Réfugiés célébrés

28062007

  En attendant quand ? 

« La Mauritanie est là. Je me souviens. En 1989, on m’a téléphoné pour me dire que la police est devant la maison de Sarr Mamadou [président du FONADH, NDR] pour le déporter. J’ai accouru dans ma voiture. Des véhicules sans numéros de la police ont tenté de m’éloigner. J’étais si énervé que j’ai failli en écraser une. Parce qu’on déportait Sarr. » Ce témoignage est de Ladji Traoré, actuel Secrétaire Général de l’APP. Il intervenait le 20 juin passé à l’occasion de la journée du réfugié célébrée par le Forum National des Droits de l’Homme. L’homme s’est dit « tout aise » ce jour là de lire la déclaration de son parti devant une grande assemblée de militants de droits de l’homme venus honorer de leur présence des réfugiés mauritaniens revenus au pays ainsi que des réfugiés africains se trouvant en MauritanieCette fois-ci, c’est la Mauritanie dans toute sa diversité qui a répondu présent à la cérémonie. Pas de présence d’officiels. Même si le ministre de l’intérieur a prononcé, la veille, un discours s’inscrivant en droite ligne de cette journée des réfugiés… 

Le retour des réfugiés mauritaniens sera effectué sous la supervision du HCR. C’est ce qu’a laissé entendre le ministre de l’intérieur mauritanien dans une déclaration faite mardi à la veille de la journée mondiale des réfugiés.  Pour Yall Zakaria, le Haut commissariat pour les réfugiés sera sollicité pour accompagner les efforts du pouvoir  visant à rétablir dans leurs droits ses compatriotes réfugiés au Sénégal et au Mali depuis dix huit ans…  « Aujourd’hui, nous entamons, en respect des engagements pris (…) le retour de nos compatriotes actuellement réfugiés pour la plupart, dans les pays voisins. Ceux-ci se sont en effet retrouvés au Sénégal et au Mali à la suite des événements de 1989. » Yall Zakaria intervenait  en ces termes à la veille de la journée des réfugiés. Ce fut pour lui l’occasion de dire que la Mauritanie est une terre d’accueil et que conformément à l’esprit d’humanité et de tolérance tiré des valeurs islamiques et des traditions séculaires d’hospitalité et de générosité caractérisant son peuple, le gouvernement a ratifié les instruments juridiques internationaux relatifs aux droits de l’homme, notamment, la convention de Genève et ses protocoles subséquents, la convention internationale des droits de l’homme de 1948 et la convention africaine des droits de l’homme et des peuples de 1969. Il avait même rappelé que la Mauritanie a accueilli des réfugiés maliens sur son territoire.   

Mais la véritable célébration de la journée du réfugié fut surtout l’affaire des organisations de défense des droits de l’homme, rassemblées au sein du FONADH. Ce forum a associé en ce 20 juin des réfugiés ouest africains vivant en Mauritanie. Des réfugiés ivoiriens, libériens ont, entre autres, assisté à la cérémonie qui a regroupé plusieurs dizaines de personnalités de la société civile. Mais l’accent a été porté sur le sort des mauritaniennes victimes des déportations de 1989. Dans la déclaration de l’APP, un parti de l’ex opposition radicale devenu aujourd’hui un allié de l’actuel président de la république, il est préconisé la création d’une commission nationale pour le retour organisé, la réinsertion et le suivi des problèmes des déportés et réfugiés. Cette commission doit associer, selon la déclaration, l’administration, les acteurs politiques et civiles et les associations des réfugiés ainsi que le HCR ; y compris les partenaires au développement. Reste à savoir à quels blocages  butera la solution de ce problème vieux de dix huit ans. Du côté du FONADH, il a été rappelé que les réfugiés ont vécu durant de longues années « de charité internationale » ayant d’abord « bénéficié de l’hospitalité fraternelle des peuples et dirigeants sénégalais et maliens » ainsi que « de l’assistance des organisations internationales et humanitaires à la tête desquelles la Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés. » Pourtant il se trouve que le HCR, sous pression du pouvoir mauritanien et des autorités sénégalaises certainement, a fini par se désolidariser des réfugiés mauritaniens, leur coupant toute assistance. Le FONADH a même rappelé cet acte qui était « en violation du droit humanitaire élémentaire de suspendre l’assistance alimentaire, scolaire et de santé. » Aujourd’hui, le HCR s’est félicité de la décision des nouvelles autorités du pays de permettre à ceux parmi les réfugiés mauritaniens de rentrer au bercail. Ils sont plus de vingt mille à être restés chez les voisins. Et ce, bien qu’un règlement de la crise sénégalo mauritanienne de 1989, cause de leur expulsion, ait été effectué en 1992. A l’époque, la réconciliation entre Nouakchott et Dakar avait été faite sur le dos de ces malheureux qui ont fini par élire domicile dans des camps de fortune.  Selon le directeur du HCR pour le Proche-Orient et lAfrique du Nord, cité par l’agence PANA une collaboration étroite avec toutes les parties concernées sera effectuée pour assurer un retour paisible, dans la sécurité et la dignité à tous ceux qui sont volontaires pour cette option. On s’attend alors que la structure des nations unies mette son expertise en action pour la mise au point des détails de ce retour. Aux autorités mauritaniennes, sénégalaises et maliennes et aux réfugiés eux-mêmes de se mettre dans les dispositions adéquates pour un règlement équitable de ce problème. Ce ne sera pas facile visiblement. Cela nécessite de la volonté politique déclare Ladji Traoré, le Secrétaire général de l’APP. Dans le communiqué de son parti les propositions tiennent essentiellement en sept points qui devront incomber à une commission nationale. Celle-ci devra procéder au recensement et à l’identification de tous les mauritaniens déportés et réfugiés. Un répertoire des problèmes liés à leur retour organisé dans leurs lieux de résidences. En plus, il va falloir recenser les villages détruits ou occupés ainsi que leurs biens et meubles en vue de leur restitution. Quant au FONADH, il préconise un rétablissement de la situation de tous les travailleurs du secteur public et du secteur privé arbitrairement licenciés ainsi que la récupération des biens spoliés, à défaut une juste indemnisation de toutes les victimes sans exception de la crise. Sans compter la récupération des terres de cultures arrachées à la faveur des douloureux événements. Du côté de l’AMDH, un appel est lancé au gouvernement mauritanien « pour lui rappeler ses promesses électorales de consolidation de  l’unité nationale ainsi que l’urgence de  rédiger un projet de loi fixant les termes d’une politique de réconciliation nationale. Ce projet de loi aménagera, selon l’ambition de l’AMDH, le droit au rapatriement et à la réinstallation des réfugiés mauritaniens. Il devra prévoir en plus l’installation d’un mécanisme de justice traditionnelle chargé d’établir la vérité sur les graves violations de droits de l’homme perpétrées entre 1986 et 1991. Autant d’ambitions pour des réfugiés dont une partie s’est envolée pour de nouveaux destins. Il y en a qui sont en Europe ou en Amérique. Ont-ils seulement l’ambition de rentrer au bercail ? D’autres sont morts en exil. Leurs ayant droit seront certainement confrontés à la difficulté d’identification. Laquelle exige de ceux qui en auront la charge, côté autorités, un supplément de sérieux et de rectitude. A l’assemblée nationale des députés avaient fait part de leur inquiétude face à ce retour. Il n’y aura aucun problème, avait répondu le Zeïne Ould Zeïdane, le Premier ministre. C’était le 31 mai passé. Il était venu leur présenter son discours de politique générale. Des intellectuels ont voulu prétendre que ce retour serait prématuré. Un certain Moustapha Ould Sejad, professeur d’économie a fait un exposé publié sur un site en arabe pour dire que les réfugiés se confronteraient à des difficultés d’ordre alimentaire entre autre. C’est à croire qu’être réfugié est plus aisé qu’être chez soi. 

En tous cas les autorités ont décidé de lever le tabou sur un passif humanitaire qui a fait l’affaire de certaines personnes. Aujourd’hui, les réfugiés mauritaniens ont eu droit à une journée. Dans leur pays. Combien d’autres journées vont-ils encore voir consacrer à leur retour et à tout ce qui s’y rattache? Kissima 

Encadré          Kane Ndiawar : «Chaque réfugié est une histoire» 

« Chacun a une histoire terrible à raconter. Mon histoire n’est pas terrible. Le 3 mai 1989, c’était un mercredi comme aujourd’hui [le 20 juin, NDR]. J’ai été déporté avec tous les membres de ma famille, jeté de l’autre côté du fleuve ; avec mes seuls habits sur mon corps. Je n’étais pas seul. Nous étions environ 120 000. A l’époque, la population de la Mauritanie pouvait être estimée à 1 200 000. C’était donc le 1/10e de la Mauritanie qu’on déportait. Aujourd’hui, les chiffres ont changé. Les chiffres ne sont rien. Un seul déporté, c’est une injustice ; faite en présence d’hommes et de femmes qui devaient réagir…Et c’est une plaie profonde que nous mettrons du temps à cicatriser… »

Source : La Tribune n°355 




Nouadhibou se meurt

28062007

  

La capitale économique vit une crise réelle. Ruinée par la misère, salie par les affaires de drogue et de crimes, otage d’hommes d’affaires véreux et de commerçants impitoyables, atomisée par une administration incapable, la population s’enfonce dans la misère et le désespoir. Ce 24 juin une marche contre la vie chère réunissant prés de 300 personnes a eu lieu. Encadrés par une quarantaine de policiers, eux aussi fatigués, les marcheurs ont été reçus par le wali qui a promis de faire « le nécessaire ». Les marches se succèdent sans résultat. Vendredi des dizaines de femmes ont manifesté parce que leurs squats (gazras) ont été détruits par la police sur ordre du wali. Plusieurs familles sont ainsi jetées dans la rue. La semaine passée c’était autour des marins pêcheurs de manifester leur ras-le-bol (Ils ne sont plus payés depuis des mois). On s’attend à une marche des gardiens et plantons des services publics qui se plaignent de leurs conditions de vie et de travail. Et pourquoi pas une marche des bonnes exploitées et abusées par leurs patron(ne)s? C’est que la crise est profonde à Nouadhibou et la population ne sait plus à quel saint se vouer. Toutes les actions entreprises jusque là n’ont pas abouti. Les autorités se contentant de dire « nous ferons le nécessaire. » 

L’Etat, ici c’est un euphémisme, ne détient rien, ne règle rien. Les services publics fonctionnent au ralenti. Absentéisme et corruption y règnent quand ce n’est l’incompétence. Le secteur de la santé est en déliquescence, médecins et infirmiers battant les records d’absence. Les cliniques poussent comme des champignons mais les malades ne peuvent pas payer les frais de soin. Beaucoup redoutent demain. Peu de travail, hommes et femmes valides encore se transforment en mendiants aux portes des supermarchés et mosquées. Des jeunes oisifs se transforment en vendeurs de cartes que personne n’achète. Le marché est achalandé mais point de clients. Produits marocains et espagnols pourrissent au soleil. 

A qui la faute ? « A l’absence de l’Etat » dit Ahmed, qui ajoute « les commerçants font la loi, fixent les prix ». ‘Nous, on veut se battre pour la baisse des prix mais les autorités ne nous aident pas ‘ renchérit Oumar dans la file. Etrange ville où se croisent sans se rencontrer le luxe le plus insolent et la misère la plus noire: belles berlines, villas cossues avec jacuzzi et jets d’eau à Dubaï d’un côté et baraques crasseuses et maisons décrépies presque partout ailleurs. La ceinture de pauvreté avance chaque jour, menaçant la ville d’asphyxie. Partout des cohortes de mendiants et de femmes chefs de ménage abandonnées à elles mêmes. Le transport est en plein délabrement. Le parc automobile ne suffit plus pour une population qui a crû à un rythme effréné. Aux heures de pointe des milliers d’usagers sont au bord des chaussées attendant des heures durant un hypothétique taxi. Les quelques minibus vétustes cessent leur rotation à 17 heures. L’activité économique est réduite à sa plus simple expression. La mer est ‘vide’ laissant des milliers de pêcheurs sur le carreau. « Même la sardinelle ne se laisse plus capturer  » confie Mbarek, un matelot. 

Quant aux maçons et ouvriers du bâtiment ils sont en chômage technique. Le seul grand chantier de l’Etat depuis 7 ans est l’imposant palais de justice qui employait des centaines d’entre eux. Les travaux ont été arrêtés faute de moyens. « Quand les gens ont faim ils ne songent plus à construire » nous explique Saër un maçon sénégalais. La jeunesse elle ne songe plus à faire la fête. Tout le monde cherche à quitter le pays. Parmi les derniers clandestins arrêtés figurent beaucoup de jeunes mauritaniens. 

Quelques professions tirent cependant leur épingle du jeu : douaniers, contrôleurs maritimes, gendarmerie maritime, services de l’Etat civil, SOMELEC, policiers de la routière … Travailler dans l’un de ces services est le rêve de beaucoup de personnes. En tout cas ils sont enviés. Nouadhibou est miséreuse. Pour en prendre la mesure il suffit de faire le tour des quartiers. 

Le centre historique de Nouadhibou constitué des quartiers de Khaïrane et de Laareguip est abandonné à lui même. Les ordures s’y amoncèlent au grand plaisir de chèvres faméliques et d’ânes bruyants. Au camp raffinerie autrefois fleuron de la coopération sud sud algéro mauritanienne les baraques tombent en lambeaux faute d’entretien. Une odeur nauséabonde taquine les narines. 

Les cités Marine, Douane, SAMA, Police n’ont de cité que le nom. Leurs propriétaires légaux les ayant louées à des tierces personnes qui se soucient peu de l’entretien. La plomberie a été arrachée. Les sanitaires sont dans un état de délabrement lamentable. Tous ces quartiers partagent le même sort : la plupart des ayants droit ont préféré les sous louer pour joindre les deux bouts. D’où la surpopulation et le manque d’entretien. Dans ces cités, l’eau et l’électricité étant à la charge de la princesse (l’Etat ou la société c’est en fait la même chose), c’est le gaspillage pendant que la périphérie a soif et vit dans le noir. Partout c’est soit le laisser-aller ou la désolation. Nouadhibou est aussi une ville de vices. 

Bars et boîtes de nuit fonctionnent 24 heures sur 24. Ils sont souvent entre les mains d’asiatiques ou d’européens. Il s’y passe des choses. Ce sont de véritables zones de non droit où alcool et substances psychotropes sont servis à satiété. La prostitution aussi. Des jeunes filles à peine majeures (dont des mauritaniennes) y passent la nuit dans la buverie ou comme filles de réconfort pour des touristes en mal de sensations ou une classe moyenne débauchée. On ferme les yeux sur ces débauches à ciel ouvert. La drogue et la contrebande salissent sa réputation. La prison refuse du monde et les clandestins pullulent abandonnés à leur sort. L’insécurité y règne. Nouadhibou se meurt, Nouadhibou est morte. 

Athié Youssouf CP/NOUADHIBOU 

Source: La Tribune




Le Haut Commissaire de l’OMVS à La Tribune

28062007

Le problème de l’énergie est-il soluble dans l’eau du fleuve Sénégal ? (1)  Le Haut Commissaire de l’OMVS à La Tribune : «Les difficultés actuelles à Nouakchott et à Dakar sont de la responsabilité exclusive des autorités de ces deux Etats. C’est un problème sérieux qu’il faut traiter avec beaucoup de responsabilité et d’audace» 

Autant que la Mauritanie sinon plus, le Sénégal et le Mali sont confrontés au problème de l’énergie. C’est pourquoi, l’Organisation de mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS) qui les réunit avec la Guinée, a décidé de proposer aux Etats membres, une solution ‘régionale’ basée sur la recherche de solutions immédiates pouvant répondre à la croissance soutenue de la demande. Il s’agit d’initier une approche régionale intégrée prenant en compte l’optimisation de la production actuelle et le développement de solutions alternatives en vue de répondre aux exigences de la période transitoire qui s’étalera jusqu’en 2009, réalisation des premiers grands ouvrages permettant de répondre de façon pérenne au problème. Réunis en session extraordinaire ces jours-ci à Dakar, les ministres de l’OMVS devront répondre à la proposition de l’OMVS. En attendant d’y revenir la semaine prochaine, nous vous proposons un entretien exclusif avec le Haut-Commissaire de l’OMVS, notre compatriote Mohamed Salem Ould Merzoug.

La Tribune : Monsieur le Haut Commissaire, quoi de neuf à l’OMVS ? Mohamed Salem OULD MERZOUG: J’ai eu le privilège d’être interrogé par votre journal il y a quelque temps déjà en 2003 et 2004. Au cours de nos différents entretiens, je vous ai décliné mon programme d’action avec quelques repères majeurs. J’ai évoqué le parachèvement  des aménagements structurants et la continuité de notre action, dans ce domaine, par le bouclage du financement des Centrales de Félou et de Gouina et la mobilisation autour de la mobilité spatiale comme dorsale principale d’une véritable politique d’aménagement et d’intégration régionale. 

J’ai insisté sur la prise en compte des capacités des populations, à l’effet, de leur permettre de valoriser les opportunités offertes. Je crois que le PGIRE/DUBM répond, désormais, à cette préoccupation. Qui plus est, l’Analyse Diagnostique Transfrontalière, assortie d’un Plan d’Action Stratégique, en intégrant les principales problématiques environnementales, achève la mise en œuvre de notre feuille de route. 

Néanmoins,  le fait massif restera, au triple plan historique, organisationnel et sous-régional, la reconstitution de la grande famille-OMVS avec l’adhésion de la République de Guinée. Donc, l’OMVS est aujourd’hui apaisée, réconciliée avec elle-même et bien préparée à affronter la dureté des temps marquée par la raréfaction et l’accès difficile aux financements extérieurs, les échecs récurrents des programmes en Afrique et, in fine, l’attitude rétive des partenaires à croire aux organismes de notre continent. 

L’approche programme évolutif nous permet de préparer l’avenir sur la base d’une vision prospective nécessaire à toute politique sérieuse de développement à long terme. 

La Tribune : Qu’apporte l’adhésion de la République de Guinée ? 

Mohamed Salem OULD MERZOUG:: L’élargissement de notre pacte de solidarité à la Guinée est un processus nécessaire, naturel, légitime et conforme à notre ambition collective. Donc, il ne saurait être soumis à une appréciation factuelle, matérielle ou financière. Cela s’intègre dans une démarche globale pour faire de notre Organisation une vraie locomotive de développement et un exemple d’un africanisme solidaire constructif au service de l’intégration régionale. Depuis trois années,  nous agissons en interne, et, en externe, pour donner corps à cette ambition, cette vision, à travers, notamment,  le RAOB (Réseau Africain des Organismes de Bassin) qui est, aujourd’hui, un cadre d’échanges et d’éclosion d’une philosophie générale de gestion concertée d’un bassin transfrontalier. 

Compte tenu de notre conception selon laquelle, il n’est de gestion intégrée de notre bassin partagé sans implication de tous les acteurs, l’adhésion de la République de Guinée devient nécessaire au sens physique du terme. Donc, il s’agit d’un choix stratégique qui épouse les contours de la GIRE ainsi que l’exercice fonctionnel de la solidarité. Pour le reste, j’ajouterai que la partie guinéenne du bassin avec des sites comme Koukoutamba, Boureya, Badoumbé et Balassa abrite l’essentiel du potentiel hydraulique et hydroélectrique. La réalisation programmée de ces aménagements va permettre la multiplication par huit à dix de notre capacité de production hydroélectrique soit l’équivalent de 1500 MW de puissance installée. 

Les terres massives du Fouta Djallon, aux alentours de Mamou, représentent le vrai château d’eau de l’Afrique de l’Ouest. Je vous laisse imaginer le risque que représente une absence de concertation pour le Bafing et le Bakoye et donc pour l’existence même du fleuve Sénégal Je persiste à penser qu’il s’agissait pour nous d’envisager l’avenir avec assurance et sérénité en sécurisant toute notre entreprise collective. Pour éviter les incompréhensions passées, nous avons engagé, avec ce pays frère, un processus inclusif le plus large possible qui a concerné les pouvoirs publics mais aussi les collectivités, les ONG et la communauté scientifique. Cela a été long et fastidieux. Mais, il ne pouvait en être autrement. 

L’acclimation du fonctionnement à quatre se poursuit normalement. Nous devrions, collectivement, veiller à la bonne marche de l’Organisation pendant quelque temps encore. 

La Tribune : Où en-est le Volet Navigation ? 

Mohamed Salem OULD MERZOUG: Nous sommes arrivés à le rendre bancable. Il est, désormais intégré dans un système de transport multimodal dont, effectivement, la dorsale principale demeure le chenal navigable long de 904 km, mais auquel s’ajoutent des mailles qui donnent corps à l’intermodalité Saint Louis-Diama, Diama-Rosso, Manantali-Mahinanding et Kédougou-LabéTougué-Siguiri. Le processus a été long, complexe et parfois heurté. Mais, la démarche était nécessaire et un  passage obligé pour susciter l’adhésion de nos partenaires au développement. Nous préparons activement une table ronde, spécifiquement, dédiée à ce pan entier de notre architecture programmatique. L’implication du Royaume des Pays-Bas qui assure plus de 50% de son trafic par voie fluviale  constitue un nouvel élément d’impulsion. 

D’ailleurs, pour la relance de la petite navigation, nous avons formulé une requête qui a été acceptée par des administrations néerlandaises pour disposer gratuitement de bateaux à fonds plats, mieux adaptés à notre tirant d’eau. La SONASE SA créée à cet effet, sera l’outil efficace d’exercice de ce type de transport. Donc, je suis plein d’optimisme et, surtout, fier d’avoir conduit aux forceps ce projet. 

La Tribune : En Mauritanie, on se plaint beaucoup des délestages. 

                      Quel rapport avec les mauvaises performances de Manantali ? 

Mohamed Salem OULD MERZOUG: Il est très facile, commode et surtout protecteur, politiquement parlant, de faire porter le chapeau à la SOGEM. Ça tombe sous le sens : les difficultés actuelles à Nouakchott et à Dakar sont de la responsabilité exclusive des autorités de ces deux Etats. C’est un problème sérieux qu’il faut traiter avec beaucoup de responsabilité et d’audace. 

Pour ce faire, il faut exclure les discours simplets, globalisants et souvent aérosolés qui sont en décalage avec l’ampleur de la crise, surtout, à court terme. Nous devrions éviter les amalgames et regarder la réalité en face. Le traitement prescrit par un médecin ne saurait être efficace que s’il découle d’un bon diagnostic. La crise actuelle, même si elle est amplifiée, par des facteurs circonstanciels, n’est pas conjoncturelle. Elle est d’une nature et d’une portée profondes. De quoi s’agit-il ? Comme vous le savez, sans doute, la situation du secteur de l’électricité est marquée par un déficit de l’offre par rapport aux immenses besoins. Les capacités de production installées sont insuffisantes sous leur double versant thermique et hydroélectrique. Les conséquences logiques de cet état de fait sont les délestages récurrents, variables d’un pays à l’autre. Ce déficit s’observe dans de nombreux pays de l’Afrique de l’ouest où il atteindra d’ici à 2010 dix milles mégawatts. 

Ainsi, il avoisine 300 MW au Ghana, 100 au Bénin et 6000 au Nigeria. Dans l’espace OMVS, il dépassera les 200 MW entre 2008-2010.   L’accentuation des difficultés présentes découle, de l’envolée, probablement, durable, des produits pétroliers, mais aussi de l’échec des privatisations ou leur sabotage et aux difficultés d’accès à des financements à des taux concessionnels. 

Cette crise risque de perdurer si des mesures urgentes ne sont prises pour limiter ce que nous pouvons appeler les dégâts au cours de la période 2007-2011, dates programmées pour l’entrée en service des nouvelles centrales de l’OMVS. Dès décembre 2005, nous avons alerté tous les Ministres sur la nécessité de la mise en œuvre d’un train de mesures de nature à permettre une gestion efficace de l’équilibre offre-demande en énergie électrique. Ces mesures pouvaient être opérationnelles dès mars 2006. 

Comme à l’accoutumée, chaque Etat a mis en avant sa capacité de gérer cette période. A l’époque, cela m’a fait sourire dans la mesure où j’avais en ma possession toutes les données qui me disaient le contraire. Il a fallu attendre que chacun soit secoué par l’onde de la crise et surtout la sagesse des Présidents réunis à Dakar en octobre dernier, pour que nous puissions envisager la mise en œuvre de notre programme transitoire. Celui-ci consistait à injecter de l’énergie dans le Réseau Interconnecté (RIO) de l’OMVS. 

Dans ce cadre, la SOGEM a déjà installé une puissance de 40 MW au Cap des Biches et, d’ici, au 15 juillet 2007, 20 MW à Nouakchott, suivis de la même puissance le 25 juillet. Au total, dans quelques semaines, nous aurons réalisé la première étape 80 MW supplémentaires. La seconde phase va consister en l’installation d’une Centrale sur barge avec l’appui de certains partenaires au développement. Mais, ne nous y trompons pas, il y a un déficit grave.  En matière de puissance, la situation est très critique en Mauritanie et au Sénégal. Les Centrales AGGREKO 1 et 2 ne sont que des pis-à-aller. L’urgence est d’aller plus loin. 

Cependant, à moyen et à long termes, la situation devrait s’améliorer, dès l’entrée en service de Félou et Gouina. Imaginez, pour répondre à votre question, qu’il n’y ait pas eu Manantali et AGGREKO 1 et 2, la situation aurait été un désastre sans précédent. Donc, nous pensons que nous avons fait ce qu’on devrait faire dans des conditions difficiles dans la mesure où les Sociétés d’Electricité sont endettées vis-à-vis de la SOGEM. 

Nous avons mis en place un Comité Technique qui réfléchit, propose et supervise ce programme d’urgence. 

Nous avons saisi il y a deux mois les Etats-membres pour organiser une Session Extraordinaire du Conseil des Ministres pour approuver une politique commune de gestion de l’équilibre offre-demande en énergie électrique. Il s’agit de créer un mécanisme responsable et solidaire d’échanges et de gestion efficace des potentialités offertes par le RIO. Cette rencontre se tiendra au cours des prochains jours. Je suis persuadé que si nous savons être responsables et sages c’est une préoccupation que nous pouvons lever rapidement. 

La Tribune : Nouakchott a soif et/ou compte beaucoup sur le projet Aftout- 

                   es-Saheli. Quel rôle pour votre Organisation ? 

Mohamed Salem OULD MERZOUG: Notre rôle se situe en amont. Comme vous le savez, la Charte des Eaux du fleuve Sénégal du 28 mai 2002 nous confie la mission d’instruire et de donner un avis, à travers la Commission Permanente des Eaux, à l’adresse du Conseil des Ministres pour le rejet et/ou l’autorisation de tout projet qui concerne le bassin. Ce travail est achevé depuis deux ans et le projet Aftout-es-Saheli a fait l’objet d’une 

résolution portant autorisation de son exécution. Pour le reste, c’est le travail de la Mauritanie. 

La Tribune : Autre source d’inquiétudes pour les riverains, cette question 

                    de l’environnement avec notamment les mauvaises herbes.               Qu’en est-il ? 

Mohamed Salem OULD MERZOUG: S’il ne s’agissait que des mauvaises herbes ! 

La  problématique écologique est au cœur de nos préoccupations. C’est normal et légitime. Mais, avant d’agir, étant donné la complexité des questions à traiter, il était nécessaire d’élaborer une Analyse Diagnostique Transfrontalière (ADT) selon un processus participatif. 

L’ ADT aura permis d’améliorer et d’approfondir nos connaissances, d’évaluer l’état de l’environnement et des ressources naturelles. Cette étape nécessaire a mis en évidence l’acuité et la gravité de certains défis dont notamment la santé environnementale, la pollution, la prolifération des végétaux aquatiques nuisibles, la dégradation des berges dans le Haut Bassin, le recul de la faune ichtyologique,  le déboisement ravageur bref une réelle phase de rhexistasie en marche. Ces problématiques environnementales ont été classées en fonction de leur nature, de leurs implications, de leur magnitude et de  leur mode de prise en charge. Dans l’immédiat, nous apportons des solutions adaptées à quatre questions prioritaires : la santé environnementale grâce au PGIRE, la pollution à travers un financement de l’Agence Française de Développement, les végétaux aquatiques nuisibles et la dégradation des berges par le canal du projet ORET en cours de montage. 

Le Plan d’Action Stratégique, en cours de préparation avec le Fonds de l’Environnement Mondial, servira à la prise en charge des autres problématiques. Mais, le fonds de notre démarche réside dans l’ancrage graduel de nouveaux modes de gestion et de valorisation de nos fragiles écosystèmes en rapport avec les dynamiques transfrontalières. La création de l’observatoire de l’Environnement, aujourd’hui, considérablement renforcé, répond au souci de prendre en compte, de gérer au mieux, de suivre l’évolution, et, si possible, d’alerter sur l’environnement et les ressources naturelles. D’ailleurs, nous publions, depuis 2006, un rapport diagnostic annuel sur l’état de l’hydro système. 

Comme pour la navigation, une table ronde sera organisée pour la mobilisation des ressources complémentaires pour traiter convenablement toutes ces questions. Ces ressources proviendront du Fonds pour l’Environnement Mondial, de la Banque Mondiale, des Fonds des Pays Scandinaves. Elles seront investies dans la lutte contre les végétaux aquatiques et la dégradation de la source du fleuve en guinée. Ce gap est de 90 Millions d’euros. On en a déjà une partie. Le reste est en cours de mobilisation. 

La Tribune : L’OMVS a bientôt un quart de siècle, c’est peu ou c’est beaucoup ? 

Mohamed Salem OULD MERZOUG: Ni tout à fait l’un, ni tout à fait l’autre. Par rapport à ses objectifs stratégiques et à notre ambition collective, trente cinq ans constituent une période très courte. Si on se fonde, au contraire, sur quelques repères factuels, cela aurait pu être une période relativement suffisante pour bâtir quelque chose de solide. Par moment, nous avons perdu beaucoup de temps de crise en crise. Avec le recul, c’est sidérant de voir comment on a pu perturber un processus salutaire pour des raisons souvent superfétatoires. Vous êtes un des meilleurs connaisseurs de l’Organisation, vous savez qu’elle a connu beaucoup de secousses qui l’ont conduite dans une léthargie systémique et une longue phase de glaciation. Elle était connue pour ses crises récurrentes.  Elle était donnée en exemple de conflit permanent. Un jour en suivant une émission sur ITélévision, l’historien  français Marc FERRO l’avait citée comme exemple de situation conflictuelle. 

 Tout le monde le sait aujourd’hui, pas un nuage n’est venu obstruer le ciel de notre Organisation pendant cinq ans. Personnellement, je considère que cette maison commune doit être préservée contre tous les avatars. Cinq années durant, nous avons pu rebâtir une Organisation solide avec un ordre juridique rénové et innovant, des règles du jeu consensuelles et transparentes, une architecture programmatique, pertinente et cohérente, une famille reconstituée, une confiance certaine des bailleurs de fonds et un climat apaisé. 

Pour approfondir davantage ce processus, j’ai organisé une rencontre des médias et des parlementaires de nos Etats-membres pour que l’OMVS s’ouvre à tous les citoyens et se soumette aux regards critiques de tous. Sa durabilité dépend de sa capacité à se construire au-delà des structures publiques. C’est le sens du projet de création d’un Comité de Bassin qui serait une sorte d’assemblée de tous les acteurs. C’est dire qu’en vérité, il reste beaucoup à faire dans la continuité des efforts évoqués pour consolider, rénover et approfondir nos acquis. Néanmoins, soyons lucides si par mauvaise foi ou inadvertance, la machine se grippe, les rechutes sont souvent plus foudroyantes que les ascensions. 

Donc, j’avoue que trente cinq ans c’est peu. Si, pendant quelques années encore, le cheminement se poursuit dans la sérénité, l’OMVS sera si forte qu’elle aura en elle les forces pour résister. C’est ma conviction. 

La Tribune : en dressant ce bilan, certains pensent que c’est une manière de minimiser les autres. Qu’en est-il ? 

Mohamed Salem OULD MERZOUG : Je ne pourrai ni ne saurai réfléchir de cette manière. Je suis heureux, au contraire, de m’inscrire dans la lignée des Haut Commissaires en apportant de mon mieux pour la continuité sereine de notre odyssée. En publiant un livre en 2005 aux Editions Présence Africaine, aujourd’hui épuisé, ayant comme titre « L’Eau, l’Afrique, la Solidarité : Une Nouvelle Espérance », je leur ai rendu hommage. Je les connais et les respecte tous. 

Par contre j’ai dit et redit que j’ai apporté à l’organisation ce qu’elle n’a pu avoir depuis sa création. De quoi, il s’agit : le réunification de notre grande famille avec l’adhésion de la Guinée, le rôle de leader africain avec le RAOB créé en 2002, une place centrale dans le concert des acteurs de l’eau avec le RIOB et le RIOBT, la refonte de ses objectifs, définis en 1972 devenus fossilisés et obsolètes, avec la déclaration de Nouakchott 2003, la mobilisation de financements sans équivalent en termes de volume et de diversification (du macroéconomique jusqu’au communautaire). La Charte des Eaux a fixé de nouvelles règles du jeu. C’est la base de ce que doit être l’OMVS au cours des prochaines décennies. En si peu de temps, l’ordre juridique, resté figé depuis 1972, s’est enrichi de deux traités : la Charte des Eaux et le Code International de la Navigation (et bientôt un Code de l’Environnement). Nous pouvons y adjoindre la rénovation du Règlement Intérieur de la Commission Permanente des Eaux. 

J’évoque des faits pas autre chose. Vous savez j’ai beaucoup travaillé et conduit des recherches sur le fleuve. Les autres avaient d’autres spécialités différentes de la mienne. Là, je suis au cœur de mes préoccupations de chercheur. Je le faisais avant et je continuerai après. Pour le reste, cela n’a finalement aucune importance. Les Comités Locaux de Coordination regroupant les communautés de base et les ONG de nos pays sauront se défendre demain. 

J’ai voulu aller plus loin en créant un Comité de Bassin qui regrouperait les collèges suivants : -          le collège des pouvoirs publics : gouvernement, parlementaires, collectivités locales 

-          le collège des usagers : sociétés d’électricité, agriculteurs, éleveurs -          le collège de la société civile et des ONG ; 

-          le collège de la Communauté Scientifique ou des Personnalités qualifiées. Il s’agit d’une véritable assemblée du bassin du fleuve Sénégal qui oriente, contrôle, impulse grâce à sa composition large et diversifiée. Chacun contrôle à travers ses Ministres, ses députés et maires mais aussi ses opérateurs privés. Le Comité de Bassin donne corps et forme à une démarche participative bien structurée. C’est la garantie de la transparence et de la bonne gouvernance. 

Je persiste à penser que dès lors qu’il s’agit des questions stratégiques et transfrontalières, le débat public est la clef. Sinon, nous continuerons à être manipulés et abusés par des esprits ingénus. Malheureusement, les Etats membres bloquent cette réforme depuis 2005. Je vous laisse tirer les enseignements que vous souhaitez. Cette réforme est salutaire. Elle mettra l’organisation à l’abri des aléas. Je ne comprends pourquoi, nous refusons le contrôle des autres. C’est la clef de la durabilité, de la garantie de l’application d’une démarche inclusive et d’une politique d’aménagement sans cesse renouvelée. Construire des remparts partagés autour de l’organisation requiert un contrôle renforcé et élargi et un partage soutenu de l’information.   

Cette réforme innovante peut être appliquée demain. D’ailleurs, si le débat avait été rendu public, les administrations auraient cédé. Chacun se serait rendu compte que l’intérêt d’un pays ne saurait se confondre avec un jeu de rôle. 

La Tribune : Une question spécifique : On dit que vous avez soutenu une entreprise mauritanienne pour les travaux Sélibaby-Gouraye. De quoi s’agit-il ? 

Mohamed Salem OULD MERZOUG : D’autres disent, au contraire, que je les ai pénalisés. Je n’ai pas ce pouvoir. J’essaie d’être juste. Pour Sélibaby-Gouraye, le financement est entièrement assuré sur les ressources propres de l’organisation. Aucun bailleur de fonds n’a voulu contribuer à notre politique ambitieuse d’électrification rurale. J’ai proposé qu’on ajoute aux critères classiques « la préférence régionale » dès lors qu’il s’agit d’un financement sur fonds propres. C’est la réponse du berger à la bergère. Les partenaires au développement appliquent ce principe. Nous l’appliquons, déjà, strictement pour les études. Toutes les consultations et études sont faites par des citoyens de l’espace OMVS. Nous en avons une bonne trentaine. Mais, ces bureaux et entreprises doivent se mettre à niveau par rapport à la certification de qualité (ISO 9001) qui devient une exigence au niveau international. La Mauritanie a la chance d’avoir un bureau certifié ISO 9001. Je crois que c’est le seul en Mauritanie.  C’est un exemple à suivre. La compétition est féroce. Chacun doit s’y préparer.      

   La Tribune : Quelles perspectives dans l’immédiat ? 

Mohamed Salem OULD MERZOUG: Nos perspectives sont bien balisées conformément à notre architecture programmatique. 

Dans l’immédiat, nous lançons la réalisation de la Centrale au fil de l’eau de Félou au moment où nous amorçons le processus du second aménagement, en l’occurrence,  Gouina. Mais, le projet-phare reste le Programme de Gestion Intégrée des Ressources en Eau et de Développement des Usages à Buts Multiples qui couvre la prochaine décennie. Il s’agit de structurer, d’organiser et d’impulser les secteurs productifs et marchands à une échelle locale. 

Pendant longtemps, l’Organisation a donné la priorité aux aménagements structurants sans se préoccuper de leurs implications sur l’amélioration des conditions de vie des populations de la vallée. Nous avons fait cette réorientation dans un souci d’équité et de justice. Si nous réussissons la première phase quinquennale au bout de dix ans, on aura investi plus de 395 Millions de $ dans le développement local. 

Par ailleurs, sur les ressources propres de la SOGEM, l’OMVS a achevé l’électrification de Manantali, Mahina et Bafoulabé et lancera rapidement les travaux pour Gouraye, Sélibaby et Bakel. Dans ce cadre, l’utilisation du portefeuille carbone renforcera et amplifiera notre action dans le domaine de l’électrification rurale. Concernant l’électricité, je n’ai rien à ajouter à ce que j’ai évoqué précédemment, à l’exception du fait que les préinvestissements pour la réalisation des aménagements de Gourbassi, Koukoutamba, Boureya et Balassa sont déjà en place. 

Au total, grâce à des perspectives balisées et une mobilisation convenable des financements, nous envisageons l’avenir avec assurance et sérénité.   

Source : La Tribune n°355       




Terrorisme : au sujet du livre de Mohammed – Mahmoud Ould Mohamed

28062007

Al Qaïda: une analyse qui renouvelle nos perspectives – Au sujet du livre de Mohammed-Mahmoud Ould Mohamedou 

Jean-Marc Flükiger

 


Directeur associé du programme Humanitarian Policy and Conflict Research à l’université de Harvard, Mohammed-Mahmoud Ould Mohamedou livre une analyse intéressante d’Al Qaïda
et de son impact sur les conflits et le droit humanitaire international. A contre-courant de certaines analyses qui mettent en avant des éléments inutilisables pour une stratégie de lutte contre Al-Qaïda, l’auteur insiste, sur la base d’une analyse de différents textes, sur la rationalité politique de l’organisation de Ben Laden.
1. Anciennes et nouvelles guerres 

Dans un premier temps, l’auteur esquisse la transformation des conflits armés qui a eu lieu à partir de la fin de la seconde guerre mondiale. Il constate que les cinq caractéristiques du paradigme de la guerre traditionnel – «monopole (de l’usage de la force, de la légitimité), distinction (entre le domaine civil et militaire, entre les combattants légitimes et illégitimes, entre l’intérieur et l’extérieur et entre le public et le privé), concentration (des forces, des secteurs visés), brièveté (de la conception, de la bataille) et linéarité (de l’organisation et de l’engagement)» (p.24) – ont été remplacées par un nouveau paradigme, marqué par une «diminution des guerres interétatiques» et par l’émergence de guerres qui opposent des acteurs étatiques et des acteurs «transnationaux armés» (p.25), intéressés par la destruction de la «volonté politique de l’ennemi de se battre» (p.25).Pour l’auteur, l’intérêt d’Al Qaïda réside dans le fait que ce réseau met en évidence les problèmes suscités par un droit international basé sur la notion d’Etat (p.28). En effet, Al Qaïda se positionne comme un nouveau type d’acteur non-étatique qui vise à étendre le champ de bataille au sein même des sociétés ennemies – donc de rendre méconnaissable les distinctions traditionnelles liées aux champs de bataille, comme par exemple la notion de soldat/civil – tout en s’appuyant sur une structure non-linéaire, décentralisée, non-hiérarchique (à cet égard, on pourrait évoquer ici la notion de résistance sans leader) qui empêche une pénétration par les forces de sécurité traditionnelles.

Qui plus est, comme on l’a vue dans différentes guerres inter-étatiques de ces 60 dernières années (Blitzkrieg de l’Allemagne nazie, guerre des Six-Jours de 1967, rapidité des interventions américaines en Afghanistan et en Irak), les Etats visent souvent à une victoire extrêmement rapide, alors que ces groupes ont pour objectif de ralentir considérablement le rythme imposé pour mener les Etats à une guerre d’usure (on peut prendre ici pour modèle l’actuelle Al Qaïda en Irak).

Selon Ould Mohamedou, une des nouveautés d’Al Qaïda réside dans le fait que ce groupe transnational considère la guerre comme une punition pour ce qu’il appelle «une responsabilité collective privatisée» (p.30), c’est-à-dire que les citoyens des pays visés sont considérés comme responsables des actions des gouvernements «oppresseurs» des populations prétendument défendues par Al Qaïda. De ce point de vue, Bin Laden endosse le rôle des Etats classiques considérés comme incapables de défendre les populations contre «l’agression» américaine.

L’auteur met en évidence différentes citations d’Osama Ben Laden qui vont dans ce sens, notamment lorsqu’il déclare que la «guerre est une responsabilité partagée entre les peuples et leurs gouvernements» (p.31). 


2. Al Qaïda et la théorie de la guerre juste 
Dans la partie subséquente de son analyse, l’auteur discute de la nouveauté d’Al Qaïda par rapport au cadre théorique dit de la «guerre juste». La guerre juste est une tradition philosophique qui puise ses origines, au 4-5ème siècle, dans les écrits du philosophe Saint Augustin [1]. Après trois siècles de martyre, la religion chrétienne était devenue la foi officielle de l’Empire Romain. Alors qu’il avait prôné le pacifisme depuis la mort de Jésus-Christ, le christianisme devenait soudain la religion officielle d’un empire constamment assailli et en guerre. Comment concilier alors le précepte chrétien: «si on te frappe sur la joue gauche, tends la joue droite» avec la politique belliqueuse d’un Empire qui avait fait pour sien l’adage «si vis pacem, para bellum»? La tradition amorcée par Saint Augustin devait être perpétuée par des penseurs tels que Saint Thomas d’Aquin, Francisco de Vitoria, ou plus tard Hugo Grotius ou Emmer de Vattel. Même si chaque principe de la tradition de la guerre juste est soumis à dispute et à interprétation, on peut les synthétiser comme suit (je reprendrai ici Wolf 2004).Au niveau du jus ad bellum, on cite généralement les éléments suivants:

- Autorité légitime: la guerre doit être déclarée par une autorité légitime (au Moyen-ge, il s’agissait d’un roi, à l’heure actuelle, il s’agit des gouvernements)
- Cause juste: la cause doit être juste. «A l’origine il s’agissait de la punition d’une injustice. En lieu et place du paradigme de la punition, c’est le paradigme de l’auto-défense de la souveraineté nationale qui est entré en vigueur à l’époque moderne».
- Solution de dernier recours: la déclaration de guerre doit constituer une solution de dernier recours après l’échec de toutes les négociations diplomatiques.
- Intention juste: la guerre doit être déclarée avec l’intention de rétablir la paix, de se défendre et de repousser une agression, mais de ne pas exercer de vengeance.
- Proportionnalité: selon le principe – qui est également inscrit dans la troisième convention de la Haye (1907) aux articles 22 et 23 – un Etat qui entre en guerre doit comparer les bénéfices universels attendus de l’entrée en guerre par rapport aux coûts universels de cette même action. A cet égard, les bénéfices universels doivent clairement être supérieurs aux coûts universels (Orend 2006, 59).
- Probabilité de succès: ce principe vise à éliminer une violence inutile et enjoint les parties qui entrent en guerre à ne le faire qu’à condition qu’elles puissent atteindre leur but en entrant en guerre (repousser une aggression, rétablir la paix).

Au niveau du jus in bello – qui est considéré comme logiquement indépendant du jus ad bellum – on trouve les éléments suivants:

- Proportionnalité: le principe de proportionnalité du jus in bello fait référence à une utilisation proportionnelle de la force vis-à-vis de la menace. Comme le dit Jean Bethke Elshtain, si une «une nation est confrontée à une bande de renégats qui commettent des assassinats au hasard, celle-ci n’aura pas recours à une frappe nucléaire» (Bethke Elshtain, 2003, 65).
- Distinction entre combattants et non-combattants (appelé également principe de discrimination des non-combattants): les non-combattants sont les personnes qui ne sont pas directement impliquées dans les actions de guerre et ne doivent pas faire l’objet d’attaques directes.
- Interdiction de moyens «mala in se»: certaines méthodes comme la torture, le recours systématique au viol, les génocides ou l’utilisation d’armes chimiques ou biologiques sont interdites.

Par rapport à la théorie de la guerre juste, l’auteur remarque que a) Al Qaïda se déclare comme autorité légitime pour déclarer la guerre (autorité, qui dans la théorie de la guerre juste «classique» ne peut revenir qu’à des Etats) b) considère se battre pour une cause juste – l’auto-défense des musulmans contre «l’agression» américaine (p.32).

C’est à partir de cette «agression» que Bin Laden déduit le principe de la responsabilité collective privatisée évoqué plus haut et établit le droit de viser des civils américains, puisqu’ils ne sont pas innocents en réélisant leur gouvernement «agresseur».

Comme le remarque Ould Mohamedou, cette dernière réflexion établit un lien pour le moins problématique entre jus ad bellum (le droit d’entrer en guerre) et jus in bello (le comportement à adopter durant le conflit), les deux étant considérés comme logiquement indépendants dans la théorie de la guerre juste classique (p.32). En effet, Ben Laden déduit du crime d’aggression (jus ad bellum) sa justification pour violer le principe de discrimination des non-combattants (jus in bello).

Quant aux principes du dernier recours, de l’intention juste et de la proportionnalité, Al Qaïda déclare les respecter (p.32-33). 


3. Limites du droit international 
Un des intérêts incontestables de l’ouvrage de Mohammed Ould Mohamedou réside dans ses considérations de spécialiste sur les conséquences d’Al Qaïda pour le droit international: il reconnaît en premier lieu que «le droit international ne peut fonctionner que s’il est fondé sur – et exprime – une égalité entre les parties impliquées» (p.34). Mais celui-ci constate que ni les Etats, ni les groupes transnationaux tels qu’Al Qaïda ne sont prêts soit à reconnaître leur adversaire (Etats), soit à respecter le droit international (groupes transnationaux), «pourtant, c’est la reconnaissance des normes par les acteurs impliqués dans un conflit qui rend les standards pertinents» (p.34).L’un des points fondamentaux des considérations de l’auteur réside dans sa conception de la loi comme «l’expression d’un ordre particulier qui représente à son tour une configuration de la force. Cet ordre et cette force sont inséparables de leurs contextes» (p.35). Comme il le remarque très justement, l’ordre qui avait prévalu lors de la création du droit de la guerre était centré, défini et contrôlé par les Etats (nations), ce qui n’est plus valable pour les guerres du 21ème siècle. Partant de l’incapacité des Etats traditionnels à défendre et à représenter leurs populations (ce qui est malheureusement vrai pour de nombreux Etats du Moyen-Orient), Al Qaïda vise à «contourner l’Etat et en particulier son monopole sur l’usage de la violence légitime», fait «irréconciliable avec le droit international» (p.36).

L’auteur suggère alors un changement de paradigme, organisé autour de la nature de nouveaux acteurs (comme Al Qaïda) caractérisés par l’indétermination géographique de leurs actions. De ce fait, la notion de champ de bataille est remplacée par la notion «d’espace de bataille». On peut douter ici que la nouveauté de la notion «d’espace de bataille» soit liée au terrorisme: en effet, ce sont plutôt certaines innovations technologiques qui ont permis l’émergence de cette notion «d’espace de bataille», comme par exemple la télévision ou Internet (qui a permis l’émergence du cyberspace). Conscients de leur infériorité dans des champs traditionnels, les groupes subétatiques se sont évertuées à s’imposer dans ces nouveaux espaces: par exemple, l’attaque du groupe Septembre Noir lors des Jeux Olympiques de 1972 constitue incontestablement une tentative – réussie – de monopoliser l’espace de l’information pour la cause palestinienne. Vingt ans plus tard, l’intérêt du mouvement zapatiste au Mexique a été de médiatiser (et de maîtriser) le «cyberespace de bataille» en concentrant sa lutte sur Internet.

Comme le remarque justement l’auteur, la nouveauté d’Al Qaïda réside dans sa nouvelle conception de la guerre, caractérisée par a) des «représailles en réponse à une politique aggressive» qui visent à b) «contourner le monopole de la violence légitime dont bénéficie les Etats», notamment c) en recourant à une politique «d’indiscrimination des cibles» déductible de la d) responsabilité collective privatisée mentionnée plus haut (p.39). D’un point de vue tactique, Al Qaïda a recours à des cellules, en rapport «d’essaimage» (spin-off, p. 39) avec le noyau du réseau (sorte d’«Al-Qaïda mère»).

Considérant l’environnement modifié des relations internationales et son impact sur le droit, Ould Mohammedou ne propose pas un système alternatif, mais une analyse d’Al-Qaïda, focalisée autour de son caractère politique. 


4. Le retour du politique 
A l’inverse d’autres analyses qui mettent en avant des éléments inutilisables pour établir une stratégie contre Al Qaïda, l’auteur offre, après une brève histoire du réseau de Ben Laden, une analyse hautement politique du réseau. Contrairement à certains analystes qui le considèrent comme apocalyptique ou nihiliste, le réseau d’Al Qaïda poursuit des buts politiques, qui, une fois atteints, conduiraient à un arrêt des attentats.Se fondant sur une analyse de 23 messages de Ben-Laden et Al-Zawahiri, Ould Mohammedou constate la récurrence de certains thèmes soit a) le retrait des troupes américaines du Moyen-Orient, b) l’arrêt du soutien américain à Israël dans son occuption des territoires palestiniens et c) la fin du soutien américain aux régimes illégitimes du Moyen-Orient (p. 70).

Dans la perspective de sa conception politique d’Al Qaïda, l’auteur ajoute que, le terrorisme a remplacé la guerre dans le paradigme clausewitzien «de la guerre comme continuation de la politique par d’autres moyens» (p.74-75). Le terrorisme étant de ce fait hautement politique, celui-ci doit recevoir une réponse également politique qui adresse les thèmes mis en évidence dans les communiqués d’Al Qaïda. Il déclare ainsi «l’histoire nous apprend que l’engagement face aux terroristes exige invariablement d’aborder les problèmes soulevés, c’est-à-dire de reconnaître les griefs collectifs dans lesquels ils inscrivent leurs recours à la force, décrits comme des actions politiques en réponses à des problèmes spécifiques» (p.89). 


Conclusion 
La thèse Mohammed Mahmoud Ould Mohamedou est rafraîchissante: dans son essence, elle critique et vise à remplacer les paradigmes que l’on pourrait qualifier «d’émotionnels» (qui mettent en avant ou la haine d’Al Qaïda envers l’Occident ou son nihilisme, son irrationalité etc.) par rapport à Al Qaïda. La thèse du remplacement de la guerre par le terrorisme dans une perspective clausewitzienne est tout à fait originale.Pourtant, cette thèse semble souffrir d’un défaut méthodologique: en effet, même si l’analyse des déclarations d’Al Qaïda est incontestablement intéressante pour nous révéler son agenda politique, c’est plus une analyse des attentats commis par le réseau qui devrait être au centre de ses réflexions. Même si celle-ci est effectivement présente (p.86), elle ne prend pas en considération les attentats commis en Irak depuis l’intervention américaine. Comme le révélait récemment sur Terrorisme.net le journaliste et spécialiste de l’Irak Christoph Reuter, «on observe depuis environ une année des combats massifs entre la résistance sunnite et des militants qui se sont établis comme Al-Qaïda, du fait que sur place, Al-Qaïda a assassiné tellement de scheiks, de personnalités locales dans les cercles radicaux que même leurs alliés se sont retournés contre eux plutôt que de perpétrer des attentats sur les Américains» . On notera que cette analyse est partagée par le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, qui, dans un entretien, déclare que «en Irak, Al-Qaïda ne concentre pas ses efforts pour combattre les forces d’occupation américaines. Au contraire, elle combat aux côtés des occupants. Elle combat un grand nombre de gens qui n’ont pas les mêmes opinions politiques qu’elle.»Sur la base de ces déclarations, il est difficile de croire à un programme politique d’Al Qaïda en Irak qui s’inscrirait dans le caractère politique mis en évidence par cet ouvrage. A cet égard, ne serait-il pas nécessaire de distinguer entre différentes rationalitéS (ou irrationalité) politiqueS d’Al Qaïda (pour l’Europe/les Etats-Unis et pour l’Irak)? Et si oui, combien de rationalitéS devrait-on distinguer? 

Jean-Marc Flükiger 

Source : La Tribune n°355 

Note
[1] Cette brève présentation de la théorie de la guerre juste est tirée de Jean-Marc Flükiger, «Terrorisme : réflexions définitionnelles et «urgences suprêmes», Freiburger Zeitschrift für Philosophie und Theologie, 54, numéro 1/2 (2007), 125-145. Nous remercions ici la Freiburger Zeitschrift für Philosophie und Theologie de nous avoir autorisé à publier cet extrait.

Références bibliographiques

Jean Bethke Elshtain, Just War Against Terror, The Burden of American Power in a Violent World, Basic Books, 2003

Jean-Marc Flükiger, «Terrorisme : réflexions définitionnelles et «urgences suprêmes», Freiburger Zeitschrift für Philosophie und Theologie, 54, numéro 1/2 (2007), 125-145

Brian Orend, The Morality of War, Broadview Press, 2006

Jean-Claude Wolf, “Konsequentialismus, Deontologie und Theorie des gerechten Krieges”, in Philippe Mastronardi (éd.): Das Recht im Spannungsfeld utilitaristischer und deontologischer Ethik, (= ARSP-Beiheft 94), Stuttgart: Franz Steiner Verlag, 2004, 41-54. 




Mohammed-Mahmoud Ould Mohamedou,
Understanding Al Qaeda: The Transformation of War , Pluto Press, 2007, 114 p. 




CHRONIQUE DE TABANE

28062007

De A à Z Par Tabane 

Une fois n’est pas coutume, on va revenir en arrière. Sur la lettre E.

E comme Examens. Les examens du baccalauréat viennent de se dérouler et les corrections sont presque finies. Quelle torture pour messieurs les correcteurs. Voyez vous-mêmes avec ces extraits tirés de copies de quelques candidats. « La ressource est pillité par un système d’économie excellent », « D’abord nous disons les USA continant qui Geps de personnage  ne cessent de loyer », « Sur le plan politique l’Amérique accede un politique de contenante qui leur détient le capitalisme mené dans le monde entouré », « Le problème des pays nouvellement détesté à la conscience historique des nasaphases du problème du tier unie le partagement du concorde politique sinsiplidicable » sans compter des expressions comme «agriculture politique » et les « des cas socio agricoles ».

F comme Fautes. Les fautes on ne peut pas les compter. Fautes de grammaire ou d’orthographe. Faute de tout genre. Ainsi a-t-on rencontré des phrases comme ‘Moctar Ould Daddah a fut élu en 1960’, ‘Si je mort c’est dans mon pays que je mort’ (Haïdallah préférant revenir dans son pays après le putsch du 12.12).

G comme Gâchis. A voir les moyens mobilisés pour l’organisation des examens depuis le déplacement des jurys des différents centres, jusqu’aux indemnités des correcteurs en passant par leur transport, les copies, les primes de surveillance, et au vu des résultats plus que médiocres,  on est en droit de se demander si ce n’est pas un gâchis de continuer à organiser les examens comme on le fait encore. Ne serait-il pas plus indiqué mettre en place un système d’évaluation sur les trois dernières années pour déterminer qui est en mesure de poursuivre des études supérieures.

H comme Hors sujet. C’est ce qui est arrivé à plusieurs candidats notamment en histoire et géographie. La plupart des candidats n’arrivent pas à comprendre les sujets qu’ils traitent. Ils se lancent à fond dans la dissertation et marchent à côté de leurs pompes pendant des heures.

I comme Indépendance. L’un des sujets d’histoire au baccalauréat 2007, série LMB portait sur l’indépendance de la Mauritanie. Malheureusement la formulation du sujet a dérouté nombre de candidats et il y deux sortes de confusions qu’on a relevées : certains pensaient qu’il fallait décrire les cérémonies de commémoration de la fête, d’autres croyaient qu’il était question des événements de 89. Les premiers on parlé de la retraite au flambeau, des défilés et autres discours. Les seconds ont parlé des déportations, des massacres et autres exactions…. Complètement hors sujet !

aboubakry_d@yahoo.fr  . 

Source : La Tribune 355




28062007

 

Beaucoup de journalistes pour cette session de la Cour correctionnelle n°2 dirigée par le juge Sambou. Ce jour-là, Abdel Vettah Ould Abeïdna, directeur de publication d’Al Aqsaa comparaissait suite à une plainte de l’homme d’affaires Mohamed Ould Bouamatou. Plainte en diffamation, première du genre à être jugée depuis l’avènement de la nouvelle loi sur la presse.

La salle s’emplit peu à peu. Pour les non habitués des tribunaux, de grands changements ont été opérés : propreté des lieux, équipements, enluminures ‘moralisantes’ sur les murs… Ce changement n’a visiblement pas affecté les hommes.

La séance s’ouvre dans un désordre qui ne dérange pas le président. Téléphones portables qui sonnent… Le Procureur intervient : il croit avoir vu quelqu’un prendre une photo. Vérification : ce n’était pas le cas. Le juge, un négro-africain arabisant, commence à appeler les accusés à la barre. Un type accusé de ‘désobéissance’ à parents passe. Il prétend avoir un conflit avec le deuxième mari de sa mère dont ‘la tête a été bouffée par cet homme’. Le Procureur ne décolère pas et parle de ‘Ouqouq’, suprême crime envers les parents. Il demande l’application de la peine. Son réquisitoire ne prend pas une minute. Suivent des falsificateurs, étrangers pour la plupart, puis des voleurs à la tire, des haratines pour la plupart. Le scénario est le même : le président qui récite les accusations, l’accusé qui réfute, le Procureur qui demande la peine maximale. Pas d’avocats. Les accusés appartiennent à des milieux pauvres et n’ont en général rien à dire pour se défendre. Délibéré le 4 juillet pour tous. Se posera un moment le problème de la traduction : un policier, puis un greffier stagiaire, sont commis à cet effet. On ne saura jamais s’ils sont fidèles dans leurs traductions.

Arrive le moment où Ould Abeïdna est appelé à la barre. Le Procureur demande un renvoi du procès suite à l’appel introduit par les avocats de la partie civile. Les avocats de la défense dénoncent cette interférence de la partie civile. Même s’ils croient que ‘cela ne change rien à la situation’. Arrivent les avocats de la partie civile. Confrontations.

Les avocats de la partie civile estiment qu’il ne s’agit pas d’un délit de presse dans la mesure où l’article incriminé n’a pas supposé que leur client était trafiquant de drogue et qu’il n’a pas cité. ‘Il a affirmé’ que leur client était mêlé à ce trafic. ‘du coup cela quitte le champ du délit de presse pour relever du domaine de la criminalité’.

Les avocats de la défense pensent qu’il n’est pas du ressort de la partie civile de décider de la requalification de l’infraction. C’est finalement la demande du Procureur qui a été entendue : le procès a été renvoyé en attendant la décision de l’Appel.

Derrière cette affaire se dessine tout un conflit d’intérêt qui oppose des milieux d’affaires connus de tous les Mauritaniens. Ces milieux d’affaires s’affrontent aussi sur le terrain politique. Dans cette jungle où tous les coups sont permis, c’est au plus fort en matière de communication.

Côté Bouamatou, on estime que l’article en question relève d’une campagne orchestrée pour ternir l’image de l’ancien président du patronat mauritanien. Elle vise aussi à déstabiliser son groupe. En effet, ces derniers mois rumeurs et attaques se rapportant à l’homme et au groupe ses sont multipliées. Venant d’anonymes, du net, de journaux… Assez pour piquer au vif le sentiment d’un homme qui estime avoir beaucoup fait pour ‘avoir la paix’. Au moins.

Si ses détracteurs l’accusent de trafics de toutes sortes – certains d’entre eux allant jusqu’à faire l’amalgame entre cigarettes et drogue -, ses proches préfèrent rappeler toutes ses actions de bienfaisance. Dans une récente interview accordée au quotidien Horizons, il disait lui-même que ces attaques étaient le fruit de la jalousie : certains hommes d’affaires incapables de partager, préfèrent s’en prendre à ceux qui savent le faire.

Cette guerre ne date pas d’aujourd’hui. En 2003 et 2004, Ould Bouamatou, tout comme le groupe MAOA, l’homme d’affaires Maurice Benza, avaient été les cibles privilégiées d’auteurs anonymes, campagne reprise par la presse locale.

 

 

Source : La Tribune N° 355




Oiseaux de mauvais augure !

28062007

 

 

On les appelle les charognards de la finance, d’autres les qualifieraient de suceurs de sang, de prédateurs sans scrupules ou même de délinquants de la spéculation. Ils traînent la réputation pestilentielle de s’enrichir sans la moindre vergogne sur le dos de pays pauvres, endettés et à l’économie souvent même au bord de l’agonie. Ils, ce sont ceux qu’il est convenu d’appeler les «fonds vautours». 

Il s’agit en fait des fonds spéculatifs apparus, timidement d’abord, dans les années 50 aux USA, et dont le nombre avoisine aujourd’hui les 9 mille. Ces derniers agissent pour le compte d’institutionnels, d’investisseurs, voire de particuliers rompus aux arcanes de l’art du mercantilisme bas. 

Aux mécanismes bien huilés, la tactique de ces usuriers, au-delà de leur insoutenable immoralité, reste des plus redoutables. Elle consiste à acheter, souvent à vil prix, auprès d’un créancier public ou privé, la dette au remboursement inespéré d’un pays pauvre, et de le traîner ensuite devant les tribunaux. Le phénomène est d’autant plus inquiétant qu’en l’absence de droit international le régissant, ces fonds pervers disposent d’un blanc seing et agissent à leur guise en plumant à satiété ces pays-là mêmes qui croulent déjà sous le poids de la dette. 

Les bénéfices engrangés par ces investisseurs cupides donnent le tournis. Rien qu’en 2006, le volume de leur portefeuille avoisinait les 1600 milliards de dollars. Le continent noir et l’Amérique latine sont devenus le terrain de prédilection et les proies faciles de ces marchands de créances. 

Sur les 44 procès intentés à une douzaine de pays surendettés, 26 ont été remportés par les «fonds vautours». Ils sont arrivés cette année à récupérer devant les juridictions anglo-saxonnes et américaines plus de 1 milliard de dollars aux dépens du Nicaragua (276 millions), de
la Zambie (17 millions), de
la RDC (162 millions), du Congo-Brazza (453 millions) et du Cameroun (53 millions). Mais ce sont les cas congolais et zambien qui suscitent le plus l’emoi. 

Au Congo, les «vautours» comme Walker, Af-Cap, Elliott Management, Kensignton International réclament l’équivalent de 1 milliard de dollars.  Le dernier, à lui seul, demande auprès de la justice américaine 300 millions de dollars pour des créances achetées à… 1,8 million. Contre
la Zambie,
la Haute cour de Londres a récemment tranché. Elle doit verser 17 millions de dollars à Donegal International pour une dette rachetée à moins de 4 millions. Le comble c’est que cette société résidant aux Iles Vierges avait exigé de Lusaka 55 millions, soit l’équivalent de l’annulation de sa dette. 

Les exemples de ces pratiques peu orthodoxes qui se nourrissent de la misère des autres, il y en a à tire-larigot. En 2000, Elliott Associates, qui a pignon sur rue à New York, avait attaqué et obtenu du Pérou le paiement de 55 millions de dollars auprès d’une juridiction belge. Soit l’intégralité d’une dette presque oubliée, mais ressucitée et rachetée à seulement 11 millions. 

En plus, ces investisseurs d’un genre bien particulier ne font jamais contre mauvaise fortune bon cœur en cas d’insolvabilité de leurs victimes. Et ont même le toupet de faire saisir des biens ou actifs mobiliers ou immobiliers, voire de prendre possession des recettes et autres livraisons de matières premières, fussent-elles la source maigrichonne de leurs subsistances. Il est temps que les institutions financières internationales tirent la sonnette d’alarme et mettent un terme à ces agissements par trop irresponsables en érigeant un véritable code de conduite sans l’adoption duquel les dons, largesses et autres suppressions de dettes des pays du G8 ne serviraient qu’à déshabiller Pierre pour habiller Paul. 

Oumar DIAGANA de Tunis 

 

Source La Tribune n°355 




Chronique de Mansour :CHAPITRE 2

25062007

RECONSTRUCTIONS  

 1  

Il suffit de parcourir le moindre forum internet en français, touchant de près ou de loin au monde musulman, pour mesurer l’ampleur des intoxications intellectuelles vécues en Occident. L’immense majorité des gens y pensent à partir de données faussées ; soit par rétention, soit par démesure, voire falsification des informations. L’entreprise n’est peut-être pas, ou plus, véritablement pensée : elle est le fruit d’une accumulation pluriséculaire de distorsions et fonctionne, presque entièrement, sur la force d’inertie ainsi emmagasinée. 

La désinformation commence, probablement, à l’époque des croisades, et fluctue en fonction des époques. Le « péril » ottoman en constitue un second pic, la colonisation européenne  du 19ème siècle,  un troisième ; enfin, et nous y sommes, « le fondamentalisme » musulman, coïncidant, en France, avec le développement d’une problématique d’immigration post-coloniale. Chaque époque « surfe » sur une vague différente, grosse de conditions politico-économiques spécifiques, et produit de nouvelles perturbations de sens. Comment interférer positivement dans ce chaos ? 

En première ligne évidemment, l’action quotidienne, la plus difficile, qui puise sa force dans la qualité de nos comportements, chaque fois que nous sommes en contact, direct ou indirect, avec des non-musulmans. Elle exige de nous un djihad permanent – le grand djihad – visant à élever la pureté de nos intentions et la limpidité de nos actes. On s’y exhorte les uns les autres, on s’y attelle diversement, avec plus ou moins de ténacité et de réussite. Rien n’est jamais gagné en ce combat, et, en cette occurrence, qui nous situe en pleine « compétition dans les bonnes œuvres [1] », non seulement avec n’importe quel autre croyant des gens du Livre, mais aussi avec quiconque de « bonne volonté », sommes-nous, musulmans, toujours à la pointe de l’excellence ? J’avoue, pour ma part, m’en approcher rarement… De l’effort, Mansour, du courage, et, sur le métier, remets-toi cent fois à l’ouvrage  !  

Au delà ; ou plutôt : en dedans ; de ce volontarisme variablement efficace, j’ai choisi d’œuvrer au rétablissement d’équilibres culturels. A commencer dans le domaine de l’histoire, lacérée par ces siècles, surtout les deux derniers, d’acharnements partiaux. Prenons le moindre ouvrage occidental sur les civilisations mondiales : la part consacrée à l’islam est ce point ténue qu’on a peine à seulement imaginer comment cette culture a pu irriguer, pendant près d’un millénaire, toute l’Eurasie occidentale et une partie de l’orientale.  Dans les universités françaises, l’enseignement de l’histoire européenne consacre moins d’un centième, parfois moins d’un millième, de son programme aux espaces si longuement islamisés, hispaniques ou balkaniques, sans compter les innombrables connexions entre les cultures chrétienne et musulmane, de Palerme à Kazan, en passant par Gênes, Damas ou Venise, voire Riga ou Amsterdam… Sortis des poncifs sur les « cavaliers d’Allah », les « fourberies » arabes et autres « voluptés » des harems orientaux, bien peu d’occidentaux, y compris chez les intellectuels et les politiques, ont une vue saine, même sommaire, du socle social, économique et philosophique des espaces islamiques.  

Cet effort de réhabilitation est d’autant plus nécessaire qu’un grand nombre d’intellectuels musulmans ont puisé, et puisent encore, à cette source trouble, bien des éléments d’analyse de leur propre passé, à l’exception, notable, des tout premiers siècles de l’islam. Les ouvrages modernes d’histoire écrits par des musulmans sont rares, et, souvent, le public non spécialiste ; parfois même : spécialiste ;  doit se rabattre sur  les « encyclopédies » occidentales, dont nous venons de souligner, à l’instant, le piètre équilibre. Il s’en suit de redoutables altérations de sens, situant, par exemple, les entreprises réformistes, en pays d’islam, en vassales obligées d’un système occidental, démesurément exalté, ou, à l’inverse, en résurrection d’un tempérament guerrier, inconsidérément fanatisé. Or, l’islam n’a cessé de développer un projet social équilibré, en dépit de toutes les vicissitudes de l’histoire. Où  trouve-t-on critique lucide de celui-ci, attentive à la dynamique des chocs, des médecines, des guérisons et des séquelles, générées par  les siècles ? La fidélité consiste ici à bien se souvenir, à reconstruire une mémoire décomplexée, sûre de sa mission.                

2 

Car nous avons une mission. Si l’islam est la dernière religion des temps prophétiques, celle qui convient exactement à ceux-ci, alors, nous avons l’impératif devoir d’en témoigner la vérité à la face du monde. En cet horizon, il ne suffit pas d’énoncer la proposition : telle quelle, elle est inintelligible à l’immense majorité des non-musulmans. Encore faut-il, sinon le démontrer, du moins en suggérer les pistes les plus raisonnables d’investigations. En humaniste, tout simplement, examinant des valeurs d’humanité. Et à cet égard, nous devons  comprendre les processus économico-politiques qui ont amené le recul de l’hégémonie musulmane, manifeste à partir du 18ème siècle de l’ère chrétienne.   

La démarche nous amène à considérer sous un même angle, également mais pas exclusivement, la période précédente. Comment l’Occident s’est-il construit, avec et contre la civilisation musulmane ? C’est ici envisager une réalité commune, complexe, vivante, irriguée de liens variablement clairs, variablement visibles, de contradictions évidentes et de fusions non-dites… Elle implique une attention accrue à ce qui nous appartient, musulmans, en propre. La quête de sens n’est sensée qu’en fidélité approfondie à ce qui la justifie. 

On en vient alors à se poser la question de la nécessité de l’évolution historique. « Al hamdoulillahi [2] ! », répétons-nous face au moindre événement, fût-il apparemment désastreux. Le Plan Divin nous environne et nous habite, sans laisser un seul instant, ni un seul lieu, hors de son empreinte. Si donc Dieu a donné, un temps,  le pouvoir sur le monde à des non-musulmans, c’est qu’il s’y devait manifester « quelque chose » dont les musulmans  ne devaient pas assumer la maîtrise d’œuvre. Mais c’est quoi ce « quelque chose » ?

On ne peut pas négliger cette redoutable question. Prétendre « rattraper le retard » ou réinstaurer « l’ordre islamique » sans réflexion approfondie sur la nature de « l’avance », ou du « désordre »,  formulés dans la parenthèse occidentale, nous expose aux plus dangereux glissements de sens.  En tous les cas, il existe des positions intermédiaires, des perspectives d’attente, des « stations », aurait dit, sans doute, l’émir Abd El Kader, qui nous permettent d’affiner nos diagnostics, avant d’avancer les moindres thérapies. Le mot est lancé : il s’agit bien de médecine.  

La proposition est-elle, cependant, à sens unique ? Bien des occidentaux sont à même de reconnaître que leur société ne va pas bien, qu’elle s’est construite sur certaine exagération dont il n’est pas simple de discerner précisément les contours, surtout lorsqu’on en est partie prenante, imbibé dès la plus tendre enfance. Mais faut-il se hâter d’en conclure à la noirceur intégrale du tableau ? Le génie particulier de chaque peuple est, à priori, une plante médicinale pour son voisin. On entrevoit alors une toute autre dynamique que celle du « choc des civilisations ».   Soudain, la splendeur du verset coranique, mille fois cité, toujours signifiant, jamais fini, illumine la recherche : « [...] Nous avons fait de vous des nations et des tribus, afin que vous vous tiriez mutuellement connaissance. [...] » 49 – 13.  

Con-naître : naître avec. Il n’est pas certain que l’étymologie latine traduise, exactement, le verbe arabe ici en cause. Elle évoque cependant une volonté de communion, un souci de l’Autre, un effort de distinction, partout sous-tendus dans la vision coranique. Laissons, provisoirement, de côté, les versets guerriers qui semblent infirmer cette thèse : nous en reparlerons en d’autres temps, mieux éclairés par le développement du discours, et retenons la profondeur du message : ni confusion, ni exclusion, la connaissance construit la limpidité d’un miroir.  A vous votre religion, à nous la notre. Vous adorez ce que nous n’adorons pas, nous adorons ce que vous n’adorez pas. Et par cela, nous tirons mutuelle connaissance. Si tu prends la peine de me regarder, un instant seulement, si j’ai le courage de te voir, comme tu es, et non pas, comme je voudrais que tu sois ; que voyons-nous, dis-moi, l’un de l’autre ? Un soir de grande solitude, j’ai écrit sur le mur de la ville : la lumière est au fond de l’œil. Mais lequel ? Le tien ? Le mien ? Je n’ai, mon frère, qu’une seule certitude, à ce sujet : La ilaha illallah [3] ! 

3 

Point de dieu si ce n’est Dieu, je crois en Un Seul Dieu : la négation musulmane et l’affirmation chrétienne formulent une même essence que la variété des langues, la force des conventions, le goût des œillères et les intérêts partisans se sont chargés – se chargent continuellement – de fragmenter. L’illusion du pouvoir est si forte quand tout est divisé ! Mais, en dépit des innombrables maux générés par ces cruels morcellements, la foi poursuit, dans le silence des recueillements intimes, son œuvre d’agrégation cosmique.  C’est bien lorsqu’ils se taisent que  les amoureux du monde entier se rencontrent. A l’heure de l’eucharistie, le chrétien fervent pose, en esprit et, ordinairement, à son insu, le front contre le sol, et s’il pouvait voir, à cet instant, par le dedans des choses, il serait ébahi de la compagnie qui le soutient… 

Des divers sens éveillés par le verbe « alaha », « adorer »  scintille comme un phare. Il signifie qu’en réalité, le moindre acte d’adoration, même le plus éloigné de sa racine divine, revient toujours au Maître des mondes. Les routes sont seulement plus ou moins directes, plus ou moins gratifiantes pour l’adorateur. Qui fait sa divinité de l’argent, du plaisir, du sport ou de la gloire – la liste des idoles disponibles s’étire indéfiniment – en subit, par la force des choses, les contraintes spécifiques, mais la parcelle d’intention pure – l’élan adorant – même enfouie sous une épaisseur monumentale de ténèbres empilées, se fraie invariablement un chemin vers Sa Source. Si, probablement, « rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme », « innalillahi oua innalillahi raji’oune [4] » : assurément, tout vient de Dieu et tout y retourne.  

C’est donc bien que le substantif  « Allahou » témoigne d’Une Réalité autrement plus universelle qu’un « simple » nom propre. Pour en rendre compte un tant soit peu, il aura fallu fournir, le lecteur s’en est aperçu, un effort de traduction, une coupe transversale, forcément brutale, entre deux réservoirs de sens. « Traduction, trahison » énonce le proverbe italien et l’adage signale toute l’ambiguïté de ce regard autre, dont nous essayons, depuis quelques semaines maintenant, de cerner le potentiel. Dans l’inconfort de cette situation, le converti hésite. Plonger corps et âme dans le nouvel idiome de sa foi, au risque de s’y acculturer, c’est à dire de rompre la continuité de son éducation première ? Ou, au contraire, s’en tenir à distance, en grand danger d’approximations syncrétiques, c’est à dire d’affadir ; peut-être, plus gravement : corrompre ; le goût de ses nouvelles relations ?      

             Je tiens en sainte horreur les excès fanatiques. Ils m’apparaissent, tout à la fois, enfants et pères de ces fractures dont je constatais, plus haut, les douloureux effets sur notre humanité commune. Mais la grande soupe, soi-disant humaniste, où tout serait dans tout et réciproquement, ajoutant à une pincée de christianisme, une cuillérée d’islam, un soupçon de bouddhisme et trois fois rien d’animisme, beurk ! Le tout noyé dans l’eau de vaisselle d’une démocratie écrasée sous le rouleau d’un mercantilisme univoque : à vomir, toute affaire cessante [5] ! Plus rien n’y peut être intelligible, si ce n’est la platitude d’un Waterloo spirituel, colmatant toutes les voies de réalisation patiemment entretenues par des générations de fidèles. Ce sont ceux-là, et eux seuls, en vérité, qui peuvent soigner les fanatismes ; certes pas, les extracteurs de « l’axe du mal » et autres laïcistes réactifs, au moins aussi obtus que ceux qu’ils croient combattre. 

« Doucement », me susurre Abdel Kader, l’émir aux mille stations, « écoute ton horloge intérieure : elle rythme, incessamment, ton attention au monde. La tardiveté de ton islam t’invite à un double approfondissement : en aval, vers ta culture française, tant chrétienne que laïque ; en amont, vers ta nouvelle culture, assurément arabo-musulmane. Fort de cette directive, adapte ton effort au vent des circonstances, ne néglige aucune piste, note les moindres nuances. Peu à peu, pas à pas, conscient, en permanence, de l’intermédiaire de tes positions, de l’inachevé de tes études, il t’apparaîtra, bientôt, que cette dualité n’en est pas une : tout ton passé fleurit en islam. Celui-ci extrait de celui-là la quintessence, t’invitant à ne jamais te satisfaire d’un conflit. Entends-tu l’excellence de la médecine ? » Salamou aleykoum, paix sur la terre aux hommes de bonne volonté, oua rahmatoullahi, ikhouanil mouslimine. 

                4 

             

Parmi les nombreuses interrogations qui assaillent l’apprenti musulman, l’apparente prééminence de la foi sur les œuvres ne cesse de turlupiner l’esprit. L’ancien catholique se sentirait, presque, devenu protestant. Mais on devine, rapidement, que ce dont il est question dépasse le discours paulinien [6]. C’est tout le rapport à la faute, à l’erreur, au péché qui diffère. Celui-ci apparaît moins, maintenant, comme le fruit d’une tache indélébile,  que comme une condition naturelle, vivante, existentielle : l’erreur est humaine, tout simplement. Et dans la hiérarchie des pécheurs, les plus persévérants dans l’adoration divine apparaissent les moins égarés du vrai. 

A ses compagnons qui s’inquiétaient de leur inconstance sitôt éloignés du prophète – P.S.L. –  celui-ci répondit : « Demeureriez-vous en permanence tels qu’en ma présence, les anges vous accompagneraient jusqu’en vos maisons. Et si vous ne péchiez plus, Dieu susciterait de nouvelles créatures pécheresses afin d’exercer Sa Miséricorde [7] ». Ce hadith témoigne de la singulière relation, en islam, entre Dieu et les hommes. En nous dotant d’une conscience, l’Illimité nous donne de Sa propre Saveur, proportionné à de justes limites : on ressent, en conséquence, plus souvent l’étroitesse de celles-ci que leur justesse, jusqu’à ce que, de transgression en contrition, nous goûtions, enfin et  grâce à Dieu, la pleine mesure de ce don.

Adam – P.S.L. – tombe, souffre et appelle au secours : aussitôt, Dieu le soigne. Point de péché originel, initiant une tare héréditaire, contraignant Dieu à tout un processus historique, impliquant incarnation de l’Innocence Immaculée et son sacrifice sanglant, indispensable, au rachat d’une Humanité condamnée : la Miséricorde Divine, en islam, est Totale, Incessante, sublimement Libre. Non coupable, l’Homme naît limité par des conditions existentielles qui tendent à le retrancher de sa plénitude originelle. Et l’en retrancherait, assurément, s’il n’avait une mémoire, une trace, indélébile elle, du sens de l’Un, bien antérieure aux constructions de son ego.

Se souvenir. Mais comment ? « Ma » mémoire ne peut, bien évidemment, y suffire : elle est trop mienne, trop distincte, trop partagée. « Connaître l’islam avec ta tête, tu en as pour très longtemps, et, peut-être, n’y arriveras-tu jamais ». La phrase d’El Haj résonne, en écho, au constat que chacun peut, mille fois, éprouver au cours de sa vie : les nécessités de la survie m’ont construit une individualité réduite et réductrice, incapable d’appréhender sa propre source, dépendante,  normalement à son insu, des mondes qui l’englobent, comme des poupées gigognes, dans une indéfinité de plans d’existence, tous cependant, et variablement, soumis au Même Principe, Unique, Impénétrable… Prodigieuse fécondité que cette variabilité : les individualités ne sont, ni identiques, ni immuables. Douées de qualités diverses, elles s’affinent ou s’épaississent, selon leur choix et leur degré d’attachement à ce qu’elles, et ce qui les, distingue(nt).

« La ikraha fiddine » : pas de contrainte en religion, affirme le Saint Coran [8]. Les quarante jours de Jésus – P.B.L. –  au désert, les longues retraites de Mohammed – P.B.L. – dans la grotte de Kharou Dhouri, dépouillent leur individualité, lassée du monde, de tout autre souci que l’adoration de La Source. En s’y oubliant, en oubliant l’apparence de leurs limites, ils en découvrent soudain le sens. Ils peuvent, enfin, entendre Le Message. Leurs qualités spécifiques s’épanouissent, instantanément, dans la claire vision de leur utilité. La lassitude de l’indétermination est balayée d’un coup, laissant le champ entièrement libre à la détermination d’une œuvre impérieuse. Le faux est, intimement, distingué du vrai, chaque chose, chaque événement perçu, exactement, à sa place. Dirigée exclusivement vers sa destination finale, au delà de toute forme intermédiaire, la foi peut accomplir, enfin, toutes ses formes, c’est à dire, en français courant : toutes ses œuvres. 

5 

On n’est pourtant, jamais tout-à-fait, maître de soi. Accumulerais-je des jours et des jours d’oraisons harassantes que ma stupidité n’en resterait pas moins bornée ; par excès, déjà : tout, en islam, appelle à la mesure, l’épuisement guette le forcené ; sinon l’abrutissement ; pire : l’orgueil. Par ignorance, ensuite : que puis-je connaître, par moi-même, de mon destin, de mes limites exactes ? A se prendre pour un bœuf, la grenouille s’expose à d’excessives dilatations… Le chemin tracé par les prophètes ne cesse, à cet égard, d’être simple et uni : « tout vient de Dieu, tout y retourne », et leur éveil témoigne, invariablement, de la plus humble soumission, du plus total abandon à cette vérité. Les plus grands guides ne sont jamais, eux, maîtres d’eux-mêmes et c’est en cela qu’ils demeurent, paradoxe suprême, si posément maîtres d’eux… Leur toujours juste appréciation des limites, la constante concordance de leurs actes avec les situations et les temps, leur égalité d’humeur, même, révèlent une dimension extra-ordinaire, une référence surhumaine, disons le mot : métaphysique.

Nous pressentons un parfum, nous en cherchons les effluves. Mais tant que le « doigt de Dieu » reste posé sur l’ouverture du flacon, l’impression demeure fugitive, diluée, approximative. Où se tient le flacon ? Au dedans ? Au dehors ? Mais c’est quoi, le dedans, le dehors ? Les grandes discussions philosophiques sur l’immanence et la transcendance ressemblent fort au discours de Narcisse, penché sur son image… Un souffle passe, est-ce l’image qui se trouble ? Ou Narcisse qui soupire ? Et dire que des gens se disputent sur la question… On apprend donc, en islam, à se poser moins d’énigmes, et à s’occuper, plus souvent, le plus souvent possible, de ce qui se passe, ici et maintenant. On ne peut situer, encore, la source du parfum ? C’est, tout simplement, qu’on n’y était pas prêt ; ou, peut-être, que c’était un faux-problème… On se contentera donc de prier, de s’affiner au contact de plus parfumés que soi, d’égrener les jours après les jours, au rythme minimal des cinq offices, parfois un peu plus, dans la certitude que l’eau, même goutte à goutte, perce, par sa soumission obstinée à la loi de la pesanteur, les roches les plus dures, et revient, toujours, un jour ou l’autre, à son puits. 

La simplicité d’un tel programme m’unit profondément à mon passé et, lorsque je rencontre un chrétien de cœur – il en reste de bien beaux – j’estime la lumière de son regard et la qualité de son effort, bien mieux aujourd’hui qu’il y a quinze ans. Cette bonification m’emplit de bonheur. Distinguant, de plus en plus clairement, ce qui distingue l’islam du christianisme, je ressens d’autant plus ce qui me joint aux chrétiens ; aux juifs, à tous les croyants du monde : ce qui fait de nous des hommes de foi, même séparés en communautés. Dans l’évolution de ces rencontres, j’aurais plutôt tendance à moins parler, à moins argumenter ma position, un peu comme un « iceberg inverse » qui, s’appesantissant sur sa base, disparaîtrait insensiblement de la surface des choses. Or, voici qu’on me pousse, au contraire, à prendre la parole, à expliciter le mouvement de ma métamorphose. Non pas seulement mes frères et sœurs en islam : leur incitation se comprend aisément ; mais, plus étrangement, mes amis chrétiens, hier vite lassés du discours prosélyte, aujourd’hui friands de ce « silence en creux », de ce vécu de l’écriture, fidèle à l’écriture du vécu. 

« Ceux-là ne sont ni des prêtres, ni des moines, mais certes, ils ne s’enflent pas d’orgueil [9] ».  Tout est là. Les mêmes maux guettent tous les croyants de toutes les religions. « Ceux qui ne savent rien [10] » brandissent, partout, les plus beaux étendards pour justifier leurs exécrations : c’est ce qui les rend exécrables. Et quoi ? Devrais-je à mon tour exécrer ? Certes, je ne sais rien, moi non plus : je pressens un parfum sans pouvoir en situer le flacon, alors, vous pensez, quelle science que ma science ! Mais ce à quoi m’oblige cette lucidité est un effort, pas une exclusion. En serions-nous tous convaincus que bien des poings s’ouvriraient, révélant, au dedans, notre commune limite, si simple, mon Dieu, si unie, si toujours identique à elle-même…

6 

Non pas que l’amour béat ou l’onctuosité sirupeuse puissent jamais former une communauté spirituelle : l’un et l’autre, frottés au quotidien, sont condamnés à errer, faute de lucidité, entre niaiserie et hypocrisie, dégoûtant les âmes les plus enclines à partager leur foi, à en reconnaître, dans l’action commune, le caractère transcendant. Une communauté se distingue par quelque tranchant, par quelque colonne vertébrale, assurant l’horizon et la verticale de sa source. Les gommer, fût-ce au nom du plus noble œcuménisme, c’est, à coup sûr, flouer le lieu même du rassemblement. Sans plus de vrais repères, aisément lisibles dans la mouvance accélérée du monde, chacun, dans son coin, se met, alors, en quête de sa propre origine, au « p’tit bonheur la chance ». Telle est, grosso modo, l’histoire du christianisme occidental, au cours du siècle dernier. Délestée de son pouvoir temporel ; peut-être donc : de sa raison d’être ; l’église Catholique s’est, lentement, soumise au dogme de la liberté individuelle, puis à celui du caractère anthropologique de la religion. Dieu fait homme, homme fait Dieu : la frontière s’efface insidieusement, propice à tous les égarements… 

Je crois parler en connaissance de cause. Avec la question de l’authenticité de l’église, s’est posée, simultanément, celle de la mienne propre. Esprit, corps et âme, c’était quoi, tout ce mic-mac, prétendant m’éclairer sur la conscience séparée que j’étais censé conduire, pâtissant de sensations et d’élans,  modelée par quel douteux univers ? Nanti, pour tout viatique, d’un code-barre personnel [11], identifiant mon pouvoir de consommation, mon numéro de sécurité – mon Dieu, quel abîme ! –  plongé dans un monde bétonné, sans lever de soleil, sans odeur, anonyme, tout clinquant d’artifices variablement grandioses – Sainte Coupe du Monde [12], priez pour nous ! – que devais-je donc réaliser ? Que signifiaient, sous la loi d’une telle haine de la Nature, ces longues années d’éducation classique et chrétienne ? Y avait-il seulement,  à proximité de ces interrogations vitales, un seul exemple d’humanité accomplie, sereine, efficace ?  Le naufrage du christianisme tient, probablement, à cette rareté d’équilibre, cette incapacité à produire des esprits sains dans des corps sains, entiers et actuels ; sinon : au compte-gouttes, presqu’exceptionnellement… 

Il est cinq heures, Nouakchott s’éveille, au son des appels à la prière de l’aube. Je souffrirais, incha Allahou, encore aujourd’hui, des mêmes plaies qu’hier, sous d’autres cieux : mais infiniment moins. Non seulement l’état de nature demeure, à chaque coin de rue, presqu’à chaque instant, palpable, vivant, transmissible, mais encore, la religion qui l’encadre, le reconnaît, l’estime, ne cesse d’en élever le sens, au dedans de soi et dans la rencontre, banale, avec l’autre. Inextricablement, un peu comme on respire. La communauté est là, agissante, solidaire ; certes, aujourd’hui, enflammée de désirs multiples, exaspérés par l’invasion, quasi acridienne, de myriades de marchandises, de ces jouets scintillants qui s’insèrent, comme des coins de bûcheron, entre les individus, mais communauté bien réelle encore : en dépit de la chaleur, de la poussière, de la saleté et du bruit, de l’obsession généralisée du profit, les occasions de se réjouir de la vie sociale supèrent, quotidiennement en Mauritanie,  à celles de s’en plaindre. La solitude n’est, ici, jamais qu’un moment de l’histoire ; à la rigueur, un choix temporaire ; en aucun cas, une normalité d’existence. On n’a pas, non plus, à chercher loin les saints hommes : ils vivent parmi le peuple, banalement. 

Saints hommes ou hommes sains ? J’ai perdu ici les vieux clichés sur le maître spirituel, cet être indispensable qui eût déchiffré, immanquablement, le fil de mon errance, en rectifiant insensiblement le déroulement, jusqu’à la levée, foudroyante, du voile me séparant de la lumière. Mon entrée en islam me semblait inscrite dans la seule quête de ce guide et je pensais, sincèrement, n’avoir que faire d’une religion. Or, c’est bien celle-ci qui, en me reliant, peu à peu, à une communauté formidablement commune, m’a fait prendre conscience de mes lacunes, de la misère de mon habit d’homme moderne : un individu, la belle affaire ! Sois solidaire, tout d’abord. Retrouve la multiplicité de tes états d’existence, de tes relations vitales, assume-les. Habille-toi, avant de songer à rencontrer l’éventuel dénoueur de ton ego et ne t’en inquiète plus : « lorsque l’élève est prêt, le maître apparaît [13]. » 

7 

On s’interroge, en terres d’islam, sur l’étrange notion de « croyant non-pratiquant ». Comment peut-on avoir soif et s’interdire de l’épancher ? C’est dire à quel point la convergence dans l’office religieux est centrale dans la vie du musulman et rien n’est plus instructif, en cette coïncidence, que ces cohortes de travailleurs, de marchands et de chalands, qui affluent, comme un seul homme, de tous les coins du marché, à l’appel de chaque prière. Mais est-ce partout le cas ? Si je n’ai cessé, au Sénégal ou en Mauritanie, de me recueillir dans des mosquées combles, il m’est arrivé, en d’autres pays musulmans, au Maroc, par exemple, de prier seul derrière l’imam, ou en groupe tellement réduit, qu’on a l’impression de s’être cantonné, à nouveau, en quelque cénacle de marginaux.

A cet égard, le Maroc contemporain ressemblerait fort à la France des années 70, ou à l’Espagne des années 90. L’accès à la consommation produirait-il, uniformément, les mêmes effets ? La question, de piètre intérêt stratégique, illusionne probablement les anti-religieux, qui ne sont, à dire vrai, que brouilleurs de sens, vulgaires « contrefacteurs » : adorer et se relier constituent, on l’a vu, fonctions vitales de l’humain, et les plus savantes manipulations des masses brodent, invariablement, sur cette trame naturelle. Sans doute faudra-t-il revenir, plus loin, sur les altérations sociales, certes variables, générées par ces artifices, mais, pour l’heure, c’est à la périphérie du questionnement que se dévoilent les plus intéressantes perspectives. On y voit, tout d’abord, se construire les oppositions, réactives, au détournement instruit par les nécessités de la « chose marchande ». 

La vivacité des mouvements « islamistes » témoigne, ainsi, du caractère éminemment populaire de l’islam. Alors qu’ailleurs, notamment en France ou en Espagne, le rejet du religieux a pu se nourrir de la libération d’un joug social, ce dés-agrément est ressenti, dans les sociétés musulmanes, bien plus comme une dés-agrégation. S’éloigner de la pratique religieuse, c’est, physiquement, s’éloigner de son frère, de son voisin, de la communauté quotidienne ; rompre les liens, vivants, qui assurent la cohésion du groupe, notamment face aux manquements et aux abus des puissants. L’islam, dans sa simplicité rituelle, demeure le bouclier du peuple, et l’évidence de la proposition, lisible dès les fondations de celui-là, s’est alimentée de générations d’ulémas et de fuqahas, farouchement indépendants du pouvoir en place, critiques en toute bonne foi, et assurés d’appuis populaires variablement conséquents. De la révolution abbasside à celle de Khomeyni, c’est bien le peuple qui commande aux puissants le respect de ce qui le relie, en dépit de toutes les intrigues manipulatrices de ces derniers… Qui donc anime la guerre civile en Irak ? En quels buts ?  Et l’on voit, également, la facilité avec laquelle le moindre musulman intègre peut-il être taxé d’intégrisme…

On y comprend mieux, aussi, et par effet de miroir, la démarche de la « croyance-non-pratiquante » en terres chrétiennes. Il s’y est construit, au fil des siècles, différents élans de fraternité populaire, dont l’expression religieuse autonome fut, à chaque fois très violemment, combattue, dispersée, fragmentée, par le pouvoir politico-religieux. Entre résignation et révolte, la conscience populaire s’est, dès lors, insensiblement retirée de son enveloppe religieuse conventionnelle, ne laissant aux institutions qu’une coquille vide. Or, se construisait, en filigrane, une société mercantiliste, obnubilée par l’exploitation du sensible. Quantification du Réel et déni de toute métaphysique ont, en conséquence, achevé d’obstruer les voies naturelles d’élévation spirituelle. Le rituel religieux rendu inintelligible, son discours merveilleux dénigré par le progrès des sciences rationnelles, les degrés de la « croyance-non-pratiquante » s’appesantissent en un sentiment croissant de solitude, voire d’absurdité existentielle. L’agnostique, celui qui croit en un Principe Inaccessible, suprêmement Indifférent et Muet, n’est, ainsi, guère éloigné de l’athée, en réalité fort rare, qui nie, pour sa part, toute idée d’Absolu (négation fort absolutiste, cependant ; mais, bref : la polémique est, ici, hors sujet). 

C’est donc dans l’humain, et strictement dans son cadre, envisagé, au mieux, dans celui de l’écosphère, dans l’espérance d’une évolution positive de valeurs et de comportements consensuels, unitifs, mais désacralisés et éclaircis à l’aune des sciences expérimentales, que s’élaborent les plus rationnels discours de la socialité moderne. Y a-t-il antinomie de démarche avec la pensée religieuse musulmane ? Le champ des réponses apparaît, maintenant, infiniment plus vaste que ne le suggèrent les raccourcis, hâtifs, des sectateurs de tous bords. Prenons le temps d’y flâner, en toute vigilance de foi : il y fleurit toutes sortes d’essences, d’irrémédiablement vénéneuses à de plus médicinales ; à bien distinguer, donc, avant cueillette, voire re-cueillement




[1]     Saint Coran – sourate verset 

[2]     louange à Dieu 

[3]     Point de dieu, sinon Dieu 

[4]     Saint Coran sourate verset : « Venant de Dieu, c’est à Lui que nous retournons ». 

[5]     D’autant plus que cette infâme mixture, est aujourd’hui, paradoxe pénétrant,  le vivier privilégié des pires sectes fanatiques… 

[6]     Paul de Tharse – épitre aux Romains, par exemple – chapitre 3 

[7]     rapporté par Abu Hurayra. 

[8]        sourate 2 verset 256 

[9]     cf. Saint Coran, sourate 5 verset 82 

[10]    cf. Saint Coran sourate 2 verset 113 

[11]       à treize chiffres ;  tout comme, identité remarquable, la moindre marchandise à l’étal de l’hypermarché… 

[12]    que l’on brandit, au dessus des fidèles exaltés, à l’heure du triomphe : dérisoire caricature de l’élévation du calice, à l’heure de l’eucharistie. 

[13]      Proverbe oriental, chinois ou hindou, je ne sais plus exactement. 




Cinéma

25062007

 

  

Pierre Yves Vandeweekd à La Tribune : A l’époque d’Ould Taya c’était impossible de faire ce film. Néanmoins, alors qu’Ould Taya était toujours au pouvoir, Fara Ba et ses compagnons ont décidé qu’on allait quand même faire ce film et on a commencé à tourner 

 

 

Le cercle des noyés sera bientôt projeté en Mauritanie. Son réalisateur Pierre-Yves Vandeweekd nous parle des circonstances dans lesquelles ce témoignage sur une partie de l’histoire récente du pays a été immortalisé. 

 

 

 

Votre film traite d’une question restée longtemps taboue en Mauritanie. A savoir le passif humanitaire. Comment se fait-il que vous n’ayez rencontré aucune difficulté majeure durant le processus de réalisation ? 

 

Qui vous dit que je n’ai rencontré aucune difficulté ? C’est un film qui s’est fait sur le temps. Moi j’ai rencontré Fara Ba et ses compagnons qui ont vécu le bagne à Oualata il y a dix ans. Et pendant dix ans j’ai fait bien entendu d’autres films en Mauritanie. On a conservé le contact. On a gardé cette relation pendant près de huit années. Et on s’est vu régulièrement, chez eux, chez lui. il a témoigné. J’ai enregistré sur ce qu’il a vécu dans le bagne d’Oualata. A l’époque d’Ould Taya c’était impossible de faire ce film. Néanmoins, alors qu’Ould Taya était toujours au pouvoir, Fara Ba et ses compagnons ont décidé qu’on allait quand même faire ce film et on a commencé à tourner. J’ai proposé à Fara Bâ d’écrire le texte de la narration parce que c’est son histoire. C’était important puisque c’est à lui seul de décider ce qui allait rester dans le cadre d’un film de son histoire. Il a écrit le texte qui est enregistré de manière clandestine ici à Nouakchott. Le premier tournage a commencé sous l’époque d’Ould Taya et c’était impossible et suicidaire de dire publiquement que l’on faisait ce film-là. On est néanmoins parti vers Oualata et c’est un des rares moments dans l’histoire de ce fort où il n’était pas habité par des militaires ou qu’il n’était pas une prison. Il était simplement gardé par quelques méharistes. On nous a laissés entrer dans le fort et n a filmé. On est resté longtemps. On n’a pas filmé pendant deux heures. Et à partir de là on a continué à filmer d’autres choses par rapport à ce sujet. Puis, il y a eu le coup d’état. Il y a eu l’époque de la transition et durant la transition on a été beaucoup plus ouvert parce qu’il y’avait un vent de liberté qui soufflait. On a pu dire à toute une série de gens qu’on travaillait sur ce film. Personne ne nous a ennuyés. On n’a même pas eu besoin d’avoir quelqu’un qui nous accompagnait du ministère pour finir ce film. Voilà je crois qu’un moment, une fois que Ould Taya est tombé, on a eu beaucoup plus de facilités pour achever ce film. 

 

Etes-vous sûrs que la projection de ce film en Mauritanie ne créera pas de problèmes sociaux? 

 

Tous ceux qui ont vu ce film ont commencé à être nombreux. Je pense qu’ils sont convaincus que c’est davantage un film des réconciliations et de dialogue qu’un film qui attiserait des rancunes, des rancœurs ou une quelconque violence.  Vous savez, moi je crois qu’aujourd’hui de toute façon, les gens ont envie de voir le film.  On n’est plus à l’époque d’Ould Taya. Je crois qu’aujourd’hui les gens ont plus envie de penser et de s’exprimer librement. Ce film existe comme d’autres vont exister. Et comme vous, tout un chacun aura envie de le voir. Pourquoi ? Parce que c’est un film qui porte sur une partie de votre histoire. Cette histoire s’est passée il y a vingt ans. Elle a existé. Vous ne pouvez pas la nier. Aujourd’hui, celui qui a mis le bagne d’Oualata, c’est Ould Taya, il est tombé. Donc cet épisode d’Oualata fait partie de votre histoire. C’est important que tous ceux qui ne connaissent pas cette histoire la connaissent et que ceux qui la connaissaient se disent c’était terrible et plus jamais ! 

Et si Ould Taya est tombé, j’espère que c’est pour entre autres que des choses comme ça n’arrivent plus. 

C’est toute cette question de la relation entre les communautés noires et blanches ou négro africaines et arabo berbères. Les gens ont envie d’aller dans une dynamique de l’ordre, de la rencontre, de la réconciliation….Il n’y a personne qui a envie d’entreprendre des actes de violences. Et je pense que le cinéma ou un film comme celui-là a peut-être cette capacité, ce pouvoir d’amener les gens à discuter, réfléchir ensemble librement, calmement et de manière constructive. 

 

Avez-vous reçu des menaces après avoir tourné ce film sur la Mauritanie ? 

Aucune.   

 

Le cinéma a-t-il un avenir en Mauritanie ? 

 

Incontestablement ! Quand on voit un festival comme celui-ci, c’est quelque chose de nouveau qui se produit depuis la fermeture des salles de cinéma en Mauritanie.  Les gens ne se déplaçaient plus, ne sortaient plus de chez eux pour aller voir des films dans des lieux publics. Ici on se rend compte que tous les soirs ; ce sont plusieurs centaines de gens qui se retrouvent pour regarder des films ; mais pour débattre, pour discuter ; et c’est magnifique et c’est cela aussi le rôle du cinéma, il faut créer du débat sur la place publique. Et ce de manière constructive. 

 

Un dernier mot.   

Je me réjouis qu’ensemble nous voyions ce film et que l’on puisse en discuter tous en connaissance de cause. En ayant vu le film et non plus sur base de rumeurs. 

 

Propos recueillis par Mamadou Sy

Source La Tribune N°355




Coup de plume

25062007

….sur l’Education 

“En 1811 il une guerre contre les insecte vivant les poissons sont morts avec les anes et les moustique et les mordre et les serpents les chervers, des les atrouss mange les papiyer et boit l’eau salé” 

 

Truffé de fautes! Confus! Manque de logique! N’est-ce pas? Ceci est un extrait d’une copie de candidat – ou de candidate – au bac dans une de ses matières de base. Le sujet portait sur la guerre froide. Et notre fameux candidat est parvenu à trouver pareille conclusion. Il fallait le faire !

Un candidat officiel ? Comment a-t-il pu arriver en terminale ? 

Un candidat libre ? Ou peut-être un produit de la “Mahwil Oummiya”, la grande école de lutte contre l’analphabétisme qui, dans ce cas, aurait fait des prouesses herculéennes en un temps record : moins d’un an… Tout le monde sait lire et écrire. Ecrire n’importe quoi, n’importe où, n’importe comment…

Que ferait notre candidat avec le bac AB ?

Le concours d’officier de police, de gendarmerie, de garde ou de l’armée ? Il serait bien parti, si d’aventure il était reçu, pour devenir un chef nullard. Qui ne servira qu’à faire peur aux gens et à fatiguer les innocents.

Le concours pour l’enseignement peut-être ? Alors parents d’élèves, renoncez à envoyer vos enfants dans les classes. Ils y trouveront des extra-terrestres qui leur apprendront, non pas « à lier le bois au bois », mais des choses tellement confuses que vous ne saurez plus où donner de la tête ; surtout que les jeunes sont déjà tellement (dé)connectés qu’il n’y a plus rien à faire pour se comprendre avec eux.

Peut-être notre ami de 1811 souhaite-t-il simplement poursuivre ses études. Et s’il a la chance de réussir- le bac étant souvent plus une question de chance que de niveau-, il va peut-être continuer à recourir aux mêmes histoires pour s’en sortir. Qui sait ?

 

Kissima

kissimousman@yahoo.fr 

La Tribune 265







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