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Les Echos Par Mohamed Fouad Barrada

19062007

«Tout  individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas  être inquiété pour son opinion…» (Article 19  de la déclaration universelle des droits de l’homme)  Depuis la mise en place de la  HAPA, le statut des journalistes reste flou. Qui est journaliste et qui ne l’est pas ? Qui a le droit de sanctionner ? Quelle perception avons-nous de la presse ? La liberté est-elle absolue ? Les règles sont là, mais il manque toujours quelque chose ! 

Certes, il y a de mauvais journalistes (corrompus) qui font de cette profession un moyen abusif  de gagne- pain, mais il y a aussi des individus qui croient en ce pays, des journalistes républicains et honnêtes. Avec leurs maigres salaires, ils exercent leur métier avec rigueur. En principe, dans le domaine médiatique, la corruption a ses limites. Car le but de la profession, c’est la rechercher de la vérité. Parfois, cette recherche mène à la dérive, d’autre fois, elle met les journalistes dans une situation dangereuse. C’est le risque de la profession. 

En réalité, la liberté de presse s’impose. Le développement des nouvelles technologies a permis une liberté sans limite. N’importe qui peut dire n’importe quoi sur n’importe quel sujet. Il suffit juste un clavier, un écran, une unité centrale, une ligne téléphonique et un Switch, et l’affaire sera conclue. Il suffit tout simplement de disposer d’un ordinateur, d’un GSM portable interconnectés avec les autres appareils en ligne. Les sites et les  blogs envahissent le web. La puissance américaine n’a pas pu contourner les messages de Al Qaeda. 

Le débat actuel porte sur une formule permettant de défendre la presse. Une formule atténuant  le poids du capitalisme dans ce domaine. Dans les années à venir, les commerciaux et les groupes d’influence vont essayer de dominer la profession. La recherche de vérité va être totalement influencée par la puissance financière. En France, les sociétés médiatiques ont  un statut spécifique. Il y a le rôle des journalistes qui demeure primordial dans le sens de contrecarrer la puissance pécuniaire. Le libéralisme n’est pas absolu dans ce domaine. Ici en Mauritanie  les subventions de l’Etat sont quasi inexistantes. Quant aux statuts de la presse, ils laissent  à désirer. Le rôle de la presse reste cette défense des citoyens. En Europe «la liberté de la presse fournit aux citoyens l’un des meilleurs moyens de connaître et juger les idées et attitudes de leurs dirigeants. Elle donne en particulier aux hommes politiques l’occasion de refléter et de commenter les soucis de l’opinion publique. Elle permet à chacun de participer au libre jeu du débat politique qui se trouve au cœur même de la notion de société démocratique » (La Cour Européenne de Droits de l’homme). 

Chez nous, faute de moyens, certains journalistes essayent de faire de cette presse un moyen de pression pour remplir leurs poches sans pour autant être satisfaits. Sont rares les individus qui ont pu avoir une situation financière solide à partir de la presse.  Tout récemment, un cadre de la haute autorité de régulation m’avait formulé des critiques positives «en lisant  les titres des articles et les signatures, je peux  automatiquement déduire les idées phares du sujet traité (…) je n’ai pas besoin d’aller loin dans ma lecture», précise-t-il. A la presse de se  mettre aussi à niveau. Cela  ne peut se faire  sans  une prise en charge (financière) par l’Etat de ce quatrième pouvoir. Cette prise en charge doit mettre l’accent sur les journalistes simples en défendant les petits contre les plus puissants.  Tout ce monde  doit avoir un sens de la  responsabilité interdisant d’accepter toute forme de corruption. 

 m_barrada@yahoo.fr

Source : La Tribune 354 




De la difficulté de commémorer l’esclavage

19062007
De la difficulté de commémorer l’esclavage 
(MFI) Dans son nouvel essai, l’écrivain martiniquais Edouard Glissant analyse et explique les modalités de la création d’un futur Centre de recherche et de commémoration consacré à l’esclavage. 
En janvier 2006, après avoir annoncé au nom de l’Etat français la volonté de commémorer chaque année, le 10 mai, la mémoire de la traite négrière, Jacques Chirac avait invité l’écrivain martiniquais Edouard Glissant à mettre sur pieds le projet d’un Centre national consacré à la traite, à l’esclavage et à leurs abolitions. C’est en réponse à cette demande que Glissant vient de publier ses Mémoires des esclavages, avec pour sous-titre « La fondation d’un Centre national pour la mémoire des esclavages et de leurs abolitions ». L’ouvrage est paru le 10 mai dernier, à l’occasion de la deuxième année de commémoration de l’esclavage en métropole, cérémonie qui s’est déroulée au Jardin de Luxembourg (Paris) en présence du nouveau président français Nicolas Sarkozy qui s’était pourtant, pendant la campagne électorale, déclaré opposé à toute repentance par l’Etat français pour ses errements du passé.
Tout au long des 176 pages de son opus, Glissant développe sa réflexion sur l’esclavage et sa commémoration, rappelant lui aussi combien il est contre toute forme de repentance qui, selon lui, n’a jamais fait avancer les idées ou aidé à la compréhension du passé. Aussi le Centre qu’il propose de créer pour commémorer l’esclavage ne procèdera-t-il pas d’un besoin de repentir ou de se lamenter, mais d’un besoin impératif de comprendre l’esclavage et de concilier les mémoires très différentes de ce passé : « Mettre en relation ou en opposition les diverses notions à la signification éminemment variable, dont nous avons vu qu’elles concernent : la mémoire, selon qu’elle réclame ou qu’elle regimbe, quand elle est raturée ou quand elle est surexcitée; et aussi le caractère national d’une entreprise qui pourrait paraître comme allant à l’encontre des intérêts de la nation française ou bien à l’opposé des aspirations des divers peuples antillais et des peuples de l’océan Indien… »

L’essor du capitalisme français, conséquence directe de l’esclavage outre-merDès les premières pages de son essai, Glissant attire l’attention sur les polarités mémorielles qui fondent et problématisent toute lecture de l’esclavage, qu’il appelle « mémoire marronne » s’agissant des descendants des victimes de l’esclavage et « mémoire sceptique » s’agissant des descendants des anciens esclavagistes. L’écrivain explique que si l’esclavage ne fait pas partie du récit national français, ce n’est pas parce qu’il y aurait eu un complot « blanc » pour effacer le phénomène de la mémoire collective, comme beaucoup d’Antillais semblent le croire, mais c’est tout simplement parce que « l’esclavage et la colonisation étaient des phénomènes lointains, dont les sensibilités nationales n’avaient pas été directement affectées ».
Et pourtant l’essor du capitalisme français fut une conséquence directe de l’esclavage outre-mer, comme cela fut le cas en Angleterre. Pour l’auteur des Mémoires des esclavages, le retard industriel de l’Espagne, qui n’a pas eu recours au commerce des humains, est la preuve que l’Europe a bel et bien bénéficié de l’esclavage. Et pourtant les Européens, contrairement aux Américains, n’ont jamais vu d’esclaves de leurs propres yeux. Ils voyaient les bateaux négriers partir et ne pouvaient imaginer que difficilement les actes inhumains et barbares qui s’y déroulaient pendant la traversée. C’est en révélant le vécu des Noirs dans les bateaux comme dans les plantations, en éclairant le lien entre le commerce et l’économie, la traite et l’enrichissement des villes portuaires que le futur Centre national pourra aider, estime Glissant, à mettre à plat l’Histoire et les histoires et contribuer par la connaissance à la réconciliation des mémoires. Aussi, écrit-il, ce Centre sera-t-il « conçu non pas comme un lamentarium mais comme un lieu vivant de relation, de mise en ferveur, d’échange de connaissances et de solidarités ». A la fois organisation de recherche sur l’esclavage et archive, il sera aussi un mémorial, consacré à tous les esclavages. A ceux d’hier comme à ceux d’aujourd’hui, à ceux des Africains comme à ceux des peuples de l’océan Indien, afin qu’on puisse enfin « jeter les bases d’une véritable mémoire partagée », comme l’a écrit Dominique de Villepin dans la belle préface qu’il a accordé à ce livre programmatique.

Tirthankar Chanda


Mémoires des esclavages, par Edouard Glissant, Éditions Gallimard / La Documentation française, avant-propos de Dominique de Villepin. 182 pages, 14,90 euros. 

Source :




Rosso

19062007

Rosso : Visite éclair du ministre des transports. 

Le ministre du transport a effectué une visite éclair à Rosso vendredi dernier. Au cours de sa visite le ministre s’est rendu compte de l’avancement des travaux de l’extension de l’embarcadère de Rosso et s’est informé de l’évolution du tronçon Thiambène-Mbagnik (deuxième lot de la route Rosso-Boghé. 

Rosso est le relais incontournable pour le commerce extérieur de la Mauritanie. Une part non négligeable de nos importations et de nos exportations se fait par le fleuve avec plusieurs rotations quotidiennes du bac. Ce qui justifie l’extension des embarcadères tant sur la rive droite (Mauritanie) que sur la rive gauche (Sénégal). Quant à la route Rosso-Boghé, elle va contribuer au rapprochement des populations de la vallée et au désenclavement de plusieurs localités de la zone. Quand on pense que pour se rendre à Boghé les rossossois faisaient le détour par Nouakchott avec un parcours de 204 km entre Rosso et la capitale et un autre de 315 km de Nouakchott à Boghé on voit le gain réalisé en bitumant le tronçon de 180 km entre la capitale du Trarza et Boghé. 

D.A. 

  

De a à Z par Tabane 

G comme galère. La galère c’est le lot quotidien de bien des mauritaniens. Surtout du côté de l’enseignement où certains font jusqu’à 18 heures de cours par jour. Pour joindre les deux bouts ou assurer des lendemains meilleurs. Sans se rendre compte qu’à se rythme c’est le suicide programmé. Et en plus tout le monde est perdant dans l’histoire : les enseignants qui se tuent au travail, l’école publique qui en pâtit et les élèves qui n’en profitent pas. 

G comme gaieté. C’est ce qui manque le plus dans ce pays. Pour s’en convaincre il suffit de faire un saut à l’embarcadère de Rosso et de voir les passagers des pirogues ou du bac débarquer en Mauritanie. Mines renfrognées, nerfs tendus. Chacun se demande à quelle sauce il sera mangé, entre les trafiquants véreux, les policiers cupides et les douaniers zélés et les transporteurs qui viennent chercher des clients. Le passager laissera des plumes beaucoup de plumes avant de franchir la porte de l’embarcadère. Quand on pense qu’en plus il s’est fait plumer côté Sénégal, on comprend aisément pourquoi la gaieté ne se lit pas dans son visage. 

H comme hymne. En passant du mouton au chameau on peut se demander combien de citoyens dans ce pays au million de poètes connaissent les paroles de notre hymne national. Tout le monde connaît l’air, mais chacun a ses propres paroles. Il y a lieu de réfléchir sur une solution. Connaître presque par coeur la Marseillaise ou l’hymne de notre voisin du sud et continuer de fredonner ‘Woul Daddah gassi Ndar’, c’est inadmissible… 

aboubakry_d@yahoo.fr 

 

 

Source : La TRIBUNE 354 

 




Pénurie d’eau

19062007

Nouakchott :  La soif de tout… et de tous 

Cela ne s’est pas vu depuis des décennies : des femmes et des enfants tapant sur des bidons vides et scandant le fameux slogan : ‘chaab etach idawr il ma’ (le peuple a soif et veut de l’eau). Depuis les Kadihines et l’époque heureuse des illusions les manifestations du genre sont interdites. Nouveau régime, nouvelles autorités, nouvelles attitudes… femmes et enfants devant la présidence.

Autour des potences, dans les quartiers huppés comme dans les kebbas, le problème se pose avec acuité. A Nouakchott comme ailleurs…

L’eau cette denrée indispensable ne cesse de provoquer de fortes tensions dans la capitale Nouakchott. En cette période, cette ville souffre d’une  pénurie d’eau. Le 13 juin des habitants des quartiers périphériques, ont organisé des manifestations depuis Arafat jusqu’à la présidence, leur seul slogan «nous n’avons pas d’eau alors que les autres arrosent leurs jardins». D’un  autre coté, les potences de Nouakchott posent problème, le prix de citerne a dépassé tout récemment les 30000 ouguiyas, alors qu’il était de 15000 ouguiyas ; pour retrouver son prix originel après intervention des autorités locales, notamment le Wali de Nouakchott. Malgré ces interventions des autorités, il y a toujours  une pénurie d’eau. Après la transition, une nouvelle équipe a pris la commande, une série de crises s’est  déclenchée, notamment pénurie d’eau et de l’électricité. Cette crise a débuté juste avec cette vague de chaleur qui a frappé le pays. Cela provoque chaque année un manque d’eau en  mai et juin. Cette année, la crise est-elle plus grave que les précédentes années ? 

L’explication officielle : «en raison de la chaleur pendant l’été et de l’augmentation de la demande sur l’eau causée par la hausse de la température. Les  prix  ont connu une hausse vertigineuse, ils ont  atteint dans certains cas 1500 UM pour le baril de 200 litres« (…) La consommation d’eau de la capitale s’est multipliée depuis le début de la crise pour évoluer de 60 à 120 charges/citerne/jour, Les moyens des services spécialisés permettent actuellement une offre de 50m3 d’eau alors que les besoins réels de la ville frôlent les 80m3 d’eau par jour, cette situation  est due à une augmentation exponentielle des habitants de la capitale». Les mesures entreprises par les autorités se sont  traduites «par la mise à la disposition des populations de la capitale de 122 charges- citernes/jour. Et une optique allant dans le sens de  l’augmentation du pompage de l’eau de la nappe d’Idini avec une moyenne de 10 000 m3». 

Sur le terrain, le prix de baril reste élevé, il est de 500 Ouguiyas dans les zones d’Arafat,  El Mina et autres : «à Teyarett, le prix frôle toujours les 1500 le baril, affirme Mohamed Baby, chauffeur de taxi  qui habite dans cette zone».  «Il n’y a plus d’eau. Dans certains quartiers, l’eau coulait à partir de la nuit, actuellement nous voulons juste l’acheter, il y a des pratiques louches au niveau des potences qui vendent les citernes d’eau», martèle un consommateur auprès de la  potence de Dar Naïm. Toutefois, le Wali et les autorités ont été fermes en prenant une décision interdisant toute spéculation sur le prix de l’eau, des policiers et des responsables de communes sont en place pour veiller sur le respect de la dite décision. 

Les prix de la tonne sont fixés à 1300 UM la tonne pour des citernes qui prennent une charge ne dépassant pas les 7 tonnes et 1200 pour les charges au-delà de 7  tonnes. Notons que les propriétaires de citernes se plaignent de la fermeture des potences à partir de  20 heures tout en confirmant que les gérants des potences ont leurs propres citernes qui ne respectent pas l’ordre des inscrits. Certes, sous tutelle des autorités, il y a des listes permettant de vendre l’eau selon l’ordre des priorités d’enregistrement, mais il y a des citernes d’urgence qui ont l’aval des autorités, ces citernes peuvent avoir la possibilité de 5 recharges chacune par jour alors que les autres n’ont qu’une seule. Pourquoi cette urgence ? «Il est question des citernes des entreprises et des usines qui ne peuvent pas fonctionner sans eau», explique un agent de police qui veille sur l’ordre au niveau de l’une des potences de Dar Naïm. D’après un agent de la commune de cette Moughata qui supervise l’opération de la distribution d’eau, «les accusations des propriétaires de citernes sont sans preuves tangibles  chaque fois que j’essaye de résoudre le problème, je trouve qu’ils n’avancent pas des arguments vérifiables sur le non respect de l’ordre».          

Pas loin de ces potences se trouvent celles de Ksar, les mêmes problèmes des inscrits se répètent, les accusations et contre accusations sont les mots d’ordre. Les propriétaires des citernes après avoir profité  des spéculations des prix, se sentent victimes de l’ordre établi. Pour Billal O Cheïbe, «les autorités nous forcent à livrer l’eau à n’ importe quel demandeur, j’ai mes propres clients auxquels je dois livrer les citernes». Mohamed Yahdi quant à  lui, il  conteste le prix  des tonnes en disant «que le prix doit être établi en fonction de trajet et d’autres coûts liés au transport». 

Un propriétaire des citernes et chef d entreprise qui préfère garder l’anonymat, nous informe que «les bornes fontaines étaient soumises à la gestion de certains individus  sans appel d’offre, ni critères de sélection claire, aux gérants qui se font enrichir sur le dos de la population, il a ajouté qu’il y a des bornes fontaines qui puisent l’eau depuis le tuyau central  qui alimente la ville de Nouakchott. Cela peut diminuer la pression d’eau». Soulignons que depuis plusieurs mois des maisons qui avaient la possibilité d’avoir l’eau la nuit, n’ont plus cette éventualité. Une vraie gestion de la crise doit tenir compte des distributions non équitables d’eau. Pour ce faire la SNDE a décidé de fermer les bornes fontaines à partir de 20 heures sans pour autant que la crise soit résolue.    

En outre,
la SNDE continue toujours de récolter l’argent auprès des abonnés qui ne reçoivent aucune goûte d’eau. Justifications invoquées : taxes des compteurs. Un consommateur nous avait confirmé que ces compteurs fonctionnent par le vent. 
Sur une vision à long terme, il y aura le déclenchement de projet Aftout Sahel, celui-ci doit alimenter la ville de Nouakchott. Car la réserve d’Idini risque d être épuisée rapidement. Cette crise s’interprète en partie par des problèmes techniques liés à la diminution de la nappe de Idini. 

Soulignons que le traitement d’eau à partir du fleuve du Sénégal exige une stabilité politique dans la sous région. D’où une optique d’un traitement d’eau au niveau de l’océan atlantique. D’après des spécialistes du Centre de Recherche Appliquée aux Energies de l’Eau et du Froid  en Mauritanie, «la possibilité de mettre en pratique une telle optique n’est pas coûteuse. Ils ont déjà fait l’expérience dans les zones de la bande d’Arguin ; trois sites alimentant 4 villages de  cette zone. Cela a permis de faire réduire le coût de baril en cette zone à 700 au lieu de 4500. Ce dernier est imputé au prix du transport qui exige de chercher l’eau dans des villes telles que Nouakchott et Nouadhibou». Notons cependant que le prix de 700 /le baril reste élevé par rapport au prix moyen à Nouakchott.             

 Mohamed Fouad Barrada m_barrada@yhaoo.fr 




Spécial G8

19062007
 

Spécial G8 à Heiligendamm
Un sommet à l’ombre de la Chine… et des altermondialistes 

(MFI) L’aide à l’Afrique mais aussi l’ombre de la présence chinoise à travers le continent sont parmi les priorités du G8 qui réunit, du 6 au 8 juin 2007 à Heiligendamm, en Allemagne, les principaux pays industrialisés et la Russie. Au menu également, le réchauffement climatique qui menace l’avenir de la planète. 

Forte de sa nouvelle puissance économique, la Chine prend bien soin d’affirmer qu’elle ne veut pas rejoindre le club très fermé du G8, étant elle-même un pays en développement, et se défend de toute volonté de mainmise sur l’Afrique. Ce qui ne suffit pas à dissiper les soupçons, d’autant que son soutien au régime de Khartoum, alors qu’elle possède d’importants intérêts pétroliers au Soudan, a jusqu’à présent empêché toute véritable sanction – Pékin dispose en effet du droit de veto au sein du Conseil de sécurité de l’Onu – à propos du Darfour, région de l’ouest du pays, dont la situation préoccupe la plupart des membres du G8. Selon les Nations unies, 200 000 personnes ont été tuées et 2 millions déplacées par des combats entre des rebelles et des milices liées au gouvernement au Darfour.

Au nom de la longue amitié sino-africaine…

Avant le sommet, les ministres des Finances du G8 réunis à Postdam ont affirmé leur intérêt pour l’Afrique et accusé implicitement la Chine d’être en partie responsable de l’aggravation actuelle de sa situation économique à travers un nouveau surendettement. Ils estiment que, malgré l’effacement de la dette de certains pays africains les plus pauvres, décidé par les bailleurs de fonds occidentaux et le Fonds monétaire international, ces mêmes pays
commencent à se réendetter en raison du comportement de la Chine, « alléchée par les ressources naturelles du continent noir », qui prête et investit généreusement en Afrique sans être trop regardante sur la capacité de ces pays à rembourser et sur la nature des régimes qui gèrent cet argent. La Chine a, par avance, balayé ces critiques en défendant la longue amitié qui la lie au continent africain.
La chancelière allemande, Angela Merkel, hôte du sommet du G8 à Heiligendamm, sur la Côte baltique de l’Allemagne, qui réunit à ses côtés les dirigeants du Canada, des Etats-Unis, de la France, de la Grande-Bretagne, de l’Italie, du Japon et de la Russie, a pris soin de faire venir d’autres invités pour des rencontres séparées. Côté africain ont été conviés les présidents de l’Egypte, d’Algérie, du Nigeria, du Sénégal et de l’Afrique du Sud, les principaux promoteurs du Nouveau partenariat pour le développement économique de l’Afrique (Nepad). L’Afrique du Sud se retrouve également aux côtés du Brésil, de la Chine, de l’Inde et du Mexique dans le groupe des pays émergents, invités par ailleurs.
www.rfi.fr

Honorer l’engagement pris par les pays de l’Union européenne

Les membres du G8 sont d’accord sur la nécessité d’apporter leur aide à l’Afrique malgré des divergences sur d’autres sujets. Les Européens, et au premier chef l’Allemagne, souhaitent une réduction de moitié des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050 alors que les Etats-Unis, premiers pollueurs, proposent que les 15 principaux pays émetteurs de gaz à effet de serre, dont l’Inde et la Chine, se fixent des cibles non contraignantes. De son côté, le président russe Vladimir Poutine menace de pointer des missiles sur l’Europe pour répliquer à un projet américain de bouclier anti-missiles, destiné selon Washington à se protéger des « Etats-voyous ».
Pour Angela Merkel, l’aide publique au développement (APD) et la réduction de la dette ne suffiront pas à permettre aux Africains d’atteindre les objectifs du Millénaire pour réduire la pauvreté. Il faudra aussi une croissance économique et des investissements adéquats dans la région. Pour le nouveau président Nicolas Sarkozy, dont c’est le premier sommet de ce genre, le développement de l’Afrique est également une priorité. Il souhaite notamment « honorer l’engagement pris par les Etats de l’Union européenne de porter leur aide publique au développement à 0,7 % de leur PIB d’ici 2015 ». Nicolas Sarkozy dit souhaiter aussi la sécurisation de l’accès des populations du Darfour à l’aide humanitaire, le déploiement d’une force hybride Union africaine-Union européenne et la reprise de négociations en vue d’une solution politique. Le ministre français des Affaires étrangères Bernard Kouchner a entre autre proposé l’ouverture de corridors humanitaires sécurisés afin d’acheminer les secours aux populations civiles.

Altermondialistes et Banque mondiale, une alliance contre nature ?

Les altermondialistes, qui mettent en accusation la politique du G8, ont trouvé dans la Banque mondiale un allié inattendu. Celle-ci a en effet estimé que les pays riches ne tiennent pas leurs promesses pour l’aide à l’Afrique et l’ouverture de leurs marchés aux exportations africaines. Ces pays s’étaient engagés, lors du sommet de juin 2005 à Gleneagles, en Ecosse, à augmenter leur aide annuelle pour le développement de l’Afrique à 50 milliards de dollars en 2010. Or les montants accordés aux programmes de développement pour de nombreux pays africains sont restés quasiment inchangés depuis. Les difficultés rencontrées par les négociations engagées au sein de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) sur la libéralisation du commerce mondial ont également empêché l’ouverture des marchés des pays riches aux produits africains, souligne la Banque mondiale.
Selon ses estimations, les flux d’aide publique ont baissé de 35,8 milliards de dollars en 2005 à 35,1 milliards en 2006. « Les chiffres disponibles jusqu’à maintenant montrent qu’à part la réduction de la dette, les pays africains n’ont pas engrangé les résultats des promesses faites lors du sommet du G8 il y a trois ans à l’occasion de l’année de l’Afrique », affirme John Page, économiste en chef de la Banque pour l’Afrique. « De nombreux pays donateurs ont accru leur aide pour l’assistance humanitaire et la réduction de la dette ces quarante dernières années mais cela ne s’est pas traduit par des ressources supplémentaires pour les pays africains afin de rebâtir leurs infrastructures, former des enseignants et combattre le sida et la malaria », a-t-il souligné.

Un sommet alternatif à Sikasso

Les altermondialistes ont organisé plusieurs manifestations – dont certaines ont dégénéré – à Rostock en Allemagne. L’Afrique n’a pas été en reste. Ainsi un des sommets alternatifs du G8 s’est tenu à Sikasso, à 370 km au sud de Bamako, au Mali. Ce Forum des peuples, avec pour slogan Passer à l’action, a accueilli près d’un millier d’altermondialistes originaires de Côte d’Ivoire, du Bénin, de la Guinée, du Niger, du Sénégal, de France, de Belgique et du Canada qui réclament « l’annulation totale et inconditionnelle de la dette des pays du Tiers Monde, la cessation des privatisations et la nationalisation des secteurs stratégiques déjà privatisés ». Ils mettent en garde contre le danger des organismes génétiquement modifiés (OGM) et demandent l’instauration de règles de commerce international « justes et équitables », sans oublier des sujets brûlants comme l’accès à l’eau et l’immigration. 

Marie Joannidis 

Source La Tribune 354




Sahara occidental :

19062007

 

 Le premier round de la dernière chance 

 

Lundi et mardi 18 et 19 juin, sont des jours décisifs pour l’ensemble de l’ouest-africain, ce qu’il est convenu d’appeler le Maghreb Arabe. En effet, quelque part dans la banlieue de New York, se joue l’avenir de la région. C’est à Manhasset que le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki Moon, réunit Marocains et Sahraouis en vue de négociations directes, en présence des Algériens et des Mauritaniens. Présentée comme ‘solution de dernière chance’, cette rencontre intervient quelques mois seulement après la présentation de la nouvelle proposition marocaine. Tous les regards sont donc présentement tournés vers Manhasset. Tous les espoirs sont accrochés à ce qui s’y déroule. 

C’est finalement Sidi Mohamed Ould Boubacar, ancien Premier ministre de la transition, qui dirige la délégation chargée de représenter la Mauritanie qui a un rôle d’observateur comme l’Algérie. Le dossier a été d’abord suivi par feu Ahmed Ould Minnih avant d’être confié à Ould Boubacar à l’époque ministre secrétaire général de la présidence. Les deux hommes partagent le même sens de la discrétion, de l’efficacité et du respect des limites de la mission. C’est sans doute pour cela que la présente mission a été confiée à Sidi Mohamed Ould Boubacar. 

Côté marocain, les autorités ont affirmé leur ‘bonne foi’ et leur ‘engagement politique ferme et sincère pour une mise en œuvre effective de la résolution 1754’ qui a appelé au dialogue direct entre les deux parties. Dans un communiqué publié par le ministère marocain des affaires étrangères, le Royaume déclare avoir répondu favorablement à l’initiative du secrétaire général de l’ONU. Pour les Marocains, la résolution 1754 est fondatrice d’un nouveau processus de règlement, sur la base des «développements survenus au cours des derniers mois», marqués particulièrement par l’élaboration et la soumission de «l’initiative marocaine pour la négociation d’un statut d’autonomie pour la région du Sahara». Initiative saluée par le Conseil de Sécurité qui a déclaré «se féliciter des efforts sérieux et crédibles faits par le Maroc» dans le cadre de la recherche d’une paix acceptable pour toutes les parties. La délégation marocaine est dirigée par le ministre de l’intérieur, Chakib Benmoussa, la question relevant des affaires intérieures. Elle comprend entre autres le président du Conseil Royal consultatif pour les affaires sahariennes (CORCAS), Khalihenna Ould Rachid. Pour la partie marocaine, les négociations de New York s’inscrivent « parfaitement dans la continuité et la cohérence de la démarche préconisée par le Royaume depuis quelques années, pour un règlement politique et définitif à cette question ». Les autorités du Royaume se félicitent de la tenue de ce premier round de ces négociations, « tant attendues ». Elles ont souligné que « les différentes composantes du peuple marocain ont consenti des efforts importants pour aboutir à ce rendez-vous historique et lui offrir toutes les chances de succès », bien que le Maroc soit « conscient que ce processus n’est qu’à son début » (dixit le ministre de l’intérieur).

De son côté le Secrétariat National (SN) du Polisario avait réaffirmé sa disponibilité à la mise en application, de ‘bonne foi’, de la résolution 1754 et annoncé son acceptation de l’invitation du Secrétaire général des Nations Unies pour entamer des négociations directes avec le Royaume du Maroc. Le Front Polisario a formulé l’espoir que le Maroc répondra « positivement et sérieusement » aux attentes des séparatistes. Il a par ailleurs appelé le Gouvernement espagnol à « assumer pleinement ses responsabilités historiques et politiques vis-à-vis du parachèvement de la décolonisation du Sahara occidental » en défendant « sans hésitation ou faux-fuyants le droit inaliénable du peuple sahraoui à l’autodétermination à travers un référendum libre et transparent ». Le Polisario sera représenté par une délégation dirigée par Mahfoud Ali Beiba, président du Conseil national sahraoui.

L’Algérie, par la voix de son président Abdelaziz Bouteflika, a déclaré que « le problème du Sahara occidental représente un facteur de blocage du processus de l’édification du Maghreb qui conditionne l’avenir de toute notre région. Mais il devient de plus en plus certain que cet ensemble ne saurait être réalisé au détriment du peuple sahraoui et de ses droits légitimes et inaliénables ». Dans une récente allocution, le président algérien a ajouté que « c’est ce qui explique l’action en faveur d’une autodétermination authentique du peuple du Sahara occidental, dans la stricte conformité à la légalité internationale ». Parlant de la résolution 1754 adoptée le 30 avril par le Conseil de sécurité de l’ONU, il a déclaré que cette rencontre « permettra peut-être de sortir de l’immobilisme actuel ». Avant d’ajouter : « Nous espérons que ces négociations aboutiront à une solution satisfaisante respectant le droit à l’autodétermination du peuple sahraoui ».

Déjà Américains et européens, français et espagnols principalement, ont jugé ‘sérieuse et crédible’ la proposition d’autonomie présentée par le Royaume du Maroc. Pour eux il n’y avait d’autre choix que de réunir les parties concernées et d’engager entre elles des négociations directes.

Et la Mauritanie dans tout ça ? L’affaire du Sahara a fini par nous rattraper malgré la sortie du conflit et le retrait du territoire en 1979. Les régimes militaires n’ont jamais suivi la question avec le sérieux qu’il faut. Ils ont voulu calmer ce front. Sans plus. Alors que tout indique que la résolution du problème passe nécessairement par une plus grande implication de la Mauritanie dans la recherche d’une solution définitive.

Pour beaucoup, toutes les approches vont vers une forte tribalisation de la question. Quand l’ONU veut établir la liste électorale, c’est bien un recensement tribal qui lui sert de base. Ce sont bien les Chouyoukhs (chefs de tribus) qui sont mis à contribution par toutes les parties, en vue de l’identification des électeurs. Ce sont bien les clivages tribaux qui déterminent le pouvoir au sein du Polisario. Ce sont ces mêmes clivages tribaux qui font et défont les alliances au Maroc. Les mêmes clivages qui expliquent les défections ici et là. Sous cet ‘ordre tribal’, les tribus mauritaniennes du Nord ont leur mot à dire. Un peu plus d’ailleurs… Aussi sont-elles concernées au premier chef par le devenir de leurs cousins du Maroc, du Polisario ou même de l’Algérie. Sans ces tribus et leur implication réelle on ne peut espérer une résolution définitive de la question. L’erreur du Maroc et des messagers de l’ONU, c’est bien d’avoir cherché à occulter cette réalité. L’erreur de la Mauritanie, c’est bien de vouloir faire croire à une possible neutralité dans le traitement de la question. L’erreur de l’Algérie, c’est de traiter la question comme s’il s’agissait d’un problème de décolonisation en Afrique de l’Est.

Mauritaniens, Marocains, Algériens et Sahraouis sont appelés aujourd’hui à prendre la responsabilité historique de suivre le chemin de la paix. De penser cette paix dans la perspective d’un Maghreb possible, d’une intégration vitale. C’est à ça que doit servir ce premier round des négociations directes.

 

MFO

Source : La Tribune 354 




Coup de plume de Kissima Diagana

19062007

 

Le pouvoir à ses raisons que la logique ignore 

Cette semaine le ministère de la santé a publié un communiqué mettant en demeure tous ses fonctionnaires en position d’abandon de service. Il y a quelque chose d’incongru dans cette histoire : le nom de l’actuel ministre des sports figure sur la liste des mis en demeure. Mohamed Ahmed Ould Yarg, dentiste de son état était effectivement un cadre du ministère de la santé…Sa nomination l’a donc trouvé en position d’abandon de service ! Ce n’est pas la première fois qu’un abandonneur de service obtient une promotion. Sous Ould Taya, la pratique était courante. Il suffisait de trouver sa position ennuyeuse pour se permettre ‘le travail buissonnier’ (école buissonnière!) et finir par se retrouver au sommet d’un service ou dans une représentation diplomatique. A l’étranger.

Peu importe alors qu’on découvre qu’un ministre de Sidi Ould Cheikh (celui de la santé) Abdallahi en mette en demeure un autre (celui des sports) pour abandon de poste. De quel poste va-t-il le limoger alors ?   

Seulement, on sait qu’un médecin peut se permettre, même s’il n’est pas en abandon de poste, de passer plus de 90% de son temps de consultations à ceux qui sont disposés à venir le trouver dans une structure sanitaire privée. Pour s’en convaincre, il suffit de se rendre à l’hôpital national et constater, de visu, que des foules attendent devant un bureau de médecin que l’on veuille bien leur accorder un rendez-vous. Combien de gens risquent de mourir en attendant un rendez-vous ? 

L’autre semaine c’est un ‘morceau de remaniement ministériel’ qui a été effectué. Un ministre a été limogé pour, dit-on, avoir dit que le pays aura faim si l’aide ne vient pas. Ç’aura été la première fois qu’on se rend coupable d’avoir annoncé qu’on a ‘un creux dans le ventre’. Là aussi les responsabilités auraient dû être partagées. Mais visiblement le pouvoir à ses raisons que la logique ignore. On retiendra toutefois que par le passé, la meilleure façon de ‘flouer’ les pauvres populations de l’intérieur du pays consistait à monter de toutes pièces des plans d’urgence à la faveur desquels l’on pouvait se permettre de ‘faire évaporer par un coup de baguette magique la plus grande quantité des vivres’ sans que les véritables bénéficiaires n’aient l’occasion d’en ‘picorer le plus petit grain’.

Alors, sommes nous au début de la vraie bonne gouvernance ou y a-t-il un encensement de l’opinion ? 

Côté promesses, la Société nationale d’eau a fait croire cette semaine à la faveur d’un point de presse où très peu de journalistes étaient présents que le problème de l’eau ‘sera réglé’. Un futur pas si proche que ça !

Entre temps dans les quartiers où manger à sa faim relève quotidiennement d’un exploit, les prix des fûts d’eau varient entre 500 et 1000 ouguiyas, voire plus. Parfois, les coups de poings et de gourdins trottent. Car il arrive qu’un client refuse de payer la somme convenue avec un charretier, lui propose 200 ouguiyas et le menace, en cas de résistance, d’appeler la police à la rescousse. Ceci pour dire vers quelle guerre d’eau on risque d’aller si les responsables de ce secteur ne joignent pas les actes aux verbes sans cesse conjugués à des futurs trop fictifs…

kissimousman@yahoo.fr




Coup de Plume de Kissima Diagana

19062007

Le pouvoir à ses raisons que la logique ignore 

Cette semaine le ministère de la santé a publié un communiqué mettant en demeure tous ses fonctionnaires en position d’abandon de service. Il y a quelque chose d’incongru dans cette histoire : le nom de l’actuel ministre des sports figure sur la liste des mis en demeure. Mohamed Ahmed Ould Yarg, dentiste de son état était effectivement un cadre du ministère de la santé…Sa nomination l’a donc trouvé en position d’abandon de service ! Ce n’est pas la première fois qu’un abandonneur de service obtient une promotion. Sous Ould Taya, la pratique était courante. Il suffisait de trouver sa position ennuyeuse pour se permettre ‘le travail buissonnier’ (école buissonnière!) et finir par se retrouver au sommet d’un service ou dans une représentation diplomatique. A l’étranger.

Peu importe alors qu’on découvre qu’un ministre de Sidi Ould Cheikh (celui de la santé) Abdallahi en mette en demeure un autre (celui des sports) pour abandon de poste. De quel poste va-t-il le limoger alors ?   

Seulement, on sait qu’un médecin peut se permettre, même s’il n’est pas en abandon de poste, de passer plus de 90% de son temps de consultations à ceux qui sont disposés à venir le trouver dans une structure sanitaire privée. Pour s’en convaincre, il suffit de se rendre à l’hôpital national et constater, de visu, que des foules attendent devant un bureau de médecin que l’on veuille bien leur accorder un rendez-vous. Combien de gens risquent de mourir en attendant un rendez-vous ? 

L’autre semaine c’est un ‘morceau de remaniement ministériel’ qui a été effectué. Un ministre a été limogé pour, dit-on, avoir dit que le pays aura faim si l’aide ne vient pas. Ç’aura été la première fois qu’on se rend coupable d’avoir annoncé qu’on a ‘un creux dans le ventre’. Là aussi les responsabilités auraient dû être partagées. Mais visiblement le pouvoir à ses raisons que la logique ignore. On retiendra toutefois que par le passé, la meilleure façon de ‘flouer’ les pauvres populations de l’intérieur du pays consistait à monter de toutes pièces des plans d’urgence à la faveur desquels l’on pouvait se permettre de ‘faire évaporer par un coup de baguette magique la plus grande quantité des vivres’ sans que les véritables bénéficiaires n’aient l’occasion d’en ‘picorer le plus petit grain’.

Alors, sommes nous au début de la vraie bonne gouvernance ou y a-t-il un encensement de l’opinion ? 

Côté promesses, la Société nationale d’eau a fait croire cette semaine à la faveur d’un point de presse où très peu de journalistes étaient présents que le problème de l’eau ‘sera réglé’. Un futur pas si proche que ça !

Entre temps dans les quartiers où manger à sa faim relève quotidiennement d’un exploit, les prix des fûts d’eau varient entre 500 et 1000 ouguiyas, voire plus. Parfois, les coups de poings et de gourdins trottent. Car il arrive qu’un client refuse de payer la somme convenue avec un charretier, lui propose 200 ouguiyas et le menace, en cas de résistance, d’appeler la police à la rescousse. Ceci pour dire vers quelle guerre d’eau on risque d’aller si les responsables de ce secteur ne joignent pas les actes aux verbes sans cesse conjugués à des futurs trop fictifs…

kissimousman@yahoo.fr




L’édito de La Tribune Par Mohamed Fall O . Oumère

19062007

 

Un ami que j’apprécie beaucoup pour sa culture et sa tenue, m’a fait redécouvrir Machiavel ces derniers jours, en m’envoyant un florilège de citations de ce ‘conseiller’ de princes qui, finalement, n’a fait qu’écrire autrement, avec des mots à lui, des ‘sagesses’ déjà exprimées par notre Imam El Hadrami d’Azougui. Mais au-delà de la polémique que peut susciter – légitimement – les écrits de l’auteur du Prince, il y a des phrases qui sonnent comme des vérités actuelles. J’ai choisi cette semaine de vous en distiller quelques-unes :«Gouverner, c’est faire croire». Où en est-on avec le Gouvernement actuel ? Faire ‘comme si…’ disait François Mitterrand. Comme si c’était possible, tout est possible. Comme si c’était faisable et même facile à faire. 

«Le perdant est celui qui ne sait que ce qu’il va faire s’il gagne. Le  gagnant est celui qui sait ce qu’il va faire s’il perd». Dans notre cas, la majorité ‘gagnante’ montre-t-elle qu’elle savait seulement ce qu’elle allait faire si elle gagnait ? Notre opposition donne-t-elle la preuve qu’elle savait ce qu’elle allait faire si elle avait perdu ? En d’autres termes, notre classe politique, toutes tendances confondues, sait-elle ce qu’elle veut faire de nous ? s’occupe-t-elle assez de nous ? sait-elle seulement ce qu’elle veut ? 

«Un prince s’il est sage doit savoir se conduire en tous temps et en toutes manières de sorte que ses sujets aient besoin de lui». Est-ce le cas de nos dirigeants actuels ? Le Président Sidi Ould Cheikh Abdallahi fait tout pour nous convaincre que nous pouvons voler de nos propres ailes. En démocratie, c’est cela le bon comportement. Comme lui le PM. Les anciens du CMJD qui restent dans la proximité du pouvoir. Les présidents des deux Chambres et celui de l’opposition. Ils font tout pour nous convaincre que nous n’avons pas besoin d’eux. Et si on finissait par les croire ? Après tout, le Prince l’a déjà dit, «gouverner, c’est faire croire».  

«Les  deux grands mobiles font agir les hommes : la peur et la nouveauté». Ce qui pourrait être pris pour une vérité universelle immuable, ne vaut pas pour nous. La peur nous empêche d’avancer. Depuis la nuit des temps. Récemment encore on a vu comment le mouvement du 3 août a été incapable d’être autre chose que le lifting de la restructuration du 12/12/84 qui n’a été que le salut du Salut du 6 avril 79 qui a été juste le redressement du 10 juillet. Chacun ayant été une promesse de changement. Jamais un changement. C’est la peur, et la peur de la nouveauté principalement qui a tétanisé les membres du CMJD et les a empêchés d’être autre chose qu’une énième variation de la junte de 1978. Aujourd’hui encore, c’est cette peur, et cette peur de la nouveauté, qui neutralise les efforts visant à répondre à l’exigence de la rupture. D’où la nécessité pour nous de rappeler à nos ‘princes’ du moment que «le parti de la neutralité qu’adoptent le plus souvent les princes irrésolus, qu’effraient les dangers présents, les conduit le plus souvent à leur ruine». 

«Ceux qui de particuliers deviennent princes seulement par les faveurs de la fortune ont peu de peine à réussir, mais infiniment de peine à se maintenir». La bataille est aujourd’hui celle-là : ‘se maintenir ou ne pas se maintenir, c’est là la question’. Et Machiavel de rappeler que «celui qui est cause quun autre devient puissant se ruine lui-même». Tout finit par se payer. Parfois chèrement. 

On me dira encore et encore que je parle trop politique et grâce à mon ami qui me fait lire Machiavel, je répondrai que «tout n’est pas politique, mais la politique s’intéresse à tout». 

A bon entendeur, comme qui dirait…

 

Source La Tribune 




Chronique de Mansour

19062007

PETITE CHRONIQUE D’AUTRE REGARD 

 

 

 

 

 

DÉCALAGES  

 

 

 

 1 

 

 

C’est  en quête de lumière que j’entrepris, voici douze ans maintenant, un long voyage hors de mon pays natal, la France. Bien des maisons n’ont qu’un nombre réduit de fenêtres. Certaines parois, latérales ou de dos, n’en comportent même aucune. On est à l’abri du regard du voisin, on n’en voit rien non plus : le mur est aveugle. Mais, un jour, la soif de lumière devient impérieuse. On ne se satisfait plus d’une vision tronquée, incapable de lire, non seulement l’évolution du monde environnant, mais aussi la sienne propre, intérieure.  

 

Né d’une mère fervente catholique, élevé par les bons pères jésuites, j’avais été doté d’une solide éducation chrétienne, fortement ébranlée cependant par une contestation adolescente qui m’avait vu refuser toute forme de religieux et me tourner vers une lecture strictement humaniste des messages prophétiques. Sept ans de mariage avec une demoiselle plutôt athée, dix années d’enseignement, non moins laïc, au service de l’éducation nationale, la fréquentation épisodique de milieux anarcho-libertaires, variablement marginaux de la bonne société française : autant d’appesantissements dans une irreligion iconoclaste. 

 

Mais le cœur souffrait. Quelque chose en moi – l’enfance, peut-être ; mais peut-être, bien plus – appelait à l’Absolu. Le Dieu de ma mère, je l’avais dénudé de toute humanité, dénué de tout Attribut – la Parole, en premier chef –  et pourtant, cristallisé à l’état de Principe Indispensable, il animait  toujours, en silence, chacun de mes pas. Où aller ? Rien dans mon environnement français ne répondait totalement à cette pulsation.  Quelques moments brillants ici ; là, des pistes murées ; ailleurs encore, des collages hétéroclites : impression, pénible, qu’une vraie Tradition de Connaissance avait existé, un jour, et que des accidents, répétés, avaient fait éclater celle-ci en mille morceaux…  

 

Qu’attendre donc de mon pays ? De l’Occident en général ? Une accumulation de consommations ? Une dilatation grandissante de l’estomac, des désirs et des frustrations ? Des illusions de projets communautaires, de progrès humanistes fragmentés ? Des artifices de totalité, de diversité et de démocratie ? Alors que tout autour, le seul entretien de cette société engluée génère, pour 3 humains sur 4, misères, guerres, maladies ; pis encore : empoisonne, irrémédiablement peut-être, les supports même de la vie : l’eau, l’air, la terre, notre Terre à tous. 

 

C’est donc en quête de médecine que je découvris, voilà douze ans maintenant, le pays des hommes bleus, votre pays, ô mes frères et sœurs de Mauritanie. 

 

2 

 

Mais il y a loin de la coupe aux lèvres. L’œil ne renonce pas si facilement à sa vision.  Habitué que l’on est à ses clichés, aux idées toutes faites, on débarque dans l’ailleurs avec des œillères d’autant mieux acceptées que la peur de l’Autre, de l’Inconnu, de l’Incompréhensible, nous tient secrètement au ventre. Cependant, à la différence du touriste « ordinaire » qui vient, justement, armé d’un « appareil à clichés » – histoire d’alimenter, in situ, l’album des préjugés convenus de son monde – ma quête était, en priorité, toute intérieure. Mains nues, intentions peut-être pures… 

 

Attentif au moindre événement – tout, en ce voyage, prenait valeur de signe – à l’affût du moindre craquement en ma carapace mentale,  je naviguais au désert comme le bateau ivre de Rimbaud, rêvant une invisible aventure guerrière où se déchireraient mes illusions. Voyageant en train, en bateau, en autobus,  je m’étais lentement laissé « glisser vers le Sud » jusqu’aux portes du Sahara, vers les dunes de Merzouga, au Maroc.  Là, voyant arriver l’époque du Ramadan, j’avais pris la décision de me contraindre à cette épreuve, par respect, disais-je, pour les musulmans qui me faisaient l’honneur de leur hospitalité.  

 

En réalité, j’en espérais, déjà, une acuité renforcée de l’esprit. Quelque « chose » devait absolument se passer en cet exil volontaire et j’en appelais au vide de la faim, à la brûlure de la soif. Ô Absolu ! Déchire le voile de mes incertitudes !  Deux espagnols en goguette, filoutant l’espace à la recherche, eux, d’un incertain négoce de voitures, passaient par là. J’embarquais à leur bord en qualité de traducteur, puisque ces équivoques marchands partaient vers la francophonie noire africaine. Nous bivouaquâmes, la première nuit du Ramadan, dans le « no man’s-land » séparant le Sahara occidental de la Mauritanie, cette zone-tampon de souveraineté  alors non-définie.   

 

Dans la nuit froide et criblée d’étoiles, une petite mauritanienne qui accompagnait sa maman sahraoui entre Dakhla et Nouadhibou, se mit à danser au son d’une cassette de « jaguars ». « En votre honneur », disait sa génitrice, « pour vous remercier de nous avoir pris dans votre voiture et fêter votre prochaine entrée au pays de son père ». Où étais-je donc ? En quelle incertaine limite ? Les harmonieux balancements de l’enfant, paumes et dos des mains tour à tour offerts, les lamentations des chanteurs, les uns et les autres pénétrés de cette si étrange pudeur, qui ne dédaigne  jamais, au détour d’un geste ou d’une phrase, l’éclair d’une très fugitive, et non moins suggestive, indécence, me faisaient pressentir de prochains et mystérieux bouleversements. 

 

Vous raconterai-je, un jour, le détail de notre traversée de Nouadhibou à Nouakchott ? A elle seule, c’est un roman. Nos espagnols croyaient tout connaître, et, négligeant la compétence d’un guide, nous engagèrent, avec leurs deux voitures, sans ce minimum de préparations qu’imposait, à l’époque,  la circulation en ces régions. Le fiasco fut à la hauteur de leur inconscience. Il nous fallu quinze jours pour mener, à bon port, les deux véhicules ; et encore :  dans un état plus que passable. Roues crevées sans chambre à air de secours ; ni pompe, ni même cric adapté ; égarements, séparations, marches forcées en quête de secours, en plein sirocco, au bord de l’océan ; immobilisations dans le sable, sur trois roues, sur un seul pont, sous la violence de la marée montante, bref : tout, toute la panoplie des mésaventures possibles et inimaginables !  

 

Mais le plus extraordinaire en cette épopée, où chaque incident semblait clore, définitivement, le voyage, ce sont les solutions qui se présentèrent chaque fois à nous, encore plus inimaginables que les problèmes rencontrés.  Ce n’est, par exemple, pas tous les jours, que le voyageur égaré dans les sables rejoint Nouadhibou en pirogue, que l’on retrouve, par « hasard », un véhicule abandonné sans repères à plus de dix kilomètres de la piste, que s’offrent cinquante bras pour redresser une camionnette, renversée par la fureur des vagues et à moitié ensevelie sous le sable. Les espagnols fulminaient après leurs pertes financières. Je lisais, moi, jeûnant cet incroyable Ramadan, les signes avant-coureurs d’une métamorphose.   Les lèvres, sèches, s’approchaient de la coupe…   

 

3 

 

Or, au désert, ce qui désaltère coule très rarement de source. L’eau est, pratiquement toujours, amenée, offerte par quelqu’un ; boire, un partage, un rite social, tout « naturel » au saharien, déjà surprenant pour l’étranger : c’est probablement ici que naît l’altérité du regard. On n’y prend pas garde au début. L’eau, la vie, l’offrande, sont à ce point enlacées, que le mariage entre la Nature et le Rite s’inscrit, presqu’inconsciemment, dans la conscience… 

 

Combien de fois Mohammed – Paix et Bénédictions sur Lui, P.B.L. – m’aura donc ainsi désaltéré, bien avant que je ne daigne l’interroger sur ses mobiles ?  Ce sont mille visages qui accourent aujourd’hui en ma mémoire. Mohammed, jeune marocain de Rissani, orphelin de père, chargé de sa mère et de ses deux petites sœurs, qui préférait, en cette tâche, pousser, chaque jour, sa charrette de bonbons, cigarettes et autres babioles – maigre butin, à peine suffisant à nourrir les siens – plutôt que rabattre les touristes vers de très rapaces marchands. « Gains de voleurs », disait-il, « vendre un produit plus de deux fois son coût, c’est braises d’enfer, assurément. » Et, ayant vite perçu la modicité de mes moyens,  c’est bien lui qui, par son extraordinaire dévouement à me faciliter la vie, aura construit, en réalité, ma décision de jeûner le mois de Ramadan.  Le respect engendre le respect. 

 

Un moment fort du voyage fut mon arrivée à Nouakchott. Chargé de mission par les espagnols, bloqués à Mamghar avec les véhicules en panne, je débarquais en « terra incognita » avec deux bidons vides, un pour l’eau, l’autre pour le gasoil, et quelques shillings autrichiens – ça ne s’invente pas – impossibles à négocier un jeudi soir de Ramadan, pas plus à la banque centrale, fermée jusqu’au dimanche, que sur le marché « tcheup-tcheup »[1] des devises. Que faire ?  Mohammed, cette fois algérien, remarqua le pauvre bougre, désemparé au carrefour BMD, et me fit l’honneur de sa modeste chambre, un carré de 3 sur 3 qu’il partageait, déjà, avec un de ses compatriotes.  Boire, bien entendu, comme toujours en premier ; mais aussi manger, dormir, rire également, tant chaleureux sont ceux qui entendent la peine du voyageur… 

 

Mohammed, encore,  guinéen en son nouvel habit. Rencontré au cours d’une ballade dans la médina 3, où demeurait mon hôte algérien, cet instituteur très francophone m’offrit, un matin, le plus estimable des cadeaux : un Mossaf, de ces éditions saoudiennes où l’arabe consent, en vis-à-vis du Texte Sacré, à une traduction du sens littéral des Versets. Pourquoi en eus-je un tel coup au cœur ? La gentillesse et la simplicité de l’acte, tout d’abord, qui témoignaient d’une confiance pas forcément évidente. J’étais un koufr, après tout. Mais probablement plus encore, la coïncidence de ce don avec un rêve fort qui, vers cinq heures du matin, m’avait, ce jour-là, brutalement réveillé. 

 

Une lumière éclatante m’interpellait. « Tawfiq Mansour ! », répétait-elle inlassablement, « Tawfiq Mansour ! Ouakalafika al’arabiya ! » Au dehors, l’azane retentissait des innombrables mosquées de la capitale. Je griffonnais,  à moitié endormi, le « message » sur mon journal de bord, ouvert à proximité de ma couche, et la transcription, tout à fait phonétique, évoque bien l’embarras du rêveur, certes pas arabophone. Je me levai même, parcourus vingt mètres dans la rue déserte, dans l’espoir  d’un éventuel « traducteur » matinalement compatissant, et, n’ayant rencontré personne, me recouchai, remettant à plus tard la quête de l’hypothétique sens. 

 

Et les mauritaniens, me direz-vous, où  sont-ils en cette profusion d’attentions ? Discrets, avant tout, peut-être observateurs, en ces premières semaines de séjour. C’est à petites touches, à petites rencontres,  jamais décisives, avec cette retenue constante des mots et des gestes, que le contact s’établit. Ici, trois kasses de thé, là un grand bol de zrig ; mauritanien, Mohammed se dote, fréquemment, d’adjectifs variablement vécus : Al ‘Amine, El Moktar, Al Mansour, Al Hafedh, Assakhy… Il est vrai que le voyageur n’a rien dans les poches : cela éloigne  les chasseurs de primes et l’usurpation d’identité. Du coup, ce que l’on boit a pratiquement toujours un goût inestimable, car celui, ou celle, qui l’offre, a, sincèrement,  le « cœur sur la main »…   

 

4 

 

Des vieilles expressions françaises, « le cœur sur la main » est probablement celle qui a le mieux résisté aux vagues déferlantes de l’individualisme consommateur. La générosité, en dépit de tous les assauts, ne cesse de recruter dans la jeunesse, et, si l’amour occupe tant les esprits, en Occident, c’est bien parce qu’il y est, surtout, question de partage et de don de soi. L’attachement à un être cher explique tout, souvent même, pardonne tout. C’est dire toute la force de l’argument lorsqu’il se présente au voyageur européen, qui entend, enfin, quelque chose qui lui parle, dans une langue qu’il connaît. 

 

Une fois mes compagnons espagnols conduits à l’aéroport, tout désolés de ne pouvoir prolonger l’aventure – ils y avaient, vraiment, perdu beaucoup d’argent – il me restait à rejoindre Nouadhibou. « Nous y avons laissé plusieurs cartons d’habits », m’avait expliqué, en partant, Luis, l’aîné des hidalgos, « ils sont à toi désormais, tu peux les vendre pour continuer ton voyage. » Sur le conseil d’un enfant de la rue – encore un Mohammed tout rayonnant de vie, malgré la galère, quotidienne – je m’adressai à la très célèbre Caritas, dans l’espoir d’un petit coup de main pour assurer ma remontée vers la capitale économique. Je fus bien reçu en cette officine papale et le geste généreux de son permanent m’incita à quelque confidence. 

 

« Voyez-vous, Pierre », c’était, si je me souviens bien, le nom de ce très catholique brave homme, « je me sens, depuis mon entrée au désert, comme attiré, par je ne sais quel fil invisible, vers l’islam. Mais je ne cherche pourtant aucune religion ! Sans vouloir vous offenser, il m’a fallu plus de vingt ans pour me débarrasser du catholicisme : faudrait-il aujourd’hui que je rempile dans un nouvel uniforme ? » Et le vieux Pierre de répondre, assez imperturbable : « De mon point de vue, ce n’est guère bon de changer de religion. Mais vous me contez une démarche intérieure, qui ne regarde que vous et Votre Créateur. Aussi, ce que je crois pouvoir vous indiquer, c’est l’adresse de musulmans qui sont, à mon sens, suffisamment ouverts pour vous écouter ; peut-être, vous éclairer sur vos questionnements… » 

 

Ainsi découvrai-je l’ONG Terre Vivante, Al Beled Tayyib, et son équipe franco-mauritanienne. « Mille chemins conduisent à Dieu », me dit Moulaye, un de ses responsables, « et chacun d’eux illustre un Nom du Divin Créateur. Pour notre part, c’est le nom de Rahmane, le Tout Miséricordieux, qui nous attire plus particulièrement. ». Et Abdallah Gibril, français musulman depuis l’âge de vingt-quatre ans – une conversion fulgurante au cours d’une nuit nouakchottoise, treize ans plus tôt, « Viens avec moi à Maata Moulana. Tu y rencontreras un homme rare, un homme en vérité, qui lit la vie par le dedans. » Et dès le lendemain, oubliant cartons d’habits et capitale économique, nous voilà brinquebalant sur la piste sablonneuse… 

 

A l’époque, on arrivait au village, par le nord-ouest, grimpant une dernière dune qui cachait aux yeux la cité. Je n’attendais rien de spécial de cette vue. Pourtant, lorsqu’enfin apparurent les premières maisons et la mosquée – l’ancienne, celle de Mohammed Michri, le père d’El Haj – avec sa coupole verte et ses petits minarets, une étonnante émotion me noua la poitrine, un choc très spécial que je connaissais trop bien, pour l’avoir connu, à deux ou trois reprises, au cours de ma brève existence. « Quelque chose » – quelqu’un ? – m’attendait là, j’en avais à présent la certitude. Attention aiguisée, prudence néanmoins redoublée : c’est tout à fait « l’air de rien » que je descendis de voiture, quelques minutes plus tard, comme un vieux routard, brisé à toutes les aventures. 

 

Car, bien évidemment, un homme de quarante ans se méfie, un peu tout de même, des élans spontanés. Il a pris, c’est bien normal, déjà quelques coups, il en a donné aussi quelques uns. Sans grande méchanceté, probablement ; par égoïsme, certainement ; mais parfois aussi, par négligence ou, inversement, excès d’enthousiasme… Le cœur était peut-être, lui aussi, sur la main, mais la main, prudente, s’était discrètement repliée sur lui, histoire, sans doute, de le tenir au chaud…  

 

5 

 

Nous étions, encore, dans la saison froide. Comment El Haj parvint, dès le premier soir, à réchauffer son hôte ? L’art mauritanien de la bienvenue touche ici à ses arcanes. La simplicité, tout d’abord, si directe, si humaine, qu’on ne peut qu’y répondre à la mesure même de sa propre simplicité. Les mains droites se joignent, fermes et douces, sincères dans leur empaumement ; regards et sourires vrais, présents, surs. On s’engage sur un terrain apparemment si clair et propre qu’on a, presque, l’impression d’être soi-même tout neuf. Dès lors, le cœur admet l’éventualité, et, peu à peu, comme une rose qui éclot enfin, s’ouvre à la proposition d’amitié. 

 

Qu’est ce que tu aimes en toi, en ton voyage, en ta quête ? La question, jamais, bien évidemment, directement posée, se déduit de toutes celles, discrètes, que posent le cheikh.  D’heure en heure, de soir en soir, c’est un peu le bilan de quarante années de vie qui se déroule à mes propres oreilles. En parlant, je découvre ce que je ne me disais pas à moi-même… En écoutant, je perçois encore mieux l’étendue de mon rien. Me voici Sahara, vide et plein, trop et pas assez ; à peine pourtant un arpent de dune, un creux, un sommet changeant ; même pas grain de sable, peut-être un peu de vent…  

 

Pauvre comme Job, me voilà hôte intégral, entièrement aux caprices de l’hôtelier. Or, celui-ci n’en a d’autre, de caprices, que mon bien-être, et je n’ai jamais, même seulement, le temps d’avoir soif. El Haj vaque à ses nombreuses responsabilités, sans cesser, un seul instant, de pourvoir, même apparemment éloigné, à ma quiétude. Rassasié, sans souci, j’occupe les moments de solitude dans la lecture du Coran, et, insensiblement, celui-ci m’enveloppe, m’empoigne,  me pétrit. Un soir, c’est un enfant qui vient nous rejoindre et déclamer, de sa voix cristalline, les versets majestueux. Point arabophone, je n’y entends, bien sûr, pas un seul mot. Pourquoi ces larmes, alors, qui giclent de mes yeux ? Quelle vague me prend, soudain, irrépressible ? 

 

Une nuit, c’est encore un rêve de lumière éclatante, lumière encore et toujours, qui me jette, tremblant, au bas du lit. « Tu viens de finir ta première lecture du Saint Coran », me questionne El Haj au matin, « qu’en penses-tu donc ? – Honnêtement, une certitude et un doute. Ta religion m’y apparaît construite sur deux principes. En un, il n’y a qu’un Un et Un Seul.  Tu l’appelles Allah, je l’appelle Absolu : nous sommes d’accord, c’est ma foi, depuis toujours. Mais quant à admettre que le Coran est Expression, mot à mot, de l’Absolu, je n’y arrive pas. Que le voile entre l’Absolu et le relatif se soit dévoilé pour Mohammed : oui. Que ce dernier ait traduit, en ce magnifique ouvrage, sa vision : oui. Mais ce n’est pas cela qui est dit. C’est, dit le Coran, Allah, Lui-même, qui parle, Il met les mots dans la bouche de son prophète ! Pardonne-moi, mon Haj, mais tout cela me semble déraisonnable. » 

 

Le commentaire du cheikh fut le suivant. « Connaître l’islam avec ta tête, tu en as pour très longtemps, et, peut-être, n’y arriveras-tu jamais. Mais il existe un chemin du cœur. Les raisons de ton départ d’Europe, les conditions de ton voyage, tes rêves, tes rencontres, et jusqu’à ta venue à Maata Moulana, tout semble indiquer que tu es fait pour ce chemin. Cependant, « pas de contrainte en religion », tu l’as lu toi-même dans le Saint Livre. A toi de voir en toi. Si demain, dans un mois, dans dix ans, tu ressens la nécessité, la force, l’impulsion de franchir la porte : fais-le ; à l’instant ; là où tu te trouves ; même à mille milles de toute compagnie. » 

 

Je repartis le lendemain à Nouakchott. Durant une semaine, je me battis entre tête et cœur. N’avais-je donc aucune suite dans les idées ? Renoncer à tout attribut et ordonnance du Principe, si difficilement pendant plus de vingt ans, et puis, soudain, se replonger dans le noir et le blanc, le bien et le mal, le pur et l’impur, les interdits et les obligations ? Mais, suivant cette « logique », n’étais-je pas aveugle à l’élan de la vie ? Insensible aux suggestions de mes rencontres ? Dédaigneux des coïncidences inexplicables ? Inconscient de la poussée de mes songes ? Père, garde-toi à droite ! Père, garde-toi à gauche ! Ça tiraillait vraiment de tous les côtés. 

 

6 

 

Dans la nuit glacée de l’hiver, toute pointillée d’étoiles, le train qui descendait vers l’Andalousie s’était arrêté. Xativa, pouvait-on lire sur le fronton de la gare. A la portière, j’écoutais le silence revenu, humant l’air froid et piquant. Une cloche soudain, se mit à tinter, lointaine, et pourtant, claire.  Pourquoi faillis-je descendre et me diriger vers elle ? A trois heures du matin ? En pays totalement inconnu ? Je résistais à l’impulsion et rejoignis ma place, vaguement moqueur de ce bizarre élan. « Vraiment », pensais-je, pris à nouveau dans le balancement bruyant du train, « te voilà comme une plume au vent, un buscador de luz [2] sans autre vérité que sa dame de cœur… »      

 

« Si demain, dans un mois, dans dix ans, tu ressens la nécessité, la force, l’impulsion de franchir la porte : fais-le ; à l’instant ; là où tu te trouves ; même à mille milles de toute compagnie. » Tout mon voyage se cristallisait soudain entre Xativa et la parole d’El Haj. Buscador de luz ! Que disent tes rêves, que te disent-ils tous ? Il y a une lumière en islam, pas forcément visible du dehors, c’est cela le chemin du cœur, allez ! Avance, imbécile ! Pas de fruit sans écorce ! Oui, cette fois, j’obéirai, je descends maintenant du train, à l’instant, sans plus tarder. J’avançais donc. Non pas de cette certitude éblouissante, de cette foi fabuleuse, dont sont forgées les plus sublimes conversions, non, pas vraiment. Plutôt par  soumission primaire du cœur à la raison – ou le contraire : difficile à dire, en cette conjonction soudaine – juste assez de temps, en tous cas, pour entreprendre un pas, le pas suffisant et nécessaire à l’ouverture de la voie… 

 

Vous autres, musulmans de souche, vous n’avez pas idée du choc que cela peut être que de poser, pour la première fois à quarante ans, son front par terre. On se sent presque ridicule, mais qu’est-ce que je fais là ? Et puis, on se relève, et on recommence, et pour finir, on s’aperçoit qu’on n’est pas mort, qu’on est bien vivant, et que le monde, autour, vit toujours sa vie, très paisiblement.  Il y a beaucoup de bonheur, même, aux alentours. Chacun y va de son conseil, de son observation, de son aide au débutant. A ce rythme, la fatiha, qu’on pensait ne jamais pouvoir prononcer en arabe, est vite apprise, la corvée fastidieuse des gestes convenus, ablutions, rakats, salutations, se transforme peu à peu en habitude, jusqu’au jour, étonnamment proche, où celle-ci devient besoin, comme l’eau qu’on boit, comme l’air qu’on respire.  

 

On s’aperçoit alors qu’il y a beaucoup de bonheur, même, au dedans. L’attention à ce que l’on fait se précise aussitôt. Certes, on ne bâclait pas, auparavant, l’ouvrage. Mais, désormais, on se plaît à en affiner le déroulement, à donner du temps au temps, à accomplir vraiment l’office religieux ; c’est à dire : le rite qui relie. Qui avec qui ? La question mérite le détour… Cinq à sept minutes, cinq fois par jour : à peine une demi-heure, une vraie sinécure ! Et, tout bien considéré, on se prend à préférer sept minutes plutôt que cinq, retarder même la limite horaire conventionnelle, chaque fois qu’on est trop occupé dans sa tête ou son corps, plutôt que de risquer torcher le devoir, et le plaisir de surcroît… Mais il y a bien plus. Maintenant acte conscient de vie, l’adoration déborde tout naturellement des moments consacrés, et réintègre le quotidien dans une unité de sens incroyablement rafraîchissante. On se prend à la louange, instinctivement, en toute occasion, et le moindre événement s’inscrit dans la continuité d’une référence presque unifiée… 

 

Or, c’est en France, près de six mois après le premier pas mauritanien, que débute cette métamorphose. J’aurais pu conter, également, les conditions du retour. Elles sont tout aussi exceptionnelles qu’à l’aller, à cette nuance près, significative, qu’avec à peine 5 000 UM en poche à mon départ de Nouakchott, je n’ai eu qu’à me laisser porter par le « tawfiq billahi  [3] », vague ô combien puissante et généreuse, pour me retrouver, quelques semaines plus tard ; très exactement même : au jour prévu six mois plutôt ; devant la reprise du chantier de charpente que je dirigeais dans les montagnes ariégeoises. Mes amis me firent fête, mi-étonnés, mi-amusés de ma conversion. Une tocade, pensaient-ils : dans quelques mois, l’ami des ribouldingues et des  bamboches aura retrouvé ses esprits. C’était, évidemment, sans compter sur Celui qui décide… 

 

7 

 

Une référence presque unifiée, disais-je précédemment… Mesure-t-on l’étendue réelle de cette approximation ? S’y agitent, en première ligne, tous les instants de « déreligion », tous ces « péchés », véniels ou capitaux, qui font de l’homme cette faiblesse geignarde, pleureuse de ses incohérences, mais cependant, mystère des mystères, bête à pardon, calice de miséricorde divine… Et toute cette ménagerie s’alimentant, par la force des choses, de quelque nourriture, se profilent, en arrière-plan, les environnements propices à ces égarements. Comment avancer en islam, lorsque, tout autour, la société en ignore les plus élémentaires fondements ? 

 

Jour après jour, mois après mois, l’exil vers des terres musulmanes m’apparut, dès lors, incontournable. Trop de normalités irréligieuses peuplaient mon quotidien, et, quelque réel fût le respect des uns et des autres envers ma conversion, il était évident que, non-musulmane, la société de mes amis, ma famille, ma bonne mère, mes enfants chéris, ne me permettrait pas, du moins le temps de mon apprentissage, de creuser le chemin de ma nouvelle religion. Je préparais donc un nouveau départ, conscient que, cette fois, l’absence pourrait durer, longtemps, incha Allahou. 

 

Mais, jamais cet hégire ne prit, pas plus hier qu’aujourd’hui, la dimension d’un combat contre les miens. Tout d’abord, parce qu’aucun d’entre eux ne déclarèrent la guerre, ni à moi-même, ni à l’islam. Tout au plus, une certaine méfiance, voire un peu de peur, au regard des événements médiatisés. Ma maman, par exemple, me fit parvenir une belle carte postale, annotée de cette simple phrase : « Je crois en un seul Dieu, Créateur du ciel et de la terre… » Ce sont les premières paroles du credo catholique  : aucun monothéiste au monde ne saurait les contredire. En se gardant de citer le reste de la déclaration de foi romaine, certes inacceptable pour un musulman, ma maman signalait ce qui nous unissait, toujours, nous unit aujourd’hui et nous unira demain, incha Allahou, en cette vie et dans la vie future. Dieu est Miséricordieux envers les miséricordieux… 

 

Ainsi s’esquissaient les contours du regard autre. Séparé des miens, éloigné de ma culture quarantenaire, il me fallait vivre, le plus intensément possible, au contact quotidien d’une autre familiarité, d’une autre culture, la différence polaire d’univers supposés contradictoires. L’étaient-ils vraiment ? Où se situaient réellement leurs divergences et convergences éventuelles ? En ces questions, je pressentais d’inévitables recherches intellectuelles. Cependant, il m’apparaissait clair, que seuls le temps, la prégnance quotidienne, directe, intuitive, du vécu, concordant ou heurté, répondraient, bon gré, mal gré ; mais en définitive : assurément ; à toutes ces questions. On ne connaît vraiment le monde qu’en y plongeant dedans. 

 

La décision d’habiter en Mauritanie n’a pas été prise en un jour. Elle est le fruit d’une longue maturation, pas toujours facile. C’était pourtant la première option retenue, mais une mésaventure conjugale, brève, orageuse, déconcertante, avec une jeune nouakchottoise, m’avait provisoirement convaincu de mon incapacité à assumer une telle différence de mentalité. Je parcourus donc le Maroc, le Sénégal,  la Guinée Conakry, un peu le Mali, en revenant régulièrement à Maata Moulana ou en France, sans rencontrer nulle part les conditions suffisantes à mon établissement. Durant ces cinq années, je pus rencontrer un certain nombre de sensibilités musulmanes, des wahhabites aux  tijanis niassènes, en passant par les tablighs et les frères musulmans, lire une dizaine d’ouvrages d’enseignement islamique, mémoriser quelques sourates du Saint Coran, compulser des recueils de hadiths, bref : dégrossir quelque peu mon ignorance, monumentale, des réalités musulmanes. 

 

Car, ce que je découvrais, surtout, en ce périple initiatique, c’était l’énormité du déficit de communication entre les cultures musulmane et occidentale. J’avais longtemps cru, de par mes études anticonformistes et volontiers iconoclastes, jouir d’une ouverture d’esprit, relative certes, mais, tout de même, consistante. Or, je devais reconnaître à quel point j’étais empli de préjugés, de clichés réducteurs, de désinformations sur l’islam : il me fallait réviser tous mes enseignements passés…  




[1]     Le marché noir. « Tcheup-tcheup », c’est système D, astuce et filouterie, très variablement rentable… 

[2]     en espagnol : chercheur de lumière 

[3]  Il n’est pas aisé de traduire cette expression coranique, qui évoque cette étrange et rare « concordance » des événements qui affluent, inexplicablement,  à la rencontre de telle ou telle de nos volontés.  Au « Diapason divin », tout coule alors de source… 







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