Drogue en Mauritanie :

5 06 2007

Drogue :

Zones d’ombre ou

Jusqu’où ira l’enquête ?

 

Quand le Premier ministre le confirme, la commission administrative chargée d’enquêter sur l’affaire de la drogue qui a secoué le pays ces dernières semaines, cette commission était déjà à Nouadhibou depuis une bonne semaine. Dirigée par l’Inspecteur général d’Etat, Mohamed Ould Horma, elle comprend un membre de chaque administration concernée : Seyid Ould Ghaylani, inspecteur général au ministère de
la Justice, colonel Abdallahi Ould Ahmed Aïcha de
la Gendarmerie, colonel Sidi Ould Sidi Mohamed commandant adjoint de l’Air, Moulaye Eli Ould Daf de la direction générale des Douanes, Abdallahi Ould Kebd chargé du programme de lutte contre les stupéfiants au ministère de l’intérieur, Mahaye Ould Zouein directeur de l’aviation civile et Dah Ould Mohamed Ghali inspecteur du ministère de l’intérieur.

La mission de la commission est d’abord administrative. Il s’agit pour elle de déterminer les responsabilités et d’identifier et situer les dysfonctionnements au sein des appareils administratifs. Deuxième niveau de la mission : faire la lumière sur l’affaire. Troisième niveau : aider éventuellement la justice à faire son travail. Le libellé ‘commission administrative’ ne couvre donc pas toute la mission qui est confiée à ce groupe. D’où les rumeurs et les doutes quant à son champ d’action, ses compétences et son travail.

Depuis son arrivée à Nouadhibou, la commission est à pied d’œuvre. Jusque-là elle aura entendu toutes les personnes ayant été mêlées à l’affaire : policiers, contrôleurs de l’Asecna, éléments de l’Armée, douaniers, gendarmes… Les premiers à être entendus furent bien sûr les responsables.

Très vite il est apparu que même si la police avait été mise au courant de l’arrivée imminente d’un avion transportant de la drogue, aucune mesure particulière n’avait été prise. Le directeur régional de la sûreté se contentant de donner ordre à ses subalternes de ‘prendre les dispositions nécessaires’. Sans toutefois vérifier si les dites dispositions ont été prises. Quand arrive l’avion, le commissaire de l’aéroport est en train de deviser tranquillement avec le Wali qui n’a pas été mis au courant. A l’aéroport l’adjudant de permanence avait dispersé les quelques éléments laissés à sa disposition. Ne restaient que deux policiers et deux contrôleurs de l’Asecna. L’avion atterrit et va au en bout de piste, ce qui est suspect pour un bimoteur. Sidi Mohamed Ould Haidalla, premier suspect selon la police, se dirige vers l’avion. Il avait pris avec lui un contrôleur de l’Asecna et un policier. Mais il ne va pas jusqu’à l’avion. Il dépose ses passagers avant d’arriver à l’avion et s’en va. On ne le verra plus jamais. La voiture de sécurité survient. L’avion décolle. Branle-bas. La police découvre les cartons. De la cocaïne. Combien ? Les premiers chiffres sont imprécis. Quand on passera à l’incinération on chiffrera à 629,174 kg. Exactement ou presque la quantité volée dans les entrepôts de la police bissau-guinéenne quelques jours avant. Mais la police avait déjà conclu à un produit débarqué. Pourtant le temps matériel qui s’est écoulé entre le stationnement de l’avion et son décollage ne permet pas d’aligner 21 cartons de plus de six cents kilogrammes, au bord de la piste. Qu’à cela ne tienne. Le produit arrive d’Amérique du Sud et devrait être acheminé vers l’Europe. C’est la version officielle.

Poursuite du principal suspect. Le lendemain, on découvre l’avion à quelques 120 km de Nouadhibou. Le poste de Boulenouar signale le passage de la voiture de Ould Haidalla. Aucune tentative de l’arrêter ni de le poursuivre. Sans balise, l’avion avait pu atterrir en plein désert. Ce qui relève de la prouesse. Son équipage a été récupéré et a disparu en même temps que les mauritaniens recherchés dans le cadre de l’affaire. L’enquête commence. Et quelle enquête ! Les interrogatoires sont sommaires. Ceux qui peuvent donner des renseignements importants sont épargnés ou peu ‘cuisinés’. Si bien que quand la police intercepte un jeune qui déclare aller à la rencontre de Ould Haidalla, son ami, pour lui apporter de l’essence, personne ne songe à aller avec lui et à lui tendre un piège. Le jeune est menotté et ramené à Nouadhibou. Comme si tout le monde ne voulait surtout pas que le principal suspect dans l’affaire soit arrêté. Il faut signaler ici qu’aucun avis de recherche n’a été émis à l’encontre des fuyards. Aucun mandat d’arrêt international non plus.  Plus bizarre, les noms et qualités des premiers responsables de l’enquête n’apparaissent pas (Procureur, DRS…). Où en est-on aujourd’hui ?

Une enquête sans objet parce que le produit a été incinéré. Pourquoi justement ? Est-ce parce qu’il y a une pression d’Interpol qui craignait que le produit ne revienne sur le marché ? Est-ce un empressement injustifié des autorités ? Ou plutôt une parade ? Dans des cas comme celui-là, rien n’est à exclure. Pourquoi la maison louée par Ould Haidalla a été perquisitionnée quatre jours après l’éclatement de l’affaire ? Pourquoi Ould Haiddalla, principal suspect dans l’affaire, a-t-il fait tant de publicité autour de l’arrivée de l’avion ? Pourquoi la transcription du dialogue entre la tour de contrôle et l’avion n’a pas été fidèlement transmise à la justice ? Pourquoi le pilote a dit à la fin : ‘J’ai reçu des instructions, je dois partir’ (en anglais) ? De qui le pilote recevait-il les instructions ?

L’affaire se résume aujourd’hui à deux avions – un bimoteur et un hélicoptère – stationnés à l’aéroport de Nouadhibou, cinq suspects dont deux mauritaniens sous les verrous, deux inculpés libérés sous caution, cinq fuyards on ne sait pourquoi (sans avis de recherche), 25 containeurs destinés à la société Haidalla SA et dont les connaissements indiquent …’droguerie’ alors qu’ils contiennent des produits cosmétiques destinés il est vrai au blanchiment… de la peau. Cela relève plus de la psychanalyse que du droit des affaires. L’affaire se résume aussi à ces nombreuses questions que l’opinion pose à la commission : l’enquête a-t-elle été bâclée volontairement ? Par qui ? Comment ? Peut-elle être reprise ? Par qui ? Comment ? Jusqu’où peut-on remonter ?

Mais avant de répondre à ces questions, il y a lieu de se demander ce que peut la commission dans les conditions qui sont les siennes : une mission mal définie, un champ d’action limité et une compétence à définir. Que va faire la commission dans ces conditions ? Un rapport adressé probablement au Président et au Premier ministre. Un rapport qui sera certainement suivi d’effets.

Le Président Ould Cheikh Abdallahi est de bonne foi dans cette affaire. Il veut donc qu’elle soit tirée au clair. Le Premier ministre sait peut-être ce que cache cet arbre de la forêt. Il sait ce qui attend la commission. C’est pourquoi il la soutiendra. Alors il n’y a pas lieu de croire qu’il y aura une volonté officielle de perturber l’enquête. Il faut s’attendre donc à une plus grande éclaircie dans l’affaire.

 

Ould Oumeïr

 

Encadré :

L’argent n’a pas d’odeur

 

Dans nos grandes villes, l’argent est ‘le nerf de toutes les intrigues’. C’est ce qui explique la prospérité dans une ville frontière comme Nouadhibou. L’économie de combines a su se greffer et sucer l’usufruit de l’économie de guerre. Comme elle a su profiter du laisser-aller général et de la déconfiture qui régnait sur le pays. C’est un univers fait de corruption, d’arnaques qui instaure un système rentier au profit des autorités. C’est ce qui va nécessairement intéresser la commission d’enquête de Nouadhibou. Où vont les fonds levés sur les ‘dhimmi’, tous ces étrangers établis en Mauritanie et qui doivent payer des dîmes qui ne vont pas nécessairement dans les caisses du trésor public ? 10.000 UM pour la carte de séjour, 50 euros de timbres pour le visa, taxe mensuelle sur les milieux interlopes (prostitution, débit d’alcool, restaurants louches…)… Ce qui va pour Nouadhibou, va pour Nouakchott. Les administrations qui lèvent les impôts sont les mêmes. Ceux qui les payent aussi.

A Nouadhibou, l’affaire a des incidences visibles. Surtout la présence de la commission sur les lieux. Le trafic est moins important. Les allées et venues moins apparentes. L’argent circule moins. Le va-et-vient des avions sur le tarmac est beaucoup moins important. Bref la vie est au ralenti.

Source

La Tribune N° 352


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