant par les membres du Bureau Exécutif et du Conseil d’Administration. 

Cette réussite dit – il est la vôtre. Il promet que les intérêts seront revus à la baisse ou même supprimés et que les prêts seront revus à la hausse pour mieux lutter contre la pauvreté. 

 

En ce qui concerne le dernier point, c’est – à – dire l’élection du bureau, Monsieur SOW Moctar Samba, 4éme Maire – Adjoint coupe au court ‘’Avoir une bonne équipe pour la gestion est chose rare dans ce pays. Cette équipe n’est pas à changer, elle est à récompenser’’. Là, des applaudissements étaient nourris. Tout le monde partageait cet avis. C’est ainsi que le bureau sortant a été presque reconduit dans sa totalité. 

 

Ainsi, il s’impose de demander à
la Mutuelle de Santé de Kaédi, au Crédit Municipal, à
la Commune elle-même, à toutes les coopératives et ONGs… de suivre l’exemple donné par
la CAPEC de Kaédi afin de sortir la ville de la pauvreté qui la lamine. 

 

SOW Moctar Samba 

CP / Gorgol 

Contact: 650.68.29    

 

Source :
La Tribune n°358
 

 




Mauritanie : visions et (in)divisions

18072007

 

 Par Cheikh Touré 

 

 

« La justice consiste à mesurer la peine et la faute, et l’extrême justice est une injure». Judicieuse leçon de Montesquieu pour un état qui dénonce ses fautes flagrantes et « injustifiées ». Sans prendre la « peine » d’en assumer la responsabilité. Sous peine  maximale d’être enfin « pardonné ». Voire réhabilité et plébiscité. Par ses victimes et le peuple entier qui en espèrent un avenir juste et pacifié. 

 

Amnésie stratégique 

Mais il faut admettre que «la justice n’est pas une vertu d’état.»(Corneille). Plus enclin à l’abus de pouvoir et la fuite des responsabilités, l’état mauritanien ne repose que sur des milices armées pour imposer son autorité. Architectes de mouroirs et complices de déportations, l’armée et la police nationales se retrouvent dans son amnésie stratégique et affûtée. Pour les mêmes raisons, l’administration zélée y touche sa prime de fidélité. Agent mercenaire de son état, l’establishment multirécidiviste en explose son applaudimètre illimité. A défaut de lui faire entendre raison et ajourner « l’invasion », sa majorité politique lui assure sa caution. Comme jadis elle a endossé la dictature et la transition. Faux intellos sans vision et pseudo cadres sans prétention concourent pour sa promotion. 

C’est pour couvrir ce petit monde que l’état autoamnistie ses crimes et atrocités. En dépit de leur volonté de pardon, il oblige les associations de victimes – et de droits de l’homme- à entériner son projet bâclé d’un retour précipité. Sans conviction et dans la difficulté. Minoritaire au parlement et consensuelle plus que de raison, l’opposition démocratique fait mine de croire à la sincérité de sa confession. Mais sans illusion sur la fragilité de son programme d’action. Elle s’évite ainsi de réveiller de vieux démons. Les nationalismes antagonistes que ses dirigeants n’ont jamais cessé de colporter. En relayant des propagandes postcoloniales éventées. Comme l’idée reçue assimilant le retour des déportés à un surpeuplement prémédité. Un danger de dilution pour l’identité sous-entendue de la nation. De tout cela, l’état se fait une raison, une vision  et des… divisions ! 

 

« Mauritanie-Vision » 

Le gouvernement peut donc multiplier les procédures et les arbitrages primaires. Les cérémonies et les projections imaginaires : «il est mille fois plus aisé de faire le bien que de le bien faire » (Montesquieu). Pour un réfugié, les promesses multilatérales n’ont jamais été un lot de consolation. En deux décennies de déportation, il en a avalé des bonnes intentions. Sans que sa soif de justice n’y trouve l’esquisse d’une solution. 

Il a fallu le discours historique du président pour entrevoir un horizon. Même si, dix ans après leur retour, la situation de milliers d’autres revenants n’a pas connu de progression. Que peuvent bien espérer de futurs rapatriés par temps de famine et de récession? Au mieux : se perdre dans les bantoustans de la capitale et ses environs. Ils surgiront aux aurores pour lustrer les châteaux d’un état en perdition. Avant d’y mettre le feu au grand soir de « Mauritanie-vision ». Tragique destin qui ne soupçonne pas l’enthousiasme d’un état moribond. Impitoyable et sûr de lui, il ne voit pas venir sa désintégration. Sous le poids des injustices cumulées et des pressions d’un monde en pleine balkanisation. Sous prétexte d’anticiper la chasse aux sorcières, il installe la peur et la vindicte entre ses lampistes et les victimes qu’ils ont violentées. Au lieu d’exorciser le pire en réconciliant les meilleurs dans l’unité, la liberté et l’égalité. 

 

                 

 

 

Source :
La Tribune n°358                                                                                                                                                            




De A à Z Par Tabane

18072007

J comme Jeunes. Les jeunes d’aujourd’hui avec leur look de rappeurs ont complètement perdu les repères. Avec leurs pantalons très larges qui n’arrivent même pas jusqu’à la ceinture et laissent voir leur culottes, ils errent et déambulent dans les rues des grandes villes, une clope à la bouche et une boucle à l’oreille à la recherche de quelque passant à adresser pour  le dépouiller de sas biens. Car nos jeunes désoeuvrés doivent bien vivre. Ils portent des T shirts géants avec les photos de leurs idoles : Tupac, Ronaldo ou Shakira ou Beyonce. Dans leur petit crâne, un rêve : l’émigration  à tout pris. Un véritable fardeau pour un continent qui a besoin de toutes ses forces.

 

K comme Keuf. Les keufs vous les connaissez ? Ce sont les flics. C’est le nom que leur donne les adolescents de certaines banlieues. Le mot n’est pas péjoratif. C’est tout juste une façon de parler qui permet aux jeunes de même milieu de se reconnaître. Mais sous tous les cieux, les keufs sont les mêmes. Chez nous il y a eu parmi eux des ‘dakhal chi’ qui n’hésitaient pas à dépouiller dans les rues sombres de la ville quelques noctambules qu’ils étaient censés protéger. Il y a encore ceux qui, sous prétexte qu’ils sont mal payés passent toute la journée à arnaquer les chauffeurs de taxi et autres automobilistes. Ils ‘travailleraient’ pour leur supérieur. Mais comme ils ne sont pas bêtes ils mettent quelque chose de côté pour eux-mêmes. Charité bien ordonnée…Ne croyez pas cependant que ces braves keufs font ce sale boulot sans état d’âme et sans vergogne. C’est pourquoi ils cachent leurs yeux derrière des lunettes noires. Ce qui du reste ne les protège pas beaucoup.

 

L comme Lueur. Une lueur d’espoir apparaît au bout du tunnel de 29 ans dans lequel le putsch du 10 juillet nous a tous plongés. Le régime civil est revenu et avec lui, la démocratie. L’espoir est de nouveau permis même si les défis sont de taille. L’heure est venue de faire des compromis pour arriver à un consensus. Il y va de l’intérêt de la patrie qui doit réconcilier tous ses fils.

aboubakry_d@yahoo.fr




Edito de la Tribune Par Mohamed Fall O Oumère

18072007

 

Elle était plutôt édifiante, cette rencontre avec le Premier ministre. La première du genre avec la presse privée. Il faut dire qu’on avait fini par croire qu’une guerre nous était désormais livrée par les nouvelles autorités. Rencontre privée parce qu’elle s’est déroulée dans le domicile du Premier ministre. Je me permettrai de partager avec vous deux choses : ce que j’ai personnellement dit au PM et les impressions que cette réunion m’a laissées. 

J’ai exprimé quelques inquiétudes. Je suis inquiet quand j’entends quelqu’un regretter l’époque de Ould Taya. Pour son ‘faste’, ses ‘faits’, ses ‘idées’, ses ‘actes’… Il serait dommage pour le pays qu’un Mauritanien qui qu’il soit en arrive à regretter cette époque. La vérité est que le pays a atteint le sommet de l’incohérence, les bas-fonds de la contreperformance, les limites de la faillite totale. Les problèmes de l’eau, d’électricité, de prix d’aujourd’hui sont bien le résultat d’une gestion qui n’a pas commencé le 3 août 2005, encore moins le 19 avril 2007. 

La faillite que le 3 août a évité au pays était totale : faillite économique avec la privatisation des biens communs au profit de quelques particuliers véreux, faillite politique avec l’asservissement totale de la société politique et l’exclusion de toute voix discordante, faillite culturelle avec la promotion d’une culture faite de contre-valeurs (irresponsabilité, clochardise, corruption…). 

Si le CMJD a finalement été une variation du CMSN, la transition aura quand même permis de sortir le pays de l’impasse. Mieux que cela, la conjugaison des efforts locaux et étrangers a permis de déboucher sur la meilleure configuration politique probable. Un président élu avec une courte majorité. Un président de l’opposition confortablement légitimé. Un Premier ministre dont le choix est amplement justifié. Un président de l’Assemblée nationale qui incarne la nouveauté. 

Cette configuration nous avait permis de regarder l’avenir avec des yeux tout grands ouverts. L’espoir ineffable de rompre avec les demi-teintes. Les premiers responsables étant des gens tout nouveaux. Tout blancs. Ou presque. Avec eux tout était possible. 

Notre problème aujourd’hui, c’est que nous nous retrouvons avec comme une impression de routine. Une routine qui a remplacé l’espoir. Comme si nous étions déjà dans une situation de fin de règne. C’est dommage. Pour tout le monde. 

J’ai compris qu’à l’origine des insuffisances, il y avait d’abord le manque de communication. Jamais le PM, ni le Président de la République, n’ont tenu une conférence de presse. Les ministres qui ont à présenter leurs plans d’actions, le font sans associer la presse indépendante. Même l’ambitieux programme ‘horizon 2030’ est passé inaperçu à cause de la mise à l’écart de cette presse. Quant à la question du retour des déportés, seuls les caciques de l’ancien régime ont eu jusque-là droit au commentaire. 

Quelqu’un me disait que dans la recherche des solutions aux problèmes, deux étapes doivent être nécessairement respectées : concevoir la solution et la faire accepter. La première dépend de l’émetteur. La seconde dépend du récepteur. 

Le Président de
la République comme son Premier ministre gagneraient à avoir meilleure …presse. Comme ils gagneraient à s’engager franchement dans leur programme de réformes. Pour cela affronter les forces d’inertie qui sont très puissantes. Ces forces feront tout pour empêcher le pays d’avancer. Rien ne sert de les ménager. Elles opteront toujours pour barrer la route aux forces du changement. Y compris celles qui ‘rassurent’. 




Repères

18072007

 

  

Augmenter la production minière

Le ministre mauritanien du Pétrole et des Mines, Moctar Ould Mohamed El Hacen, a annoncé dimanche au cours d’une conférence de presse, l’intention de son département de procéder à une série d’actions visant à améliorer la production minière dans le pays. Présentant un plan d’action du département dans le sous secteur minier, il a notamment évoqué un investissement de 1,5 milliard de dollars US, pour améliorer la production actuelle et dépasser les 11 millions de tonnes de fer, en vigueur depuis plus de dix ans. Un effort sera également consenti pour les autres minerais dans le cadre d’une meilleure organisation qui prévoit la création d’une police des mines composée d’inspecteurs bien formés et capables d’accompagner les différentes actions visant à optimiser la production. Au cours de cette conférence de presse, signale-t-on, le ministre mauritanien des Mines a décliné un plan d’action en plusieurs axes : la modernisation de l’administration pour la mise en œuvre de la politique gouvernementale, l’amélioration du cadre juridique et légal des secteurs pétrolier et minier, la promotion de l’exploration pétrolière et de la prospection des ressources minières. (Pana) 

 

14 juillet 

 

L’ambassade de France en Mauritanie a organisé samedi une réception dans la résidence de l’ambassadeur en commémoration de la fête du 14 juillet marquant la fête nationale de la République française. Le gouvernement était représenté à cette cérémonie par Mohamed El Moctar Ould Mohamed El Hacen, ministre du pétrole et des mines, ministre des affaires étrangères et de la coopération par intérim, Mme. Nebghouha Mint Mohamed Vall, ministre de l’éducation nationale, ainsi que le directeur adjoint du cabinet du Président de la République, le secrétaire général du ministère des affaires étrangères et de la coopération et plusieurs autres personnalités. A cette occasion, SEM. Patrick Nicoloso, ambassadeur de France auprès de notre pays a prononcé un discours dans lequel, il a remercié le Président de la République, Monsieur Sidi Mohamed Ould Ould Cheikh Abdellahi pour le message de vœux adressé au Président français, Monsieur Nicolas Sarkozy, soulignant les grandes valeurs communes autour desquelles nos deux pays se rejoignent et indiquant que la célébration de cette fête intervient après 19 mois de transition au terme desquels la « Mauritanie a entamé une nouvelle ère de démocratie, de développement, de bonne gouvernance où tous les mauritaniens se retrouvent également ensemble« , a-t-il ajouté. Le diplomate français a également adressé ses salutations au peuple mauritanien qui « a mis en place depuis l’année dernière, après des élections libres et pluralistes, de nouvelles instances politiques au niveau communal comme au niveau national », soulignant que c’est une belle entreprise que la France encourage et souhaite aider. Etaient présent également à cette cérémonie des membres du corps diplomatique accrédité auprès de notre pays, les membres de la colonie française présents à Nouakchott ainsi qu’un grand public : près de 4000 invités. Signalons que SEM Patrick Nicoloso fête là son dernier 14 juillet en Mauritanie. Cet arabisant et grand ‘mauritanophile’ quitte le pays bientôt. Son mandat aura permis d’effacer les quelques ‘errements’ du passé récent.

 




L’arbre qui…ne peut cacher le désert

18072007

 

 

Professeur Abdallahi ould Mohamed Vall.HMEYADA

Docteur d’Etat en Biologie Végétale Appliquée

ENS de Nouakchott

 

La reforme de la réglementation forestière, question d’actualité ces derniers temps, et la journée ou la semaine de l’arbre,  nous poussent à émettre certains questionnements, que les parlementaires auraient du se poser,  et à manifester quelques idées relevant d’un domaine purement heuristique concernant nos ressources phytogénétiques. 

 

Tout d’abord, n’est il pas nécessaire de savoir qu’est ce qu’un code, et qu’est-ce qu’une forêt ? Puis, après quelques années du constat sur  la biodiversité en Mauritanie, avons-nous une carte de nos forêts,  qu’elles sont les espèces végétales qui s’y trouvent? Disposons-nous d’une liste  définitive ou même approximative sur le plan systématique? Qu’elle est leur répartition géographique ? De telles données seraient, à mon avis pédagogiquement  fondamentales, pour bien justifier l’intérêt que nous accordons à ce code forestier. 

 

L’un de nos parlementaires avait bien raison de réclamer tous les noms vernaculaires locaux, évocateurs d’une culture ancestrale difficile à rogner,  plus communs des populations auxquelles le code forestier est destiné. Pourquoi avons-nous négligé cet aspect plus pratique et de portée conservatoire sur le plan culturel ? 

 

Il serait plus juste s’exclamer sur le peu de signification,  de cette insulte latine à nos plantes, bien que conventionnellement utile pour d’autres fins,  et qui les malmène en les obéissant à d’autres références. Tikifit des maures, Dôki  ou Doje des Poulaar, Rate des wolof et Téfé  chez les Soninkés ne sont –ils pas plus expressifs, chez nos populations pour désigner Combretum glutinosum  Perr. Ex. D.C. , cette   importante plante de notre pharmacopée? 

 

 Aujourd’hui, me semble-t-il, les données sur l’état des ressources ligneuses du pays, restent fragmentaires et imprécises, ce qui favorise les extrapolations plus ou mois irréalistes. Avons-nous  encore réellement besoin d’un code forestier ? 

 

La Mauritanie appartient à cet espace tropical nord, désertique ou  subdésertique, qui se caractérise par forte variabilité spatiotemporelle de la pluviométrie, eu égard à une   demande évaporative et évapotranspirative, grande et relativement constante d’une année à l’autre. 

 

Si plus des deux tiers du pays sont couverts par un climat saharien, désertique, les forêts du pays appartiennent à cette frange sud, qui s’amincit de jour en jour et que la bibliographie autorise,  à tort ou à raison, à attribuer au climat sahélien… 

 

Les épisodes secs et pluvieux, qui se sont succédés durant le XXème siècle, ne semblent pas présenter une périodicité significative, autorisant des projections d’avenir, mais la péjoration du facteur ombrique,  accentué par la sécheresse 68-86, a entraîné des modifications persistantes au niveau des écosystèmes. Les manifestations les plus éloquentes de ces oscillations climatiques se reflètent à travers la baisse sensible des niveaux des nappes phréatiques et une dégradation perceptible  des couvertures pédologiques affectant ainsi les rares espaces forestiers  au niveau du  recouvrement et de la composition floristiques. 

 

Il est de plus en plus clair que les déséquilibres écologiques actuels semblent liés,  non seulement aux caprices de l’aléa climatique, que nous indexons souvent,  mais aussi et surtout à des causes d’ordre anthropozoogène. 

 

En effet, l’Homme exerce une forte pression sur les ligneux en les utilisant pour bois de chauffe, charbon de bois, clôture, fabrication d’outils, préparations culinaires, utilisations en pharmacopée. Quant à la pression animale, celle-ci s’exerce, non seulement sur  la composition floristique, mais aussi et surtout sur l’abondance de chaque espèce et sur la structure de la surface du sol. 

 

Ainsi, l’effet conjugué de l’oppressante rigueur climatique et la pression anthropozoogène très sélective, ont-elles entraîné une désertification sans précédent dont les effets les plus spectaculaires ont été la mobilisation des dunes, la dégradation des sols  et de fortes mortalités végétales[1]

 

Celui qui remonte la vallée, de Birette à Ghabou, ou s’aventure en poursuivant le Karakoro du Guidimakha vers l’Assaba, serait certainement surpris de cette érosion géographique et génétique de la biodiversité qui a frappé nos formations forestières. De nombreuses forêts, enregistrées comme  protégées, seraient alors parties en fumée et leur terrain est devenu libre au jeu des facteurs de  l’érosion. 

 

Un exemple, celui de cette belle  forêt de Dar Elbarka, que nous avons pénétrée difficilement lors d’une excursion pédagogique en 1978, qui offre aujourd’hui un spectacle de désolation. Les restes des tiges et leur densité sont aujourd’hui les seuls témoins de cette époque relativement verte. 

 

Alors, devrons-nous compter sur les pépinières de Prosopis pour remplacer les gonakiers, les gommiers ou Eirwar des Maures, les jujubiers ou Sedem des Wolof,   les Guiera ou Guelloki des Poulaar, ou autres espèces avec lesquelles le temps a permis aux populations locales de vivre en symbiose? Savez-vous combien de temps ça demande la mise en place d’une forêt? L’équation chaque année on détruit, chaque année nous plantons, n’aura aucunement sa  signification mathématique dans la reconstitution de notre couvert végétal dégradé. 

 

Qu’elle est formidable cette inspiration écologiste d’un poète maure qui décrivait la dégradation évolutive du milieu à travers la succession de ses occupants : naaraf Bounaya kanit houn (Un Celtis integrifolia, une espèce soudanienne, le Mbul des Poulaar)…Jdir boun (une tige de Celtis)….Toumbouskaya (Une termitière, construction d’un insecte sahélien)….Rbeib (une petite dune, ensablement)….Nibtit sidraya mahi Bounaya (apparition d’une plante qui n’est pas un Celtis) ; Il est fort probable que cette plante nouvelle soit un Calotopis  ou Turjé des maures, Badadi des Poulaar, ou  Faftan des Wolof ! 

 

Force est alors de faire le constat de l’inadaptation de la politique forestière antérieure et de ses outils publics de dissuasion, pour faire face à la dégradation continue et de plus en plus rapide des formations végétales naturelles. C’est bien là,  l’un des justificatifs majeurs qui auraient du conduire à l’émergence de ce nouveau code forestier. 

 

Mais il faut bien le dire, le territoire est assez vaste, et les administrations de l’environnement n’ont pas et n’auront pas pour une longue période encore les moyens, ni humains, ni matériels, d’agir, de surveiller et réprimer, seules et partout. 

 

C’est pourquoi, ce nouveau code devrait être débarrassé de toutes les dispositions obsolètes, à l’évidence inapplicables, recourir à un minimum d’interdictions et de sanctions, et s’appuyer en revanche sur des incitations et un encadrement économiques, dans un réel souci de consensus social impliquant les populations locales pour  une gestion conservatoire de leur milieu. L’agent destructeur est souvent étranger au terroir, de puissantes filières, car les populations locales dépendent beaucoup, pour leur alimentation et leurs soins, des produits forestiers. 

 

Certes, depuis 1987, les pluviométries ont enregistré des améliorations perceptibles à travers des remontées biologiques constatées ça et là en zone sahélienne;  nous avons déjà souligné l’importance que jouent le Calotropis procera  dans la réminéralisation des sols (calcium, magnésium et éventuellement potassium), le Leptadenia pyrotechnica (Titarek ou Assabay des Maures, Selewlew des Poulaar) comme plante matrice, hébergeant les jeunes ligneux, leur offrant couverture et microclimat nécessaires,  en attendant qu’il puissent développer leurs propres mécanismes d’autodéfense, mécanique et/ou chimique,  et d’adaptation physiologique. 

  

Mais la régénération naturelle demande du temps, et cette nature doit être accompagnée, intelligemment, dans ce mouvement de reconquête des territoires. Cet accompagnement ne pourrait se passer qu’en  se fondant sur la préservation de l’existant et la restauration de ce qui a été détruit; ceci  suppose un état des lieux, une connaissance réelle du terrain en vue d’envisager l’approche idoine. 

 

Nos  écosystèmes sont encore fragiles ; il serait alors utile, pour planter quoi et où, que cet état des lieux repose sur une évaluation du potentiel semencier des sols dans les différents écosystèmes, une étude palynologique et une enquête systématique dans les zones forestières. Le savoir paysan,  et une politique participative constituent les véritables déterminants de  la réussite dans cette bataille environnementale. 

 

En matière de reboisement, le savoir endogène prime les idées importées, les espèces locales expriment généralement une réponse plus adaptée  et sans « effets secondaires », par rapport aux espèces exotiques,  celles qui ont fait leurs preuves sous d’autres cieux. Dans toute entreprise  environnementale, il est plus constructif de tricher sur la nature plutôt que de reproduire les expériences d’ailleurs,   d’éviter toujours l’empressement et la facilité et d’adopter des attitudes toujours critiques face aux offres parfois séduisantes de notre temps. 

 

N’oublions surtout pas que, ce code forestier dont il est question, s’adresse à un petit espace limité et discontinu, alors que plus des deux tiers de notre territoire national, sont occupés par un désert qui se trouve aujourd’hui sujet à toutes  convoitises, minières, touristiques et de recherches fondamentales,  pour les grandes potentialités de son sous-sol, ses oasis innocentes et  ses vastes espaces inhabités. 

 

Pour ceux qui connaissent le désert, chaque creux de dune exprime, à un moment ou un autre,  une animation particulière, spécifique par ses acteurs, passionnante par sa diversité,  curieuse par les relations écologiques qui s’y rencontrent. 

 

De nombreuses  espèces végétales (plus de 600) s’y retrouvent, riches de leurs vertus médicinales, aromatiques  et/ou fourragères malgré l’aridité climatique; n’était-ce pas Hamidoun qui disait que le désert est un milieu « sain » et que ses essences sont  les  plus odorantes. C’est bien le domaine du palmier dattier, mais c’est là aussi que le portugais Gil Eanes récolta en 1434 cette  curieuse plante qu’il appela rose de Notre-Dame et qu’il dédia à la Grâce de l’Infant Henri… Monod l’identifia plus tard comme étant Anastatica hierochuntica (Elkemcha des maures). 

 

C’est aussi le domaine de prédilection de nombreuses espèces animales, allant  de la taille de notre cher  dromadaire (qui est sujet à d’importantes recherches du domaine de l’antibiothérapie) à la très discrète fourmi des sables ; certaines de ces espèces commencent déjà à nous  livrer leurs secrets. 

 

De ces secrets, je m’autorise, sans vouloir trop vous occuper, de vous citer l’exemple de Cataglyphis bombicina Rober, qui est le plus frappant mais aussi le plus récent . Cette fourmi argentée des sables, que nous avons nous-mêmes récoltée à Aoujeft en 2000[2],  et qui a été récoltée par Patrick Landmann  en 2001 aux environs de Chinguitti est élevée actuellement avec tous les soins de Christian Peeters, «myrmécologue» Chercheur du C.N.R.S.,  au laboratoire d’écologie de l’université Paris VI. Cette bombicina ouvre aujourd’hui de grandes perspectives dans la recherche scientifique. 

 

En effet, grâce à d’étonnantes capacités d’adaptations, « elle peut résister à des chaleurs infernales, se procurer de la nourriture dans un milieu extrême et trouver son chemin dans une mer de sable dépourvue de tout repère car ses yeux captent et calculent l’orientation des rayons solaires… Une faculté qui a intéressé une équipe des universités de Zurich et de Berlin et qui aurait, dans le futur, des applications pour l’homme, par exemple, se déplacer sur d’autres planètes »[3]

 

Ce désert est  donc bien vivant. C’est bien un biome dynamique qui mérite qu’on s’en occupe sérieusement. C’est pourquoi je pense alors que nous avons plus besoin, aujourd’hui, pendant qu’il est temps,  d’un code de désert, sans toutefois négliger l’importance de ce nouveau code forestier sur lequel nous fondons tout l’espoir pour arrêter cette situation préoccupante de dégradation des ressources ligneuses. 

 

 

 

L’Adrar mauritanien.

 

La forêt de Mouddi au Guidimakha 

 




[1] Ould Mohamed Vall, A. : Contribution de l’étude bioclimatique, biopédologique, floristique et ethnobotanique de la zone du lac R’Kiz. Th. Doct. 1996,  UCAD, Sénégal. 

 

[2] Ould Mohamed Vall, A  Entomologie des Cassias Th. Doct. D’Etat. UCAD, Sénégal  2006.

[3] PERREAULT-LABELLE, Anick (2001).-Les fourmis s’y retrouvent. Le sens de l’orientation des fourmis du Sahara. Sciences de la vie, 2001. Allemagne / Suisse.  

 







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