Comment Nouadhibou juge le retour des déportés ?

10 07 2007

 

Nouadhibou est la capitale économique de

la Mauritanie. Elle est également son poumon. Elle lui donne généreusement tous les biens qu’elle détient dans ses eaux. La ville de pêche et des mines qu’elle est, a toujours été un creuset pour tous les Mauritaniens. 

Pendant la guerre du Sahara, les mauritaniens maures ont payé la lourde facture de leur appartenance. Ils étaient toujours soupçonnés d’appartenir au Polisario. Parce que les maures et les sahraouis se confondent. Ils étaient pris pour la cinquième colonne. Comme les négro-africains mauritaniens qui vivaient dans la ville pendant les évènements de 1989 entre
la Mauritanie et le Sénégal. Ils étaient supposés sénégalais et jugés cinquième colonne. Parce que les sénégalais et les négro-africains mauritaniens se ressemblent. Entre 1989 et 2007, beaucoup de données ont changé… 

Le Président de
la République a annoncé, depuis 10 jours, que
la République reconnaît solennellement ses responsabilités dans les évènements de 1989. Un prompt retour des déportés et une rapide résolution de leur problème sont prévus. Comment les habitants de Nouadhibou jugent-ils ces étapes ? Comment lisent-ils le problème des déportés ? Et sa résolution ? 

Craintes de tourner le couteau dans la plaie 

Certains habitants de la ville de Nouadhibou ne sont pas en principe contre le retour des déportés. Ils ne sont pas, non plus, contre leur indemnisation. N’empêche qu’ils ont des réserves sur le sujet. Ces réserves trouvent leur origine dans la crainte que les débats ouvrent la plaie de nouveau. Ils craignent que les mauvais souvenirs reviennent sur la scène et menacent la paix sociale. 

MOA est un officier marin. Il a passé son enfance dans les petites ruelles de Nouadhibou. Essentiellement avec des familles Wolof et Halpulaar. En 1988, la famille de son intime ami, Abdou Fall, était composée de 13 membres. En 1989, ses membres ne dépassent plus huit membres. Les liens entre MOA et le gentil père de la famille étaient très étroits. C’est lui qui lui a enseigné la natation et la pêche. MAO ne croit pas qu’il va se calmer s’il verra Aïda, Abdou ou Papis nager dans la plage de Cabanon après 18 ans d’absence injustifiable. «Ce sera une bonne nouvelle. Mais un mauvais souvenir. Aussi bien pour moi que pour les victimes… Je ne pardonnerai jamais à ces racistes qui m’ont privé de la joie pour longtemps». Son ami, qui répond au nom Carlos, croit qu’il est impossible d’oublier le passé. Surtout le passé qui contient de mauvais souvenirs. «A la place d’une des victimes de 1989, je ne pourrai pas pardonner mes tortionnaires et exécuteurs. Pardonner, c’est très théorique. Je crains qu’il ne soit pas réalisable sur le terrain». C’est pour cela qu’il est contre le retour des déportés. Parce que «débattre le sujet c’est rouvrir une plaie». 

Mauritaniens ou non ? That’s the question 

Les citoyens moyens de Nouadhibou sont de nature simple. Ils reflètent les idées qu’on leur impose. Surtout celles imposées par les hommes de la politique et de la pensée. Ainsi, certains d’entre eux parlent des déportés comme s’ils parlaient de citoyens d’autres univers… 

Marième Mint Mahmoud est une demoiselle, économiquement à l’aise. Pour elle, le discours du Président est plus qu’important. Bien que la bonne foi de Ould Cheikh Abdellahi la rassure, elle craint que des étrangers profitent l’occasion pour s’instaurer en Mauritanie et en devenir citoyens. «S’il s’avère que les déportés sont mauritaniens, personne n’est plus mauritanien qu’autre». Abdellahi, un boutiquier au marché Mahfoudh, lui partage le point de vue. Pour lui, un mauritanien c’est un mauritanien. Quelque soit la couleur de sa peau ou la pression dont il est victime : «Je ne suis pas contre leur retour organisé, si on a les preuves qu’ils sont réellement mauritaniens. La résolution du problème, à mon avis, est primordiale pour la cohésion sociale». 

 

La nourriture d’un individu suffit-elle toujours pour deux

 

C.O.K est un boutiquier à l’épicerie de son oncle Ahmedou. Il ne supporte pas qu’on nous «ramène des dizaines de milliers de négro-africains». Pour Abdellahi Ould H’mahallah, un transporteur et ami à lui, la réalité est claire et simple : «le Président, qui est également adepte d’Ibrahime Niasse un négro du Sénégal, a plus d’allégeance à la famille maraboutique de Kaolack qu’à sa patrie». 

COK et AOH se justifient par la situation périlleuse que vit
la Mauritanie «depuis l’éviction de Ould Taya». Ils craignent que «les nouveaux venus avalent nos eaux, dévorent nos poissons». Je crois, dit COK, que le retour des déportés va déstabiliser la démographie mauritanienne. Quant à Ould H’mahallah, il n’a pas de souci de voir l’équation inexacte démographiquement. Mais, il faut d’abord résoudre les problèmes des trois mauritaniens, déjà au foyer, vis-à-vis d’insécurité alimentaire, d’électricité, de folles élévations des prix… 

Pour Carlos, un autre jeune, il ne trouve pas rassurantes les promesses officielles pour indemniser les victimes. «Parce qu’indemniser c’est rendre aux victimes ce qui les appartient. Et qu’est-ce qu’on va faire avec ces mauritaniens qui logent dans les maisons des déportés ? Les indemniser eux aussi ?».

 

Mechry Ould Rabany

Source / La Tribune n°357


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