Contre tout souverainisme crache-misère

10 07 2007

 

  

Le débat sur la réconciliation nationale est enfin ouvert. Comme de bien entendu, les termes en sont clairs : le pouvoir a encore fait ce qu’il fallait faire. Le discours du président est plébiscité comme jadis les « exactions » qu’il dénonce sous le régime arbitraire. A l’instar de la mafieuse transition militaire dont on n’a pas encore déminé les bases arrières. Les mêmes applaudissements qui étouffent les complaintes et les prières. Là où l’urgence est aux analyses approfondies et complémentaires, la propagande et la haine oeuvrent de concert.  Là où le renouveau est nécessaire, c’est la même symbolique qui persévère. La volonté officielle étant de ne pas s’embarrasser de l’avis expert ou modérément contraire. 

 

Pays termitière 

C’est un danger pour la survie de
la Mauritanie que la vocation de son opinion publique à suivre le premier venu des commanditaires. La colonisation s’en était déjà servie comme donnée première. Et la récente transition putschiste aura eu le tort de témoigner universellement de cet endémique travers. Les sbires d’un dictateur déchu furent plébiscités comme de providentiels missionnaires. Et les foules serviles et les partis crédules s’empressèrent d’en bénir l’électoralisme primaire.   

Telle inconscience collective est fatale par temps de guerres affranchies de contraintes frontalières. Désormais, la globalisation des appétits condamne tout réduit local qui se laisse facilement faire. Par l’invasion d’un conquérant planétaire en mal de ports pour ses navires de guerre. Face à l’Europe pacifiée et côtière. A proximité de l’Asie plus ou moins guerrière. 

C’est dire que le suivisme intérieur compromet l’indépendance vis-à-vis des puissances étrangères. Quand il n’encourage pas l’expansionnisme et ses chasses aux trésors de matières premières. Dans les sous-sols sans autorité légitime et régulière. A la surface d’un désert miné « d’arabité négro-berbère » qui vit comme un péril son africanité héréditaire. Dans un état qui refoule sa négritude dans les bidonvilles populaires. Au gré des déterminismes suicidaires qui en nourrissent les fractures intercommunautaires. En dépit de l’islamité collective et multiséculaire, les crises et tensions identitaires finiront par entamer le minimum de souveraineté nécessaire. Fêter ses déportés extérieurs et intérieurs, c’est aussi consolider l’unité sociologique d’un pays termitière.  Loin de tout consensualisme pervers : pour ne pas devenir une poudrière naturelle en zone pétrolifère… !
  

Idéologues pour militaires 

C’est dans cette perspective souverainiste que l’autocensure présidentielle faillit à sa vocation première : assumer la responsabilité de l’état et la complicité des hommes qui étaient aux affaires. Y compris l’opinion publique qui a laissé faire. Sans que le plaider coupable officiel ne se transforme en chasse aux sorcières. 

Mais la fragilité de ce discours historique a d’autres raisons tout aussi particulières. Dont la moindre n’est pas la mainmise du système militaire sur les volontés légitimes de ses successeurs. Son putschisme sournois séquestre toujours le quotidien des ministères. Les hommes d’affaires et les parlementaires se recrutent encore dans le vivier de ses années meurtrières. Puis, il y a tous ces idéologues pour militaires que le temps et les disgrâces ne font pas taire. Ils courent et discourent dans leur habituel souverainisme « crache-misères». Ils crient à la massive invasion de fourmilières. Dans leur guéguerre de mémoires victimaires, ils singent ( Leylihatt) les avocats endiablés de la victime arabe sacrifiée de l’autre côté de la frontière. Au lieu d’inviter un pays voisin à s’inspirer d’une réconciliation exemplaire. Quitte à l’y obliger dans le cas contraire. A condition, toutefois, de réussir leur modèle de retrouvailles entre frères. 

Pour l’heure, il reste urgent de « rassurer » les revenants sur le mea culpa de l’état sanguinaire. Pour enraciner un « plus jamais ça » dans la conscience populaire. Loin du règne de la demi-mesure et du laisser (sans) faire, il faut que chaque mauritanien puisse à son tour  « compatir » avec ses frères. Afin que les uns se lavent définitivement de leur folie « passagère ». Que d’autres pardonnent sans rancune ni marche arrière. Que le peuple tout entier se sente fier d’accueillir ses déportés sur leur terre. Pour qu’enfin
la Mauritanie redevienne hospitalière. Qu’elle puisse se partager et se refaire. Entre cette voie et son contraire, le choix d’avenir est on ne peut plus clair… 

 

                                                                                                                                                                                            Cheikh Touré 

 

Source la Tribune N° 357 


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