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Chronique de Mansour Chapitre 3

1072007

CHAPITRE 3 

MILIEUX 

1

J’avais une dizaine d’années, je crois, lorsque j’ai entrevu, pour la première fois, le processus biologique de la création humaine. Maman nous décrivait la rencontre du spermatozoïde « élu » et de sa belle ovule, la première mitose, les divisions arithmétiques et géométriques de cette fusion vitale, déployée dans le temps et l’espace. Mais ce qui me fascinait absolument, instinctivement, dans cette grandiose épopée, c’était « l’instant t » de la première cellule complète, juste après la fusion des noyaux, juste avant la danse en miroir des chromosomes retrouvés : l’image, dans son extrême brièveté d’existence, s’imposait à ma foi d’enfant comme « La » Signature du Divin. Tout le reste se développant, nécessairement, à l’intérieur de cet instant d’union. 1 + 1 = 1, tel se résumait, en mon esprit, le film de la vie, et je n’ai aucune honte à dire que rien n’a pu, jusqu’à présent, opposer à cette conviction de môme, ne serait-ce que l’ombre d’un doute.

« Derrière chez moi, devinez quoi qu’il y a ? » Cette célèbre comptine française décline toute une série d’emboîtements : le bois, l’arbre, la branche, le nid, l’oiseau, l’œuf, etc. ; que certains poursuivent jusqu’aux particules élémentaires, voire, pour les plus instruits d’entre eux, jusqu’au quasi-néant : hé oui, lorsque l’on pousse la matière dans ses retranchements « ultimes », on en vient à ne plus concevoir que des « nœuds de vide »… Vertiges du matérialisme, confirmés à l’autre « extrémité » de la recherche scientifique, aux confins du macrocosme sidéral : l’espace-temps se tord, courbe, se noue sur lui-même, des points de succion aspirent la « matière », puis la « recrachent » en tourbillons d’énergie, signifiant un univers ondulant, peut-être tout contre un autre, en creux du notre, inconnaissable, celui-là, selon toute probabilité. N’aurais-je donc jamais quitté le ventre de ma maman ? Mais qui est-elle donc ?

Un moins célèbre intellectuel juif s’est ingénié, il y a quelques années, à traduire, en français, le sens des versets coraniques. Comme chacun sait, la judéité s’affirme en crème de l’univers, et, en l’occurrence, il s’agissait de surpasser tous les interprètes, passés et à venir, fussent-ils érudits musulmans, fins dégustateurs du Miracle Divin. Parmi les nombreuses enflures batraciennes consécutives à cette jactance, il en est, pourtant, d’intéressantes. Non pas que la traduction de « Rahmane, Rahim » par « Matriciant, Matriciel » (sic!) puisse éclipser les fort clairs [1] « Tout Miséricordieux, Très Miséricordieux », mais l’évocation d’une vieille familiarité de racine (RHM) entre la miséricorde (rahmat) et la matrice (arhâm) – qui se serait suffie d’un petit commentaire discret – nous replonge, très matériellement,  dans une toute autre perspective de la Présence Divine. Et ce n’est pas un hasard, notons-le au passage, que l’instigateur de cette réminiscence fût juif. L’hébreu et l’arabe jaillisse d’un même tronc linguistique, aujourd’hui muet, dont l’appréciation devrait, en l’urgence de l’effroyable plaie palestinienne, pousser les intellectuels d’un bord à étudier, en profondeur, les sèmes de l’autre.

Que les humanistes athées me pardonnent. En parlant ici de Présence Divine, là de Signature du Divin, je ne cherche, en aucune manière, à leur imposer un tampon ; que dis-je ? « Le » tampon ;  qui les horripile. J’aurai dû revenir à ma traduction ancienne, celle que j’ai utilisée, pendant plus de vingt ans, lors de ma purge iconoclaste. Je m’efforcerai donc d’utiliser, en ce nouveau chapitre, puisque je désire communiquer, préciser des chemins de rencontre, avec ces ardents briseurs d’idoles, le terme « Principe » en place de celui de « Dieu ».  C’est un moyen efficace, je l’ai naguère constaté, pour éviter de se marcher sur les pieds. On s’impose, d’une part, à ne pas référer, systématiquement, à des critères que nie son interlocuteur ; et d’autre part, à ne pas interférer, sans discernement, dans l’ordre de ses idées et de ses nécessités. Les espaces paraissent étroits, certes, à l’instant de la confluence. Mais les eaux suivant leur cours, le jeu des tourbillons, les réactions des  rives, font naître, plus loin, d’étonnants contre-courants et de paisibles lieux de pêche, dont peuvent, enfin, profiter toutes les différences…

2 

C’est plus tardivement que j’ai découvert le mode d’existence de l’arbre : j’avais, en effet, vingt ans passés lorsque j’ai entrepris mon premier jardin, une besogne antidote, me semblait-il, à une tendance, excessive, à tout mentaliser. Les ampoules aux mains ne m’ont, toutefois, pas empêché de tourner les pages des livres, et cette conjugaison m’a ouvert à une relative connaissance de la vie végétale. J’imaginais, auparavant, qu’un arbre se développait autour d’un noyau central, par lequel transitaient deux canaux, transportant, respectivement et en sens inverse, les sèves brute et élaborée ; son « cœur » donc, sa « moelle épinière » : anthropomorphisme classique des idées enfantines, entretenu par des schémas grossiers en cours de « sciences naturelles » : on ne parlait guère de biologie, à mon époque, avant la terminale du lycée…  

Or, les chèvres le savent bien, les sèves, les sucs vitaux, sont, au contraire, tout proches du « dehors », juste sous l’écorce, circulant en une zone tendre de matière filandreuse, l’assise génératrice. Il suffit à ces gourmandes d’arracher celle-là pour accéder à celle-ci, mince voile couvrant toute la surface du végétal, de sa cime en sa plus profonde racine. Les variations de l’environnement ; en particulier : le froid et le chaud, dans les pays tempérés ; le sec et l’humide, entre les tropiques ; dilatent ou rétrécissent une myriade de  petits canaux frémissants, qui perdent, peu à peu, de leur plasticité, lorsque les conditions du rétrécissement – le froid, le sec – s’appesantissent dans la durée : « la mort dans ses poumons descend, avec de sourdes plaintes[2]… ». Au retour de la chaleur humide, c’est à partir des canaux médians de ces voies d’échange que s’organise la régénérescence du tissu vivant ; repoussant vers l’extérieur, les cellules fatiguées les plus périphériques, en une nouvelle couche d’écorce ; et vers l’intérieur, celles plus profondes, de moins en moins sensibles aux variations hygrométriques, en une nouvelle épaisseur de bois.  

L’arbre grandit ainsi, s’appuyant sur ses « morts saisonnières » pour étaler et protéger sa surface vitale, en une apparente architecture d’accumulation matérielle. Ainsi, plus on va vers le cœur géographique du phénomène, plus on s’éloigne de sa vie. Les vieux baobabs africains, comme les vénérables chênes français, déclinent cette loi d’existence, en se vidant en leur centre : hymne à la plénitude, l’arbre cache, en son cœur, la vacuité de son existence… L’ensemble, généré, en apparence, par une conception « pleinement » centralisée du pouvoir – le noyau de la cellule initiale – se réalise dans la plus radicale négation de cette matérialité. On reconnaît ici un des plus vieux thèmes de la pensée traditionnelle : au centre de la roue, le mouvement s’éteint ; le potier, tournant l’argile entre ses mains, connaît, par cette tactile dialectique, l’axe invisible du pot qu’il va former… Est-ce « par hasard » que les méditants ont souvent choisi les arbres creux, sinon les grottes, pour y domicilier leur éveil spirituel ? Les grands esprits se rencontrent toujours…

La proposition tient également en ce qui concerne les communautés humaines. Juifs, chrétiens, musulmans, chamans mongols ou amérindiens, peuples des forêts amazoniennes, océaniennes ou africaines, tous situent au centre de leur Pardes, Jardin d’Eden originel ou de Paradis final, un arbre. Pour les « gens du Livre », c’est à sa périphérie que s’enroule le serpent tentateur, et c’est en goûtant son fruit – ovule fécondée, cellule initiale – qu’Adam et Eve quittent l’état de nature, distinguant, désormais, le bon du mauvais, le pur de l’impur, pesant et mesurant, jubilant et craignant. «  Et maintenant, de peur qu’ils n’avancent leurs mains et ne prennent, aussi, de l’arbre de vie, n’en mangent, et ne vivent, alors, pour des temps indéfinis […], Dieu les chassa du lieu, postant, à l’est du jardin d’Eden, les anges et la lame flamboyante d’une épée, qui tournoie sans cesse, pour garder le chemin de l’arbre de vie [3] ».

Les naturalistes entendent ici un indice de l’origine arboricole de l’Humanité. Avec eux, nous conviendrons aisément, loin de toute futile polémique,  que nous avons, communément, une communauté de sens avec le monde arborescent. Rude hypothèse, certes, pour le bédouin mauritanien, aux yeux de qui, associant un peu vite végétal et humidité, un arbre, c’est, avant tout, nid à moustiques. Il est vrai que l’eau, dans les palmeraies, n’est jamais bien loin du sol… Mais, bon : en s’en tenant au seul palmier, songeons plutôt, mes amis, à ses dattes juteuses, à la « guetna [4] », joyeuse, qui réunit chaque année les tentes dispersées, à la Mauritanie qui n’aurait, probablement incha Allahou, jamais vu le jour, sans ce généreux compagnon…

3 

Au centre de l’arbre, devinez quoi qu’il y a ? La question frissonne, soudain, sitôt qu’on l’envisage, non plus en terme de topographie, mais, plus généralement, de détermination. L’économie et la rentabilisation de l’énergie emmagasinée par le végétal  sont à ce point inscrites dans son environnement qu’on a peine même à saisir un « centre » de commandement à toute cette organisation. Cette dépendance extrême, point absolue pourtant, vis-à-vis de « l’extérieur », analogue à la plasticité de la glaise, ou à « l’informalisme » de l’eau, nous renvoie à notre propre vie végétative, mystérieuse, obscure, à ce point synonyme d’inconscience qu’on parle de « légume » lorsqu’on évoque, par exemple, l’état « a-morphe » (sans forme) d’un Ariel Sharon [5], terrassé par l’attaque cérébrale que l’on sait. Mais, là encore, notre anthropocentrisme nous cache la forêt.

Obéissant aux injonctions de son milieu – et le terme est admirable en ce qu’il évoque, à la fois, le centre et l’entourage – l’arbre libère, chaque année, au meilleur moment, des centaines, des milliers, des millions de graines, qui s’éparpillent autour de lui, jusqu’à des distances, parfois, considérables. Cette profusion, délirante du seul point de vue de la reproduction, participe d’une indéfinité de cycles biologiques, dont les équilibres servent, en fin de compte, la vie du généreux donateur. Des myriades d’insectes s’en repaissent, prospèrent, se multiplient, complétant l’ordinaire de rongeurs et d’oiseaux tout autant granivores, nichant les uns au sol, les autres dans la ramée, et les herbivores, carnivores, et autres omnivores, bactéries et champignons, cycles courts, cycles longs d’existence, les déjections et cadavres de tous nourrissant la terre, basse et obscure, fouillée méthodiquement par les secrètes racines… Alors qu’inlassablement, le soleil, là-haut, rayonne sans retour, et dans l’air azuré, tout inspire et expire…

Fécondée en plein ciel, presque en pleine lumière – et dans ce presque, l’intuition du parfum exquis, peut-être même, la raison de sa bouleversante pudeur – la cellule initiale s’envole, voyage, et tombe, ici dans le bec d’un moineau, là sous la mandibule d’un insecte, sinon, à même le sol. Un peu d’eau, un peu de vent, et la voilà enfouie. Là où tout meurt et se décompose – le moineau, l’insecte ; de fait : tous ses prédateurs – elle établit les bases d’une vie nouvelle, assumant, enfin, sa fonction reproductrice.  Inversion soudaine de valeurs. On croyait tenir un ensemble ordonné, précisément défini, et voilà, patatras ! La nuit devient le jour, le lieu de mort redevient vie, il court, il court, le sens des choses, il est passé par ici, il repassera par là : rien, de fait, n’est jamais hors de, n’ex-iste donc, offrant à l’entendement le confort de concepts bornés, clos sur eux-mêmes.

On s’étonne, à l’examen de cet hymne universel à la solidarité, du crédit apporté aux théories compétitives de l’évolution.  Il faudra bien, un jour, faire justice à Lamarck sur Darwin, resituant ainsi les conclusions du second en épiphénomènes d’une symphonie d’intégration, où le sens de l’Un n’est viable qu’en adéquation à celui de l’Autre, et l’est d’autant plus que se précise cette symbiose, qui n’est jamais fusion. L’exemple du lichen, cité par Kropotkine (in « L’entraide, un facteur de l’évolution » – Hachette – Paris – 1906) est, à cet égard, d’une grande éloquence. Cet organisme étrange, où s’imbriquent une algue et un champignon, peut vivre dans des conditions extrêmes où ni une algue, ni un champignon, ne peuvent subsister. Assumée, la différence vivifie ; écrasée, par excès d’attirance ou de répulsion, elle mortifie : le cheminement de la vie, paraît bien, toujours, celui du juste milieu.

L’Un dans l’Autre se fait ainsi connaître, et sans l’Autre, demeure un « trésor caché [6]». Mais où se situe leur frontière ? Il est ici question de perception, éminemment relative. Humains, nous convenons tous d’une limite tactile, définissant l’enveloppe de nos individualités respectives, mais qu’en est-il pour les molécules qui en constituent le cœur et l’environnement ? Les ions, les énergies diverses, rayonnantes ou absorbées, qui ne cessent d’en traverser les milieux ? Nous pensons. Mais d’où nous vient le moindre mot – la moindre image, même – qui habille ces éclairs, matérialisés en nos cerveaux par tant de fulgurances électriques ? A chaque instant, à chaque pas, notre conscience individuelle nous renvoie à une altérité à ce point prégnante qu’à l’instar, certes très variable, de l’arbre, de l’oiseau ou du moindre grain de sable, il nous faut reconnaître, humblement, le formidable degré de notre dépendance, le caractère interactif et interpassif de notre existence, inexistante, apparemment, sans cet « extérieur à nous-même »,  tout à la fois si intime et lointain, tant dévoré et dévorant… Sans négliger, pourtant, le doute, quant à cette apparence : c’est, paradoxe suprême, le cœur probable de la foi… 

4 

Ce n’est pas une coïncidence fortuite. A ce point de développement, se posent conjointement la question du rapport entre l’instance et l’existence, et celle des hiérarchies. Dans le cadre d’une telle chronique, où la suggestion prime sur le raisonnement, il est, peut-être, plus intéressant de ne point les dissocier. Les différences de développement entre deux organismes issus d’une même matrice tiennent, simultanément, de conditions internes et externes, induisant distinction de potentialités et, éventuellement, subordination de l’un à l’autre. Mais l’agencement de ces conditions relève-t-il d’une répartition aléatoire, ou d’une nécessité impérieuse ? Et, dans le cas de cette dernière, commandée par les seules exigences du milieu, ou ordonnée dans le cadre d’un Plan métaphysique ?

On pressent ici de rudes affrontements doctrinaux, lourdement chargés de considérations sociales et politiques. Car, dans les sociétés humaines, la frontière entre solidarité et asservissement est vite franchie, et les rapports de domination y prennent, banalement, des allures démesurément tyranniques, à contrario de ceux courants dans l’ordre de la nature, qui se résument, quant à eux, presqu’exclusivement à des préséances : le (la) dominant(e) passe et choisit en premier, à satiété, laissant à ses commensaux les reliefs, normalement consistants, de sa proie. A l’intérieur d’une même espèce – hors le genre humain – les conflits mortels sont exceptionnels, et la force des uns signifient, à l’ordinaire, la protection des autres. Non pas, d’ailleurs, que celle-là soit, systématiquement, le critère de la dominance : la rapidité, la capacité d’adaptation, l’organisation de la reproduction, par exemple, déterminent tout aussi bien les hiérarchies sociales, d’autant moins individualisées, semble-t-il, que les systèmes en compétition sont primaires.

On se souvient ici des abeilles, et du rôle déterminant de la nourriture dans « l’élection » de leur « reine ». Quand et qui décide du gavage particulier d’une larve quelconque qui va la transformer en pondeuse universelle ? Celle-ci, une fois éclose, entreprend, tout d’abord, d’éliminer les cinq ou six autres larves royales, élevées en prévention de tout manque, désormais synonymes de conflit de compétences ;  s’accouple ensuite aux quelques mâles, entretenus par la communauté des femelles ouvrières, et qui seront chassés de la ruche par ces dernières, dès les premiers signes de raréfaction nutritive ; s’attelle enfin, exclusivement, à sa fonction de ponte, ponctuée de réguliers vols orgiaques, « rechargeant » ainsi ses batteries reproductives. Chaque ouvrière, de son côté, suit, de sa naissance à sa mort, tout un cycle d’activités diverses, l’éloignant, au service constant de la communauté, progressivement de son lieu de naissance, expirant le plus souvent, butineuse obstinée, à des kilomètres de son alvéole natale. Tout comme pour l’arbre, dont je décrivais le « fonctionnement » à la page précédente, on a peine à saisir un centre de commandement à cette fiévreuse affaire. Tout se passe comme si la ruche, dans son ensemble, vivait en globalité indivise, conduite par un programme d’adaptation rigoureusement tracé, génétiquement inscrit en chacun de ses membres et cependant connecté, en permanence, aux conditions, changeantes, du milieu de vie, au sein d’un réseau extrêmement fin de communications, qui débordent, très probablement, assez largement de l’unité sociale en cause…

Une approche analogue soulève la question  des réalités constitutives de tout organisme. Le terme est vaste. Organisée, en effet, la pierre ronde, éventuellement sacrée, qui préside au rituel de telle ou telle peuplade ; organisés, la moindre cellule de mon corps ; ma famille, ma tribu, l’Etat, la terre entière, le cosmos, en sa vastitude… Couramment envisagée en agglomérat de particules, agglutinant elles-mêmes un certain nombre de connexions atomiques, le sens d’une pierre, son histoire, ne dépasse, à notre entendement, que rarement celui d’un moment de fragmentation minérale, n’accédant à quelque vertu spirituelle qu’au gré de notre imagination, peut-être pas fantasmée cependant… Et que dire de telle ou telle cellule de mon propre corps ? Réduite ordinairement à une quantité mécanique, nécessairement soumise à un ordre qui la dépasse, elle n’est jamais envisagée, sinon en quelque officine spécialisée, en être vivant, entretenant certains rapports, variablement individualisés, avec son environnement. Que conduit, exactement, notre cerveau et son système nerveux centralisé, de la vie de nos milliards de cellules ? Entre le local et le global s’anime toute une variété d’administrations décentralisées, utilisant divers circuits de communication, notamment lymphatique, et ce, tout à fait normalement à l’insu de notre conscience, sinon de notre « plein gré »… La question du sens commun, de l’éventuelle autorité plénière, demeure, on le voit ici encore, interminablement posée…

5 

Entre deux milieux différenciés, constitués de différentes substances dissoutes au sein d’un même solvant, apparaît, en situation de contiguïté, un phénomène étrange : l’osmose. A un certain degré de porosité de la zone de contact, les molécules du solvant commun transmigrent de l’un à l’autre organisme, mais non celles des substances qui y sont respectivement dissoutes, dans le seul but, semble-t-il, d’établir un même niveau  de concentration entre les deux milieux. Certains chercheurs y ont vu l’indice de l’immémoriale « soupe  primitive », théorie selon laquelle la vie serait née d’un milieu indifférencié, sorte de « solvant universel », où se seraient organisées, sous l’action de forces extérieures et conjoncturelles, différentes variables d’agencement moléculaire… Sans présumer de la valeur objective d’une telle théorie, bien évidemment invérifiable – tout comme, notons-le en passant, celle du « big-bang » – rapportant  sa portée scientifique à celle d’une « éternelle » hypothèse, ne nous empêchons pas de danser, un moment, avec elle : elle est belle et gracieuse.

Toute vie vient de l’eau. Cette autre théorie, fort ancienne et déjà évoquée dans les Textes Sacrés, puise sa force matérielle dans la fréquence des liaisons H+ et OH-  au sein des diverses structurations moléculaires du vivant. H2O serait ainsi la formule du solvant universel, présent, sous une forme ou une autre, solide, liquide ou gazeuse, dans les moindres recoins de la biosphère. Or, ces liaisons, magnétiques et vibratoires, extrêmement brèves (de l’ordre du millionième de millionième de seconde),  sont extrêmement sensibles aux variations du milieu. L’apparition ou la modification du moindre champ électro-magnétique localisé – à plus forte raison, généralisé – commande une structuration nouvelle des ions et des molécules d’eau. Les facteurs déclenchants sont multiples : nouvelles molécules dissoutes, variations de température ou de pression, radiations, etc.

Les biomolécules en milieu aqueux se distinguent selon leur degré de « connivence » avec la liaison hydrogène dont l’extraordinaire plasticité de forme et d’intensité énergétique constitue, probablement, une des clés physiques du mystère de la vie (et, coïncidence remarquable, de l’univers : le proton H+ étant, probablement, la plus archaïque des structures de particules matérielles). « Hydrophiles », comme dans le cas des sucres et des acides aminés, elles sont littéralement habillées d’un fin film protecteur de molécules d’eau, chevillées à celles-là par de courtes liaisons hydrogène, et, de ce fait, relativement insensibilisées à différentes influences (cette « eau de contact », ne gèle, par exemple, qu’à des températures beaucoup plus basses que la normale) ; orientant au delà, dans une zone variant avec l’intensité de leur champ électromagnétique, un certain nombre d’autres molécules aqueuses « non-liées », structurant ainsi un second ordre d’environnement, plus souple et limitrophe, quant à lui, de l’entropie naturelle de l’eau dite « libre »… Les molécules « hydrophobes », comme les lipides et certaines protéines, repoussent, pour leur part, les molécules d’eau à une certaine distance où celles-ci vont s’agglutiner par liaisons hydrogène beaucoup plus courtes encore, emprisonnant littéralement le soluté « haineux » dans une sorte de carapace hydrique [7].

Mais le plus extraordinaire, peut-être, en ces agencements, c’est leur permanence relative, après leur éventuelle dislocation. Libérée de sa connexion privilégiée, la molécule d’eau conserve en effet, jusqu’à apparition d’une nouvelle situation contraignante, la forme de sa dernière structuration. Elle est donc préférentiellement prête à renouveler une expérience connue [8]. Or, dans le phénomène de l’osmose, c’est l’eau libre, non-liée –  ou plus précisément, plus liée – qui fluctue entre les organismes en relation. Le fameux : « on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve » d’Héraclite ; s’entend donc ici : « on n’échange jamais deux fois la même eau », ou, plus subtilement, peut-être : « on n’échange jamais deux fois le même message »… C’est ainsi que, de fil en aiguille, de grands rêveurs, poètes au grand cœur, sinon aux membranes cytoplasmiques particulièrement poreuses, prétendent entendre crier les baleines harponnées dans le grand océan : tout serait dans tout et réciproquement.

La biosphère, immense organisme, tout frémissant d’échanges et de communications diverses ?  Car, bien évidemment, ni la chimie, ni la biochimie, ne sauraient prétendre au monopole des variations sensibles et subtiles : on n’a pas fini d’étudier notre Terre « maternelle »,  cette Gaïa de la mythologie grecque, en osmose parfaite avec Ouranos, notre Ciel « paternel » ; et, de nous poser, encore et toujours, la même intrigante question de l’origine : « derrière chez moi, devinez quoi qu’il y a ? » Déclinée, maintenant, sur le thème spatio-temporel :  « avant l’universel solvant, c’était quoi, où, et depuis quand ? »

6 

Les Anciens parlaient d’éther, fluide premier, invisible, immatériel, émanation nécessaire et suffisante du Principe Créateur. J’avoue préférer la légèreté de ce terme, à celle de « continuum spatio-temporel » ou de « vide quantique », un peu trop pataugas en manœuvres, à mon goût ; le premier surtout. Mais, bon : je ne prétends pas révolutionner le lexique scientifique, extrêmement précis et rigoureux, fruit de lignées de travaux acharnés, somme des sommes, lumière des Lumières. Adieu, donc, bel éther [9], et enfilons nos très modernes tenues de combat high tech. Ouf ! Il fait chaud, là dedans ! Même très, très chaud, on va le voir bientôt…

En ces combinaisons graduées en cm, seconde, année-lumière [10], etc., la trame de l’univers apparaîtrait fort lisible, et terriblement lassante, si un certain nombre de ses évènements fondamentaux ne venaient, occasionnellement,  déstructurer nos quatre rassurantes dimensions. Au premier rang desquels, les masse et chaleur. En parler simple, la masse est un signe existentiel d’une particule, plus généralement d’une structure de particules ; la chaleur, un de leur modification. L’étoile est, depuis quelques milliards d’années, le lieu privilégié de discours entre ces deux signes, d’où se construit, de générations en générations, une complexité grandissante de structures élémentaires. Or, à l’instar de tout organisme, une étoile naît et meurt. Au terme de son existence, elle explose banalement en une supernova, alimentant ainsi ces nuages interstellaires de particules, qui serviront à la formation de nouvelles étoiles ou de planètes. Cependant, si l’étoile en question dépassait un certain seuil de massivité, la déflagration entraîne un effondrement du centre du phénomène, déstabilisant soudainement la trame de l’univers autour de ce point : aïe ! Dépressurisation instantanée dans la cabine !

On avait constaté, depuis des décennies, un nombre grandissant de situations « déroutantes » dans l’espace sidéral, déviation subite et inexplicable de la lumière par exemple, et c’est au début du 20ème siècle qu’Albert Einstein proposait une solution théorique à ces « trous noirs », non observables directement, et pour cause : selon la théorie de la relativité, leur « lieu » serait un « point » de densité… infinie, et de volume…nul. Toute particule passant à « proximité » de ce rien, serait ainsi aspirée par l’intensité phénoménale de son champ gravitationnel, et au delà d’un certain seuil – l’horizon du trou noir – se retrouverait infiniment compressée dans un temps… sans durée, et un espace… infini : les concepts s’intervertissent joyeusement et perdent, de fait, leur « substance ».  Pour faire face à ces incongruités de sens, on fait appel à la théorie, un peu plus tardive, de la physique des quanta. On y évoque « l’évaporation » probable –  très éthérée, à nouveau donc –  des trous noirs (S. Hawking) [11], sans qu’une véritable unification des deux théories ne soit, encore, en vue…

Unification d’autant plus nécessaire, que la trame spatio-temporelle, vue sous l’angle quantique, vit de non moins grandes difficultés logiques. Significative, à cet égard, la problématique des particules corrélées :  soit deux photons, par exemple, émis au même instant par un même atome. Spatialement indépendants l’un de l’autre, ils restent cependant liés par une même intensité de polarisation,  mais de sens inverse. Or, selon la loi de l’incertitude quantique, cette polarisation ne peut être déterminée qu’à l’instant de sa mesure. Ce n’est donc qu’au moment où l’on effectue celle-ci, sur l’un des photons, que l’autre acquiert ses caractéristiques, instantanément, fût-il situé à des milliards de kilomètres de son jumeau et cette invraisemblable faculté a été vérifiée expérimentalement, en 1983, par le physicien français Alain Aspect. Si l’on exclue les non moins invraisemblables hypothèses de l’information remontant le temps ou de la télépathie instantanée, on en vient, très sérieusement, à envisager un signe, là encore, de cette indivision fondamentale du Réel, que nous n’avons cessé d’effleurer en ce chapitre.  Un autre physicien français, Etienne Klein, eut, à ce sujet, un mot d’une assez bouleversante fraîcheur, rappelant – opportunité remarquable –  l’unité de sens entre perception, sentiment et  logique : « Deux cœurs qui ont interagi dans le passé ne peuvent plus être considérés de la même manière que s’ils ne s’étaient jamais rencontrés. Marqués à jamais par leur rencontre, ils forment un tout inséparable». Mais, à l’intérieur de ce poétique constat, où l’on pressent, soudain, de bien étonnantes rencontres – notamment, entre biologistes et astrophysiciens (cf. nos précédentes allusions à la « mémoire » de l’eau) – se profilent de plus en plus évidentes limites à  la connaissance intellectuelle. Le «1 + 1 = 1» broie les concepts les plus solidement établis,  et ce, avec une allégresse d’autant plus espiègle « qu’il y a des jours où tout cela s’évapore »… 

7 

Big-Bang. La toute-puissance, magique, du concept se nourrit de l’anglais. Le « grand bang », voire « grand bing », sinon « grand boum » ou « grande explosion », n’atteignent guère à cette énormité stupéfiante, suscitée banalement par la force de frappe anglosaxonne : l’empire Français n’est plus ce qu’il était… On dit Big-Bang, et voilà, tout est dit, comme on écrase l’Irak sous un déluge de  petits bangs, suffisamment grands, tout de même et hélas, pour déchirer le cœur des mères… Mais, comme en Irak, tout n’est évidemment pas dit et les résistances ne manquent pas de surgir. Nul besoin d’un bac + 30 pour poser les questions d’évidence : c’est quoi qui explose ? Sous l’effet de quelle(s) contrainte(s) ?

La première interrogation situe, de fait, l’inadéquation du langage courant à formuler la « réalité » en question. En effet, non seulement rien n’explose : aucune particule – à fortiori donc, aucune matière, ni rien de concrètement descriptible – n’existant [12] en deçà de 10-32 seconde dans « notre » chronomètre temporel : on parle de « bouillonnement » d’énergie dépassant les 1025 degrés Kelvin ; mais encore, « explose » n’a aucun sens, puisqu’il n’existe pas, non plus, « d’en dehors » au phénomène ! Pire : l’instant t0 = 0 du « Big Bang » n’a, lui non plus, aucune réalité ; c’est, très prosaïquement, la limite conceptuelle à  notre démarche de retour dans le passé. On constate [13] que plus on remonte le temps, plus l’univers rétrécit, plus sa température augmente, sans qu’il soit jamais possible d’atteindre l’asymptote de ces variations… « Waterloo, Waterloo, morne plaine » [14]

Car, à cette première inadéquation du langage ordinaire, s’ajoute celle-là même du langage spécialisé, dont les équations actuelles ne peuvent « décrire » que des phénomènes intervenant au delà de 10-6 seconde après t0. En deçà, tout n’est qu’hypothèses, variablement, et allégrement, controversées ; jusqu’à cette barrière (temps de Planck) à   10-43 seconde, où le temps n’est plus fragmentable, selon la théorie quantique [15]. A ce stade, celui-ci serait « approximativement » (!) confiné dans un espace de 10-35 cm, porté à une température de 1032 degrés Kelvin… 10-35 cm : mille millions de milliards de fois plus petit qu’un atome d’hydrogène ! Temps ? Espace ? Cette distinction n’est même plus intelligible. Certaines théories, comme celle des supercordes, envisagent alors x infinitésimaux univers à x dimensions, s’annihilant « progressivement » pour laisser la « place » à notre univers spatiotemporel à 4 dimensions. Vibrations et résonances du rien surchauffé, où même les règles du jeu ne sont pas encore, définies, probablement indéfinissables ; en tous cas : invérifiables… Mais, on évoque, tout de même, en cet état d’énergie « pure », une « Superforce Unique », d’où, se distingueraient, un peu plus tard, les forces gravitationnelle et électronucléaire qui sembleraient, pour leur part, signer la naissance « effective » de l’espace-temps…

Nous voilà donc, à nouveau, « réduits » à un acte de foi ? « Je crois en l’extrême probabilité de La Superforce Unique, Créatrice de l’univers… » Et d’où vient-elle cette Superforce [16] ? Sous l’effet de quelle(s) contrainte(s) ? Les indéracinables questions se déclinent, cependant, sous de nouveaux modes. A ce stade, que signifient, par exemple, les mots : énergie, superforce, contrainte ; voire, plus généralement : la moindre de nos unités de mesure ? Ou bien, dans un autre registre : pourquoi, à toute force, se taper la tête contre le mur de nos propres limites ?  Les plus audacieux de nos fiévreux théoriciens se tournent à présent vers les plus archaïques des cosmologies humaines, creusant le non-dit métaphysique de leurs représentations… L’Être, le Non-Être ; l’Accompli, l’Inaccompli : il fallait y penser. Et l’on envisage, dès lors bientôt, que ni le zéro, ni l’infini ne furent, ne sont et ne seront, jamais des nombres ; à fortiori, des quantités : on se serait, donc, désormais convaincu de la nécessité de nettoyer, sérieusement cette fois, nos lieux  d’étude…

Travaux herculéens, écuries d’Augias : on n’imagine guère l’étonnant capharnaüm qui règne, en fait, dans les sciences dites « de pointe ». Observations, hypothèses, expériences, lois, théories, se chevauchent, s’interpénètrent et interfèrent en une joyeuse bacchanale de « stratagèmes exploratoires » (selon le bon mot du biologiste sir Peter Medawar) où l’excitation intellectuelle, surchauffée banalement par l’appât du gain ou de la célébrité, sert de viatique à une « méthode » scientifique, de plus en plus reléguée au rang de mythe, et, à cet égard, les splendides envolées lyriques d’un Hubert Reeves ne font qu’éluder poliment l’état réel des lieux… Chaos créatif  ? Pourquoi pas.  Encore faudrait-il le reconnaître ; mieux : s’y reconnaître. Il n’y aurait donc pas une réalité objective, mais une multitude de lectures, variablement cohérentes, de quelque apparence, non seulement de « La » Réalité, objectivement insaisissable, mais aussi, de toute réalité, tout autant insaisissable que Sa Matrice Originelle : nous sommes, tous, « corrélés » au Big Bang, tous imprégnés, variablement peut-être, du même sublime parfum…   

INTERCALAIRE 

Un des grands intérêts, pour l’écrivain, d’une telle chronique, soumise à des impératifs spatio-temporels rigoureux, est qu’elle oblige à une concision, régulière, de la pensée. Chaque parution ponctue un moment spécifique de densité, établissant une succession ordinale, et non plus mécaniquement numérale, des pages d’écriture : redécouverte du nombre… Mais apparaît, en contre-point, un danger redoutable : la simplification outrancière, simpliste donc, maladie professionnelle du journalisme. Il faut, alors, inventer des pare-feux contre l’échauffement de l’esprit, toujours enclin à accélérer ses schématisations, et le présent intercalaire ambitionne un tel effet. Si, d’aventure, cette chronique devait, un jour ou l’autre, se trouver reliée, cette page, volante et non-numérotée, serait imprimée sur un carton spécial, un peu comme un marque-page, dont on pourrait relire ainsi, à l’occasion, presque fortuitement, les réflexions connexes. 

Situons, initialement, l’intermède, entre le second et le troisième chapitre de l’ouvrage. Nous sommes ici à la lisière d’un domaine crucial, celui des relations entre modernité et islam. En réduisant cet espace à des considérations strictement religieuses ou laïques, voire, plus généralement, sociales – attitude trop fréquente des analyses autorisées en la matière – on bouche, d’emblée, les perspectives. Il faut oser l’ampleur et la profondeur. En envisageant, par exemple, la modernité comme l’« ici et maintenant », et l’islam, comme la « soumission » au Principe, c’est-à-dire au « partout et toujours », on entrevoit, immédiatement, des mouvements de nature entre local et global, transitoire et permanent. Je dis : par exemple ; afin de bien suggérer le caractère hypothétique, fort relatif, de ces propositions, qui introduisent, également, de puissants négatifs : « ailleurs et non-actuel », « insoumission », « nulle part et jamais »… Pertinents paramètres de recherche ?  

Tchouang-Tseu [17], mille ans avant la Théophanie Coranique, s’interrogeait, en Chine, sur la relation entre quête de droiture et potentiel de dévoiement. Grande, sa nostalgie de l’état de nature, où rien ne se forçait, où conduire le troupeau signifiait, tout au plus, écarter de celui-ci ce qui pouvait lui nuire. « La nasse sert à prendre le poisson », disait cet amoureux de l’indicible, « quand le poisson est pris, oubliez la nasse. Quand pourrais-je rencontrer quelqu’un qui oublie la parole, et dialoguer avec lui ? » Eut-il vécu mille ans que son désir fût, enfin, exaucé. Un des plus grands paradoxes de l’Histoire tient, en effet, à ce que le prophète Mohammed – P.B.L. – chargé de transmettre l’Ultime Parole Divine, fut, en son quotidien, un homme de peu de mots. Méditatif, appelant à l’observation et à l’étude des phénomènes ; de chaque situation, de chaque cas ; répugnant à légiférer, y substituant, le plus souvent possible, l’éducation, la concertation entre les gens ; et fidèle, en cela, tant à l’esprit qu’à la lettre coranique, il indiquait, par sa concordance naturelle entre Ciel et Terre, une voie d’équilibre, pour des temps on ne peut plus éloignés de la nostalgie de Tchouang-Tseu. 

Lors de mes premières rencontres avec El Haj ould Michri, j’avais été fort surpris de sa tranquille affirmation selon laquelle : « l’islam était la religion de la nature ». Puis, en réfléchissant autour de cette proposition, j’en suis venu à examiner ma propre réaction : pourquoi donc mon esprit, formé à l’école occidentale, s’étonnait-il tant ? Quels étaient les mobiles culturels d’un tel dérangement ? Durant plus de vingt ans, j’avais, de fait, mené des recherches souterraines, souvent marginales, parfois dangereuses, sur les sens, les instincts et les intuitions, en rupture quasiment constante avec l’éthique catholique de mon éducation première. Y avait-il alternative à de tels dérèglements ? La question invitait à un réexamen de ceux-ci et de leurs présupposés. Il est encore en cours, et quasiment chaque jour m’apporte son lot d’ajustements, bien plus souvent, d’ailleurs, vécus que pensés. C’est dans l’ordre des choses : mille paroles « scientifiquement » exactes sur la texture et la saveur d’une pomme ne pèsent rien face au silence du sourd qui croque dedans, instantanément instruit.



[1]     La  clarté du sens  est un des thèmes les plus récurrents du Saint-Coran, Livre d’un temps, Livre du Temps. Et quand on perçoit toute la difficulté à  appréhender l’unité de cette dualité, le souci de simplicité dans la traduction devient prioritaire, du moins pour le musulman… 

[2]              plagiant ici Baudelaire, le pathétique : qu’il me pardonne, en sa tombe, profonde… 

[3]              Genèse –  chapitre 1 – 22, 24. 

[4]              période de la récolte des dattes, notamment en juillet-août dans l’Adrar. 

[5]     que Dieu lui accorde une longue vie, avec juste ce qu’il faut de conscience pour méditer l’état qu’il assignait au peuple palestinien, le sien propre     aujourd’hui… 

[6]        Allusion à un célèbre hadith du prophète –  hadith « qursiyou » :  saint, en ce qu’il relate une parole divine, non inscrite dans le Saint Coran. Selon ce hadith, Dieu a dit : « J’étais un trésor caché et c’est pour le faire connaître que J’ai créé le monde. » 

[7]     Cf. les travaux de deux biologistes français, Mohammed Mathlouthi et Etienne Guillé (« L’alchimie de la vie », éditions du Rocher, 1983), l’un musulman, l’autre chrétien et amis de longue date : un bel exemple d’osmose, assurément…  

[8]     Jacques Benveniste fut le plus grand explorateur de cette hypothèse, vivement décriée – Cf. « Ma vérité sur la mémoire de l’eau »  de J. Benveniste en collaboration avec F. Cote, Albin Michel, Paris, 2005 –  aujourd’hui tout aussi vivement reconsidérée par les travaux conjoints d’un physicien, d’un mathématicien, d’un économiste et d’un médecin – « Théorie des hautes dilutions », R. Conte, H. Berliocchi, Y. Lasne, G. Vernot, édition Polytechnica. 

[9]     [9] dont la réfutation scientifique semble, pourtant, plutôt reposer sur des questions de sémantique philosophique (c’est quoi, une « substance immatérielle » ?), encourageant un certain nombre de savants, et non des moindres (H.Berliocchi, là encore…), à garder quelque goût pour cette émanation éthérée, fluctuation du vide, susceptible d’absorber  bon nombre de difficultés logiques… 

[10]    [10]  année-lumière : distance parcourue par la lumière en une année de notre temps « terrestre », soit 1016cm, ou, si l’on préfère, dix mille milliards de kilomètres… Un certain nombre de paires de chaussures, assurément… 

[11]    [11] si j’ai bien compris, mais j’en doute fort, cette évaporation constituerait un contre-point à « l’infinitude » des formules einsteiniennes. L’effondrement initial  marquerait une « tendance remarquable» à cette infinitude, générant elle-même l’évaporation progressive de cet effondrement. Autrement dit, l’infini  ne pourrait être  « atteint » qu’à l’instant où disparaît le phénomène qui l’invoque… 

[12]    plus exactement : ne « subsistant » ; la formation d’une particule étant « instantanément » annihilée par son antiparticule correspondante. Mais que signifie « instant » en ces impensables  durées ? 

[13]    En vérité, il s’agit d’une déduction, à partir  du constat de l’expansion de l’Univers (Hubble, 1929).   

[14]       occasion ici de saluer , plus connu sous son nom de baptême : Victor Hugo… 

[15]    Cependant, les efforts visant à unifier les théories de la relativité et de la mécanique quantique conduiraient à dépasser cette limite. Ils butent notamment sur de rugueuses contradictions entre nécessités de symétrie et d’assymétrie dans le rapport matière/antimatière… 

[16]    Car, jusqu’à plus ample informé, l’énergie n’est définie que par son rapport à  la matière… Couple au demeurant fort mal connu : quelque  90 % de l’univers serait ainsi constitué d’énergie et de matière « sombres », indétectés à ce jour… 

[17]    « Œuvres complètes » – Gallimard / UNESCO – Paris – 1969 







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