Ce que veut président, ce que doit gouvernement

5 06 2007

Faut-il admettre que dans ce pays, il n’y en aura jamais que pour le président. Un homme tout puissant. Invariablement sans dissident. Qu’il soit putschiste ou élu indépendant. Pour lui, rien que des partisans dont les plus zélés sont impatients de se fondre dans un même parti ou mouvement d’applaudissements. Au mieux, une majorité dite de gouvernement. Il a beau «choyer» ses opposants, tout le monde le défend. A l’instar de la constitution qui le rend omnipotent. Et du parlement qui le vénère comme un dieu vivant. Est-ce ainsi que la démocratie s’entend ? Pas vraiment. 

 

Les langues du Président 

Bien sûr, le président peut et doit être un homme avenant. Rassurant. Toujours le meilleur d’entre nous évidemment. Il se doit de parler une langue que tout le monde comprend. Même si ce ne fut qu’exceptionnellement le cas pour nos tyrans. Pour mémoire, ces présidentiels discours d’enfant. Dans un arabe ou hassaniya peu évidents. Sinon un français bégayant. Parfois dans les trois idiomes alternativement. Voire simultanément. Jamais en langues dites «nationales» comme il se doit dans tout pays panaché ethniquement. A quand un changement que l’alphabet arabe facilite aisément et qui permet à bien des citoyens d’écouter enfin leurs dirigeants ?    

De même, le premier des citoyens d’un pays totalement musulman se doit d’être un pieux croyant. A quelques exceptions près, ce n’est pas là qualité souvent consignée au crédit de nos successifs dirigeants. A se demander comment cette république islamique s’y prend pour se soumettre à l’un ou l’autre de ces enfants. Certes, les citoyens n’ont pas été consultés souvent. Et quand ils ont cru l’être, ce ne fut guère plus probant. Du moins auparavant. La situation de maintenant étant pratiquement sans précédent : un président et son premier ministre reconnus comme d’authentiques croyants. En guise de renforts éminents, ils peuvent puiser aussi bien dans leur gouvernement que dans les groupes du parlement. Sans jamais risquer d’impiété manifeste chez leur plus légitime opposant. Alors, pourquoi cette nouvelle ère démocratique commence-t-elle si timidement ? Pourtant jamais démocratie humaine et profane ne fut si peu rebelle aux attendus du divin enseignement.   

 

Déporté intérieurement 

En effet, le silence vibrant des nouvelles institutions étouffe encore les effets de ce relatif changement. Et qui ne dit mot consent. Le prophète aura bien dit que ses suivants ne s’accordent jamais sur un égarement. Pourtant les citoyens et les observateurs compétents dénoncent communément la récente transition et ses commandements. Pourquoi pas le président et son gouvernement ? Au contraire, le premier des ministres rend hommage à ses accoutrements. Tout en s’interrogeant, il est vrai, sur la douteuse chorégraphie de récents incidents : trafic démesuré de stupéfiants. Détournements de fonds publics plus ou moins patents. Et bien d’autres dysfonctionnements récurrents. Mais pas un mot de cette armée qui maintient son emprise sur les événements. Et que le pieux chef de l’opposition légale dénonce infatigablement. Décidément, le peuple mauritanien tarde à trouver en son sein le saint qui apaisera son durable mécontentement. Et si les supposés meilleurs d’entre nous ne réagissent pas différemment, son avènement  n’est pas imminent. 

Prenons cette heureuse déclaration officielle qui confirme, pour le moins, un retour rapide de mauritaniens qui furent déportés tragiquement. Sans que l’état ne s’exprime publiquement sur ses «propres»agissements à leur détriment. Quoique déportés et expulsés, ils sont désignés comme les victimes d’un simple « déplacement ». Pour éloquent que soit ce propos apaisant, il ne dit rien des causes de leur éloignement.  Tout comme il ne permet pas au peuple de réaliser pleinement ce que ses ressortissants auront enduré près de deux décennies durant. Non. Il faut que l’état mauritanien reconnaisse ses crimes officiellement. Clairement. Pour que ne se rééditent pas les atrocités d’avant. Que dans notre pays, paix et justice trouvent enfin le début d’un cheminement. Et que notre peuple déporté «intérieurement» ne se trompe pas de « revenants ». Le retour de ces réfugiés devant inéluctablement raviver la mémoire d’autres victimes nationales des mêmes errements. Certes, dans un pays différent…    

 

                                                                                                                                                                             Cheikh Touré 

Source

La Tribune N°352 


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