Edito de La Tribune Par Mohamed Fall O Oumère

3 07 2007

Le Président Sidi Ould Cheikh Abdallahi est, sans aucun doute, un homme de bonne foi. Sans aucun doute, il a le sens de la responsabilité historique. En tout cas beaucoup plus que ces prédécesseurs immédiats. Ceux qui ont causé tant de torts à la Mauritanie en orchestrant, en organisant, en exécutant des plans machiavéliques visant à diviser les communautés et à affaiblir le pays. Car il faut comprendre les événements de 89 et suite comme une attaque contre le système d’immunité sociale que notre peuple a cultivé des siècles durant. Certes le CMJD nous devait de résoudre tous les passifs qui relèvent de l’exercice du pouvoir par l’Armée. Le courage a manqué comme pour le reste. N’empêche… Pour dire que le Président Ould Cheikh Abdallahi a ouvert une voie à la réconciliation nationale. C’est le mérite d’avoir eu ce courage qui en fait, espérons-le, le président de la rupture possible. Seulement, cet homme doit savoir compter sur le soutien des bonnes volontés dans ce pays. Mais pour cela, l’homme doit entendre les propos qui suivent. Le discours du Président nous a-t-il permis de mieux comprendre ce qui s’est passé en 1989, 1990 et 1991 ? Certes non. Parce que le Président a évoqué des dates sans donner le détail des événements. Alors qu’on ne peut solder un compte sans en faire le détail. 70% de la population mauritanienne ont moins de 25 ans aujourd’hui. En 1989, ils avaient moins de 10 ans. Quelle conscience avaient-ils des événements qui ont ensanglanté le pays, qui lui ont fait porter des blessures qu’il doit soigner encore aujourd’hui ? Entre ceux-là et ceux qui, de bonne foi, avaient été mal informés, ou sous-informés, nous pouvons chiffrer à 90% les Mauritaniens qui ignorent totalement ou partiellement ce qui s’est passé en ces mois d’avril et mai 1989 en Mauritanie et au Sénégal. Que dire des événements de 90 et 91 ? Là, faut-il le rappeler un amalgame est entretenu par ceux qui discourent sur des thèmes de campagnes plutôt que de parler de problèmes réels du pays. En 1990 et 91, c’est au sein de l’Armée que des événements graves se sont passés. Personne aujourd’hui ne peut dire avec exactitude la nature ni la portée de ces événements. Même les militants de première heure de cette cause. Même les rescapés. Il y a eu le rapport, jamais publié, de la fameuse commission mise sur pied par l’ancien président Ould Taya et qui comprenait N’Diaga Dieng, Sidina Ould Yehye et Baby Housseinou, trois colonels de l’Armée qui doivent avoir été le moins perspicace possible. Mais à part ce rapport à jamais rangé dans les tiroirs de l’oubli, il n’y a jamais eu travail de référence. L’enquête sur le sujet nous avait valu, à Mauritanie Demain, la première censure du premier périodique indépendant du pays. Le sujet était tabou dans les sphères du pouvoir. L’opposition l’instrumentalisait dans sa bataille contre le pouvoir. La réalité et la vérité sur ce qui s’est passé dans les casernes se sont perdu entre les deux. Deuxième niveau d’amalgame, c’est quand on introduit en même temps le sujet de l’éradication de l’esclavage, et non des séquelles comme on se plait à dire dans certaines sphères. L’esclavage est une tare du passé lointain. Elle a survécu à l’évolution du pays et de la société. Parce qu’on a préféré les engagements mous à la franche lutte contre cette tare. L’esclavage existe, nous sommes maintenant d’accord là-dessus. Pourquoi tergiverser dans la recherche à l’éradiquer ? Pourquoi atténuer les mots pour dire notre volontarisme de lutter contre cette pratique abjecte ? Entre ‘criminaliser’ et ‘incriminer’, entre ‘pratique’ et ‘séquelle’, entre ‘frauduleuse’ et ‘délibérément’, entre ‘victime’ et ‘prétendue esclave’… il y a des différences. Les mots ont leur poids. 

Le discours nous a-t-il permis de savoir comment les autorités entendent résoudre ces problèmes ? Si pour le problème de l’esclavage nous savons que le point de départ de la lutte contre la pratique sera le projet de loi adopté par le gouvernement et qui doit incessamment passer devant le Parlement, on ne sait rien des autres problèmes abordés. Le discours ne fait état d’aucune démarche, d’aucune commission, d’aucun projet en ce sens. Il tait même l’existence d’un comité interministériel déjà mis sur pied. Où en est-on ? avec quels hommes va-t-on agir ? avec quels moyens ? Le discours du Président Ould Cheikh Abdallahi est une avancée notoire, légitimement saluée par les militants de la cause et les partis politiques. Mais il manque d’opportunité. Un Président parle quand il a quelque chose à annoncer. Quand il a un éclaircissement à faire sur une situation donnée. Dans son discours, le Président a simplement réitéré un engagement pris avant et après son investiture. Il a répété ce que son ministre de l’intérieur a déjà dit. Pas de chiffre, pas de récit. Simplement des bonnes intentions sur des thèmes de campagne. Alors que le moment est venu de proposer des solutions claires, mettre en marche un processus en vue de résoudre des problèmes réels. Même s’il a engagé la responsabilité de la République, il n’est pas allé jusqu’à demander pardon au nom de cette République. Qui a pourtant manqué de protéger ses enfants contre les errements, qui n’a pas pu assurer l’égalité, la justice, l’équité à ses enfants…  Ce discours, à mon sens, devait être non pas un coup d’envoi mais le couronnement d’un processus. A ce moment des conclusions seraient tirées, des chiffres donnés, des comptes soldés. A ce moment seulement. Source la Tribune N°356 


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