10 07 2007

Revenez, revenez, vous y verrez du pays…

 

Jeudi 5 juillet 2007, depuis presque dix ans le HCR n’a pas mis pied dans les camps des réfugiés mauritaniens au Sénégal. Cette première réunion fait suite au discours du Président Sidi Ould Cheikh Abdallahi. C’est dire son importance. A noter l’absence des autorités mauritaniennes… compte-rendu.

 

 

La réunion sera ouverte par le chef du site de Ndioum Sow Saykou Alfa : ‘Je salue toute l’assistance, hommes et femmes, jeunes et plus âgés ;  et je salue toute la délégation. Je vous souhaite la bienvenue. Depuis que nous avons appris que les délégués du HCR allaient venir, nous les attendons avec impatience. Nous leur souhaitons encore une fois la bienvenue et nous leur disons qu’ils sont venus là où ils sont attendus ; nous remercions Dieu et son prophète (PSL) et nous les remercions. Ceci dit, je demande à tous ceux qui prendront la parole de parler avec calme, avec discipline. Je vous remercie’.

Après le mot de bienvenue du chef de site de Ndioum, Abdoulaye Dione membre de la délégation et président de séance a pris la parole : ‘Je salue toute l’assistance et je vous remercie d’avoir répondu à notre invitation. Ces derniers temps il y a eu des développements dans votre pays d’origine par rapport à votre situation ; c’est pour cela que nous sommes venus vous consulter par rapport à ces développements pour voir ce qu’il y a lieu d’entreprendre pour faire avancer les choses ; c’est surtout une rencontre d’échanges et nous sommes là pour vous écouter parce que vous êtes les principaux concernés ; c’est parce que vous êtes là que nous sommes ici ; s’il n’y avait pas de réfugiés ici nous ne serions pas là ; vous êtes les principaux concernés et rien ne peut être fait sans vous ; vous serez au premier plan et nous nous serons la pour vous appuyer ; c’est l’objet de notre mission.’

Par la suite Mme Paroums, chef des opérations, prendra la parole : ‘Je suis particulièrement contente d’être ici parmi vous et je pense que les membres de la délégation ont le même sentiment. J’ai connu beaucoup de nom de sites sans les voir, j’ai connu beaucoup de noms de réfugiés sans les voir, aujourd’hui je les vois et c’est un grand plaisir pour moi.  C’est d’autant plus un plaisir pour moi qu’en venant ici nous avons eu le pluie comme si Dieu voulait bénir cette rencontre. Nous sommes venus parler de quelque chose de très important et comme l’a dit M. Dione c’est quelque chose qui vous concerne. . Il s’agit des conditions de retour dans votre pays ; il s’agit de votre avenir et de celui de vos enfants. Nous avons tous entendu que du côté de la Mauritanie il y a la main tendue et c’est la raison pour laquelle nous sommes venus vous consulter, vous parler et vous écouter. L’approche du HCR est une approche participative c’est-à-dire que les personnes impliquées en l’occurrence les réfugiés sont au premier plan et le HCR est à leur côté ; vous savez que pour le HCR il y a trois solutions : le rapatriement, la réinstallation ou l’installation dans le pays d’asile. Aujourd’hui il est question de parler d’intégration ou de rapatriement. On reste réfugié quand les conditions du retour ne sont pas réunies. Mais s’il y a une porte ouverte, il est temps de penser au retour. On peut comprendre qu’après 18 ans des gens préfèrent rester dans le pays d’asile. Pour ceux là aussi le HCR sera là pour apporter son aide ; si certains veulent rester au Sénégal ou au Mali pour ceux qui sont là-bas,  le HCR sera à côté d’eux pour les accompagner. Nous venons vous rassurer : le rapatriement est volontaire ; on ne peut pas obliger quelqu’un de rentrer. Nous sommes là pour être sûrs que toutes les garanties sont données pour que le rapatriement se passe dans de bonnes conditions. Le gouvernement mauritanien a demandé au HCR de coopérer pour ce rapatriement et nous sommes prêts à le faire. Nous souhaitons qu’il y ait la confiance entre nous parce que nous devons travailler ensemble. Nous avons apporté un questionnaire que nous laisserons avec les chefs de site. Il sert à mettre les noms des chefs de famille avec la composition de leur famille ; cela va nous permettre de savoir combien de réfugiés il y a ; parce que pour pouvoir faire quoi que ce soit pour les réfugiés de façon durable, il faut savoir combien ils sont. Ces questionnaires il faut les remplir avec beaucoup de responsabilité, de la façon la plus claire possible ; les questions que nous posons sont des questions précises et nous attendons aussi des réponses précises ; nous espérons que dans deux ou trois semaines nous pourrons récupérer ces questionnaires ; les réfugiés seront bien entendus impliqués dans cette opération car ils sont les mieux placés’.

Mme Roseline Idowu représentante du HCR pour l’Afrique de l’Ouest a pris la parole pour dire notamment : ‘Je salue toute l’assistance ; je ne me sentais pas très bien et j’allais ne pas venir mais comme je sais l’importance de cette rencontre pour vous et compte tenu de la nouvelle donne, j’ai décidé de faire le déplacement. Et je suis très contente d’avoir pu faire le déplacement surtout en constatant que vous avez tous laissé toutes vos occupations de chef de famille pour venir répondre à notre appel. Nous sommes venus pour vous donner la position du HCR par rapport à ce qui se passe, à tout ce que vous entendez. Nous avons tenu à vous rencontrer pour vous parler directement et éviter que vos informations ne soient fondées que sur la rumeur. Comme vous le savez depuis la mise en place d’un nouveau gouvernement en Mauritanie, le ministre de l’intérieur, le premier ministre et le chef de l’Etat ont fait des déclarations par rapport à votre situation ;  toutes ces déclarations sont identiques : l’Etat mauritanien tend la main à tous les mauritaniens qui veulent rentrer. Il y a quelques jours le chef de l’Etat mauritanien a même reconnu les exactions de 1989 ; l’Etat mauritanien a demandé au HCR de s’impliquer pour résoudre ce problème.  Comme vous le savez, le HCR est l’organe des Nations Unies qui a la responsabilité de trouver des solutions aux problèmes de réfugiés et de leur fournir la protection internationale. Nous avons notre méthode de travail quand nous voulons aider un Etat il faut que les garanties que nous exigeons soient données. C’est ce que nous avons toujours fait quand nous nous impliquons dans le rapatriement volontaire de réfugiés. Ma collègue vient de vous expliquer que le rapatriement est volontaire. S’il y a des gens qui veulent rentrer nous sommes prêts à les aider à rentrer. S’il y a des gens qui veulent rester dans le pays d’accueil comme ici au Sénégal, nous allons voir comment les accompagner pour les aider à devenir autonomes et à pouvoir subvenir à leurs propres besoins. Nous savons que 18 ans c’est une période très longue. Un enfant né il y a 18 ans est majeur aujourd’hui. Ceux qui étaient adultes en quittant leur pays sont aujourd’hui des hommes très sages avec beaucoup d’expérience ; parmi les femmes, il  y en a qui n’étaient pas mariées à leur arrivée et qui sont des mères de familles aujourd’hui ; les enfants sont à l’école et certains ont même terminé leurs études ; ce sont des choses qui seront discutées en famille et chacun décidera en fonction de ses intérêts. Il y aura un comité où il y aura des représentants de votre pays d’origine, des représentants du pays d’accueil, les représentants que vous choisirez vous-mêmes et le HCR. Rien ne sera fait sans vous et vous serez bien impliqués. On se penchera sur le cas des agriculteurs, des éleveurs, de ceux qui étaient dans la fonction publique. C’est plutôt pour vous écouter que nous sommes venus. Parce qu’on veut savoir ce que vous vous voulez. Quel est votre souhait ? Si vous voulez partir comment vous voulez qu’on organise cela. Qu’est-ce que vous voulez qu’on éclaircisse ? Mais de grâce ne demandez pas l’impossible. Je ne veux plus parler, je veux vous écouter.’

Wane Mamadou, représentant des FLAM au Sénégal : ‘Je salue et je remercie toute l’assistance. Je salue la délégation du HCR venue nous voir aujourd’hui. Nous avons écouté les membres de la délégation ; ils nous ont apporté des éclaircissements par rapport à l’évolution de la situation suite au discours du président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi. Nous aussi nous sommes satisfaits de cette déclaration parce que c’est la première fois depuis 18 ans qu’un tel discours est tenu. Nous sommes également prêts à coopérer pour aider à une solution juste de ce problème. Dans d’autres pays, les réfugiés sont des personnes ayant fui pour se mettre à l’abri lors d’une situation conflictuelle. Nous, c’est l’Etat mauritanien qui nous a trouvé dans nos demeures pour nous expulser. Ceci dit,  je m’en vais vous donner avec l’autorisation de tous les camarades réfugiés réunis ici, les différents points qui constituent notre plateforme depuis 18 ans d’exil forcé. Notre première condition était la reconnaissance de notre citoyenneté. Le président dans son discours a reconnu cette citoyenneté. La deuxième condition c’est que notre retour ne peut se faire que sous l’égide du HCR et avec l’implication des autorités sénégalaises qui nous ont donné l’asile depuis 18 ans.

La troisième condition est de recouvrer nos droits et tous nos droits. Nous ne demandons pas plus que ce que nous avons perdu. Il faut que tous nos biens soient estimés de manière juste et que nous soyons indemnisés. La quatrième condition que nous posons c’est qu’un recensement soit effectué avant notre retour, en associant les réfugiés pour qu’on sache exactement combien nous sommes. La cinquième condition est qu’une commission vérité et réconciliation soit mise en place pour que les gens puissent vivre ensemble en paix.

La sixième condition  consiste à l’identification des coupables pour qu’ils soient traduits devant la justice. Voici en gros les différentes conditions que nous avions posées pour notre retour au pays. Je vous remercie’.

Samba Koliyadio Diallo, réfugié : ‘Je salue toute l’assistance et plus particulièrement la délégation du HCR. Je salue aussi notre président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi qui vient de reconnaître notre citoyenneté. Cela nous a fait beaucoup plaisir qu’il reconnaisse les exactions et la responsabilité de l’Etat. Reconnaître un tord c’est toujours un pas en avant. Nous ne demandons pas plus que nos droits. Je voudrais ajouter que parmi les réfugiés il y a ceux qui sont partis pour se mettre à l’abri et ceux qui ont été déportés de force. Tous ces gens se sont retrouvés au Mali et au Sénégal. Moi je viens du Mali ; je suis venu pour rencontrer les membres du HCR et les écouter pour savoir quelles sont les mesures prises. Je ne saurai terminer sans remercier tous les pays et organismes qui se préoccupent de notre sort comme le Sénégal, le Mali et le HCR. Et je dis aux réfugiés :’adaa adaa cuudi men’ : ‘Faisons la course pour rentrer chez nous’.

Mme Traoré, réfugiée : ‘Je salue la délégation du HCR et toute l’assistance. Je ne veux pas répéter ce qui a déjà été dit. Tous les problèmes de la Mauritanie ont déjà été évoqués par ceux qui m’ont précédée. Je veux seulement rappeler que notre retour doit être organisé par le HCR et l’Etat sénégalais. Nous voulons rentrer dans la dignité et nous espérons recouvrer nos biens spoliés. Nous espérons que nous serons indemnisés’.

Mariam Sy, réfugiée : ‘Je m’appelle Mariam Sy et je viens de Dakar. Je salue le HCR et toute l’assistance. Il ne m’est pas facile de prendre la parole mais dois parler au nom de mes sœurs ici présentes. Nous ne refusons pas le retour dans notre pays. Mais ce retour n’est pas facile. Beaucoup de femmes ici présentes ont perdu leur époux là-bas ; beaucoup d’enfants ont perdu leurs parents là-bas ; on nous demande de revenir volontairement et de recouvrer nos biens ; le mari perdu là-bas, on ne le retrouvera pas, le père perdu on ne le retrouvera pas. Comment réagirons-nous si nous rencontrons les coupables des exactions que nous avons subies ? Quand on évoque la question du retour, il faut aller jusqu’au bout. Les blessures ne sont pas encore cicatrisées ; il faut évoquer toutes ces questions’.

Une réfugiée : ‘Si nous rentrons en Mauritanie, nous pensons que nous allons subir pire que ce que nous avons déjà subi. Nous n’avons pas confiance. Nous avons été déportés de nuit. On nous a sortis de nos demeures et on nous a dépouillé de tous nos biens pour nous expulser. Si nous retournons aujourd’hui, il n’est pas exclu qu’un jour ou l’autre les mêmes exactions recommencent’.

Amadou Samba Bidié Bâ, réfugié : ‘Je vous salue tous chacun en son nom. J’éprouve une immense joie. J’éprouve aussi une peine immense. Deux sentiments qui ne devaient pas être contenus dans le même cœur. Ma joie c’est d’apprendre que le président veut le retour de tous les mauritaniens déportés. C’est une grande victoire pour nous parce qu’on nous avait dénié notre citoyenneté jusqu’à présent. Si vous écoutez es conseils, nous allons tous rentrer au pays parce que nous n’avons plus rien à faire ici. Le séjour d’un tronc d’arbre dans l’eau ne le transformera jamais en caïman. Mais j’ai aussi beaucoup de peine car nos frères sont restés ici en laissant des orphelins. Ces frères là ne verront plus jamais la mère patrie. Et cela doit rester gravé dans la mémoire de chaque mauritanien. Si les conditions du retour sont réunies nous ne passerons pas une nuit de plus dans notre terre d’asile, le Sénégal. Nous sommes prêts à rentrer parce que nous préférons la Mauritanie aux Etats-Unis ; parce que pour nous la Mauritanie c’est les Etats-Unis.  Ce sont des hommes qui ont fait les Etats-Unis. Et la Mauritanie sera faite avec la participation de ces hommes et femmes assis sous cet arbre.

Je demande à tous mes compatriotes de rentrer en Mauritanie ; c’est là-bas que nous allons nous épanouir avec nos familles ; c’est là-bas que nous avons des droits ; c’est là-bas que nous aurons de la considération ; il y a beaucoup de troubles partout dans le monde ; prenez l’exemple de la Côte d’Ivoire. Si nous restons ici des siècles et des siècles, nous serons toujours des étrangers. Certains cependant préfèrent rester ici ou aller ailleurs. Ceux qui veulent rester ici, fasse Dieu qu’ils restent sui c’est dans leur intérêt. Ceux qui veulent partir ailleurs, fasse Dieu qu’ils partent si c’est leur intérêt. Mais je sais qu’au moins 97 % des réfugiés veulent retourner dans leur pays. C’est ce qu’ils attendent depuis 18 ans. C’était cela leur combat. Quand vient l’heure de la moisson, il faut moissonner. Aujourd’hui,  c’est pour nous l’heure de la moisson. Il reste que la moisson peut être bonne ou mauvaise. Que Dieu nous donne une bonne moisson’.

Kane Ibrahima, du CAREMS : ‘Je salue toute la délégation du HCR et toute l’assistance et particulièrement tous les réfugiés ici présents. Je remercie les délégués du HCR d’être venus nous rendre visite. Je veux rappeler que si cela ne tenait qu’à nous nous ne serions pas ici ; le président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi a fait une déclaration importante mais nous voulons que cette déclaration soit suivie d’actes concrets. Si nous recouvrons tous nos droits, il n’y a aucune raison pour nous de rester ici plus longtemps. Nous ne voulons pas de cette vie que nous menons depuis 18 ans’.

Abdoulaye Diallo, réfugié : ‘Je salue toute l’assistance ; je suis content de cette rencontre car c’est la première du genre depuis 1989. Je salue le Sénégal qui nous a offert l’asile depuis 18 ans et qui nous a assisté sur le plan sanitaire et alimentaire et qui a aidé nos enfants dans leur scolarité. Je remercie le HCR qui nous a accompagné durant toute cette période.

Nous avons entendu le discours du président. La déclaration a été traduite dans toutes les langues du pays et nous en avons tous pris connaissance. Mais nous voudrions que le président pousse le pion plus loin pour identifier et punir les coupables’.

Amadou Moussa Sow, réfugié : ‘Je demande que le questionnaire soit distribué en nombre suffisant façon à recenser tous les réfugiés ; nous voulons également dire au HCR qui est l’intermédiaire entre nous et les autorités mauritaniennes que nous voulons rentrer  et recouvrer nos droits, dans la sécurité ; mais le HCR doit être vigilant et s’assurer avant tout rapatriement que toutes les questions ont été réglées’. 

Adama Diallo, réfugié : ‘On parle de retour de personnes qui avaient été déportées. Il serait bon si on parle de ce dossier que les autorités mauritaniennes soient présentes devant les réfugiés ; ce sont les gens qui étaient en conflit qui doivent se parler. Le HCR, l’Etat sénégalais, l’Etat malien, la communauté internationale, les bonnes volontés vont jouer un rôle d’arbitres et de témoins ; c’est ce qui est juste ; si aujourd’hui on parle de retour en l’absence des autorités mauritaniennes alors qu’au moment de la déportation ce sont elles qui étaient en face de nous, je trouve que c’est absurde. Maintenant je voudrais rappeler au HCR qui le sait peut-être mieux que moi que le problème de la Mauritanie n’a jamais  été un problème de discours ni de texte ; tout ce qui est dit en Mauritanie est bien conçu tout ce qui est rédigé en Mauritanie  est bien rédigé, mais le problème c’est au niveau de la pratique.

D’autre part avant de parler de retour ne faut-il pas parler des causes de la déportation ? Si on rapatrie les gens sans régler les causes de la déportation, d’ici quelques années  on verra encore des réfugiés mauritaniens au Sénégal ou au Mali ou ailleurs dans la sous région. Le problème de la Mauritanie c’est la cohabitation. C’est ce qu’il faut évoquer. Si on demande aux population de rentrer il ne faut pas oublier que le retour n’est plus une urgence ; nous ne sommes plus en 89 ; si à notre arrivée en 89 l’Etat sénégalais et le HCR ne nous avaient pas accueillis, nombre de ceux qui sont là ne seraient pas ici aujourd’hui : aujourd’hui chaque réfugié a trouvé un moyen de gagner son pain quotidien ; le retour n’est plus une urgence ; le retour est nécessaire mais pas dans la précipitation ; il faut que les choses soient claires 

Ensuite, il y en Mauritanie même des questions qui n’ont pas encore trouvé de solutions : la questions des veuves par exemple. Je comprends qu’il y a des choses qu’on peut régler tout de suite mais il faut que tous les dossiers soient traités ; cela fait partie des garanties que la Mauritanie doit donner pour que les gens sachent que ce que la Mauritanie dit est vrai ; et il faut que la Mauritanie accepte de discuter avec les réfugiés en présence du HCR , de l’Etat sénégalais et de l’Etat malien, de la communauté internationale et des bonnes volontés; si la Mauritanie refuse et préfère discuter sans témoins c’est qu’elle ne veut pas donner de garanties. Par rapport au  questionnaire il y des questions qui nous dérangent un peu comme celle-là : ‘comment avez-vous fui ?’ Parce que nous avons été déportés. Par ailleurs on demande parfois aux réfugiés de dire ce qu’ils ont laissé comme biens ;  à leur arrivée les gens ont fait des déclarations à chaud ; ces déclarations sont dans les archives du HCR ; si on demande à un analphabète de déclarer dix-huit ans après, les biens qu’on lui a pris il ne s’en souvient pas ;  à la limite ceux qui n’avaient pas de carte – parce qu’il y en a, et le HCR doit en tenir compte – peuvent faire des déclarations. Par rapport au recensement le HCR doit comprendre que les réfugiés ne vivent plus comme en 89 ;  les gens se sont dispersés de telle sorte que c’est difficile de faire le recensement ; il faut donner des moyens aux chefs de sites pour qu’ils puissent faire le recensement correctement dans les meilleurs délais ; enfin je voudrais dire à la délégation du HCR que les réfugiés de Matam et de Bakel veulent voir et écouter les représentants du HCR ; si vous faites d’autre missions dans la vallée, on vous demande d’arriver là-bas pour les rencontrer et qu’ils prennent les informations nécessaires de la source ; il faut arriver à Matam et à Bakel pour rencontrer les réfugiés’.

Un autre réfugié (qui ne se présente pas) : ‘C’est là que je t’avais ligoté, c’est là que je t’avais humilié, j’ai pris tous tes biens, je t’ai expulsé du pays, tu as laissé ton père assassiné ; ou ta mère assassinée ou ton aîné,  et aujourd’hui je te demande de revenir et je te remets tes biens ; moi personnellement je n’ai pas ce courage ; s’il y a des gens qui ont le courage de repartir, qu’ils partent ; mais moi je n’ose pas ; il faut me remettre mes biens là où je sais que je suis en sécurité, la où après 18 ans je me sens bien, c’est là qu’il faut me restituer mes biens ensuite seulement je pourrai rentrer si ma sécurité est assurée. Après cela a propos du recensement, il y a un problème ; nous sommes là depuis 18 ans, nous avons un papier valable pour trois mois, ce n’est pas du bois, ce n’est pas du fer, ce n’est pas de la pierre, c’est un bout de papier  qui peut être mouillé et se gâter, se déchirer, tomber et se perdre, donc après 18 ans beaucoup ont perdu leur carte. Il faut tenir compte de cela’.

Précisions de Roseline Idowu : ‘J’ai écouté avec attention les commentaires et les questions des uns et des autres. Nous avons parlé de réfugiés et je vais vous donner la définition internationale du mot réfugié. Un réfugié est une personne qui a été obligée, qu’elle soit déplacée, chassée par le fusil, qu’elle ait fui pour chercher un refuge,  mais qui a été forcée de partir ; la déportation entre dans ce cadre ; vous avez été forcés et vous êtes partis sous la contrainte. Si quelqu’un n’a pas été sous la contrainte il ne serait pas hors de son pays. J’ai employé le mot à bon escient. Il englobe les cas de réfugiés. Et si les gens ne sont pas rentrés à l’ouverture de la frontière c’est parce qu’ils craignaient pour leur sécurité et leur vie. Nous savons de quoi nous parlons en parlant de réfugiés. 

Je voudrais ajouter que ce contact est le premier d’une série de contacts. On fera en sorte  que les autorités de votre pays viennent vous rencontrer car nous ne sommes que des intermédiaires ; et ceux d’entre vous  qui ont écouté la radio  savent que le président a parlé de ceux qui étaient déportés mais pas de ceux qui sont partis d’eux-mêmes après, pour une raison ou une autre. Il parle des victimes des événements ; au moment de leur arrivée, le Sénégal les a enregistrés et ils ont le récépissé de dépôt ; on parle de ces gens. Il y aura une feuille de route. Par ailleurs nous savons tous que 18 ans c’est long : les enfants nés il y a 18 ans sont aujourd’hui majeurs ; beaucoup sont à l’école et certains ont terminé leurs études ; ceux qui étaient adultes au moment de la déportation sont aujourd’hui des hommes sages avec beaucoup d’expérience ; la plupart des jeunes filles qui sont arrivées en 89 sont aujourd’hui des mères de famille ; le retour sera discuté au sein de chaque famille et chacun décidera en fonction de ses intérêts. Nous avons une méthode de travail et nous allons nous assurer que tout est en règle. Vous allez participer parce que vous allez choisir des gens qui seront membres des comités ; nous sommes là pour vous aider, si vous  jugez nécessaire que nous allions à Bakel nous irons. 

Pour ce qui est des réfugiés mauritaniens au Mali, moi-même j’y ai été en mai ; j’ai parlé aux autorités centrales, je suis allé à Kayes, je suis allée à Awrou,  j’ai parlé au chef des réfugiés aux autorité locales, d’après ce qu’ils m’ont expliqué les autorités maliennes nous ont assuré que les mauritaniens venus sont leurs frères ; depuis il se sont bien intégrés, allez vous-mêmes constater et les écouter. Effectivement les autorités locales et les réfugiés ont répété la même chose. Je suis allée chez le préfet où on m’a informé que beaucoup de mauritaniens ont pris la nationalité malienne ; ce qui n’est  pas une mauvaise chose ; Si vous êtes bien accueilli si vous avez épousé  une personne du pays hôte vous pouvez rester et vous naturaliser. Beaucoup de mauritaniens ont fait cela ; nous avons demande la liste pour voir ce qu’on peut faire pour eux ; je pense que je vais trouver la liste à Dakar ; nous sommes à votre disposition à tout moment ; on prendra des personnes que vous désignerez pour nous accompagner en Mauritanie ; il y aura des réunion ici et là-bas jusqu’à ce que vous soyez assurés que tout est clair avant de commencer le rapatriement. Le HCR a un bureau en Mauritanie, mon collègue va contacter les autorités et au moment des négociations vous serez en première ligne. Soyez assurés que rien ne sera fait sans vous.

Source La Tribune n°357


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